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Le
temps des révolutions.
C'est en 1900
que s'ouvrit cette longue période de troubles qui qui aboutira à
la Révolution d'octobre 1917.
Des milliers d'étudiants et d'ouvriers furent tués, emprisonnés,
déportés.
Malgré les exécutions, les
déportations en Sibérie ,
les bannissements forcés et volontaires, les idées marxistes
avec Lénine et le parti des Sociaux-démocrates, les doctrines
anarchistes
des disciples de Bakounine et du parti Socialiste
Révolutionnaire, héritier des nihilistes
du siècle précédent, gagnèrent du terrain et
se manifester par des attentats retentissants. Au commencement de 1902,
on a attenté à la vie du général Trépov,
chef de la police à Moscou.
Sipiaguine, ministre de l'intérieur, est assassiné par un
étudiant de Kiev;
le prince Sviatopolk Mirsky le remplace, puis Bouliguine, à qui
succède Plehve, tué par la bombe de l'étudiant Sazonof,
de l'université de Moscou (29 juillet 1904).
Puis encore le grand-duc Serge, gouverneur général de Moscou,
tué de même par une bombe (17 février 1905),
au moment où il sortait du Kremlin
en voiture. Il était l'oncle paternel du tsar. L'assassin, Kalaïev,
fut exécuté le 17 mai. Le 23 du même mois, c'était
le gouverneur de Bakou ,
prince Nakachidzé, qui succombait dans des conditions toutes pareilles.
Dans le même temps, les milieux intellectuels,
influencés par les idées occidentales, réclamaient
des institutions représentatives; les groupements ouvriers devenus
plus importants depuis le développement de la grande industrie en
Pologne ,
Saint-Pétersbourg,
à Moscou,
revendiquaient sans cesse une amélioration de leur condition; les
paysans, de plus en plus misérables du fait de l'accroissement de
la population, commençaient de s'agiter.
Le 22 janvier 1901,
une foule composée d'ouvriers, à la tête de laquelle
se tenait le pope Gapone, se présenta devant le Palais d'hiver,
disant qu'elle désirait remettre directement une pétition
au tsar. Elle fut dispersée par les charges des cosaques et les
coups de fusil de l'infanterie. On compta plus de 500 tués ou blessas.
Gapone
échappa. On découvrit, une
année après, qu'il était de connivence avec les chefs
de la police, dont il avait reçu des sommes importantes, et on le
trouva pendu (mai 1906), dans une maison
des environs de Saint-Pétersbourg.
En Pologne ,
à Varsovie ,
à Lodz, les émeutiers mettent le feu aux entrepôts
d'alcool du gouvernement; tous les travaux sont suspendus. Dans le Caucase ,
à Bakou, Ies puits de pétrole sont incendiés, la ville
saccagée, les pertes évaluées à 12 millions
de roubles.
En 1902,
un mouvement ayant pour but le partage des terres entre paysans et l'attribution
des usines aux ouvriers s'étendit à douze provinces.
Les
premières réformes constitutionnelles.
Le début de l'année 1903
marque las premières concessions réformatrices du pouvoir
autocratique.
Par le manifeste du 12 mars, le tsar annonçait sa résolution
de renforcer les « lois de tolérance qui accordent la liberté
religieuse » à ses sujets non orthodoxes et d'améliorer
pour tous les conditions de la vie. Parmi les mesures à prendre,
il signalait : la réforme des lois rurales, selon les avis de personnes
possédant la confiance du peuple : celle de l'administration des
gouvernements et districts par des représentants des régions
intéressées; la nécessité de délivrer
les paysans des charges que leur impose le travail forcé,
«
mais le principe fondamental de la propriété en commun (Ie
mir)
doit demeurer inviolable, tout en facilitant au paysan le moyen de se séparer
de la communauté à laquelle il appartient ».
Le 25 mars, un ukase abolissait, comme
première mesure dans ce dernier sens, le système qui rendait
les communautés paysannes collectivement responsables des contributions
imposées à leurs membres.
Le Messager officiel du 3 mars publie
un manifeste réactionnaire qui exhorte le peuple à se serrer
autour du trône pour le défendre contre les ennemis de l'intérieur
et qui est aussitôt corrige par un rescrit impérial décidant
que « les personnes les plus dignes, élues par le peuple et
investies de sa confiance, seront appelées à participer à
l'élaboration préparatoire des projets législatifs
». C'est un premier pas dans la voie qui doit conduire à la
Douma nationale.
Bouliguine avait été chargé
d'élaborer un projet de constitution de cette assemblée :
le tsar fixe la durée des sessions, la proroge ou la dissout; séances
non publiques, où les journalistes pourront cependant être
admis; les projets approuvés par la Douma et le Conseil d'empire
sont soumis au tsar; une proposition d'initiative parlementaire doit porter
30 signatures et n'est prise en considération que sur l'avis favorable
du ministre compétent; si cependant les deux tiers de l'assemblée
l'appuient, la décision définitive appartiendra au tsar;
toute demande d'interpellation doit porter 30 signatures, le ministre y
répondra dans le délai d'un mois; les deputés reçoivent
10 roubles par jour, outre leurs frais de voyages, etc.
La
guerre russo-japonaise.
En 1904,
la politique ambitieuse des Russes en Mandchourie
et surtout leurs intrigues en Corée
déterminèrent la guerre russo-japonaise. Cette guerre, qui
dura du 8 février 1904 au 5 septembre 1905, fut déclarée
par le Japon
à la Russie le 10 février 1904,
c'est-à-dire deux jours après l'ouverture des hostilités,
et eut pour prétexte la non-évacuation de la Mandchourie
au mois d'octobre précédent par les troupes russes, mais
pour cause réelle le désir de l'empire du Soleil Levant de
s'emparer de Port-Arthur (Daïren) et de prendre pied sur le continent
asiatique, rêve qui n'avait pu être réalisé après
la guerre sino-japonaise par suite de l'intervention franco-russo-allemande.
De son côté le tsar voyait dans ce conflit, grâce à
l'exacerbation nationaliste qu'il devait susciter, un bon moyen d'éteindre
les conflits intérieurs et prévenir une révolution
qu'il sentait se préparer
Après la rupture des négociations
diplomatiques (5 février), l'escadre japonaise, commandée
par l'amiral Togo, attaqua traîtreusement, dans la nuit du 8 au 9
février, l'escadre russe mouillée dans la rade extérieure
de Port-Arthur, et lui torpilla deux cuirassés et un croiseur. Ensuite,
tant sur mer que sur terre, les Japonais remportèrent des victoires
brillantes, mais coûteuses. En août 1904,
les flottes russes du Pacifique étaient anéanties; en mai
1905,
l'amiral Togo détruisait à Tsushima l'escadre russe venue
de la Baltique. Port-Arthur capitula après un long siège
au début de 1905. L'armée
russe fut battue à Leao-yang (septembre 1904),
puis à Moukden (mars 1905).
Par le traité de Portsmouth (États-Unis ),
le Japon
obtint la rétrocession de la péninsule de Leao-tong, l'abandon
par les Russes de la Mandchourie, la cession de la partie sud de Sakhaline
et enfin une pleine liberté d'action en Corée .
La guerre, qui avait duré dix-neuf
mois, avait coûté aux Russes 240.000 tués, morts
de maladies, et prisonniers, et aux Japonais 190.000 hommes.
La
révolution de 1905.
Contrairement à ses attentes, Nicolas
II, après les désastres de Mandchourie, ne put qu'accélérer
le processus qui allait octroyer une ébauche de régime parlementaire.
Réclamée dès le mois de novembre 1904,
c'est-à-dire au lendemain des journée Liao-Hang et du Cha-Hok,
par le congrès des zemstvos, tenu dans la capitale avec l'autorisation
du tsar, cette réforme fut admise par l'ukase du 25 décembre
1904.
De nouveaux revers en Extrême Orient, la capitulation de Port-Arthur,
des collisions entre ouvriers et soldats à Saint-Pétersbourg
(janvier 1905), le soulèvement
de la flotte de la mer Noire (mutinerie du cuirassé
Potemkine),
déterminèrent Nicolas, malgré l'assassinat du grand-duc
Serge à Moscou,
à faire un nouveau pas en avant. Par un rescrit en date du 3 mars,
il chargea le ministre de l'Intérieur, Bouliguine, d'élaborer
un projet tendant à «
appeler au travail législatif
préparatoire des hommes choisis par la population parmi les plus
dignes ».
La feuille officielle publie (18 août
1905)
:
1° la loi instituant une Assemblée
représentative qui participerait à l'exercice du pouvoir
législatif avec le Conseil de l'Empire, la sanction appartenant
à l'empereur; cette Assemblée reçut le nom de Douma,
qui désignait au Moyen âge
le conseil du souverain. la Douma d'empire;
2° le règlement concernant les
élections;
3° un manifeste annonçant l'institution
de l'Assemblée nationale.
Le manifeste du tsar est lu dans toutes les
églises
de l'empire. Mais en même temps, de nouvelles arrestations sont opérées
de divers côtés.
Au commencement d'octobre 1905,
une grève générale se déclarait à la
fois à Saint-Pétersbourg
et à Moscou,
où les désordres prirent le caractère de la plus haute
gravité. Le gouverneur général, amiral Doubassof,
fut blessé plus tard par une bombe. Dans les provinces baltiques,
l'insurrection est permanente pendant la seconde moitié de 1905
et le sera encore pendant la première de 1906
; les propriétés, presque toutes aux mains de la noblesse
d'origine allemande, sont saccagées et incendiées.
La loi électorale élaborée
par Bouliguine fut modifiée à la suite du célèbre
manifeste impérial du 30 octobre 1905,
de manière à élargir le corps électoral, divisé
en curies, le vote ayant lieu à deux et à trois degrés.
Le 8 novembre 1905,
le comte Witte constituait le premier ministère russe, homogène
en ce sens qu'il ne contenait qu'un seul personnage de premier plan, le
comte Witte lui-mème. Le comte Lamsdorf restait aux affaires étrangères.
Mais ce cabinet ne dura que six mois. Il était remplacé le
1er mai par un autre que présida
Goremykine, avec Stolypine à l'intérieur à la place
de Dournovo. Kokovtsov aux finances, Stchevglovitov à la justice,
Kauffmann à l'instruction publique, Golitsyne aux voies et communications,
Shirinsky, procureur général du saintsynode. Isvolsky succédait
au ceinte Lamsdorf.
Le 5 mars 1906
un manifeste précisa les pouvoirs de Douma en conformité
avec celui du 30 octobre; mais, le 6 mai le tsar promulgua les «
lois fondamentales », qui restreignaient sensiblement les droits
de l'Assemblée. D'après elles, l' empereur continue de posséder
l'autorité suprême et autocratique; il a l'initiative légale
et l'approbation des lois, bien qu'il légifère "en union
avec le Conseil de l'empire et la Douma". Il décide de la paix ou
de la guerre, dispose seul de la force armée. Il choisit les ministres
et les hauts dignitaires, ce qui implique le droit de les congédier
sans intervention de la Douma.
La Douma, élue en mars-avril
1906,
et le Conseil d'empire sont finalement ouverts le 10 mai suivant par le
tsar, en grande cérémonie.
La
valse des Douma.
La première Douma, formée
dans une période d'effervescence, ne comprenait guère que
des partis extrêmes : les uns jugeant les concessions du gouvernement
insuffisantes au point de vue constitutionnel, les autres les considérant
comme dangereuses au point de vue social. Dans le premier groupe se classaient
les cadets ou constitutionnels démocrates (K. D.),
qui formaient une imposante fraction (185 membres sur 442 députés
élus); les radicaux de gauche, les socialistes, etc. Dans le second
figuraient les monarchistes purs, partisans du maintien de l'autocratie,
les modérés - à peine une vingtaine - et une petite
minorité d'octobristes. Ces partisans de la déclaration
du 30 octobre se contentaient de l'extension du droit de suffrages, de
la transformation du Conseil de l'Empire en Chambre haute (recrutée
moitié par élection, formant avec la Douma un véritable
Parlement), de réformes administratives réalisées
de concert par les députés et le gouvernement. En somme,
l'Assemblée, dont les ministres n'avaient pas la confiance, n'avait
pas davantage la confiance des ministres.
A la suite de l'adoption par l'Assemblée
d'une motion d'appel au pays (21 juillet 1906),
le ministère Stolypine, qui avait succédé au cabinet
Goremykine, dissolvait la Douma, tandis que les cadets, par le manifeste
de Viborg, exhortaient le pays à refuser l'impôt et le service
militaire, et que les révoltes, les séditions, les attentats,
se multipliaient. Des élections de mars 1907
sortit une Assemblée où figuraient seulement 85 cadets, un
nombre à peine supérieur de monarchistes, 46 modérés
et octobristes, mais en même temps une forte extrême-gauche
socialiste (77) et travailliste (98).
A défaut d'une majorité gouvernementale,
la seconde Douma, où les cadets l'emportaient sur les octobristes,
fut également dissoute après quelques mois de débats
impuissants. Mais la troisième, élue après modification
de la loi électorale et réduction du nombre des députés
urbains, fut de composition à peu près inverse de celle des
deux premières : les partis de droite l'emportèrent démesurément
sur
les éléments d'opposition
: 289 voix sur un total de 442; les progressistes ne comptèrent
plus que pour 53 voix, les cadets pour 40. Le Parti Polonais
se trouva réduit à 18 députés.
L'Assemblée témoigna de son
respect pour la personne du tsar et de son désir de collaborer avec
le gouvernement. Si, lors de la discussion de l'adresse, elle écarta
l'amendement des monarchistes qui voulaient y introduire le mot «
autocratie
», la formule suivante fut votée Par une majorité où
entraient les octobristes, les cadets, la droite modérée
:
«
Nous emploierons toutes nos forces, toute notre expérience, toutes
nos connaissances, pour fortifier le nouvel ordre de choses régénéré
par la Volonté de Sa Majesté dans le manifeste du 30 octobre;
pour pacifier la patrie, consolider l'ordre légal, développer
l'éducation du peuple, augmenter le bien-être général
et fortifier la puissance de la Russie indivisible. »
Cette troisième Douma, qui siégea
de 1907 à 1912
s'efforça
de remédier à la crise agraire; elle travailla à la
réorganisation de l'armée et à la reconstitution de
la marine que la guerre japonaise avait réduite à néant;
elle délibéra sur nombre de questions administratives et
aussi, mais moins utilement, sur le statut des peuples allogènes.
La situation politique se trouvant rétablie au profit du tsar, la
condition des paysans ayant été améliorée,
les manifestations révolutionnaires ou simplement libérales
étant réprimées impitoyablement, la Russie paraissait
tranquille. Mais l'assassinat de Stolypine à Kiev,
en mars 1911, rendit le régime
à sa fragilité. La quatrième Douma formée en
1912,
fut, comme la précédente, animée de sentiments loyalistes,
et n'apporta , comme elle que des améliorations de façade.
A la cour, un charlatan, Raspoutine, avait pris de l'ascendant sur la famille
royale, qui se trouvait ainsi chaque jour un peu plus déconsidérée.
A la veille des événements de 1914,
sous le relatif calme d'une population terrorisée, on sentait déjà
gronder l'orage qui allait jeter bas le tsarisme.
La
première Guerre mondiale et la Révolution d'octobre.
L'entrée dans la guerre de la Russie,
à partir du 1er août 1914,
a attisé le mécontentements, que les défaites militaires
n'ont fait qu'accroître, la Lituanie et la Pologne sont perdues en
1915.
Le 8 mars 1917
(23
février, selon le calendrier
julien en usage en Russie), une grève générale est
déclenchée à Pétrograd (= nouveau nom donné
à Saint-Pétersbourg
depuis le début de la guerre, pour retirer la consonance germanique
de l'ancien nom). Le 13 mars (27 février), une insurrection générale
fait tomber le gouvernement. Un comité provisoire issu de la Douma
se forme dans la capitale, ainsi qu'une instance suprême, d'obédience
marxiste, réunissant les conseils (soviets) de soldats, d'ouvriers
et de paysans. Trois jours plus tard, le tsar Nicolas II abdique, et un
gouvernement provisoire est formé. Dirigé par le prince Lvov,
il comprend essentiellement des Libéraux.
Le 11 avril 1917
(29 mars), les soviets se réunissent pour constater leurs divergences
quant à la marche à suivre : les mencheviks (= minoritaires)
et les bolcheviks (= majoritaires). Les premiers sont dirigés
par Alexandre Kerenski (le seul socialiste, membre du gouvernement Lvov)
et parmi lesquels figure Léon Trotski (Lev Davidovitch Bronstein),
revenu d'exil après une récente amnistie. Ils sont partisans
d'une collaboration, au moins provisoire, avec le régime qui commence
à se mettre en place; les seconds, à la tête desquels
se trouve Lénine (Vladimir IIitch Oulianov, de son vrai nom), lui
aussi de retour d'exil, en appellent à une prise du pouvoir immédiate.
Dans un premier temps les modérés obtiennent gain de cause.
Kerenski prendra même la tête d'un deuxième gouvernement
de coalition, le 18 mai (5 mai), puis d'un troisième gouvernement,
le 6 août (24 juillet), après que la répression d'un
soulèvement bolchevik opposé à la poursuite de la
guerre ait conduit Lénine à se réfugier en Finlande.
Bien que désormais poussés
à la clandestinité, les bolcheviks se renforcèrent.
Lénine revint à Pétrograd, le 20 octobre (7 octobre).
Il organisa, la nuit du 5 au 6 novembre 1917
(23-24 octobre, selon le calendrier julien, d'où le nom de «-Révolution
d'octobre-» donné à ces
événements), un coup d'Etat inauguré par les coups
de canon du croiseur Aurore devant Pétrograd. Kerenski prit
la fuite. Alors que la révolution de Février avait correspondu
à un grand soulèment populaire, ce coup de force fut l'oeuvre
des seuls bolcheviks. Le 7 novembre, ils mirent officiellement fin au gouvernement
provisoire. Lénine, auquel s'étaient ralliés Trotski
et Staline (Joseph Vissarionovitch Djougachvili), présida un Conseil
des commissaires du peuple, désormais seul détenteur du pouvoir.
Le lendemain, le Palais d'hiver fut pris d'assaut, le 10 novembre (28 octobre)
les soviets, dans lesquels les idées de démocratie
et de liberté avaient germé, furent placés sous le
contrôle des bolcheviks.
La
guerre civile.
Enfin aux mains du parti bolchevik (qui
prendra le nom de parti communiste de Russie, le 7 mars 1918),
le nouveau pouvoir dut alors se battre sur deux fronts : à l'extérieur,
la guerre contre les empires centraux et, à l'intérieur,
la guerre contre les « Blancs », c'est-à-dire les partisans
de l'ancien régime. La paix avec l'Allemagne fut conclue au plus
vite et déboucha, le 3 mars 1918,
sur le Traité de Brest-Litovsk ,
au terme duquel la Russie renonçait aux Pays Baltes et à
la Pologne
et reconnaissait l'indépendance de la Finlande et de l'Ukraine.
(Malgré cette paix, le gouvernement préfèra par sécurité
quitter Pétrograd et installa la nouvelle capitale à Moscou,
au Kremlin, l'ancienne citadelle des tsars). L'écrasement des «
Blancs » et la prise de contrôle de tout le territoire russe
prendront, eux, plusieurs années. Bien que le tsar et sa famille
aient été exécutés le 16-17 juillet 1918,
à Ekaterinburg
où on les avait assignés à résidence, les contre-révolutionnaires,
aidés par plusieurs puissances étrangères (États-Unis ,
Royaume-Uni ,
Japon ,
France ),
qui avaient envoyé des troupes sur place, résistèrent
jusqu'en 1921 à « l'Armée
rouge » dirigée par Trotski, commissaire à la guerre.
Les Japonais occuperont même Vladivostok jusqu'en octobre 1922.
Cette guerre aura
été à la fois une guerre civile et une occasion de
réduire les oppositions au sein même des « Rouges
». Une police politique, la Tchéka,
avait déjà été créée à
cet effet dès le 7 décembre 1917.
Puis, quand les marins de Cronstadt
(Kronstadt), une base navale près de Pétrograd, qui avaient
été parmi les premiers à former des soviets, et qui
avaient été utilisés comme troupes de choc contre
les «-Blancs
», se comprirent trahis par les bolcheviks qui imposaient leur dictature,
ils se révoltèrent, le 17 mars 1921.
Trotski et le général Toukhatchevski
noieront dans le sang ce dernier sursaut des aspirations démocratiques,
qui pourtant avaient été à l'origine de la Révolution.
Cette guerre aura aussi été une guerre
de conquête : une guerre fut déclenchée contre la Pologne
en 1920
et 1921
pour une question de tracé de frontière; dans le même
temps l'Ukraine, la Biélorussie et la Transcaucasie (Azerbaïdjan,
Géorgie et Arménie), furent reconquises. On en fit des républiques
soviétiques au même titre que la Russie, qui avait été
rebaptisée en juillet
1918
(à l'occasion de la proclamation de la nouvelle constitution) :
République socialiste fédérative des soviets de Russie
(RSFSR). En décembre
1922,
le 10e Congrès soviétique
panrusse réunit toutes ces républiques (plus tard transformées
en républiques fédérées) au sein d'une nouvelle
structure : l'Union des républiques socialistes soviétiques
(URSS ou Union soviétique ).
L'URSS.
La Russie, devenue la principale des républiques
qui composaient l'URSS ,
inscrivit à partir de 1922 son
histoire dans celle de cette dernière. A la mort de Lénine,
en 1924, le pouvoir passa entre les
mains de Joseph Staline, qui imposa dans les années qui suivirent
un pouvoir personnel, caractérisé par une répression
brutale.
L'ère
Stalinienne.
Sur le plan économique, Staline
introduisit à partir de 1928
des plans quinquennaux, qui permirent au pays de devenir en quelques décennies
la seconde puissance industrielle du monde, mais en provoquant une grande
misère dans les campagnes. Dans les années 1930, Staline
initia une grande campagne de terreur, au cours de laquelle des purges
eurent lieu au sein du Parti communiste. Il y eut des emprisonnements sommaires
et des procès truqués, « les
Procès de Moscou
», qui débouchèrent sur de nombreuses condamnations
à mort.
Malgré une
tentative de conciliation, ou du moins de temporisation avec l'Allemagne
nazie (Pacte germano-soviétique, en 1939),
la Russie fut attaquée en 1941
par les troupes allemandes. D'abord pris de court, les Soviétiques
parvinrent à bloquer l'armée d'Hitler à Stalingrad,
en 1942-1943,
puis commencèrent à reconquérir de terrain perdu,
puis à participer, avec les troupes américaines, à
la libération de l'Allemagne du joug nazi, en 1945.
Très vite, cependant, l'opposition des deux superpuissances qui
avaient émergé du conflit mondial, les États-Unis
et l'URSS
s'opposèrent dans un conflit que l'on appela la Guerre Froide,
qui, par le jeu des alliances qui furent imposées au reste du monde,
divisa la planète en deux camps. Basée sur une politique
de dissuasion mutuelle, la Guerre froide induit une course aux armements,
qui à l'heure où chacun des deux adversaires maîtrisaient
l'arme nucléaire, commença à faire peser une menace
sans précédant sur le monde.
Kroutchchev,
Brejnev, Gorbatchev.
Staline mourut en 1953.
Une direction collective lui succéda, mais bientôt l'homme
fort du pays fut Nikita Krouchtchev. Il dénonça les crimes
de l'époque stalinienne et amorça un processus de déstalinisation.
L'installation par l'URSS
de rampes de lancement de missiles nucléaires à Cuba
en 1962 fut à l'origine d'une
des principales crises de la Guerre froide. Celle-ci rapidement réglée,
eut cependant le mérite de déboucher sur une période
dite de Détente entre les deux superpuissances, qui commencèrent
à envisager des discussions sur la réduction de leurs armements.
Krouchtchev, qui avait entrepris une réforme de l'agriculture et
de l'administration échoua dans cette tâche et fut écarté
en 1964. Leonid Brejnev lui succéda.
Sous la conduite de Brejnev, l'URSS
resta un pays totalitaire soumis à un étroit contrôle
policier, mais ne connut plus les excès de l'ère Stalinienne.
Pendant quelques années, la politique de Détente initiée
par Krouchtchev fut poursuivies; ce qui n'empêcha pas des crises
comme celle suscité par l'écrasement du «-Printemps
de Prague-»,
en 1968 . La Guerre froide ne reprit
réellement qu'avec l'installation de nouveaux missiles en Europe
de l'Est dans la deuxième moitié des années 1970
et de l'intervention soviétique en Afghanistan
en décembre 1979. Quand Brejnev
mourut, en 1982, les tensions avec
le camp occidental étaient très vives, et, à l'intérieur,
le système était grippé, miné par la corruption
des administrations et la démoralisation de la population. Les successeurs
immédiats de Brejnev, Youri Andropov (1982-1984),
puis Constantin Tchernenko (1984-1985)
firent bien le constat d'une nécessité de changement, mais,
très âgés et malades, n'eurent pas le temps de mettre
en oeuvre de véritables réformes. Mikhaïl
Gorbatchev, qui accéda au pouvoir en 1985,
allait, lui, pouvoir s'atteler à la tâche.
A la tête du Parti communiste, Gorbatchev
tenta de sauver le système soviétique par de profondes réformes
économiques (perestroïka) et une ouverture démocratique
(glasnost). Mais cette politique échoua. Elle aboutit à
la dislocation de l'Empire soviétique ,
la plupart des républiques qui le composaient prirent ou revendiquèrent
leur indépendance. La Russie, qui était la principale de
ces républiques, dirigée par Boris Eltsine, ne fit pas exception.
Elle se déclara indépendante de l'URSS. Après un putsch
manqué contre Gorbatchev, mené par des éléments
conservateurs du régime en août
1991,
Eltsine s'imposa comme l'homme fort du pays. |
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