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Décrétale

Les canonistes définissent la décrétale (epistola, epistola decretalis, epistola tractaria) comme  une épître ou une lettre en forme de réponse faite par le pape à une question qui lui est soumise pour une affaire particulière, mais dont la solution peut servir de règle générale. Ces réponses peuvent émaner soit du pape seul, soit du pape assisté de son conseil. Le décret est un règlement fait motu proprio, mais délibéré en conseil et rédigé sous forme de rescrit, pour l'utilité générale de l'Eglise
Decretalis epistola est, quando papa ad consultationem alicujus respondet, sive solus, sive de consilio fratrum... Decretum est quod papa, de consilio fratrum, nulla consultatione habita, de aliqua re statuit et in rescriptis redegit [Hostiensis, Henri du Suze], Summa aurea, praemium, XIV).
l'autorité des décrétales contribua fortement à augmenter la puissance des évêques de Rome, et fut elle-même augmentée par tous les développements de cette puissance.

Les décrétales, qui devaient contribuer, pour une si grande part, à altérer la constitution primitive de l'Eglise, eurent pourtant pour origine la recherche de la tradition apostolique. Lorsque survenaient des difficultés qui ne pouvaient être bien résolues qu'en connaissance exacte de la coutume et de la doctrine apostoliques, on consultait les chefs des églises qui avaient été fondées et gouvernées par les apôtres. L'opinion exprimée par eux semblait avoir le caractère d'un témoignage apostolique. En Orient, plusieurs églises réalisant cette condition, on s'adressait indifféremment aux chefs, soit de l'une, soit de l'autre. En Occident, au contraire, il n'y avait qu'un seul siège reconnu comme apostolique, le siège de Rome, qui prétendait avoir été fondé et occupé par le premier des apôtres, saint Pierre, jusqu'à sa mort, et qui était d'ailleurs le centre de toutes les églises latines. De là le nombre et l'importance des consultations données par les évêques de Rome, l'autorité apostolique qu'elles affectèrent et la soumission avec laquelle elles étaient reçues par des populations héréditairement habituées à obéir en toutes choses aux décisions venues de Rome. La cause et l'effet réagissant l'un sur l'autre, 

La première lettre d'un évêque de Rome, qui présente le caractère d'une décrétale et dont l'authenticité soit bien établie, ne remonte pas au delà de la dernière partie du IVe siècle. A la fin du Ve siècle ou tout au commencement du vie, Denys le Petit, remaniant sa collection des canons des conciles, y adjoignit trente-huit décrétales de sept papes : Sirice, Innocent Ier, Zozime, Boniface Ier, Célestin Ier, Léon Ier, Anastase II, qui mourut en 498. Plus tard, on ajouta à ce recueil des décrétales de Hilaire, Simplicius, Félix Il ou III, Gélase Ier, prédécesseurs d'Anastase, celles de ses successeurs, Symmaque et Hormisdas, et enfin celles de Grégoire II, qui mourut en 731. On sait quelle importance l'oeuvre de Denys le Petit eut pour la formation du droit ecclésiastique. L'adjonction en cette oeuvre, des décrétales des évêques de Rome, à la suite des canons de conciles, devait avoir de graves conséquences. En trouvant les décrétales mises à côté des canons, on était induit à leur attribuer une valeur égale. 

Une autre collection composée dans la Gaule, en la première partie du VIe siècle (Collectio Quesnelliana), contient aussi, avec des canons de conciles, des décrétales de huit pages, de Damase Ier (366-384) à Gélase Ier (492-496). Les décrétales insérées dans le recueil de Denys le Petit furent reproduites dans une collection composée en Espagne vers le premier tiers du VIIe siècle et attribuée, sans preuves, à Isidore de Séville. Cette oeuvre espagnole, disposée d'abord suivant un ordre chronologique, fut ensuite adaptée à une classification méthodique des matières. Sous cette dernière forme, elle valut à Isidore de Séville, l'auteur présumé, une grande réputation.

Dans les pays et dès les temps où les décrétales prirent autorité, on put avoir intérêt à en produire de fausses. Déjà en 414, Innocent Ier se plaignait de ces falsifications. Jaffé en a constaté de très anciennes dans ses Regesta. On a accusé Hincmar d'avoir usé de pièces fausses pour soutenir ses prétentions. Le faux d'ailleurs n'est pas étranger à la tradition ecclésiastique. De nombreux historiens arguent de faux certains documents d'une haute importance, tels que la Donation de Constantin, dont la papauté se prévaut. 

Les Fausses décrétales

Entre les années 844 et 853 et dans la province ecclésiastique de Reims, suivant les conjectures les plus généralement admises, fut élaborée l'oeuvre du pseudo-Isidore, célèbre sous le nom de Fausses Décrétales. Par une combinaison dont l'habileté a été sanctionnée par un merveilleux succès, l'auteur (ou les auteurs) de cette entreprise emprunta le nom d'Isidore de Séville et la substance de l'oeuvre attribuée à ce maître vénéré : il greffa ses falsifications sur cette oeuvre. Cette composition présente toutes les apparences d'une piété profonde; elle vise la dignité et la pureté de l'Eglise; en certains endroits, elle atteint une véritable élévation dans l'expression des sentiments religieux; en certains autres, pour donner vraisemblance et vie à ses fictions, elle y mêle les anecdotes et les incidents personnels. On y distingue trois parties principales.

La première comprend une préface empruntée à Isidore de Séville; une lettre attribuée à Aurelius, archevêque de Carthage et adressée au pape Damase; la réponse, pareillement fausse, de ce pape; les cinquante premiers canons des apôtres; soixante lettres d'évêques de Rome, de Clément à Melchiades (91?-315). Il paraît établi qu'elles sont toutes l'ouvrage du pseudo-Isidore, à l'exception de deux lettres de Clément, qui proviennent d'une fabrication antérieure. Cette première partie eut pour effet de faire croire que dès le ler siècle les papes exerçaient le droit d'écrire des décrétales. 

La deuxième partie est presque entièrement empruntée à la Collectio Isidoriana. Il s'y trouve plusieurs documents inauthentiques, mais qui pour la plupart ne sont pas imputables à l'auteur de la compilation dont nous nous occupons. 

La troisième partie contient un grand nombre de décrétales d'évêques de Rome, de Sylvestre à Grégoire Il (314-731), extraites avec plus ou moins d'exactitude de collections antérieures. On y compte trente-cinq pièces fausses. En résumé l'ouvrage, dans son ensemble, se compose de textes authentiques, de textes faux, mais reçus depuis longtemps comme authentiques, de textes falsifiés et de textes entièrement fabriqués par le pseudo-Isidore.

On contesta souvent l'autorité, mais jamais, pendant plusieurs siècles, l'authenticité de cette composition. Les premières attaques sérieuses furent le fait des protestants. Calvin pressentit la fausseté de ces documents et l'annonça. Les Centuries de Magdebourg commencèrent à la démontrer, Blondel continua cette démonstration (PseudoIsidorus et Turrianus vapulantes; Genève, 1628, in-4), Les gallicans avaient intérêt à suivre les protestants sur cette voie; ils les y suivirent avec ardeur. Après s'être obstinés pendant longtemps à défendre cette oeuvre, les ultramontains ont fini par l'abandonner : tout leur effort se bornera ensuite à atténuer les conséquences des falsifications qu'elle a éditées. (E.-H. V.).

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