 |
Clocher.
- Pendant les premiers siècles du christianisme ,
les églises n'eurent pas de clochers;
et quoique l'on trouve, dès le VIe
siècle, dans les basiliques de la
Gaule, des tours en bois élevées au-dessus du carré
du transept, toutefois c'est au VIIIe
et au IXe siècles seulement que
l'on rencontre en Italie des clochers proprement dits. Les plus anciens
qui soient mentionnés à Rome sont ceux de Saint-Jean-de-Latran
et de Saint-Pierre (milieu du VIIIe siècle);
les plus anciens qui nous soient conservés sont ceux de Vérone
et de Ravenne (IXe siècle); ce sont
des constructions généralement rondes, et toujours indépendantes
du bâtiment principal. A partir du XIe
siècle les clochers se multiplièrent : non pas que les cloches,
de dimension peu considérable encore, rendissent bien nécessaire
la construction d'un édifice spécial; des raisons défensives
firent élever beaucoup de ces tours, en particulier celles qui,
comme à Poissy ,
à Créteil, à Saint-Savin, etc., sont placées
dans l'axe de l'église et couvrent la façade de leur masse.
Ce qui était un besoin devint bientôt
une mode : chaque église voulut avoir
sa tour, chaque seigneur ecclésiastique voulut, en face du donjon
du château, élever un signe
visible de sa puissance; et la construction d'un clocher devenant pour
les monastères, les chapitres et
les communes une question d'amour-propre, les architectes rivalisèrent
de dispositions surprenantes et le nombre des clochers augmenta au XIIe
siècle d'une manière prodigieuse. La place de ces clochers
dans le plan de l'église fut très variable; d'abord ils furent
isolés et indépendants de l'édifice et ils gardèrent
toujours cette place en Italie et souvent dans le midi de la France; puis
ils furent placés, dans l'axe de l'église, au-dessus de la
porte principale; mais bientôt, entrant dans le plan général,
ils furent construits sur la façade, dans l'axe des bas-côtés
ou bien sur le carré du transept,
ou encore à la rencontre des transepts avec la nef,
quelquefois à toutes ces places à la fois. En Normandie
surtout, le nombre des clochers fut considérable; des églises
d'importance secondaire en ont trois, les grandes cathédrales
cinq; dans le domaine royal, on fit plus encore et les cathédrales
comme celles de Reims et de Laon eurent sept et neuf clochers.
-
Le
clocher de Vernouillet.
Suivant les pays, ces clochers adoptèrent
des formes très diverses. C'est dans la construction des clochers,
en effet, que se donna le plus librement carrière l'imagination
des artistes et qu'ils cherchèrent les combinaisons les plus ingénieuses
et les plus variées. Tandis qu'en France les plus anciens clochers,
ceux du Périgord et du Limousin ,
s'inspirent de deux types divers, celui de Saint-Front aux étages
carrés en retrait, au couronnement conique posé sur un tambour
formé de colonnes, et celui de Brantôme à la pyramide
carrée, bientôt transformée en beffroi octogone, les
province, de l'Est et l'école rhénane adoptent les clochers
octogones depuis la base, et les architectes du domaine royal, combinant
les deux styles, élèvent sur un plan carré des flèches
octogonales (Poissy ,
Vernouillet). Pendant tout le cours du XIIe
siècle, la fécondité d'invention des artistes est
merveilleuse, et quoique beaucoup de clochers aient été achevés
ou refaits bien après le reste de l'édifice, on peut suivre,
par exemple à Vendôme, au vieux clocher de Chartres
(1140-1170), à Senlis (commencement du XIIIe
siècle) les progrès étonnants qu'accomplit l'habileté
des architectes. Généralement carrés à la base
et formés de plusieurs étages superposés de hauteur
inégale, décorés à la partie inférieure
d'arcatures aveugles, ouverts aux étages supérieurs de larges
fenêtres, les clochers se transforment au dernier étage en
octogone, et sont couronnés par un toit en forme de pyramide carrée
ou octogone, d'abord basse et trapue, mais qui toit
de plus en plus aiguë à partir du XIIe
siècle.
Clocher
de la Trinité de Vendôme. |
Clocher
de la Cathédrale de Senlis. |
Les architectes cherchent à élever
des tours à la silhouette élégante et légère
: ils flanquent et soutiennent par des clochetons la flèche principale;
ils diminuent la nudité de cette flèche en ornant ses arêtes
de crochets feuillus; ils multiplient les ouvertures sur les faces de la
construction. Même soin et même variété dans
l'exécution du clocher central, le plus important aux yeux des architectes
romans : les églises de la Normandie
en particulier portent sur la croisée, du XIIe
jusqu'au XVIe siècle, des clochers
en pierre gigantesques (Bayeux ,
Rouen, Caen ),
et suivant les régions ces clochers sont carrés, octogones
ou ronds, couronnés par une pyramide ou une coupole ovoïde;
seule, l'île-de-France renonça de bonne heure à ces
clochers en pierre posés sur la croisée et y substitua des
flèches en charpente recouverte de plomb. C'est le cas général
à l'époque gothique : à partir du milieu du XIIIe
siècle, les clochers principaux sont construits au nombre de deux
sur la façade; leurs étages superposés sont percés
de baies longues et étroites; sur leur plan carré s'élève
une flèche aiguë percée à jour; des contreforts
très ornés les soutiennent, des statues les décorent.
La passion de la légèreté, le désir d'étonner
devaient bientôt entraîner les architectes dans de dangereux
excès : les clochers de Strasbourg
et de Fribourg (XIVe siècle) sont
couverts d'une véritable dentelle de pierre. Beaucoup de ces clochers
sont d'ailleurs demeurés inachevés, le temps et l'argent
ayant manqué pour les terminer selon les grandes dimensions de la
conception primitive. (Ch. Diehl). |
|