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Louis XII,
dit le Père du peuple, est un roi
de France
né le 27 juin 1462 ,
couronné le 8 avril 1499, mort le 1er
janvier 1515. Fils de Charles d'Orléans,
le prisonnier d'Azincourt ,
et de Marie de Clèves ,
petit-fils de Louis d'Orléans, frère de Charles
VI, il était connu avant son avènement sous le titre
de duc d'Orléans. Marié trois fois : 1° à Jeanne
de France, fille de Louis XI, d'avec laquelle
il divorce dès son avènement pour cause de mariage non consenti
et non consommé, et de stérilité; 2° à
Anne
de Bretagne, veuve de son prédécesseur
Charles
VIII (mariage tout politique et qu'il faut dégager de toute
légende romanesque et amoureuse), d'où deux filles : Claude
de France, fiancée en 1505 à Charles d'Autriche (Charles-Quint),
devenue ensuite femme de François de Valois-Angoulême, héritier
de la couronne (François Ier), et
Renée de France, devenue duchesse de Ferrare
par son mariage avec Alphonse d'Este; 3°à
Marie
d'Angleterre dont l'ardeur fut fatale à l'apaisement de sa cinquante-troisième
année et le tua en six semaines.
Etant devenu le plus proche héritier
de la couronne par la mort du dauphin Charles Orland, il succède
sans difficulté à son cousin Charles
VIII, le duc de Bourbon et Anne de Beaujeu
n'ayant (contre l'opinion courante en Italie )
fait aucune opposition, au moins extérieure, à son avènement.
Louis XII se hâta d'ailleurs de désintéresser ses rivaux
éventuels et de désarmer tous les fauteurs possibles de ces
troubles et de ces intrigues dont la « guerre folle » leur
avait donné l'expérience; il épouse Anne
de Bretagne, achète l'hommage du duc
de Lorraine, désintéresse les Bourbons
en autorisant le mariage de Suzanne, fille unique d'Anne de Beaujeu, avec
Charles, comte de Montpensier (le connétable
de Bourbon), et en renonçant aux droits stipulés par
Louis
XI pour la réunion des domaines de la maison de Bourbon à
la couronne, dans le cas (qui se présentait) où Anne et son
mari n'auraient pas d'enfants mâles; apaise la noblesse et les personnages
influents du règne précédent en leur conservant leurs
emplois, notamment au maréchal de Gié, à l'amiral
de Graville, au chancelier Rochefort, au sieur du Bouchaige, Ymbert de
Batarnay, au sénéchal de Beaucaire, Etienne de Vesc. Mais
il se garda contre leurs routines en donnant l'influence prépondérante
dans le conseil à son ancien compagnon et ami, Georges d'Amboise,
archevêque de Rouen,
puis cardinal et légat perpétuel en France .
Enfin il s'assura la tranquillité
intérieure par une série de réformes : abolition d'impôts,
réglementation des privilèges de l'université de Paris,
ordonnance pour la réforme de la justice, répression de la
rapacité des huissiers et procureurs, création du parlement
de Provence
(Aix), remplacement en Normandie
de l'échiquier par un parlement; il s'assura la tranquillité
extérieure en renouvelant les traités et en consolidant ses
bonnes relations avec le roi d'Angleterre ,
le roi d'Aragon ,
l'archiduc Philippe, le roi de Hongrie ;
il obtint même de Maximilien, empereur
d'Allemagne ,
malgré les intrigues de Ludovic Sforza, duc de Milan ,
et après une courte campagne en Franche-Comté
et en Bourgogne ,
une trêve de six mois renouvelable.
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Louis
XII (1462-1515).
Son gouvernement ainsi constitué
et paisible, Louis XII ne songea plus qu'à l'accomplissement de
ce qui avait été la grande pensée de toute sa vie,
de ce qui allait faire tour à tour la gloire et la misère
de son règne : l'établissement de la domination française
en Italie .
Depuis le règne de Philippe le Bel,
pour ne pas remonter plus haut, une tradition constante, ressouvenir instinctif
et inconscient de l'époque carolingienne,
aspiration confuse et malhabile à la reprise de la Lotharingie,
poussait la France
vers l'Italie comme vers le Rhin ;
déjà, sous Louis XI et
Charles
VIII, une suite de guerres et d'affaires de succession avaient rattaché
à la couronne les provinces dépendant des successions de
Bourgogne
et de Provence .
Louis XII allait tenter à son tour,
comme héritier de son aïeule Valentine
Visconti, la conquête de la Lombardie ;
comme héritier substitué au droit des princes de la maison
d'Anjou ,
la conquête du royaume de Naples ;
comme continuateur de la tradition politique française, le rétablissement
d'un protectorat moral sur tous les Etats d'Italie et d'alliances particulières
avec quelques-uns. Mais l'exécution de ce grand programme politique,
si
légitime et si grandiose, se heurta à des ambitions non moins
nettes dans leur programme et plus habiles dans leurs procédés
: celle de Ferdinand le Catholique,
celle du pape Jules II, celle de la République
de Venise.
De là, une longue suite d'alliances formées et renversées,
de traités conclus et déchirés, de guerres, enfin,
qui remplissent tout le règne de Louis XII.
La première de ces guerres est l'expédition
contre le Milanais
(d'août 1499 à avril 1500). Ludovic Sforza, tout-puissant
en Italie, depuis la retraite de Charles VIII
et le traité de Verceil, presque aussi influent en Allemagne
où il était le banquier ordinaire et souvent mis à
contribution de Maximilien pochi danari,
était le premier et le plus redoutable ennemi de la France
en 1499. Louis XII ne s'engagea qu'à bon escient dans une guerre
décisive contre lui, après s'être assuré la
neutralité de la plupart des princes italiens (le duc de Ferrare,
le marquis de Mantoue ,
les républiques toscanes), celle plus bienveillante de Florence,
l'adhésion des Etats subalpins et l'alliance de la république
de Venise et du Saint-Siège ,
alors occupé par Alexandre VI,
qu'il gagna : celui-ci par la promesse d'un établissement pour son
fils César Borgia, celle-là
par la cession de Crémone ;
il ne laissait à Ludovic Sforza, avec l'alliance impuissante du
roi de Naples ,
que quelques contingents de la république de Bologne
et de la comtesse de Forli .
Après quinze mois de campagne diplomatique et de préparatifs
militaires, l'occupation du Milanais ne prit que six semaines et la conquête
totale s'en fit en huit mois.
La première campagne marquée
par la prise et le sac de la Rocca d'Arezzo, d'Annona, l'occupation sans
coup férir des places de l'Oltra Po, la retraite des Sforzesques
sur Alexandrie
d'abord, puis sur Pavie ,
la prise d'Alexandrie, enfin la débandade des Sforzesques et le
départ, non impromptu, mais précipité du duc, avec
son frère Ascanio et ses fils Maximilien, prince de Pavie, et François,
pour l'Allemagne, livra le territoire aux Français : la clef de
la domination en Milanais, le Castello de Milan, leur fut abandonnée
par la trahison de Bernardino da Corte. Mais, trois mois plus tard, Ludovic
Sforza fit un retour offensif victorieux, bloqua le Castello, chassa les
Français de Milan, fit reculer Trivulce jusqu'à Mortara,
s'empara de Novare. Déconcertés, les Français se ressaisirent
bientôt : la seconde campagne - marquée par le sanglant épisode
du sac de Tortone par les Gascons d'Yves d'Alègre - se joua autour
de Novare, qui fut perdue et reprise par les Français commandés
par La Trémoille. Le duc Sforza fut, le 10 avril 1500, trahi par
les Suisses, et, livré à Louis XII, fut enfermé dans
le donjon de Loches. Sa famille fut dispersée,
exilée ou réduite à l'impuissance. Milan fut accablée
par la clémence royale et le poids d'une énorme rançon.
L'administration française, crée
dès le mois d'octobre 1499, représentée par un gouverneur
(J.-J. Trivulce, puis Chaumont d'Amboise) et par un sénat sous la
présidence de l'évêque Sacierges (puis Etienne Poncher),
commença à fonctionner régulièrement. Guelfes
et Gibelins furent également soumis et écrasés.
Telle fut la conquête du Milanais. A cette guerre se rattachent quelques
menues expéditions : la campagne de Beaumont comme auxiliaire des
Florentins contre Pise, qui échoua (1500); la campagne d'Yves d'Alègre
comme auxiliaire de César Borgia contre Catherine Sforza, qui se
termina par la conquête de Forli et d'Imola (1499-1500). La cession
de Crémone aux Vénitiens s'opéra sans difficultés
(1500).
Une seconde guerre eut pour but la conquête
du royaume de Naples ,
pour résultat l'occupation du royaume, puis l'expulsion de l'armée
française et la perte définitive de cette conquête
si facilement faite deux fois et plus facilement perdue. Si puissant
qu'il fût dès lors en Italie, Louis XII n'osa pas attaquer
seul le roi de Naples, et il s'entendit pour une conquête à
frais communs avec le roi Ferdinand le Catholique,
comme il s'était précédemment entendu avec les Vénitiens
pour la conquête et le partage de la Vénétie. Le traité
de Grenade
(11 novembre 1500) donna à Ferdinand les duchés de Pouille
et de Calabre, à Louis XII les autres provinces avec le titre de
roi. La campagne, conduite pour la France par d'Aubigny, pour l'Espagne
par le grand capitaine Gonzalve de Cordoue,
fut rapidement achevée : le sac de Capoue la souilla, la trahison
de Gonzalve la déshonora. Frédéric, réfugié
à Ischia, tenta de négocier avec d'Aubigny, mais dut se rendre
à discrétion à Philippe de Ravenstein, commandant
de la flotte française, et fut mené en France
où Louis XII lui accorda une honorable retraite.
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Statue
équestre de Louis XII, sur la façade de l'hôtel de
Ville de Compiègne.
©
Photo : Serge Jodra, 2010.
Les Espagnols et les Français se
partagèrent le royaume. Mais la guerre, commencée contre
les Napolitains, recommença bientôt contre les Espagnols (juin
1502) au sujet de la Capitanate et de la Basilicate, revendiquées
par les deux anciens alliés. Ce fut une longue guerre d'escarmouches
et de surprises, où les Français perdirent leurs avantages,
à cause des discordes de leurs chefs et aussi de leur incapacité
: la Pouille et la Calabre
furent d'abord occupées entièrement, moins cinq places, par
les Français, et Gonzalve réduit à s'enfermer dans
Barletta, mais il sut tromper le duc de Nemours par de longues négociations
et donna ainsi aux renforts d'Espagne le temps d'arriver. Il reprit l'offensive
en avril 1503, battit d'Aubigny à Seminara et reprit la Calabre,
fit La Palice prisonnier, vainquit à Cérignoles
le duc de Nemours qui y fut tué (28 avril), obligea d'Aubigny à
se rendre et Naples à capituler. Bientôt il ne resta aux Français
que Venoza et Gaëte où se défendaient vigoureusement
Louis d'Ars et le marquis de Saluces. Une armée de renfort, amenée
aux Français par La Trémoille, ne put dépasser le
Garigliano et resta deux mois dans les marais, décimée par
la maladie, puis fut poursuivie par les Espagnols dans sa retraite et prise
en grande partie avec son artillerie (27 décembre 1503). Le reste
capitula dans Gaëte. Seul Louis d'Ars continua la guerre et rentra
glorieusement en France. Une diversion tentée contre les Espagnols
en Roussillon
échoua également (dans l'attaque de Salces).
La diplomatie n'avait pas mieux réussi
à Louis XII que la guerre dans ces années. Ferdinand
lui avait envoyé son gendre Philippe
le Beau, archiduc d'Autriche ,
sous prétexte d'élucider les difficultés du traité
de Grenade, en réalité pour gagner du temps. Philippe le
Beau réussit aisément dans sa mission, et Louis XII promit
même, pour assurer la paix et à l'instigation de Anne
de Bretagne « qui n'avoit nullement l'humeur françoise
», de marier sa fille Claude à Charles, fils de l'archiduc
(3 avril 1503) : ce mariage aurait été désastreux
pour la France. La mort d'Alexandre VI
(18 août 1503) fut l'occasion d'un autre échec : le cardinal
d'Amboise espérait le remplacer, mais trahi par Julien de La Rovère
et le parti espagnol du conclave, que César Borgia malade ne put
diriger, il dut s'effacer devant un candidat inoffensif, le cardinal Piccolomini
(Pie III), puis, après le très court
pontificat de ce vieillard malade, devant Julien de La Rovère lui-même,
ancien protégé de Louis XII, qui fut élu comme ami
de la France, et devint, sous le nom de Jules
II, son pire ennemi. Ces revers, tant diplomatiques que militaires,
consternèrent la France. On croyait déjà Gonzalve
en marche pour conquérir toute l'Italie .
Louis XII n'y avait plus d'autre allié que Florence; les Suisses
et les Vénitiens commençaient à être mécontents
de lui. Dégoûté pour le moment de l'Italie, Louis XII
conclut une trêve avec Ferdinand, désireux lui-même
de la paix pour assurer sa domination à Naples .
Cette trêve fut suivie de négociations pour donner le royaume
de Naples, sous la tutelle de l'archiduc, à Charles d'Autriche et
à Claude de France. Ferdinand refusa son consentement.
C'est alors que, par un renversement d'alliances
comme ce règne en vit tant, Louis XII, l'empereur et l'archiduc,
irrités contre Ferdinand le Catholique,
le pape, jaloux de son influence grandissante en Italie
et voulant punir les Vénitiens de leur semi-trahison en sa faveur,
signent les trois traités de Blois
(22 septembre 1504), également désastreux pour la France ,
tant pour son intégrité territoriale que pour son influence
en Italie. Par le premier, Louis XII et Maximilien
font alliance, sur le conseil du pape, « pour punir les iniquités
des Vénitiens qui ont fait grand préjudice à l'Eglise
romaine, au Saint-Empire et au roi très chrétien en s'emparant
sur eux de plusieurs villes et provinces ». Par le second, l'empereur
accorde à Louis XII définitivement l'investiture du Milanais
pour lui, ses enfants mâles et, à leur défaut, Claude
de France : ces deux traités limitaient le développement
moral et matériel de la France outre-monts. Par le troisième,
Louis XII constituait en dot à sa fille Claude, mais en s'en conservant
la jouissance sa vie durant, ses possessions italiennes (Milan, Gênes,
Asti), les duchés de Bretagne ,
de Blois, et, à défaut d'enfants mâles, de Bretagne.
Ces traités furent complétés
par une convention non moins funeste (12 octobre 1505) : la cession de
tous les droits de la France sur le royaume de Naples
à Ferdinand le Catholique, moyennant le mariage de celui-ci avec
la mère de Louis XII, Germaine de Foix. C'était l'abandon
de toute la politique du début de son règne, si conforme
à la tradition nationale. Elle était sacrifiée à
des intérêts purement familiaux, qui étaient mêmes
contraires à ceux de la dynastie : Anne
de Bretagne favorisait et faisait favoriser sa fille exclue du trône
aux dépens de l'héritier présomptif. Louis XII fut
ému des plaintes et des réclamations unanimes que soulevèrent
ces maladresses diplomatiques. Il se décida à faire appel
à la nation et réunit les Etats généraux à
Tours
en 1506. C'est la seule convocation, pendant la durée de l'ancienne
monarchie, qui ait eu pour motif les affaires extérieures et diplomatiques
du pays : les Etats demandèrent la suppression en fait du troisième
traité en réclamant le mariage de Claude avec François
d'Angoulême. Louis XII se rendit très volontiers au voeu de
la nation et déclara à Philippe qu'il renonçait au
troisième traité « comme contrevenant au premier serment
solennel fait par lui à Reims
qui est de faire toute chose que connoîtra être au bien, sûreté
et conservation du royaume, sans consentir ni permettre la diminution d'icelui
». La mort de Philippe, que cette rupture avait disposé à
la guerre, débarrassa inopinément, mais à propos,
Louis XII d'une réelle difficulté.
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Louis
XII, roi des Francs, sur une monnaie.
Une troisième guerre vint renouveler
la prestige de la France
en Italie
: la république de Gênes, qui avait accepté la domination
française en 1499, se révolta en 1507, sous prétexte
d'oppression administrative et financière, mais à l'instigation
du pape et des Vénitiens, et se plaça
sous la protection de l'empereur. Cette révolte fut accueillie par
tous les princes italiens comme un prodrome de la libération de
l'Italie. Jules II déclara que le moment était venu pour
elle de recouvrer son indépendance, et Maximilien
se prépara à appuyer ce mouvement malgré la paix conclue
à Blois
avec la France.
Louis XII comprit la grandeur et l'imminence
du danger, qui dépassait de haut l'horizon dénudé
des montagnes de Ligurie
: une armée considérable marcha rapidement sur Gênes
qui, n'ayant pu l'arrêter au passage des Apennins, dut se rendre
à discrétion (29 avril). Louis XII réprima cruellement
la révolte (le doge de l'insurrection, Pat di Novi, fut décapité)
et abolit la constitution républicaine et prononça la réunion
de Gênes au domaine royal. Cette victoire épouvanta l'Italie.
Jules
Il se rejeta vers l'alliance française : au lieu de commencer
par les Français la mise en exécution de son programme fuori
barbari, c'est par eux qu'il se résignait à finir. Ferdinand
d'Aragon eut avec Louis XII, à Savone, une entrevue célèbre,
parce qu'elle est restée fort mystérieuse, mais qui n'a eu
aucun résultat appréciable sur les événements
ultérieurs. Le seul Maximilien continua ses armements.
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L'entrée
deLouis XII à Gênes.
Alors se produisit un nouveau revirement
diplomatique. Maximilien proposa aux Vénitiens
une alliance en vue du partage du Milanais ,
en leur communiquant le traité de Blois
où Louis XII les avait abandonnés en principe. Les Vénitiens
repoussèrent cette proposition. Leur alliance avec Louis XII sembla
s'en renforcer : il leur garantit leurs conquêtes. La guerre commença
entre Maximilien et la République, mais, par une de ses lubies ordinaires,
l'empereur abandonna son armée sur la frontière, pour aller
réunir des renforts et des subsides. Sur quoi les Vénitiens
prirent l'offensive et voulurent attaquer Trente de concert avec les Français,
mais Louis XII refusa de rompre son traité avec l'Allemagne
: Venise conclut alors (7 juin 1507) une trêve de trois ans avec
Maximilien sans y comprendre la France .
Cette violation du traité de 1499, qui moralement avait été
violé tant de fois, mit Louis XII en fureur. Il voulut se venger
de Venise. Maximilien lui proposa l'exécution du premier traité
de Blois : le cardinal d'Amboise et Marguerite d'Autriche signèrent,
avec l'adhésion du pape, du roi d'Aragon, du duc de Ferrare, le
10 décembre 1508, la ligue de Cambrai
« pour faire cesser les dommages, injures, rapines et maux que les
Vénitiens ont faits tant au Saint-siège
apostolique qu'au Saint-empire romain, etc. ». Les raisons véritables
de cette ligue étaient la prospérité de la République,
l'étendue de son commerce, la richesse de son industrie, l'extension
incessante de son domaine de Terra firma.
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Louis
XII, père du peuple.
Une quatrième guerre commença
au printemps de 1509 : Jules Il avait sous
main prévenu la République du danger qu'elle allait courir,
voulant non pas sa ruine, mais la restitution des conquêtes faites
au détriment de l'Eglise. Louis XII passa l'Adda le 8 mai et rencontra
les Vénitiens, commandés par Pitigliano et B. d'Alviano,
à Treviglio : un habile mouvement les obligea à se jetter
sur Vailate et Agnadello
où l'infanterie française les bloqua dans les marais et les
battit complètement. La victoire livra aux Français par capitulation
Brescia, Crema et Bergamo. Peschiera fut prise et pillée. Les autres
alliés se jetèrent alors sur le lion de Saint-Marc blessé
: le pape, le duc de Ferrare, le marquis de Mantoue, Ferdinand recouvrèrent
les territoires et places détenus par Venise. Maximilien,
après quelques succès, fut honteusement battu et obligé
de lever le siège de Padoue
(15 septembre - 3 octobre 1498). Mais la République avait fait appel
à la diplomatie et commençait à désunir la
ligue de ses ennemis victorieux. Après le retour de Louis XII en
France ,
Jules II l'abandonna et, se rapprochant de Venise qui lui abandonnait ses
conquêtes, reprit l'exécution, momentanément interrompue,
de son plan d'expulsion des Français. Il s'allia avec elle, avec
les Suisses, mécontents de l'économie
de Louis XII, et de Ferdinand, en lui
abandonnant l'investiture de Naples .
Louis XII resta sans autre alliés
que Maximilien et le duc de Ferrare. Cependant cette cinquième guerre
commença heureusement pour lui (échec de la flotte vénitienne
à Gênes,
incursion inutile des Suisses dans le Milanais, défaite des Vénitiens
au siège de Vérone) et il tenta, avec l'appui du concile
national de Tours de porter la guerre contre Jules II dans le domaine spirituel.
Mais le pape prit l'offensive au temporel : il obligea Chaumont à
lever le siège de Bologne, entra par la brèche dans la Mirandole
(janvier 1511), mais il fut repoussé sur Ravenne par Bayard.
Au congrès de Mantoue, convoqué par Maximilien pour la pacification
de l'Italie ,
Jules Il réussit à faire repousser les propositions fort
modérées de Louis XII. Louis XII lui répondit en convoquant
un concile général à Pise .
Trivulce alla l'attaquer dans Bologne, d'où la population soulevée
l'obligea à s'enfuir (21 mai 1511). Mais Louis XII n'osa pas profiter
de sa victoire; il laissa la pape rentrer tranquillement dans Rome,
intriguer avec Henri VIII et Maximilien
contre lui, mettre Pise en interdit, l'obliger à transférer
son concile à Milan
et à convoquer lui-même un concile à Latran.
Le système des alliances fut de
nouveau modifié par le génie obstiné de Jules
Il et l'accumulation de maladresses de Louis XII à qui manquait
son conseiller d'Amboise. Le 5 octobre 1511, la Sainte Ligue se forma entre
Venise,
le pape, Ferdinand, Henri VIII (qui conclut
un traité particulier avec Ferdinand pour la rétrocession
de la Guyenne à l'Angleterre
et celle de la Navarre
à l'Aragon ),
les Suisses, et avec l'adhésion de Maximilien.
Une sixième guerre commence; Louis
XII a pour général en Italie ,
son neveu, Gaston de Foix, duc de Nemours,
heureux général à vingt-deux ans. Cerné entre
l'armée vénitienne, 16,000 Suisses qui descendaient les Alpes ,
l'armée espagnole qui venait sur Imola, il réussit à
disperser ou à acheter les Suisses, à entrer dans Bologne
assiégée par l'armée de la ligue et à la délivrer
(7 février 1512), à battre les Vénitiens, à
aller en neuf jours de Bologne à Brescia ,
à enlever Brescia d'assaut et à la mettre à sac (19
février 1512), puis à revenir sur Modène, avec 1600
lances, 18,000 hommes de pied et l'artillerie de Ferrare,
contre Raymond de Cardona, et enfin à livrer et gagner la sanglante
bataille de Ravenne
où il mourut. Sa mort rendit inutile cette belle victoire. La Palice
ne sut que ramener l'armée en Milanais. Toute l'Italie se souleva
contre les Français. Maximilien envoya
le fils de Ludovic le More reconquérir le Milanais avec une armée
de Vénitiens et de Suisses.
Bologne fut reprise, Gênes se souleva,
les Médicis furent imposés à Florence.
II ne restait plus aux Français que les citadelles de Milan, Novare,
Crémone, et Gênes. Maximilien Sforza fut rétabli comme
duc dans le Milanais démembré par ses alliés. La France
fut attaquée sur son propre territoire;
Henri
VIII envoya 10,000 hommes en Espagne pour attaquer les Pyrénées
et la Guyenne (4 février 1512); Marguerite d'Autriche voulait enlever
la Picardie; les Suisses entraient en Bourgogne .
Ferdinand enleva la Navarre
à Jean d'Albret. La mort de Jules Il
(21 février 1513) ne fut qu'une heure de répit pour la France
dans cette mêlée furieuse de haines et d'intrigues. L'alliance
renouvelée avec Venise
ne lui valut que l'illusion d'un retour de fortune (24 mars 1513); le duché
de Milan fut en effet occupé par La Trémoille et Trivulce,
et Maximilien s'enferma dans Novare, comme son père l'avait fait
quatorze ans auparavant. Mais les Suisses réparèrent leur
trahison d'alors en obligeant La Trémoille à battre en retraite
et en le vainquant à la Riotta (6 juin), tandis que Raymond de Cardona
ravageait le Milanais. L'Italie était perdue définitivement.
La France
était attaquée sur toutes ses frontières : en Bourgogne,
sur les Pyrénées, à Calais .
Henri VIII assiégea Thérouane et gagna la bataille d'Enguinegatte
ou Journée des Eperons (16 août), mais il se brouilla avec
son allié Maximilien et retourna en
Angleterre .
La Trémoille se débarrassa par « un traité merveilleusement
étrange » des Suisses qui assiégeaient Dijon.
Léon
X se contenta du désaveu du concile de Milan et de l'abandon
du Milanais à Maximilien Sforza pour traiter avec Louis XII (13
mars 1514). Alors les autres alliés firent leur paix et, pour la
sceller, Louis XII épousa Marie,
soeur de Henri VIII, âgée
de seize ans, tandis que lui-même en avait cinquante-trois.
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Le
mariage de Louis XII et de Marie d'Angleterre.
Louis XII mourut le 1er
janvier
1515. Après avoir fait la guerre pour le succès d'une tradition
nationale, et l'avoir faite heureusement, il avait été amené
à la continuer par des passions personnelles de vengeance ou d'ambition,
et enfin il avait dû la soutenir, avec des chances de moins en moins
favorables, par nécessité et pour sa propre défense.
Son terrain d'action, d'abord nettement circonscrit, s'était agrandi
peu à peu, et il avait vu s'écrouler successivement toutes
les parties de l'oeuvre diplomatique des quinze premiers mois de son règne
: il laissait la France
dans la même situation diplomatique qu'il l'avait trouvée.
Toutes ses guerres, si malheureuses en somme qu'elles eussent été,
avaient d'ailleurs laissé la France assez prospère matériellement
: l'agriculture s'était beaucoup développée, «
bien la tierce partie du royaume avait été défrichée
en douze ans ». Son règne se signale par une administration
honnête et économe; secondé par un grand ministre,
le cardinal d'Amboise ,
Louis XII protéga les lettres, les arts, le commerce. L'influence
des arts et des moeurs de l'Italie
grandit à ce perpétuel contact des deux peuples. La guerre
contre Jules Il et l'opposition populaire
favorisée par Louis XII contre son ennemi contribuèrent à
précipiter en France le mouvement d'idées de la Renaissance .
Ce roi fit rédiger les Coutumes, rendit les juges inamovibles
et défendit la vénalité des charges. Le surnom de
Père
du peuple lui fut décerné par les États généraux
de Tours
en 1506.
Louis XII ne laissa pas d'enfant mâle,
et la couronne passa à François Ier.
(L.-G. Pélissier).
-
Statue
de Louis XII, sur la façade méridionale du château
de Blois.
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