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Encyclopédie
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croyons devoir présenter sommairement sous le nom de Carême
(quadragesima) tout ce qui se rapporte aux mots concernant la même
matière : jeûne, maigre, Quatre-Temps,
Station, Superposition, Vigile, Xérophagie). - Le jeûne est
pratiqué dans les trois religions monothéistes,
Judaïsme,
Christianisme
et Islam. Les Chrétiens, en particulier,
outre ce qu'ils trouvent dans l'Ancien Testament Les réformateurs reconnurent ces évidences, tout en réprouvant la réglementation catholique. Luther estime qu'il serait bon de pratiquer un jeûne en commun pour la préparation aux grandes fêtes, Noël, Pâques, Pentecôte, et le vendredi soir de chaque semaine; mais il répugne à l'établissement officiel de jours de jeûne. Calvin recommande positivement le jeûne : « Quand il advient quelque différent en la Chrestienté, qui tire grande consequence, quand il est question d'eslire un ministre, ou quand il y a quelque affaire difficile ou de grande importance : ou bien quand il apparoist quelques signes de l'ire de Dieu, comme guerre, peste ou famine : c'est un ordre sainct et utile en tout temps, que les pasteurs induisent leurs peuples à iusnes [jeûne] et prieres extraordinaires (Institution Chrestienne, I. 1V, ch. XII, 14) [...].Néanmoins il considère comme « un erreur, qui ne laisse point d'estre dangereux, de requerir et commander estroitement le iusne, comme si c'estoit une des oeuvres principales de l'homme Chrestien. Item de le priser tant qu'il semble advis aux gens qu'ils ayent fait une oeuvre digne et excellente, quand ils auront iusné (19)... C'a esté une fausse imitation et frivole, et pleine de superstition, que les anciens ont appelé iusne de Quaresme (20). »
Comme en français, le nom du carême est formé, dans toutes langues dérivées du latin, par l'altération du mot quadragesima. Mais primitivement ce mot paraît avoir désigné, non quarante jours, mais quarante heures, les quarante heures du tombeau, écoulées entre l'ensevelissement de Jésus et sa résurrection, in quibus ablatus est spondus (Tertullien, De jejunio, 13). Dans une lettre adressée, vers 193, à saint Victor, évêque de Rome, et reproduite par Eusèbe (Hist. eccl., V, 24), saint Irénée, évêque de Lyon, signalait comme déjà anciennes de nombreuses et importantes différences dans la pratique des chrétiens, pour la durée du jeûne pascal : « Quelques-uns pensent qu'ils doivent jeûner un jour, d'autres deux jours, d'autres même plusieurs jours, tandis que d'autres additionnent quarante heures prises à la suite sur le jour et sur la nuit. »Par l'effet de causes analogues a celles qui produisirent et développèrent l'ascétisme monachique, la durée du jeûne pascal fut successivement augmentée et finit par comprendre quarante jours, en imitation, dit-on, du jeûne de Moïse sur la montagne (Exode, XXIV, 18 ; XXXIV, 28), et de celui de Jésus au désert. Cependant, ce nombre ne fut point fixé d'une manière générale avant le commencement du VIIe siècle. Socrate, en son Histoire ecclésiastique (V, 21), qui va jusqu'à l'an 439, dit qu'à Rome le jeûne n'était que de trois semaines, tandis qu'il était de sept en Illyrie -
Aux premiers siècles, l'observance fidèle du jeûne exigeait l'abstinence totale de nourriture pendant tout le jour. Chez les Grecs, le jeûne du samedi saint devait même être prolongé, non seulement jusqu'au soir, mais jusqu'au chant du coq. Mais déjà au temps d'Épiphanie (fin du IVe siècle), le jeûne pouvait être rompu aussitôt après la neuvième heure (trois heures après midi), le moment où, selon les Chrétiens, Jésus expira; dans la suite, il put l'être dès midi. Quant aux aliments qui pouvaient être pris alors, aucune exclusion ne semble avoir été généralement observée en ce temps-là, la seule règle étant d'en user avec modération. De là, des pratiques fort différentes suivant les lieux, et aussi suivant l'arbitre de ceux qui jeûnaient : « Quelques-uns, dit Socrate (Hist. eccl., V, 22), s'abstiennent de tout ce qui a vie; d'autres ne mangent que le poisson parmi les créatures vivantes; d'autres, les oiseaux aussi bien que les poissons, parce que, d'après le récit de la création (GenèseCependant le concile Les conditions normales
pour les dispenses sont : la maladie, la faiblesse, la vieillesse et la
nécessité. Ceux qui les obtiennent doivent remplacer l'abstinence
par des dons dont le produit appartient à l'Église. Dans
le temps où le carême était sévère et
les peuples soumis volontairement ou contraints par les pouvoirs séculiers,
ces dons ont suffi à élever de véritables monuments.
Le nom de Tours de beurre est resté à celles qui décorent
les belles églises de Rouen L'Église épiscopale d'Angleterre est la seule église protestante qui ait conservé officiellement le jeune du carême, et quelques autres en usage chez les catholiques. Certaines églises protestantes ont bien encore tous les ans ce qu'elles appellent un jour de jeûne, mais ce n'est qu'un jour de repentance et d'humiliation, sans prescriptions obligatoires pour la nourriture. L'obligation de l'abstinence
des aliments prohibés en certains jours commence à l'âge
de sept ans; celle du jeûne, seulement à l'âge de vingt
et un ans, à moins qu'on n'en soit tenu plus tôt par des voeux
monastiques ou autres. Cette réglementation prohibe tout ce qui
confine à la sensualité ou aux réjouissances. Une
recommandation de saint Paul (I, Cor., VII,
5), indique que les premiers chrétiens s'abstenaient des relations
conjugales lorsqu'ils vaquaient au jeûne. Le concile de Laodicée
défendit de célébrer les noces en carême et
d'y faire des banquets pour les jours de naissance; il interdit même
la solennisation des fêtes des martyrs en ces temps, à l'exception
des samedis et des dimanches (Canons, 51, 52). Par la suite l'Église
catholique, non seulement refusera de procéder aux mariages, mais
elle mettra pendant le carême les signes du deuil sur les autels Les premiers chrétiens
se réunissaient pour passer la nuit en prières, la veille
de leurs fêtes. Ces veillées (Vigiliae) fournirent
aux adversaires du christianisme le prétexte
de graves accusations et parfois aux chrétiens eux-mêmes l'occasion
de désordres que leurs apologistes n'ont pas complètement
niés, et qui sont visés par certaines dispositions des conciles
d'Elvire (300?) et d'Auxerre On attribue à Calixte Ier (217-223) l'institution d'un jour de jeûne aux quatrième, septième et dixième mois de l'année. Les juifs avaient un usage analogue, lequel vraisemblablement avait été conservé ou adopté par les premiers chrétiens. Léon Ier (440-461) ajouta un quatrième jour pour le premier mois. Telle est l'origine du jeûne des quatre-temps, dont l'ordre, après avoir varié pendant longtemps, a été définitivement fixé par une décision reproduite dans le Décret : Statuimus ut jejunia quatuor temporum hoc ordine celebrentur : primum initio quadragesimae, secundum in hebdomade Pentecostes, tertium vero in septembri, quartum in decembri (Dist. 76, can. 4). C'est pareillement
aux juifs que nous paraît devoir être rapportée l'origine
du jeûne et du maigre pour le mercredi, le vendredi et le samedi,
Les Pharisiens jeûnaient deux fois la semaine (Luc, XVIII,
2), parce que, suivant la tradition, Moïse
était monté sur le mont Sinaï un jeudi et qu'il en était
descendu un lundi, apportant les tables de la loi. Les chrétiens
zélés jeûnèrent le mercredi et le vendredi,
jours où Jésus avait été
trahi et crucifié. Au temps d'Hermas (Hermae Pastor Ces stations devinrent obligatoires; mais sous le pontificat d'Innocent Ier (402-417), on remplaça le jeûne du mercredi par celui du samedi. Le jeûne du samedi scandalise les Grecs et constitue un de leurs principaux griefs contre l'Eglise latine. Enfin, pour épuiser le vocabulaire officiel de cette matière, mentionnons qu'on appelle Superposition, la prolongation volontaire du jeûne au delà de la durée normale. Dans l'Église grecque, le jeûne et les abstinences sont beaucoup plus sévères qu'en l'Église latine. Outre le grand carême antépascal, les vigiles et quelques autres jeûnes, on y observe un carême qui précède la fête de Noël, plus deux grands jeûnes, celui des Apôtres, du lundi après la Trinité jusqu'à la fête de saint Pierre (29 juin), et celui de la Mère de Dieu, du 1er au 15 août, fête de l'Assomption : en totalité, deux cents jours de jeûne. Le patriarche ne peut pas accorder de dispenses. L'Église arménienne est plus sévère encore. Anciennement les
moines d'Occident observaient aussi un carême de la Saint-Martin
avant Noël et un carême de Saint-Jean-Baptiste après
la Pentecôte. Un capitulaire Un capitulaire de
Charlemagne portait peine de mort contre les infractions à la loi
du carême. Un arrêté de Henri
IV édicta la même peine contre les
bouchers vendant de la viande. (E.-H. Vollet).
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© Serge Jodra, 2008. - Reproduction interdite.