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Erasme
(Desiderius) de Rotterdam, célèbre littérateur
et philologue de la Renaissance ,
né à Rotterdam
le 28 octobre 1467 (ou 1466?), mort à Bâle le 14 juillet 1536.
Il était fils naturel de Gérard de Praët (de Gouda)
et de Marguerite, fille d'un médecin de Sevenbergen; son père
étant entré dans les ordres ne put le légitimer. Il
mourut, ainsi que la mère d'Erasme, quand l'enfant était
dans sa treizième année. Celui-ci fut d'abord appelé
Gérard fils de Gérard (Geert Geerts, en holl.). C'est lui-même
qui, plus tard, adopta, selon la mode alors régnante, le pseudonyme
gréco-latin de
Desiderius Erasmus (le désiré
très aimé). Il commença ses études à
Gouda; il passa de là à la cathédrale d'Utrecht
où il fut enfant de choeur, puis à Deventer dans l'école
du célèbre Alexandre Hegius, qui pratiquait la méthode
de Rod. Agricola. La mort de sa mère la lui fit quitter au bout
de quatre années. Il perdit ensuite son père et fut placé
par ses tuteurs dans le séminaire de Bois-le-Duc ;
on le destinait à la vie monacale; mais il y répugnait, et
les trois années qu'il passa au séminaire furent à
peu près perdues pour son éducation; il refusa une place
qu'on lui offrait dans le couvent des chanoines
réguliers de Sion, près de Delft. Il revint à Gouda;
mais en 1486 son ancien condisciple de Deventer, Cornelius Verdenus, réussit
à le décider à adopter la vie claustrale. Il entra
au couvent de Stein ou Emmaüs, près de Gouda; après
un an de noviciat il prononça ses voeux. Cependant il ne goûta
pas longtemps cette existence, dont la pratique extérieure du culte
et la bonne chère étaient les principaux soucis; il passait
son temps à lire les classiques anciens et les écrits de
Laurent Valla; avec son ami Guillaume Hermann (dont il édita les
poésies latines en 1497), il s'exerçait à écrire
en latin. Il recueillait les matériaux de son traité De
Contemptu Mundi, satire de la vie des moines. Il en fut bientôt
délivré. Sa réputation de latiniste le fit désigner
pour accompagner à Rome l'évêque de Cambrai ,
Henri de Bergen, qui venait de recevoir le chapeau de cardinal .
Il se rendit auprès de l'évêque qui l'ordonna prêtre
le 25 février 1492. Il gagna sa faveur, et, quoique le voyage à
Rome n'eut pas lieu, il demeura près de lui à Cambrai.
En 1496, son protecteur
exauça son plus vif désir en l'envoyant à Paris pour
achever ses études. Il se rendit au collège de Montaigu dont
le séjour lui déplut; l'enseignement de la théologie
scolastique
le rebutait non moins que la nourriture du collège, d'autant qu'il
avait le dégoût du poisson, dont la vue seule lui donnait
la nausée. Il tomba malade, revint à Cambrai ,
puis en Hollande auprès de parents; retourné à Paris
et n'ayant plus la pension de l'évêque de Cambrai, il donna
pour vivre des leçons particulières. Un de ses élèves,
William Mountjoy, se prit d'affection pour Erasme, l'aida de toutes manières,
le logea chez lui; le jeune maître voyageait d'ailleurs beaucoup,
surtout lorsque la peste désolait Paris, et il se rendit ainsi dans
le Sud de la France, où il se lia avec la marquise Anne de Vera,
qui lui fit une pension de 100 florins et pour le fils de laquelle il rédigea
Oratio
de virtute amplectenda; il alla aussi à Orléans ,
où il passa trois mois chez Jacques Tutor, professeur de droit canon;
son élève Mountjoy l'emmena en Angleterre en 1497, puis de
nouveau en 1498 en lui faisant une pension de 100 couronnes par an.
Érasme y resta
une année (1498-99), à Londres ,
Cambridge
et surtout Oxford; il se lia avec les humanistes
les plus célèbres de l'île,
Thomas
More, Jean Colet, William Grocyn, W. Latimer, fut présenté
par More au roi Henri VII qui l'accueillit fort gracieusement. A Oxford,
il acheva de se rendre maître de la langue grecque, encore peu connue
des érudits; Colet lui fit mieux connaître le texte de la
Bible
et acheva de le dégoûter de la scolastique. Au commencement
de 1499, Erasme rentra en France, passant son temps alternativement à
Paris ,
à Orléans ,
à Louvain, à Rotterdam ,
analysant les classiques grecs et latins et extrayant les sentences qui
le frappaient à la lecture. Il vivait au jour le jour de sa plume,
comme les humanistes d'alors. Chargé par les États de Brabant
de complimenter le nouveau gouverneur, l'archiduc Philippe, en janvier
1504, il reçut pour ce discours un présent de 50 pièces
d'or. A Louvain, il se liait avec les théologiens, dont le futur
pape Adrien VI, et le P. Vitriarius, franciscain. Il éditait les
remarques de Laurent Valla sur le Nouveau Testament
et y joignit une préface (1505). Malgré son désir
de visiter l'Italie, il ne pouvait s'y rendre faute d'argent. Il accepta
une invitation de ses amis d'Angleterre et vint faire à Cambridge
des leçons de grec; il fut présenté à l'archevêque
de Canterbury, William Warham, et chargé d'enseigner le grec au
prince Alexandre, fils du roi Jacques III d'Écosse et archevêque
de Saint-Andrews.
En 1506, il se mit
en route pour l'Italie, passa par Paris, par Lyon où il se plut
beaucoup; en septembre 1506, il était à Turin ,
où l'université le nommait docteur en théologie; il
passa ensuite à Bologne, à Florence ,
revint à Bologne au moment de l'entrée du pape Jules II,
et, après une excursion à Rome, y séjourna plus d'une
année, puis il se rendit à Venise
où il se lia avec Alde Manuce. Celui-ci imprimait ses Adages
(Adagiorum Collectanea ou Chiliades ,
publié pour la première fois en 1500), dont nous reparlerons
plus bas. En 1508, Erasme quitta Venise, hiverna à Padoue
et vint par Sienne à Rome .
Sa réputation, due surtout aux Adages, était déjà
très grande et il fut très fêté. Le pape le
délivra de ses voeux en lui octroyant la permission de vivre et
de s'habiller selon les coutumes de chaque pays où il habiterait.
Il fut appelé en Angleterre par le nouveau souverain Henri
VIII qui l'aimait beaucoup (1509). Durant ce
voyage, ii composait son immortel
Eloge de la Folie .
Il professa le grec à Cambridge avec un grand succès d'après
les grammaires
de Chrysoloras
et de Théodore de Gaza, expliqua les Pères de l'Eglise
et le Nouveau Testament; il rédigea des manuels élémentaires
tels que la Copia verborum. En 1511, l'archevêque de Canterbury
lui donna la cure d'Addington qu'il céda, le 31 juillet 1512, pour
un revenu de 20 livres sterling. Le climat brumeux de l'Angleterre lui
déplaisait, et il ne put s'y fixer. En 1513, il se remit en route,
voyagea à travers l'Allemagne et vint à Bâle. Partout
il était accueilli avec les plus grands égards. Il vécut
encore en Angleterre deux années (1515 à 1516).
A ce moment, il fut
appelé à la cour du jeune souverain des Pays-Bas, Charles,
futur roi d'Espagne et empereur d'Allemagne sous le nom de Charles-Quint.
Érasme reçut le titre de conseiller du roi et une pension
de 400 florins, sans condition de résidence. Il était désormais
à l'abri du besoin et libre de vagabonder et de travailler à
son aise. Il fit de son revenu l'emploi le plus désintéressé;
après s'être constitué un intérieur confortable,
il consacra le surplus à subventionner des jeunes gens sans fortune.
Il rédigea pour le roi Charles une Institutio principis christiani
(Louvain,
1516), mais ne prit jamais aucune part aux affaires politiques. Ses préoccupations
étaient toutes intellectuelles. Nous y reviendrons tout à
l'heure. Il vécut à Bruxelles et à Louvain, retourna
une dernière fois en Angleterre (1517); à partir de 1521,
il se fixa définitivement à Bâle où il rencontrait
les lettrés OEcolampade, Beatus Rhenanus, Glareanus, les fameux
imprimeurs Froben et Amerbach, le peintre Holbein, etc. Lorsqu'en 1529
la Réforme eut triomphé à Bâle, Erasme, qui
n'avait pas voulu l'adopter, se retira à Fribourg en Brisgau ,
où il acheta une maison, mais il n'y fut pas aussi heureux; engagé
malgré lui dans les querelles religieuses, il était vivement
attaqué par les novateurs. Le pape Paul III lui avait donné
en 1534 le prieuré de Deventer, d'un revenu de 1500 ducats. Il voulut
retourner dans sa patrie pour y achever sa vie; la gouvernante des Pays-Bas
l'y avait invité; mais auparavant il se rendit à Bâle
pour y surveiller l'impression de plusieurs ouvrages, notamment d'une édition
de l'Ecclésiaste .
Il y fut arrêté
par la goutte pendant l'hiver de 1535-36, et retenu à la chambre
où il écrivit son commentaire sur le psaume
XIV (De Puritate tabernaculi, scilicet ecclesiae chrislianae) et
travailla à une édition d'Origène
(achevée par Beatus Rhenanus). Trop faible pour voyager, il songeait
à passer à Besançon ,
ville catholique, lorsque les progrès de sa maladie ne lui laissèrent
plus d'espoir. Il mourut dans la nuit du 11 au 12 juillet 1536. Ses derniers
jours furent ceux d'un sage; sa sérénité ne se démentit
jamais, et il accueillit ses amis avec une bonne grâce imperturbable;
prié par eux de donner des ordres, il commanda son cercueil. Il
s'éteignit entre leurs bras et sans l'assistance d'aucun prêtre.
Ses exécuteurs testamentaires furent Boniface Amerbach, Jérôme
Froben et Nicolas Episcopius. Par son testament, il léguait tout
ce qu'il possédait « aux pauvres vieux et infirmes, aux
jeunes orphelines et aux adolescents de belle espérance ».
Toute la ville de Bâle suivit ses obsèques derrière
l'université. Il fut enterré dans la cathédrale.
-
Portrait d'Erasme, par
Holbein
le Jeune.
Oeuvres
d'Erasme.
Erasme est le plus
grand des humanistes du XVIe
siècle, celui dont l'intelligence fut la plus compréhensive
et l'influence la plus étendue. Son oeuvre est immense et d'une
variété prodigieuse, comparable à celle de Voltaire,
dont il a été souvent rapproché. Nous étudierons
successivement ses travaux philologiques, ses travaux théologiques,
son rôle comme publiciste et son attitude vis-à-vis de la
Réformation.
Ses Adages,
collection de maximes recueillies dans les auteurs classiques anciens,
furent l'origine de sa réputation; il semblait que toute la quintessence
de la sagesse antique y fût condensée. La première
édition (Adagiorum Collectanea; Paris, 1500) était
assez courte, mais l'ouvrage reçut des développements considérables,
surtout dans l'édition de 1508 (Adagiorum Chiliades. Elle
comprit environ 4200 sentences, locutions du Adages. Une intention
analogue présida à la composition de deux autres ouvrages
: Parabola seu Similia (Strasbourg, 1514);
et Apophthegmata
(Bâle, 1531); le premier réunit des locutions applicables
aux objets de la nature ou de la vie usuelle, et tirées d'Aristote,
de Plutarque, de Pline,
etc.; l'édition de 1514 en renferme 1 856; le second est un recueil
d'anecdotes empruntées surtout à Plutarque et à Lucien.
Parmi les manuels consacrés à la vulgarisation de l'Antiquité
classique, dont le succès fut attesté par de nombreuses éditions,
il faut citer : De Duplici Rerum ac verborum copia (Paris, 1512);
De
Octo Partium orationis constructione (Strasbourg, 1515); De Conscribendis
epistolis (Bâle, 1522); Familiarium colloquiorum opus
(Bâle, 1524; éd. Stalbaum, Leipzig, 1828; cf. l'éd.
de Leipzig, 1867, 2 vol.).
Erasme fut un des
plus remarquables éditeurs de textes classiques; parmi ses éditions
de classiques latins, mentionnons celles de Caton
(1513), des historiens latins (Suétone,
Scriptores
Historiae Auqustae; Amelius Victor, Ammien
Marcellin, Eutrope, Quinte-Curce)
en 1518, du De Officiis de
Cicéron
(1520), des Tusculanes (1524), de Tite Live
(1531), une célèbre édition de Térence
(1532); parmi les auteurs grecs, Erasme a donné l'édition
princeps de Ptolémée (1530), la
première édition complète d'Aristote
(1531), des éditions de Démosthène
(1532), de Josèphe
(1534), etc. La plupart de ces publications sont excellentes, collationnées
avec soin d'après les manuscrits. Il faut y joindre les traductions
latines de tragédies d'Euripide (Hécube ,
lphigénie ),
des discours de Libanius, d'Isocrate
(De Regno administrando), de
Xénophon
(Tyrannus), de Galien (Exhorlatio ad
bonas artes).
Ses études
philologiques engagèrent Erasme dans deux discussions célèbres,
la première contre Reuchlin, relative
à la prononciation du grec; la seconde contre les humanistes
italiens propos de l'élégance cicéronienne Erasme
avait écrit en 1510 un traité sur la prononciation du grec
(Dialogus de recta latini graecique sermonis pronunciatione); il
soutint que le grec, ancien ne devait pas se prononcer comme le faisaient
les Grecs modernes; que l'il devait être prononcé ê
et non i; que dans les diphtongues ai, ai, ei il fallait faire sonner les
deux voyelles aï, oï, ci, et non les fondre en é, i, i,
comme font les modernes; Reuchlin, au contraire, soutenait la prononciation
de ceux-ci, comme seule correcte; les idées d'Erasme, appuyées
sur la discussion des textes anciens, ont prévalu; la prononciation
érasmienne, encore usitée en France, paraît se rapprocher
plus que l'autre de l'usage des Grecs du Ve
siècle av. J.-C.
La querelle d'Erasme
avec les cicéroniens d'Italie eut un retentissement plus grand.
Lui-même était un fervent admirateur de Cicéron; mais
il n'acceptait pas les excès de. fanatisme
littéraire de l'école de Bembo, qui
voulait qu'on n'employât pour écrire en latin que des mots
et des expressions qu'on trouvait dans Cicéron. Pour les dissertations
scientifiques et théologiques, cela conduisait à l'adoption
de périphrases absurdes. Érasme le fit remarquer très
finement dans son Ciceronianus, dialogue écrit en 1528. Les
humanistes italiens, piqués au vif, répondirent par l'organe
de Pierre Cursius (Defensio pro Italia ad Erasmum Roterodamum, Rome,
1535); Erasme répondit qu'il ne s'attaquait pas à l'Italie,
que, d'ailleurs il ne lui devait pas son éducation.
Érasme écrivit
un certain nombre d'ouvrages pédagogiques intéressants :
De
Ratione Studii et instituendi pueros commentarii (Paris, 1512);
Libellus
novus et elegans de pueris statim ac liberaliter instituendis (Bâle,
1529); De Civilitate morum puerilium (Fribourg, 1530).
Les oeuvres théologiques
d'Érasme sont extrêmement considérables et importantes.
Au premier rang, il faut mettre sa fameuse édition princeps du Nouveau
Testament, en grec, avec traduction latine (Bâle, 1516; 2e
éd., 1519; 3e éd., 1522;
4e éd.,1527; 5e
éd.,1535). C'est d'après la seconde édition que Luther
a publié sa traduction. Erasme avait donné dès
1505 une traduction latine; pour son édition gréco-latine,
il collationna cinq manuscrits et utilisa les notes de Valla
qui on avait collationné sept autres. Il dédia son oeuvre
au pape Léon X qui l'accueillit sans enthousiasme. Érasme
a édité un grand nombre de Pères de
l'Église grecque et latine : Jérôme, Cyprien,
Arnobe,
Hilaire,
Irénée, Chrysostome,
Ambroise,
Augustin,
Origène;
de plus, des traités théologiques,
Enchiridionmilitis
christiani (Anvers, 1509); Institutio principis christiani (Louvain,
1516); Paraclesis seu exhortatio ad christianae philosophiae studium
(Bâle, 1519); Précatio dominica in septem portions
distributa (Bâle, 1523); De Immensa Dei misericordia concio.
(Bâle, 1524); Dilucida et pia explanatio Symboli quod Apos. tolorum
dicitur (Bâle, 1533); Ecclesiastes seu de ratione concionandi
libri IV (Bâle; 1535), le premier manuel d'homélies rédigé
d'après un plan méthodique.
Érasme ne
fut pas seulement un philologue et un théologien; ce fut aussi un
littérateur, écrivain original, dont malheureusement les
écrits ont été rédigés en latin, ce
qui ne leur a pas permis de conserver, de place dans aucune littérature
nationale et nuit aujourd'hui à leur vogue après y avoir
servi. Il demeure cependant un des humoristes les plus fins de l'Europe.
Outre sa vaste correspondance, dont nous dirons quelques mots ci-dessous,
il a écrit un grand nombre de satires, de libelles, de dialogues,
dont quelques-uns sont des chefs-d'œuvre. Son ouvrage le plus connu est
intitulé Colloques (Colloquia; Bâle, 1516).
Il a été souvent réédité.
«
Jamais, dit Hoefer, livre n'eut au XVIe et au
XVIIe siècle autant d'éditions que les Colloques d'Érasme.
C'est là aussi que l'on retrouve tout l'auteur avec cette finesse
d'observation, cette verve caustique et incisive, cette pureté;
cette souplesse et cette élégance de style qui pourraient
faire surnommer Erasme le Voltaire du XVIe siècle. »
La meilleure édition
des Colloques est celle d'Amsterdam (1650). L'Eloge de la folie
(Enconium moriae; Paris, 1509), souvent réédité
et popularisé par les illustrations que Hans Holbein dessina en
1514, en marge de I'exemplaire de Froben écrit après son
voyage en Italie, raille toutes les formes de la sottise humaine avec une
verve extrême; les théologiens, les moines, les hauts dignitaires
de l'Église, les papes, les princes et les autres grands sont successivement
tournés en dérision. Ensuite Erasme donna : Encomium matrimonii
et artis medicae (Bâle, 1516); Epigrammata (Bâle,
1518); Apologiae duae contra Latomum : item De Vera nobilitate; De Tribus
fugiendis : ventre, pluma et Venere (Paris, 1518); Antibarbarorum
liber unus (Bâle et Cologne, 1520); Apologiae omnes adversus
eos qui illum locis aliquot in suis libris non satis circumspecte calumniati
sunt (Bâle, 1522); De Contemptu Mundi epistola (Strasbourg,
1523); Exomologesis sive modus confitendi (Bâle, 1524); Lingua
(Bâle,
1525); Poludaitea (grec), Dispar convivium (Anvers, 1527);
Epistola consolatoria in adversis (Bâle, 1528); Apologia adversus
articulos aliquot per monachos quosdam in Hispanias exhibitos (Bâle,
1529); Vidua christiana ad seren. pridem Ungariae Boemaeque reginam
Mariam; Utilissima consultatio de bello Turcis inferendo (Bâle,
1530). En 1529, il réunit sa correspondance, dont quelques recueils
avaient paru déjà à partir de 1516, et, publia un
Opus
epistolarum (Bâle, in-fol.); un supplément fut publié
à Fribourg en 1532; de nouvelles éditions à Bâle
en 1526, 1538, 1546, 1558.
Cette correspondance,
qu'Érasme entretenait avec les hommes les plus marquants de son
époque, savants, ecclésiastiques, princes; etc. est une des
parties les plus intéressantes de son oeuvre. C'est par un échange
de lettres avec Luther qu'il fut impliqué dans la grande querelle
de la Réformation. Il ne pouvait y échapper, car l'état
d'esprit qu'il repré sentait et qu'il avait contribué à
propager fut une des causes directes de la rénovation religieuse.
Adversaire narquois, mais résolu; de l'Eglise catholique, Erasme
lui avait fait beaucoup de tort. De plus il avait, dans son édition
du Nouveau Testament, demandé qu'on le traduisit en langue
vulgaire. Luther répondit à cet appel. L'attitude que prit
alors Erasme lui a souvent été reprochée. C'était
pourtant celle d'un sage, et il eut le mérite de prévoir
les catastrophes qu'allait entraîner la furieuse réaction
religieuse dont Luther donnait le signal et qui fut poursuivie à
la fois par les réformés et par le catholicisme réorganisé.
La culture philosophique
supérieure et la large tolérance des humanistes
étaient bien plus près des idées actuelles. Le langage
même de Luther le prouve. Après avoir cherché à
s'abriter derrière le grand nom d'Erasme, il se défie de
lui et voici ce qu'il lui reproche :
«
Erasme s'attache trop à l'éducation morale
de l'homme et pas assez à la vraie adoration de Dieu. »
Ce reproche est pour
nous un éloge. Si Erasme hésita à se prononcer dans
le débat engagé à cette époque, c'est moins
par prudence que parce que réellement il ne pouvait donner raison
à aucun des deux partis. Luther lui écrivit le 28 mars 1519;
il répondit de Louvain en lui recommandant la modération.
Il chercha à émpêcher le conflit, blâma la bulle
du pape qui condamnait Luther mais sans le réfuter. Il refusa, malgré
les sollicitations du pape et des princes catholiques, d'écrire
contre les protestants. Cependant, en 1524, il rompit avec Luther qui lui
devenait hostile et qui l'injuria. Erasme écrivit alors son traité
De
Libero Arbitrio auquel Luther répondit par le De Servo Arbitrio
(1525). La polémique envenimée par les emportements du réformateur
continua; Erasme demanda à l'électeur de Saxe justice des
calomnies contenues dans l'écrit de Luther; il écrivit sur
un ton très vif son Hyperaspistes adversus servum arbitrium Lutheri
(1526-27);
il avait déjà riposté très violemment à
Ulrich de Hutten (auteur de l'Expostulatio cum Erasmo) dans ses
Spongia
adversus Hutteni aspergines (Bâle, 1523). D'autre part, un docteur
en Sorbonne ,
du nom de Noël Bedda, accusait Erasme d'être le père
de l'hérésie par sa paraphrase du Nouveau Testament,
et la Sorbonne condamnait comme fausses et hérétiques trente-deux
propositions de l'auteur des Colloques (17 décembre 1527);
le traducteur d'Erasme, Berquin, fut brûlé le 17 avril 1529.
Le grand humanisme était donc en butte aux attaques des violents
des deux partis. A Bâle même, il tenta d'empêcher la
cité d'embrasser la foi luthérienne (Consilium senatui
Basiliensi in negotio Lutheranos, 1525), il n'y réussit pas;
en 1529, les évangéliques font la révolution. C'est
alors qu'Erasme se retira à Fribourg. II entra en polémiqué
avec son ancien disciple Gérard Geldenhauer à qui il adressa
Epistola contra quosdam qui se falso jactant evangelicos (1529). Il
offrit même au cardinal
Cajetan de publier comme saint Augustin un livre de Rétractations.
Après la diète d'Augsbourg ,
Erasme semble décidément du côté des catholiques.
Mais il ne prend plus part à la lutte; il se borne à souhaiter
le maintien de l'Église. Ses idées sont parfaitement exprimées
dans son livre De Amabili ecclesiae concordia (1533). II revient
à cette attitude modérée et conciliatrice du vrai
sage. Mais ces luttes avaient attristé la fin de sa vie et ébranlé
son autorité. Il vit la fin de l'humanisme. (A. M.
B.).
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En
bibliothèque - Les oeuvres
complètes d'Erasme ont été éditées après
sa mort par Beatus Rhenanus (Bâle, 1540-41, 9 vol. in-fol.). Une
excellente édition fut donnée par Clericus (Opera omnia
emendatiora et auctiora; Leyde, 1703-1706, 10 vol in-fol.).
Les
principales biographies d'Erasme sont, après celle que Beatus Rhenanus
a insérée en tête de l'édition des Œuvres
complètes, en français : celles de La Billardière
(Paris, 1721, in-12), Bayle, dans son Dictionnaire, Lévesque
de Buigny (Paris. 1757), Nisard (Rev. des Deux Mondes, août
et septembre 1835), Durand Le Laur (Paris, 1872), Frugère
(Paris,1871); en anglais : celles de Knight (1726, in-8), John Fortin (Londres,
1758, 3 vol. in-4), Butler (Londres, 1525, in-8), Drumond (Londres,
1873), Pennington (Londres, 1874); en allemand : celles de Muller (1528,
in-8), Erhard (dans l'Allgem. Encyclop. d'Ersch
et Gruber), Stichart (Leipzig, 1870). - Citons aussi; Stoekhelin, Erasmus
Stellunq zur Reforrnation; Bâle, 1873. - Scholy, Die Paedagogischen
und didaktischen Grundsaetza des Erasmus; Nordhausen, 1880. - Kan,
Erasmasia - Rotterdam, 1881. - De Nolhac, Erasme en Italie; Paris,
1888. - Cf un article du même dans Rev. des Deux Mondes,
1er juil. 1888. - On trouvera aussi d'abondants renseignements et une bibliographie
dans l'ouvrage de Geiger, Renaissance und Humanismus, de la collection
Oncken.
En
librairie - Erasme, La langue,
Labor et Fides, 2002. - Plaidoyer pour la paix, Arléa, 2002.
- Traité de civilité puérile, Mille et Une
Nuits, 2001. - Guerre et paix, Aubier, 2001. - Eloge de la folie,
Flammarion (GF), 1999. - Les préfaces au Novum Testamentum,
Labor et Fides, 1990. - Colloques (coffret, 2 vol.), Imprimerie
nationale, 1992.
La
correspondance d'Erasme et de Guillaume Budé,
Vrin,. - Luther, Du serf arbitre / Diatribe
d'Erasme, Gallimard (Folio), 2001.
Stefan
Sweig, Erasme, Grasset et Fasquelle, 2003. - Daniel Ménager,
Erasme, Desclée de Brouwer, 2003. - Jean-Christophe Saladin,
Les
funérailles de la Muse (la conférence macaronique dans laquelle
les amis d'Erasme ridiculisent la scolastique), Les Belles Lettres,
2001. - Alexandre Melc, Les 100 adages d'Erasme, Sefi, 1999. - Jacqueline
Lagrée et Paul Jacobin, Erasme, Humanisme et langage, PUF,
1998. - Erika Rummel, Les Colloques d'Erasme, Le Cerf, 1998.
- Jean-Claude Margolin, Erasme, une abeille laborieuse, un témoin
engagé, Paradigme publications universitaires, 1993. - Du même,
Erasme et la musique, Vrin. - M.A. Schreech, Erasme, L'extase
et l'Eloge de la folie, Desclée, 1995.
Hervé
Le Tellier, L'orage en août, Erasme, Faust,
Luther : une rencontre, La Lettre volée, 2003. - Francisco Rico,
Le
rêve de l'humanisme, de Pétrarque
à Erasme, Les Belles Lettres, 2002. - L. de Brabandère
et al., Erasme, Machiavel,
More,
trois philosophes pour le manager d'aujourd'hui, Village mondial, 2000.
- Richard Popkin, Histoire du scepticisme,
d'Erasme à Spinoza,
PUF, 1995.
Augustin Renaudet, Erasme et l'Italie, Droz, 1998. - Marcel Bataillon,
Erasme
et l'Espagne, Droz, 1998. - Silvana Seidel Menchi, Erasme hérétique,
Réforme et Inquisition
dans l'Italie du XVIe siècle, Le Seuil, 1996. - Jean-Claude
Margolin, Erasme, précepteur de l'Europe, Julliard, 1995.
- Simon Markish, Erasme et les Juifs, L'Âge d'Homme, 1990.
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