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Adam

Adam, en hébreu : 'Âdâm (personnage de la Genèse) est le premier homme, le père du genre humain dans le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Selon le mythe cosmogonique biblique, Dieu le créa le dernier jour de la Création, le forma à sa ressemblance, lui donna Eve pour épouse, et les plaça tous deux dans le jardin d'Éden, mais leur désobéissance les en fit chasser. Adam vécut 930 ans et fut père d'Abel, Caïn, Seth.

Adam est un nom générique qui s'applique à la femme aussi bien qu'à l'homme, parce qu'il désigne l'être humain en général (Gen., V, 2). Il est employé pour la première . fois sans article, comme nom propre, dans la Genèse (III, 17). On pense généralement que ce nom, qui signifie « rouge », fut donné au premier homme à cause de la terre rouge, 'adâmâh, dont il avait été formé (Gen., II, 7); il était ainsi pour lui une leçon continuelle d'humilité. Dans la suite, il eut la même signification générale que « homo » en latin, et « homme » en français, tandis que 'iš désigna l'homme par opposition à la femme, 'iššah.

Création d'Adam. 

La Genèse rassemble des textes écrits par plusieurs auteurs. Il y est fait deux fois le récit de cette création : on la raconte d'abord (Gen., I, 26-30), comme faisant partie de la formation de l'univers, qu'elle complète et couronne; on y revient plus loin, (Gen., II, 7, etc.), pour expliquer la manière dont Yahveh (Dieu) créa le premier homme, et passer ensuite (II, 8; V, 5) à l'histoire d'Adam comme père et chef de l'humanité. La création d'Adam eut lieu à la fin de l'oeuvre divine, au sixième jour. Alors, selon la manière de parler familière aux Pères de l'Eglise, le monde se trouva comme une maison préparée et ornée pour le père de la famille humaine, comme un royaume prêt à recevoir son souverain, celui qui était la fin et le complément de tout l'ouvrage des six jours. 
« Et [Dieu] dit : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. » (Gen., I, 26)
C'est la nature humaine qui, d'après saint Augustin est ici désignée par le mot « homme », comme l'indique la suite :
«Il le créa à l'image de Dieu, et il les créa mâle et femelle, et il les bénit, etc. » (Gen., I, 27-28). 
Dieu s'était contenté d'un simple commandement pour produire toutes les autres créatures : 
« Que cela soit, » ou : « Que la terre, que les eaux produisent. »
Mais, pour créer l'homme, il sembla entrer en délibération avec lui-même, comme devant un ouvrage qui dépassait tous les autres en grandeur et en importance : 
« Faisons, » dit-il. 
Tous les Pères ont vu dans ce mot l'indication d'une certaine pluralité des personnes en Dieu, soit que le Père s'adresse au Fils, comme le pensaient Bossuet et S. Chrysostome; soit qu'il parle en même temps au Fils et au Saint-Esprit, selon le sentiment commun de S. Irénée; S. Grégoire de Nysse, etc. Des exégètes modernes ont voulu voir dans ce verbe un pluriel de majesté, qui exprimerait la plénitude de l'être divin. Les mots « à sa ressemblance » ne servent qu'à donner plus de force à l'idée de conformité qu'exprime le mot d' « image ». Nous voyons, en effet, les mêmes expressions employées pour signifier la ressemblance d'Adam et de son fils Seth (Gen., V, 3), et la Bible se sert séparément tantôt de l'une, tantôt de l'autre, pour rendre l'idée énoncée ici. Les Pères de l'Eglise cependant distinguent très souvent entre l'image et la ressemblance : ils entendent la première d'une conformité naturelle par l'intelligence, la volonté, la liberté, etc.; tandis que la ressemblance résulterait des qualités morales, et surtout de la sainteté produite dans l'âme par la grâce habituelle. 

Du reste, qu'ils admettent ou non une distinction réelle dans le sens de ces deux mots, ils sont unanimes à reconnaître, quelque nom qu'ils lui donnent d'ailleurs, une double image de Dieu dans l'homme : l'image naturelle et l'image surnaturelle. Nous nous occuperons plus loin de cette dernière. Touchant l'image naturelle, ils se sont demandé dans quelle faculté de l'âme Dieu l'avait principalement imprimée. Les réponses à cette question sont très diverses, les uns voyant cette image dans la simplicité de l'âme, les autres dans sa spiritualité; ceux-ci dans son immortalité, ceux-là dans le libre arbitre, etc. Ces opinions, au fond, se complètent les unes les autres plutôt qu'elles ne se contredisent; car toutes ces facultés, et prérogatives sont comme autant de rayons, et cette image est le centre d'où ces rayons émanent. Quant à l'image même, par laquelle l'homme ressemble à Dieu d'autant plus qu'il est plus élevé au-dessus de la brute, elle est dans la raison, selon la doctrine de saint Augustin, qui paraît la plus communément reçue chez les Chrétiens. Dieu ajoute : 

« Et qu'il commande aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bêtes, à toute la terre et à tous les reptiles qui se meuvent sur la terre.» (Gen., I, 26). 
Au lieu du singulier : « qu'il commande », l'hébreu porte le pluriel : « qu'ils commandent ». Cet empire sur les animaux est donc donné à Ève aussi bien qu'à Adam, c'est-à-dire à toute l'humanité. En effet, comme le remarque saint Chrysostome, Adam ne s'enfuit pas à leur vue ni à leur approche, quand Dieu les lui amena pour les nommer, et Eve parla sans aucune crainte avec le serpent. Le péché fit perdre à l'homme ce pouvoir; toutefois Dieu tempéra son châtiment en ne soustrayant à sa domination que les animaux les moins utiles, tandis qu'il laissa soumises à son obéissance un grand nombre d'espèces qui l'aident dans ses travaux, ou lui fournissent de quoi se nourrir et se vêtir (S. Chrysostome, Homil. IX in Gen., 5).

Avec cet empire sur les animaux, confirmé par une bénédiction spéciale, Yahveh donna à l'homme le domaine de toutes les plantes et de tous les arbres qui croissent sur la terre, afin qu'ils servissent à sa nourriture (Gen., I, 28-29). Un certain nombre de Pères et de commentateurs concluent de ce passage, rapproché de Gen., IX, 3, que l'usage de la viande fut interdit à l'homme jusqu'après le Déluge (Origène, Hom. i in Genes.; S. Chrysostome, Hom. XVII in Genes., 4; S. Jérôme, Adv. Jovin., I, 18); mais cette opinion n'a pas été partagée par tous les commentateurs. 

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la Genèse, après avoir parlé de la création du premier homme comme faisant partie de la création universelle (I, 26-30), revient une seconde fois à lui pour décrire la manière dont eut lieu sa formation, et raconter ensuite son histoire.

« Le Seigneur, dit-elle, forma donc l'homme du limon de la terre » (Gen., II, 7). 
L'hébreu met « poussière» au lieu de « limon ». On voit par ces paroles que le corps de l'homme a été tiré directement de la terre. Ensuite Dieu « souffla sur son visage un souffle de vie, et l'homme devint animé et vivant » (Gen., n, 7), c'est-à-dire que Dieu créa dans le corps de l'homme une âme, un esprit. Il a été ajouté ensuite « sur son visage », parce que c'est là surtout que se manifeste l'intelligence et que la noblesse de ses traits révèle chez l'homme une âme bien supérieure à celle des bêtes. (S. Augustin, De Civit. Dei, XII, 23). La manière dont la Bible distingue l'âme du corps est la condamnation du matérialisme.

Le langage de la Genèse semble indiquer deux actions successives dans la création d'Adam : d'abord Dieu lui forme un corps de la poussière de la terre; ensuite il crée une âme dans ce corps qui a déjà une figure humaine. C'est ainsi que l'a compris saint Chrysostome. Saint Augustin hésite en plusieurs endroits entre la création successive et la création simultanée de l'âme et du corps, mais il penche évidemment vers la seconde opinion (De Civit. Dei, XII, 23); et c'est celle qu'enseigne formellement saint Thomas (Summ. th., I, q. 91, a. 4, ad 3°m). Il soutient que ni le corps n'a été fait avant l'âme, ni l'âme avant le corps; mais qu'il y a eu création simultanée de ces deux parties de l'être humain. Ce qui n'est pas contesté, c'est qu'Adam fut créé à l'état adulte : l'empire qu'il reçoit immédiatement sur les animaux, la parole divine : « Croissez et multipliez-vous », et toute la suite du récit le montrent.

Élévation d'Adam à l'état surnaturel

Nous avons vu que tous les Pères de l'Eglise affirment qu'Adam portait en lui-même, outre l'image de Dieu imprimée dans son âme et dans ses facultés naturelles, une autre image bien supérieure à celle-là, et consistant dans la sainteté produite par l'infusion de la grâce divine. La formation de cette nouvelle image fut comme une seconde création (cf. II Cor., v, 17), plus belle que celle du ciel et de la terre (S. Augustin, Tract. LXXII in Joa., t. xxxv, col. 1823). C'est l'oeuvre spéciale de celui appelé pour cela « Esprit créateur »; elle fit vivre Adam d'une vie, surnaturelle, participation de la vie même de Dieu. A quel moment eut lieu l'infusion de cette grâce et de la sainteté qui en résultait? D'après une opinion, que saint Thomas (in II, 4, a. 3), déclare avoir été la plus commune de son temps, Dieu n'aurait sanctifié Adam qu'un certain temps après l'avoir créé ; mais selon le même saint Thomas (I, q. 95, a. 1), il « aurait au même instant donné à nos premiers parents la nature et la grâce » dans l'acte même de la création.

Cette ressemblance surnaturelle avec Dieu pouvait être effacée et détruite par le péché, parce qu'elle était absolument gratuite et indépendante de la nature, dont elle ne faisait aucunement partie; tandis que l'image naturelle de Dieu ne diffère pas de la nature même de l'homme, et par conséquent est indestructible dans la vie présente comme dans la vie future (S. Bernard, Serm. I in Annuntiat., 7, t. CLXXXIII, col. 386). 

Adam dans le paradis terrestre 

« Or le Seigneur Dieu avait planté dès le commencement un jardin de délices » (Gen., II, 8), ce que saint Chrysostome explique en ce sens que, à l'ordre de Dieu, la terre aurait produit les arbres de ce jardin. 

Les mots « dès le commencement » désignent, d'après saint Augustin, le troisième jour de la création, la période de la création des végétaux. L'hébreu peut se traduire autrement :

« Et Yahveh Élohim planta un jardin dans Éden à l'orient. »
 Dieu, voulut que ce jardin fût le séjour d'Adam. Après donc qu'il l'eut créé, « il le plaça dans le paradis de délices, afin qu'il le travaillât et qu'il le gardât » (Gen., II, 15), pour « en conserver la beauté, ce qui revient encore à la culture », dit Bossuet, Élévations, Ve sein., 17B élév. Ce travail n'avait rien de pénible, puisque ce jardin était un séjour de délices. Il préservait Adam des dangers de l'oisiveté; il lui rappelait en même temps que Dieu était son maître, et il le tenait ainsi dans une humble dépendance (S. Chrysostome ). Dieu affirma encore son droit souverain et son autorité en faisant défense à Adam de toucher au fruit de l'arbre de la science du bien et du mal (Gen., II, 17); mais cette interdiction même fait éclater sa bonté et sa générosité pour l'homme, puisqu'elle s'arrêta à un seul arbre et laissa à sa jouissance tous les autres. 

Cette défense s'adressait à Ève comme à Adam; la réponse qu'elle fait au serpent (Gen., III, 3) prouve qu'elle la connaissait, aussi bien que la sanction attachée par Dieu à son commandement : « Le jour où vous en mangerez, vous mourrez de mort » c'est-à-dire, d'après le sens de cet hébraïsme, certainement (Gen., II, 17). Pour les Catholiques, Dieu ne parle pas seulement de la mort de l'âme, résultant de la perte de la grâce et de l'amitié divine par le péché, comme le disaient les Pélagiens; il a en vue la mort dans toutes les acceptions du mot (S. Augustin, De Civit. Dei, XIII, 12) et surtout; probablement, la mort du corps (Gen., III, 17-19; Rom., V, 12, 14, etc.). Ce n'est pas à dire qu'à l'instant même de l'infraction, Adam dût être frappé de mort; mais, par le seul fait du péché, il était sujet à une mort infaillible. Le vrai sens de la sentence divine a été bien rendu par Symmaque : « tu seras mortel ».

Cependant, parmi tous les êtres vivants, Adam était seul de son espèce. Dieu le lui fit sentir en lui amenant les divers animaux, « pour voir quel nom il leur donnerait. » (Gen., II, 19). Ce verset ne s'applique pas aux poissons; le premier homme et ses descendants imposèrent le nom aux animaux qui vivent dans l'eau à mesure qu'ils les connurent (S. Augustin). On peut étendre cette observation à d'autres catégories d'êtres qui n'étaient pas dans le paradis terrestre. Or « le nom qu'Adam donna à chaque animal est bien son vrai nom » (Gen., II , 19), c'est-à-dire celui qui exprime exactement sa nature et ses propriétés. Adam ne put connaître cette nature et ces propriétés qu'en vertu d'une science infuse (S. Chrysostome). Nul autre maître que Dieu lui-même n'avait pu l'instruire; nul maître aussi n'avait pu lui enseigner à parler, comme il le fait en formulant, au moins mentalement, les noms des animaux.

Adam nomma tous ces êtres sans en trouver un qui lui fût semblable (Gen., II, 20). Dieu dit alors : 

« Il n'est pas bon que l'homme soit [ainsi] seul [de son espèce]; faisons-lui une aide semblable à lui. » (Gen., II, 18). 
Saint Augustin affirme avec insistance que c'est en vue de la seule propagation du genre humain que Dieu veut créer cette aide pour l'homme. Mais d'autres Pères sont moins exclusifs, et assignent encore à ce concours de la femme plusieurs fins différentes de celle-là. 
« Le Seigneur Dieu envoya donc un profond sommeil à Adam, et, lorsqu'il fut endormi, il tira une de ses côtes et mit de la chair à sa place. Et le Seigneur Dieu forma, avec la côte qu'il avait tirée d'Adam, une femme, et il la lui amena. » (Gen., II, 21-22).
Le récit biblique met en évidence la dignité de la femme : délibération divine avant sa création comme avant celle de l'homme, et pareille solennité dans l'exécution. Le corps d'Adam est comme la terre vivante de laquelle Dieu prend le corps de celle qui va être sa compagne. Ce sommeil du premier homme, pendant lequel le Seigneur accomplit son oeuvre, ne fut pas un sommeil ordinaire. (S. Augustin). Ce fut une sorte d'extase dans laquelle Adam comprit le sens de ce que Dieu opérait en lui. Dieu lui fit voir combien étroite était l'union du mariage, en prenant une de ses côtes pour en former le corps de son épouse. Il lui montra en même temps par là qu'elle devait être sa compagne et son égale : il ne la tira pas de sa tête parce qu'elle ne devait pas le gouverner, ni de ses pieds parce qu'il ne devait pas la regarder comme sa servante, mais la considérer et l'aimer comme une partie de lui-même. (S. Thomas).

Lorsque Adam, au sortir de son sommeil, vit la compagne que Dieu lui présentait, ses regards, qui n'avaient jusqu'alors rencontré que les formes des animaux, se reposèrent enfin sur un être semblable à lui, ayant un visage et des yeux où se reflétait une intelligence semblable à la sienne, et il s'écria : 

« Voici maintenant l'os de mes os et la chair de ma chair. Celle-ci s'appellera 'išša (littéralement, hommesse), parce qu'elle a été tirée de 'iš (l'homme). C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et il s'attachera à sa femme, et ils seront deux dans une même chair » (Gen., II, 23-24;

« ils seront [même] une seule chair. » ( Matth., XIX, 6)).

La phrase « et ils seront deux, » etc., est attribuée par Jésus à Dieu, qui aurait ainsi complété la pensée d'Adam (Matth., XIX, 4). Si c'est Adam lui-même qui l'a prononcée, il n'a pu parler ainsi que dans un esprit prophétique, comme le disent saint Augustin, et d'autres anciens. Il y en a qui veulent que ce soit une réflexion ajoutée par l'auteur du texte. 

Le premier homme et la première femme « étaient nus, nous dit la Genèse, II, 25, et ils n'en avaient point honte ». C'était là un des privilèges de l'état heureux dans lequel Dieu les avait créés. Ils avaient reçu de lui, en effet, outre ce qui était essentiel à leur nature, des dons qui, sans appartenir à l'ordre de la grâce, étaient néanmoins tout à fait gratuits et qu'on appelle pour cela préternaturels. On en compte communément quatre : l'intégrité ou absence de la concupiscence; une science éminente, qui n'était le fruit ni de l'étude ni de l'expérience; l'immortalité du corps, et l'exemption de la douleur. Ces dons, avec la grâce sanctifiante selon les uns, sans cette grâce selon les autres, constituaient la justice originelle ou rectitude parfaite dans laquelle l'homme fut créé (Eccli., VII, 30), et qu'Adam perdit par sa désobéissance. 

Chute d'Adam

Dieu avait imposé à Adam un commandement pour l'éprouver. Le démon, jaloux de sa félicité, voulut le perdre; mais, au lieu de s'attaquer directement à Adam, il s'adressa d'abord à Eve, persuadé que par elle il ferait plus sûrement tomber Adam. L'événement lui donna raison. Ève, séduite, mangea du fruit défendu et en apporta à Adam, en lui répétant sans doute les mensongères promesses du tentateur; ces promesses enflèrent Adam de la même présomption qu'elles avaient inspirée à Ève (S. Chrysostome. Homil. XVI in Genes., 4, t. LIII, col. 130); il mangea donc de ce fruit à son tour.

La désobéissance d'Adam fut une faute d'une gravité exceptionnelle, à cause de l'importance du précepte qui avait pour but de faire reconnaître à la créature la souveraineté du Créateur, et à cause de la sévérité des menaces dont Dieu l'avait accompagné. Adam fut d'autant plus inexcusable, que Dieu, qui pouvait multiplier les commandements, lui en avait imposé un seul, et des plus faciles. Il réunit de plus en un seul acte un grand nombre de péchés : l'orgueil, par lequel il voulut ressembler à Dieu (Gen., III, 5, 22); la gourmandise, une complaisance coupable envers Ève. La punition suivit de près la faute.

Aussitôt qu'Adam eut mangé de ce fruit funeste, « les yeux de l'un et de l'autre furent ouverts, et, comme ils connurent qu'ils étaient nus, ils cousirent ensemble des feuilles de figuier et s'en firent des ceintures » (Gen., III, 7). Ils s'aperçurent de leur nudité après leur péché, parce qu'ils avaient perdu le vêtement de la grâce (S. Chrysostome, Homil. XVI in Genes.); ils tremblent alors et ils se cachent au milieu des arbres, lorsque, à la brise du soir, ils entendent la voix du Seigneur qui marche dans le paradis (Gen., III, 8).

Mais « Dieu appela Adam et lui dit : Où es-tu? » (Gen., III, 9). Adam ne pouvait se méprendre sur cette question c'était un reproche en même temps qu'une parole de commisération et de bonté. 

« J'ai entendu votre voix dans le paradis, répondit-il, et j'ai eu peur, parce que j'étais nu, et je me suis caché » (Gen., III, 10). 
Dieu lui fait voir (Gen., III, 11), que c'est son péché qui a mis à nu ce que couvrait la grâce. 
« Étrange nouveauté dans l'homme, de trouver en soi quelque chose de honteux! Ce n'est pas l'ouvrage de Dieu, mais le sien et celui de son péché. » (Bossuet, Élévations, VIIe sem., 3e élév). 
Adam, du reste, au lieu de reconnaître cette bonté et de faire l'humble aveu de sa faute, dit à Dieu : 
« La femme que vous m'avez donnée pour compagne m'a donné de ce fruit, et j'en ai mangé » (Gen., III, 12). 
C'était faire retomber indirectement son péché sur Dieu que d'accuser Eve en ces termes (S. Augustin). Yahveh s'adresse alors à la femme, puis au serpent, et, après avoir infligé un châtiment à l'un et à l'autre, il revient à Adam : 
« Parce que tu as écouté, lui dit-il, la voix de ta femme (au lieu de la reprendre, et que, par une excessive complaisance), tu as mangé [du fruit] de l'arbre dont je t'avais défendu de manger, la terre sera maudite à cause de ton péché » (Gen., III, 17).
C'est-à-dire qu'elle sera privée de la bénédiction qui lui faisait porter spontanément ses fruits. 
« Féconde dans son origine et produisant d'elle-même les meilleurs fruits, maintenant, si elle est laissée à son naturel, elle n'est fertile qu'en mauvaises herbes. » (Bossuet, Élévations, VIe sem., 13e élév.).
Elle produira des épines et des ronces, et l'homme se nourrira de l'herbe de la terre (Gen., III, 18). Il ne faut pas conclure de là, dit saint Augustin, que les épines n'existaient pas avant le péché de l'homme; mais la terre du paradis n'en produisait peut-être pas, et d'ailleurs Dieu a pu permettre que, après le péché, elles aient poussé avec plus de facilité et dans d'autres conditions qu'auparavant. D'autre part, au lieu des fruits délicieux du paradis, qui venaient sans peine, Dieu assigne à Adam une nourriture bien différente, qu'il gagnera péniblement, à savoir, l'herbe de la terre; ce qui comprend, selon la force du mot hébreu, toute sorte de plantes et de légumes. Ces plantes suppléeront à l'insuffisance des fruits des arbres qu'il trouvera dans les champs ou qui il plantera lui-même.

Dieu prononça ensuite contre Adam la condamnation annoncée (Gen., II, 17) : 

« Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage, jusqu'à ce que tu retournes à la terre de laquelle tu as été tiré; car tu es poussière et tu retourneras en poussière » (Gen., III, 19). 
Au lieu du travail agréable et attrayant du paradis, Adam est ainsi soumis à un travail pénible, et cette vie laborieuse ne sera que l'acheminement vers la mort. La sentence de mort ne fut donc pas exécutée sur-le-champ, mais le travail et les peines de la vie auxquels il fut assujetti commencèrent aussitôt en lui leur oeuvre de démolition. Adam, qui devait s'attendre à une mort immédiate, témoigna sa joie de vivre et son espérance de se survivre dans les enfants qui lui naîtraient, en appelant sa femme du nom d'Ève, « la vivante, » ou « celle qui donne la vie », parce qu'elle devint la mère de tous les vivants (Gen., III, 20). Dieu lui donna dans le paradis une dernière marque de sa bonté et comme un gage de sa providence : 
« Il fit à Adam et à sa femme des tuniques de peau, et il les en revêtit » (Gen., III, 21).
 Ce qui veut dire, d'après plusieurs commentateurs, qu'il leur montra comment ils devaient se les procurer, et qu'ils exécutèrent ses ordres. Ces habits sont un triste indice du changement qui s'était fait dans leur condition : ils en eurent désormais besoin pour couvrir leur nudité, et pour se défendre contre les injures de l'air; la nature pourvoit au vêtement de tous les animaux, mais l'homme doit se procurer lui-même ses habits.

Il fallut enfin quitter ce paradis, qui ne pouvait être que le séjour de l'innocence, et dont Adam ne devait plus manger le fruit de vie. Des chérubins placés à la porte de l'Éden lui en interdirent l'entrée. 

Adam depuis sa sortie du paradis jusqu'à sa mort

 Combien de temps avait duré le séjour d'Adam dans le paradis? La Genèse ne le dit pas, mais c'est le sentiment unanime des Pères de l'Eglise qu'il avait été fort court. Ce premier commencement de l'homme était, en effet, pour lui une période d'épreuve; il avait à faire, en usant de son libre arbitre, son choix entre la fidélité à Dieu avec la conservation de son bonheur, et la désobéissance avec ses suites malheureuses. Or il ne fallait pas longtemps à Adam pour connaître son devoir et la félicité qu'il s'assurerait en y restant fidèle, aussi bien que le malheur qu'il s'attirerait en y manquant.

Quant à la vie nouvelle qu'il mena hors du paradis après sa faute, le récit biblique nous en apprend fort peu de chose; il nous en dit cependant assez pour nous faire comprendre que, soumis aux ordres de Dieu, il consacra son existence à la pénitence qui lui avait été imposée, et qu'il travailla la terre, mangeant ainsi « son pain à la sueur de son front ». Nous voyons, en effet, son fils aîné, Caïn, se livrer à l'agriculture; il ne faisait sans doute que suivre en cela l'exemple de son père. Abel, le second fils d'Adam, nous est également présenté comme assujetti à la loi du travail, mais sous une autre forme, celle de la vie pastorale (Gen., IV, 2). L'un et l'autre offrent des sacrifices à Yahveh, ce qui nous apprend d'une manière indirecte le culte qu'Adam lui-même lui rendait (Gen., IV, 3-4).

Lorsque Abel eut été tué par Caïn, Dieu donna à ses parents, pour le remplacer, Seth, qui ouvrit la série des patriarches antédiluviens, ancêtres de Noé (Gen., IV, 25-26). Nous ne trouvons dans la Genèse le nom d'aucun autre fils d'Adam. Il en eut cependant d'autres, de même qu'il eut des filles, dont aucune n'est nommée. 

« Après qu'Adam eut engendré Seth, il vécut huit cents ans, et il eut des fils et des filles.» (Gen., V, 4). Il vécut en tout neuf cent trente ans (Gen., V, 5).
Le sentiment commun dans l'Église a toujours été qu'Adam reçut de Dieu le pardon de sa faute, et qu'il ne retomba plus dans l'état de péché. (S. Irénée; S. Jérôme; S. Augustin). L'Eglise grecque honore Adam et Ève d'un culte public et célèbre leur fête le 19 décembre.

Adam dans le Nouveau Testament; l'ancien et le nouvel Adam

Le nom et le souvenir d'Adam ne se retrouvent que dans quelques rares passages de l'Ancien Testament, par exemple, I Par., I, 1; Sap., X, 1; Eccli., XVII, 1-11; Tobie, VIII, 8. Dans le Nouveau Testament, il est seulement nommé dans l'Epître de saint Jude, 14, à propos d'Énoch, et dans l'Évangile de saint Luc, qui le mentionne comme le premier ancêtre de Jésus (III, 38). Saint Paul lui fait une place beaucoup plus large. Nous nous bornerons à indiquer les passages détestables dans lesquels il affirme l'autorité de l'homme sur la femme, et l'obligation pour celle-ci d'obéir à son mari et de se laisser instruire par l'homme, loin de vouloir l'instruire. Il établit ces injonctions en rappelant qu'Adam a été créé le premier, et que la femme a été tirée de lui; que ce n'est pas l'homme qui a été créé pour la femme, mais qu'au contraire la femme a été créée pour l'homme; qu'Adam ne fut pas séduit par le serpent, au lieu qu'Ève le fut (I Cor., XI, 8-9; I Tim., II, 11-14). 

Mais nous devons nous arrêter plus longuement à la doctrine qu'il expose (Rom., V, 12-21, et I Cor., XV, 22, 45). L'Apôtre appelle Jésus-Christ « le nouvel Adam ou le dernier Adam » (I Cor., XV, 45). Jésus peut, en effet, être appelé le nouvel Adam, parce qu'il est le chef et le père de la famille spirituelle de tous les élus, comme Adam est le chef de l'humanité et le père de tous les hommes selon la chair; et il est le dernier Adam, parce qu'après lui il ne viendra plus pour nous un autre chef et un autre père. Chacun d'eux est chef de l'humanité mais le premier infecte toute sa descendance du venin de son péché de désobéissance, tandis que le second, par son obéissance, mérite à tous ceux qu'il s'incorpore une vie nouvelle de justice et de sainteté. Le premier Adam est ainsi le type du second : celui-ci transmet la vie comme celui-là a transmis la mort (Rom., V, 12-21). Ce contraste renferme en abrégé toute la foi chrétienne et est le fondement de cette religion.

Ces écrits de saint Paul répondaient trop bien aux idées d'espérance chrétienne, qui sont comme la source commune d'inspiration des premiers artistes chrétiens, pour qu'Adam ne fût pas pour eux un sujet de prédilection. Son image, en effet, paraît souvent dans les catacombes, reproduite de diverses manières, mais ordinairement en compagnie d'Ève et au moment de la chute. Ce souvenir de la faute du premier Adam rappelait naturellement celui du salut apporté par le second (I Cor., XV, 22). Parfois même cette idée consolante est expressément indiquée, soit par la présence d'un personnage représentant Jésus, soit par quelque emblème qui le figure.

Le premier homme dans d'autres religions

Terminons en mentionnant quelques traditions d'anciens peuples sur l'origine et la formation du premier homme.

Moyen-Orient.
Chez les Sémites de la Babylonie et de l'Assyrie, nous trouvons, sur les tablettes cunéiformes découvertes dans les bibliothèques des rois ninivites, sinon un témoignage précis au sujet de la création de l'homme, du moins une affirmation indirecte de cette création, puisque Êa, le dieu de l'intelligence suprême, y est représenté comme « ayant formé de sa main la race des hommes », et comme « ayant fait l'humanité pour être soumise aux dieux ». Le récit de la cosmogonie mésopotamienne, traduit en grec par Bérose, est plus explicite. Bélus se trancha la tête, et du sang qui en coula, pétri avec de la terre, les autres dieux formèrent les hommes, qui pour cette raison sont doués d'intelligence et participent à la pensée divine. 

Les Phéniciens admettaient, d'après un fragment de Sanchoniathon, un premier homme, Protogonos, et une première femme, AEon, qui « inventa de manger du fruit de l'arbre ». Ils étaient issus l'un et l'autre du vent Calpios et de son épouse Baau (le Chaos). Un autre fragment parle de « l'autochtone, né de la terre », duquel descendent les hommes.

Egypte.
Selon les croyances de l'antique Égypte, Noum, Khnoum ou Khnoumis, le démiurge suprême, avait façonné l'homme avec de l'argile. Un bas-relief du temple de Denderah, qui pourrait presque servir d'illustration au texte même de la Genèse, II, 7, exprime très clairement cette croyance. A gauche, Khnoum, assis et les bras en avant, considère un enfant qu'il vient de fabriquer sur un tour à potier, et qui est debout et tourné à droite. De ce côté, une déesse agenouillée, Héqit, présente à ses narines une croix ansée, symbole de la vie. 

Europe.
Chez les Indo-Européens d'Europe, l'homme est, au dire des Grecs, l'oeuvre de Prométhée, qui le fabriqua avec quatre éléments, et surtout avec de la terre et de l'eau; toutefois les uns placent cette formation tout à fait à l'origine, les autres après la destruction d'une première humanité par le déluge de Deucalion. Il est juste d'observer que les légendes les plus anciennes de la Grèce ne font pas de Prométhée l'auteur de l'homme; il y apparaît seulement comme lui donnant la vie et l'intelligence par la communication du feu dérobé au ciel. Les Scandinaves ont consigné dans l'Edda l'histoire de l'immortelle Idhuma et de Bragi, le premier skalde, qui habitaient dans une parfaite innocence le délicieux Midhgard, le milieu du monde.

La Perse et l'Inde.
Les traditions indo-européennes de l'Asie occidentale nous présentent en Perse une mythologie plus compliquée, mais non moins significative. Un premier homme, Gayômaretan, est tué par Angromainiyus; de son sang répandu sur la terre est produit un arbre à double tronc, ayant la forme d'un homme et d'une femme. Ahura-Mazda sépare ces deux tiges et leur donne le mouvement, la vie et l'intelligence. Ainsi furent formés Meschya et Meschyâna, le premier homme et la première femme.

D'après ces traditions, contenues dans le Boundehesch, Yima n'est plus que le premier roi, tandis que dans les légendes plus anciennes, communes à tous les Indo-Européens orientaux avant leur séparation en deux branches, il était le premier homme. Il s'appelait Yima chez les Iraniens, et Yama chez les Indiens, et réunissait tous les attributs d'Adam et de Noé.

Chine.
En Chine on raconte que Hoangti est l'ancien esprit qui créa l'homme au commencement et forma les deux sexes. Il est dit aussi que « Minhoa pétrit de la terre jaune pour en faire l'homme, et que c'est la vraie origine du genre humain». Un lettré chinois a recueilli  tout ce qu'il a pu trouver dans les pagodes concernant les anciennes divinités. On y voit la création du premier homme par un être suprême, et l'unité du premier couple, ayant pour vêtement une ceinture de feuillage. 

Amérique.
Chez les Winnebagos, le grand Manitou prit un morceau de son corps et un morceau de terre, et fabriqua ainsi un homme.

A Brownston (Pensylvanie), une pierre, dont l'enfouissement était d'une date antérieure à Christophe Colomb, portait entre autres figures deux formes humaines, un homme et une femme, celle-ci tenant des fruits à la main. 

Au Pérou, le premier homme s'appelle Alpa camasca, « terre animée. » Les Mandans (Amérique du Nord) disent que le Grand Esprit forma deux figures d'argile, qu'il dessécha et anima du souffle de sa bouche, et dont l'une reçut le nom de « premier homme », et l'autre celui de « compagne ». 

Océanie.
Le grand dieu de Tahiti, Taeroa, forma l'homme avec de la terre rouge. 

Les Dayaks de Bornéo croient aussi que l'homme a été modelé avec de la terre. 
L'argile rouge, comme matière du corps du premier homme, se retrouve encore dans les traditions de la Mélanésie. En Nouvelle-Zélande, Tiki la pétrit en y mêlant son propre sang.  (E. Palis).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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