| Fêtes, spectacles, jeux | |
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| Chez
les anciens Romains, les cirques étaient
de vastes pistes sablées destinées aux jeux publics, surtout
aux courses de chevaux et de chars. On les a utilisés aussi, dans
la Rome impériale -
Exercices de voltige au cirque, d'après une mosaïque de Rome. Les
spectacles équestres à Rome.
« Le peuple, qui distribuait jadis le pouvoir, les faisceaux, les légions, tout, maintenant [...] ne souhaite plus que deux choses dans ses désirs inquiets, du pain et des jeux au cirque. »Panem et circenses : toute la politique des empereurs dans leurs rapports avec la population de la capitale est dans ces deux mots, la nourrir et l'amuser. Or, parmi les trois grands plaisirs qui se disputaient la faveur des Romains, les jeux de l'amphithéâtre, du théâtre, du cirque, ceux-ci étaient sans contredit les plus populaires de tous. Il ne faut pas se
représenter les cirques dans l'Antiquité romaine (c'est un
monument purement romain) comme les pistes circulaires qui servent de nos
jours pour donner ce que l'on nomme des spectacles
de cirque. C'est un immense espace, à ciel ouvert, de forme
rectangulaire, beaucoup plus long que large, terminé à une
de ses extrémités par un arc de cercle qui relie les deux
grands côtés, l'autre extrémité étant
à angle droit. Sur les côtés de ce grand rectangle
s'élèvent des gradins où prennent place les spectateurs.
La nature avait en quelque sorte dicté aux Romains
le plan de ces édifices car la tradition raconte qu'ils firent choix,
dès les origines mêmes de leur histoire, pour se livrer aux
plaisirs des courses de chars, du vallon étroit et oblong qui s'étend
entre l'Aventin L'arène du cirque était divisée dans sa longueur en deux pistes par un petit mur en maçonnerie ou en charpente élevé à hauteur d'appui : c'était la spina, proprement «-l'épine ». A chacune de ses extrémités se dressaient trois petites colonnes de forme conique; c'était les terribles bornes, si fécondes en accidents, que les chars devaient doubler. La spina était décorée d'objets d'art, colonnes, statues, vases, et parfois obélisques. Des échafaudages particuliers disposés à côté des bornes et surmontés de dauphins servaient d'indicateurs pour le nombre des tours courus par les chars; après chacun des sept tours, on faisait descendre à cet endroit un signal en forme de boule ovale (ova curriculorum). Les jeux
du cirque s'ouvraient toujours par une grande procession qui rappelait
l'origine religieuse de ces jeux comme de tous les jeux des Anciens. Cette
procession, pompa, partie du Capitole
Courses de chars dans le cirque, d'après une mosaïque du musée de Lyon. Enfin, le magistrat qui présidait aux jeux donnait le signal de la course en jetant dans la lice, du haut du balcon construit au-dessus des carceres, un morceau d'étoffe blanche. Aussitôt on ouvrait toutes les barrières, et la course commençait au milieu des clameurs des assistants, des cris des cochers et d'un épais nuage de poussière. Il fallait faire sept fois le tour complet du cirque, c.-à-d. en parcourir quatorze fois la plus grande longueur, soit pour le Grand Cirque une distance totale de 7,5 kilomètres environ. L'endroit le plus critique de la course était le cap que formaient les bornes de pierre à chaque extrémité. Pour le doubler en perdant le moins de terrain possible, il fallait frôler cet écueil pour ainsi dire sans laisser de place aux concurrents; aussi que de naufrages en ce lieu terrible! Un char venait-il à tomber; les suivants venaient s'écraser sur lui, et c'était alors une horrible masse ensanglantée d'hommes, d'animaux, de débris. La piste se parcourait de droite à gauche par rapport à un spectateur placé aux carceres; les cochers doublaient donc les bornes en tournant à gauche. Aussi mettaient-ils à la gauche leur meilleur cheval, le plus rapide et le mieux dressé, car c'était lui qui menait tout l'attelage. Les chars étaient attelés en général à deux ou quatre chevaux (biges ou quadriges), quelquefois six, sept, huit; mais c'étaient là des tours de force que se permettaient seuls les virtuoses de l'arène. Les chevaux étaient toujours attelés de front, jamais en flèche; les chevaux du milieu avaient le cou passé sous le joug, de manière que le conducteur n'eût guère qu'à conduire les deux chevaux de côté, surtout celui de gauche, de qui dépendait presque uniquement la victoire. Le jockey (auriga) conduisait debout sur son char, vêtu d'une tunique courte sans manches, aux couleurs de sa faction; les rênes étaient attachées à sa ceinture, mais il pouvait, les couper, en cas de danger, avec un couteau qui faisait partie de son équipement. Les courses duraient ordinairement la journée entière avec quatre interruptions, la principale vers midi. A partir de l'époque de Néron, il y avait vingt-quatre courses par jour; beaucoup de spectateurs assistaient, sans se lasser, à ce spectacle toujours nouveau pour eux. Les courses des jeux apollinaires au mois de juillet provoquaient surtout un concours extraordinaire de spectateurs. On ne peut s'étendre
ici sur cette passion pour les courses de chars et pour les chevaux, sur
cette « hippomanie », comme dit Lucien
en parlant des Romains, qui est un des traits les plus curieux de la société
impériale. Nous renvoyons aux ouvrages spécialisés
pour l'histoire des quatre factions; les Rouges, factio russata;
les Blancs, factio albata; les Verts, factio prasina; les
Bleus, factio veneta (ces deux dernières couleurs étaient
le plus en vogue), pour les anecdotes sur les cochers et les chevaux célèbres.
A Rome On résumera
simplement ici, à titre de documents sur les courses dans l'ancienne
Rome, une curieuse inscription (Corp. inscr. lat., VI, 10,048) du
milieu du second siècle (règnes d'Hadrien
et d'Antonin le Pieux), qui énumère
les exploits hippiques d'un célèbre cocher, d'origine lusitanienne,
C. Appuleius Diodes. Il avait couru vingt-quatre ans, à partir de
sa dix-huitième année, dans les factions des Bleus, des Verts
et des Rouges. Il avait pris part à 4257 courses et était
arrivé premier 1462 fois. Sur ses 1462 victoires, il en comptait
1,064 dans les courses où chacune des quatre factions était
représentée par un seul char, 347 dans celles où chacune
en avait deux, 51 dans celles où chacune en avait trois, c.-à-d.
où il y avait douze chars en concurrence dans l'arène; dans
les courses de la première catégorie, il était arrivé
premier avec des attelages de six et de sept chevaux. Tous ses triomphes
lui avaient valu des sommes considérables. Le total de tous ses
prix, grands prix et prix ordinaires, s'élève au chiffre
effrayant de 35.863.120 sesterces. Parmi ses chevaux, il avait un excellent
coureur avec qui il avait gagné deux cents prix. On cite encore
de lui, dans cette inscription interminable, maint tour de force : ainsi,
il avait couru et gagné en prenant pour cheval de main à
la gauche (celui qui conduisait le quadrige) un cheval de ses adversaires;
il avait gagné un prix de 50.000 sesterces avec un équipage
de sept chevaux qui étaient simplement attelés (c.-à-d.
sans que ceux du milieu eussent le cou passé sous le joug), un autre
de 30.000 sans se servir du fouet, etc.
Cocher du cirque, d'après une mosaïque trouvée près de Rome. Les
spectacles équestres à Byzance.
Suivant que l'empereur,
aussi passionné que ses sujets pour les jeux du cirque, accordait
sa faveur à l'une des deux couleurs, l'autre parti moins favorisé,
parfois même écarté des emplois publics, était
rejeté dans l'opposition. De là, entre les Verts et les Bleus,
sous le moindre prétexte, des luttes qui ensanglantaient le cirque
et portaient dans la ville entière l'incendie et la ruine; de là,
quand le peuple était mécontent de l'empereur, des insurrections
souvent redoutables; par exemple, sous Anastase en 491 et 501, sous Maurice
et sous Phocas, et surtout sous Justinien
: la faveur du prince pour les Bleus, la passion toute particulière
que Théodora lui inspira pour les jeux du cirque, soulevèrent
en 532 la fameuse sédition Nika, où trente-cinq mille
personnes périrent. Toutefois, on ne saurait croire que les factions
du cirque aient représenté d'une manière constante
telle opinion politique ou religieuse, les Bleus tenant pour l'orthodoxie,
les Verts pour les doctrines hérétiques, les Bleus pour Justinien
ou pour Maurice, les Verts pour la famille d'Anastase ou pour Phocas; leur
attitude dépendait uniquement de celle que prenait l'empereur. En
effet, à partir du VIIe siècle,
quand le prince s'intéressa moins aux jeux du cirque, quand la détresse
du trésor aussi rendit les fêtes moins somptueuses, les factions
cessent de troubler l'Etat byzantin En dehors des jeux
du cirque, l'hippodrome a vu bien d'autres événements. Bien
des empereurs y ont subi les outrages du peuple, et Justinien
Il mutilé, Michel Calaphate lapidé, Andronic
Comnène aveuglé et torturé, montrent assez quelles
tragédies se jouaient dans le cirque. Il servait parfois aussi aux
couronnements et aux triomphes des empereurs : Basile
Ier,
Constantin
VII, Nicéphore Phocas, Jean
Zimiscès, Basile II, y triomphèrent
des Pauliciens, des Arabes, des Bulgares. On y faisait aussi des exécutions
capitales, et l'Eglise |
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