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Photius

Photius est un patriarche de Constantinople, né dans cette ville vers 815, mort vers 891. Sergius, son père, appartenait par alliance à la famille impériale. Lui-même, avant d'être promu au patriarcat, jouissait déjà d'une haute considération, à cause de la supériorité de sa science sur presque toutes les matières qui étaient étudiées en son temps; et il était parvenu à une situation éminente dans l'Empire, ayant été chargé d'une ambassade en Perse et nommé successivement commandant des gardes, grand écuyer, protosecrétaire et membre du conseil de régence. Parmi les accusations accumulées plus tard contre lui, aucune ne fut sérieusement dirigée contre ses moeurs. 

Pendant la minorité de Michel III, Théodora, sa mère, avait d'abord gouverné en son nom, habilement secondée par Théoctiste; mais, en 854, un parti dirigé par Bardas, oncle de l'empereur, renversa ce ministre et le fit tuer; et Théodora se retira dans la vie privée. En 856, Michel s'associa Bardas, avec titre de césar; en 867, ils reléguèrent dans l'île de Térébinthe le patriarche Ignace, que la faveur, de Théodora avait élevé à cette dignité, et qui était resté attaché à son parti. Ignace n'avait pas abdiqué ses fonctions, mais sa relégation en rendait l'accomplissement impossible. Pour y pourvoir, Photius fut nommé patriarche, malgré lui, dit-on. Il n'était encore qu'un simple laïque lorsqu'il fut élu, comme l'avaient été avant lui saint Ambroise à Milan et Nectaire à Constantinople, qui n'étaient même pas baptisés avant leur élection. En six jours, on lui conféra tous les ordres nécessaires : le premier jour, on le fit moine; le second, lecteur; le troisième, sousdiacre; le quatrième, diacre; le cinquième, prêtre; le sixième, qui était le jour de Noël, il fut sacré patriarche par Grégoire de Syracuse. Un concile tenu à Constantinople dans l'église des Apôtres, vers 859, approuva la déposition d'Ignace et l'élection de Photius.

Il restait à mettre fin aux agitations entretenues par les partisans d'Ignace, dont les plus ardents étaient les moines, qui ne pouvaient se résigner à voir un patriarche, eunuque et moine, remplacé par un homme élevé à la plus haute dignité de leur Eglise, quoique laïque et parce que savant. L'empereur et Photius sollicitèrent les bons offices du pape. Nicolas ler s'empressa de saisir l'occasion, qui lui était ainsi offerte, d'étendre du côté de l'Orient la suprématie de juridiction qu'il réussit à imposer à l'Occident, à l'aide des Fausses décrétales. Il envoya à Constantinople deux légats, Rodoalde et Zacharie, pour connaître de l'affaire. En 861, ces légats prirent part aux décisions d'un concile qui réunit trois cent dix-huit évêques et auquel assista l'empereur, accompagné des principaux magistrats. Ignace y comparut et fut condamné à la déposition, puis contraint, par divers sévices, de renoncer à son titre. Quand il eut été mis en liberté, il adressa au pape une protestation, qui fut portée secrètement à Rome par le moine Théognoste. Nicolas désavoua ses légats, sous le prétexte qu'ils s'étaient laissé intimider et corrompre; mais plus vraisemblablement parce qu'ils n'avaient pas su maintenir et faire accepter les conditions auxquelles il subordonnait son acquiescement à la cause de Photius : reconnaissance de la suprême autorité des papes, cession de territoires en litige entre Constantinople et Rome. Ce qui semble justifier cette supposition, c'est que Rodoalde, peu de temps après avoir été désavoué, reçut une mission de confiance : il fut envoyé en Gaule, pour l'affaire de Lothaire. Zacharie parvint aux plus hautes dignités de l'Eglise. Un concile assemblé à Rome
(863) excommunia formellement Photius. Naturellement, le patriarche répondit à ces condamnations en défendant la légitimité de sa situation et l'indépendance de l'Eglise qu'il représentait. En 865, Bogoris, roi des Bulgares, s'était converti à la religion chrétienne, avec la plus grande partie de son peuple. Il fut baptisé par un évêque envoyé de Constantinople, qui lui donna le nom de Michel, que portait l'empereur. L'année suivante, Nicolas députa des légats auprès de ce prince pour l'amener à son obédience; ils opérèrent avec quelque succès. Mais d'autres légats envoyés à Constantinople, pour notifier les prétentions du pape, furent arrêtés à la frontière de l'empire et contraints de rentrer à Rome. De son côté, Photius convoquait des conciles à Constantinople (866, 867), pour résister aux attaques du pape et aux entreprises de ses missionnaires. Le dernier de ces conciles fut suivi d'une lettre adressée aux évêques d'Orient, dans laquelle Photius accusait les Latins d'outrager la foi et la discipline de l'Eglise, parce qu'ils avaient ajouté Filioque au Symbole, faisant ainsi procéder le Saint-Esprit du Fils comme du Père ; parce qu'ils favorisaient le despotisme du pape, imposaient le jeûne du samedi, permettaient l'usage du lait et du fromage en carême et imposaient le célibat aux prêtres. Dès lors, le conflit entre le pape et le patriarche cessait de porter sur une question de personnes; il faisait surgir les protestations qui sont devenues les causes principales et irréductibles du schisme qui a séparé l'église d'Orient de l'Eglise d'Occident. Les Actes du concile lui même n'ont point été conservés. On dit qu'ils furent souscrits par vingt et un évêques et qu'ils reçurent, en outre, plus de mille signatures, les deux empereurs Michel et Basile le Macédonien, des légats des trois grands sièges d'Orient, les membres du Sénat et d'autres laïques de haute condition, ayant assisté aux assemblées et adhéré aux décisions. Le pape y fut déclaré déposé, et l'excommunication fut prononcée contre ceux qui communiqueraient avec lui. Une copie des Actes fut adressée à l'empereur Louis. Au concile, on avait prié pour lui et pour l'impératrice Ingelbert, en leur donnant le titre de très augustes, Photius espérant peut-être trouver en eux des alliés pour sa lutte contre la papauté.

Vers le même temps, Cyrille et Méthode, que Photius avait protégés, travaillaient avec succès à l'évangélisation des Slaves. 

Le 24 septembre 867, Basile le Macédonien, qui avait fait tuer Bardas l'année précédente, fit tuer aussi l'empereur Michel dans un banquet offert par Théodora, sa mère. Dès le lendemain, Photius fut relégué dans un monastère. Ignace, ramené à Constantinople, dans une galère impériale, fut solennellement rétabli dans son église, le 23 novembre. Nicolas était mort six jours auparavant. Il fut remplacé par Adrien II, le 14 décembre. L'année suivante, un concile tenu à Rome confirma la condamnation de Photius et de Grégoire de Syracuse. Les actes du grand synode récemment présidé par Photius furent chargés d'anathèmes perpétuels, foulés aux pieds et brûlés.

Aussitôt après sa restauration, Ignace avait prié Basile d'indiquer un concile oecuménique. L'empereur y consentit, et s'adressa à Rome et aux sièges patriarcaux d'Orient, pour obtenir des légats. Ce concile, qui est VIIIe concile général des Latins, s'ouvrit à Constantinople, dans l'église de Sainte-Sophie, le 5 octobre 869. Il tint neuf autres sessions : le 7, le 11, le 13, le 19, le 25, le 29 octobre et le 5 novembre de la même année, le 12 et le 28 février de l'année suivante. On y fit ce que, d'après les moeurs politiques et ecclésiastiques de ce temps-là, on devait attendre d'une assemblée convoquée pour solenniser le triomphe d'un parti vainqueur sur un parti vaincu. Pour obtenir leur grâce, la plupart de ceux qui avaient suivi le parti de Photius exprimèrent leur repentir, signèrent un formulaire apporté de Rome par les légats, et se soumirent à la pénitence; plusieurs prétendirent avoir été violentés par Photius; d'autres soutinrent que leurs signatures avaient été faussement inscrites par lui.

Cité pour la Ve session, Photius refusa de comparaître. On l'y contraignit; mais il ne voulut point se prêter aux questions qu'on lui adressait; il répondit simplement :

 « Dieu m'entend sans que je parle ». 
Comme on lui représentait qua son silence n'empêcherait passa condamnation, il dit : 
« Jésus même par son silence n'évita pas sa condamnation. »
Il ne fut pas possible de tirer de lui aucune autre parole. Afin de bien marquer le caractère de la sentence qui devait être rendue contre lui, les légats indiquèrent qu'il ne s'agissait pas de délibérer un nouveau jugement, mais d'adopter et de confirmer celui qui avait été prononcé par Nicolas Ier et maintenu par Adrien II. Cet avis fut adopté par le concile, et la condamnation eut lieu dans ces conditions. Dans la VIIe session, Photius fut encore amené devant le concile. Comme il entrait, appuyé sur un bâton, Marin, légat du pape, s'écria : 
« Otez de sa main le bâton, qui est un insigne de la dignité pastorale. Il ne doit point l'avoir. C'est un loup, non un pasteur ». 
Sur l'ordre des légats, on lui demanda s'il consentait au formulaire d'abjuration. Il répondit qu'il rendrait compte à l'empereur, non aux légats. Comme on le pressait, il ajouta qu'il n'avait pas à répondre à des calomnies. 

Ce concile fit vingt-sept canons, dont la plupart se rapportent à l'affaire de Photius. Parmi les autres, les plus importants nous semblent être le XVIIe et le XXIe, Le XVIIe déclare que les patriarches ont le droit d'assembler les métropolitains, sans que ceux-ci puissent s'excuser de ce que les princes les rationnent, Il réprouve comme détestable, tanquam perosum, ce que disent les ignorants, qu'on ne peut tenir un concile sans la présence du prince. Le XXIe défend d'écrire contre le pape. Si dans un concile oecuménique on propose quelque difficulté contre l'Eglise romaine, on l'examinera avec respect. Enfin, après avoir renouvelé pour la forme les condamnations prononcées avant lui contre les hérétiques, les schismatiques et les iconoclastes, le concile reconnut les sept premiers conciles généraux, auxquels il s'adjoignit comme huitième. Les évêques qui assistèrent à cette assemblée, à laquelle on a donné le titre de concile oecuménique, étaient peu nombreux. A le Ire séance, il n'y en avait que 12, outre les légats du pape et les représentants des autres patriarcats; pour la IIe, on en trouva 20; pour taille et la IVe, à peu près autant. Enfin, après trois mois de session, on réussit à en réunir 90, et on en compta 102 à la dernière séance. Il existe deux versions des Actes de ce concile : l'une, en latin, d'Anastase le Bibliothécaire; l'autre, en extraits grecs, éditée par le P. Rader de la Compagnie de Jésus. La première contient des interpolations manifestes.

Avant que les légats du pape quittassent Constantinople, il arriva des ambassadeurs envoyés par Michel, prince des Bulgares, pour demander à quel siège leur Eglise devait être soumise. L'empereur assembla à ce sujet les légats du pape et ceux d'Orient avec Ignace. Les contestations se prolongeant et s'envenimant, les légats des patriarches d'Orient se posèrent comme médiateurs et arbitres entre le pape et Ignace, et ils décidèrent que l'Eglise de Bulgarie devait être soumise à celle de Constantinople. Les légats de Rome protestèrent vivement contre cette décision. Mais leur protestation n'empêcha pas les Bulgares de recevoir un archevêque grec et de se mettre sous la dépendance du siège de Constantinople. Adrien II mourut le 25 novembre 872 et fut remplacé le 14 décembre suivant par Jean VIII. En 878 ce pape envoya des légats à l'empereur Basile et une lettre au patriarche Ignace le menaçant d'excommunication et même de déposition, s'il ne retirait point de Bulgarie les évêques et les prêtres qu'il y avait placés. Il écrivit en même temps aux évêques et aux clercs grecs qui étaient dans ce pays, les déclarant excommuniés et leur enjoignant, sous peine de déposition, d'abandonner leurs postes, dans le délai d'un mois. Ces sommations ne produisirent aucun effet.

Malgré la part que des considérations gouvernementales lui avaient fait prendre aux disgrâces infligées à Photius, l'empereur Basile fut conduit par l'estime qu'inspiraient son caractère et sa science à lui confier l'éducation de ses enfants. Après la mort d'Ignace (23 octobre 878), il le remit en possession du siège patriarcal. Tous deux écrivirent à Jean VIII, pour l'amener à entrer en communion avec Photius. Le pape se décida à le reconnaître comme patriarche légitime, et il envoya des légats à Constantinople. On y réunit (novembre 879-mars 880) un concile qui fut un véritable triomphe pour Photius. Les Orientaux le comptent comme VIIIe et dernier concile oecuménique . Ce fut l'assemblée ecclésiastique la plus nombreuse après le concile de Chalcédoine : 383 évêques y assistèrent. Il nous paraît suffisant de rappeler sommairement ici les principales décisions : reconnaissance formelle de la légitimité du patriarcat de Photius; - réprobation et anathème du concile prétendu oecuménique de 869-870 qui l'avait condamné; - proclamation d'égalité entre les patriarches de Rome et de Constantinople; - défense d'accorder de nouvelles prérogatives du siège de Rome; - défense de rien ajouter, c.-à-d. d'ajouter le mot Filioque au symbole; - refus d'examiner les réclamations du pape relativement à la Bulgarie.

A la fin d'une lettre adressée à Basile, après la clôture du concile, pour le remercier des secours qu'il avait reçus de lui, Jean VIII disait :

« Nous recevons ce que le concile a accordé par grâce pour la restitution du patriarche Photius. Mais si nos légats ont fait quelque chose contre nos ordres, nous ne le recevons point et nous ne jugeons point qu'il soit d'aucune valeur ». 
Il écrivit à Photius avec la même restriction. Ce pape mourut le 15 décembre 882. Martin II, qui lui succéda, condamna Photius en 883. Cette condamnation fut renouvelée par Adrien III en 885. Après la mort de Basile le Macédonien (20 mars 886), le gouvernement de Léon VI, dit le Philosophe, son fils, fut caractérisé par une réaction systématique contre les hommes et la politique du précédent règne. En 888, Photius fut contraint d'abandonner son siège, qui fut donné à Etienne, frère de l'empereur. Il fut relégué dans un monastère d'Arménie, où on suppose qu'il mourut vers 891. En cette année-là, le pape Formose écrivait à Stylien, évêque de Néocésarée, que sa condamnation devait être perpétuelle et irrévocable.

Fleury a dit de Photius : C'était le plus grand esprit et le plus savant homme de son siècle... C'était un parfait hypocrite, agissant en scélérat et parlant en saint. Les Grecs protestent, non sans beaucoup de raisons, contre ce jugement, en ce qui concerne l'hypocrisie et la scélératesse; l'histoire l'accepte en ce qui concerne la puissance d'esprit et la science. Malheureusement, nous ne possédons qu'une, partie, peut-être la moindre, de oeuvre de Photius. Dans sa Vlllle session, le concile de 869-870 ordonna de brûler les livres rédigés contre le pape Nicolas et les Actes des conciles contre Ignace. Il est vraisemblable qu'on profita de cette ordonnance pour détruire beaucoup d'autres écrits de Photius, car sept sacs remplis de manuscrits furent solennellement brûlés en présence des membres du concile. La Bibliotheca graeca de Fabricius contient une section sous ce titre : Photii scripte, per odium Latinorum, exusta vel suppressa, aut interpotata... Nous possédons celles qui datent de l'époque qui précéda son premier patriarcat, ainsi que celles qui datent de l'époque de son second patriarcat, lorsqu'il se faisait vieux et qu'il était usé par les luttes et les persécutions mais nous n'avons presque rien, comparativement, de la période moyenne de son activité, alors qu'il avait toute sa force et tous les moyens de se livrer à l'étude.

Le nombre et la variété des sujets qui sont traités dans ses écrits étonnent ceux qui les étudient : presque toutes les branches des connaissances humaines. Ses principaux ouvrages ont été classés en quatre grands groupes : I, dogmatico-exégétiques; II, dogmatico-polémiques; III, canoniques; IV, critico-bibliographiques. En dehors de cette classification, il y a des oeuvres didactiques, des oeuvres historiques, des discours, des cantiques, des poésies, des traités philosophiques, dont un sur les Catégories d'Aristote. Parmi les 260 lettres qui nous sont parvenues, plusieurs forment de véritables traités de philosophie et de morale; d'autres contiennent des données intéressantes sur les mathématiques, la physique, l'astronomie, l'histoire naturelle et même la médecine. Myriobiblon sive Bibliotheca librorum quos legit et censuit Photius, patriarcha Constantinopolitanus, contenant des extraits de 280 ouvrages, dont plusieurs sont perdus (Genève, 1612, in-fol.; Rouen, 1653, in-fol.; Berlin, 1824, 2 vol. in-4). Lexicon Graecum (Leipzig, 1808, in-4; Londres, 1822). Epistolae (Londres, 1651, in-fol., 1857). Nomocanon id est legum imperialium et canonum ecclesiasticorum harmonia (Paris, 1551, in-fol.). C'est un abrégé d'un autre ouvrage en 14 livres, intitulé Syntagma, exposé méthodique. Collection de canons, publiée dans le Spicilegium Romanum de Maï. Adversus Latinos de processions Sancti Spiritus, inséré dans la Panoplie d'Euthyme Tergobyste (1770, in-fol.). Traité en 4 livres Contre les nouveaux Manichéens ou Pauliciens, édité dans les Anecdota de Wolff (Hambourg, 1722). Aphilochia, recueil de réponses aux questions d'Aphiloque, métropolitain de Cyzique, sur le sans de divers passages de l'Ecriture sainte. - Fabricius (Bibliotheca graeca) a donné la liste d'un grand nombre d'opuscules restés inédits de Photius. La Bibliothèque nationale en possède plusieurs manuscrits. (E.-H. Vollet).

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