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Timour,
le diable boiteux
Tamerlan est né à Sebz, faubourg
de Kech (près de Samarcande )
le 9 avril 1336, mort à Otrar
le 14 février 1405. Il était
du clan de Berlas, l'un des quatre grands clans de la Transoxiane
ou Mavrannahar; son père Targaï avait suivi la fortune du vizir
Kazgan, le faiseur de rois du Turkestan ,
lequel changea cinq fois le khan toujours pris parmi les descendants de
Djagataï ( La
Horde d'or et le Djagataï). Avec son fief des provinces de Kech
et Nakcheh. Timour hérita de ce père le titre d'émir
auquel plus tard il ajouta l'épithète de Sahibkiran. Il s'attacha
à Kazgan qui le mit à la tête d'une compagnie de 1000
hommes; le jeune noble était excellent chevalier et pieux musulman ,
prêt à s'entendre avec les deux forces qui subsistaient en
Transoxiane dans l'anarchie consécutive à la dissolution
de l'empire mongol. Son protecteur lui
fit épouser sa petite-fille, du clan Djélaïr. Kazgan
ayant été assassiné, Timour se porta son vengeur,
candidat à sa succession. Mais les féodaux de la Transoxiane
virent alors arriver le khan légitime, le Djagataï de Touglouk-Timour
qui de sa capitale Almalik marcha sur Samarcande. L'oncle de Timour, Hadji
Berlas, s'enfuit en Khoraçan ,
mais le jeune émir, docile aux avis de son directeur de conscience,
le chef spirituel de l'ordre des Soufi ,
se soumit au khan après avoir acheté ses lieutenants (1359),
avec lesquels il le brouilla. Le khan lui confia le gouvernement de la
Transoxiane, mais bientôt le remplaça par son propre fils
Elias-Khodja. Timour souleva le pays, avec l'appui du clergé musulman,
mais fut rejeté dans le Sud, traqué dans la montagne, menant
une vie de chevalier errant, chef de bande, dévot affilié
des confréries religieuses; sa femme partageait ses aventures. Timour
passe les monts, s'empare de Kandahar; dans une bataille contre le gouverneur
du Séistan, une flèche lui perce le bras, une autre le pied;
il demeure boiteux, d'où ce surnom de Timour-Leng, l'Estropié,
qui lui est resté.
La mort de Touglouk lui dégage le
terrain (1362); les gens du Turkestan
oriental, des Marches de Chine, vrai centre de la puissance djagataïde,
voient se soulever contre eux la Transoxiane; Timour dirige la lutte avec
la férocité qu'avaient en Europe les capitaines d'écorcheurs,
et en aussi bon gentilhomme. Le khan Elias est rejeté au Nord du
Sir-daria; Timour a obtenu ce résultat par son alliance avec l'émir
Hosein, petit-fils de Kazgan, dont il a épousé la soeur;
Hosein prend la Transoxiane, laissant à son beaufrère ses
fiefs Kech, Andkhoï et ses conquêtes en Afghanistan et Khoraçan;
il comble ses lieutenants de présents et de places, mais les fait
espionner avec soin. Quand il se brouille avec Hosein, les confréries
musulmanes se déclarent en sa faveur (1365);
Timour cinq fois le bat, l'oblige à se soumettre, se fait proclamer
à Balkh
roi de la Transoxiane, envoie Hosein en pèlerinage
à La Mecque ,
mais le fait tuer en route par un noble turc. Il continue de gouverner
au nom du khan issu de Djagataï, Kaboul Chah. Mais il accomplit une
profonde révolution qui aura sur l'histoire ultérieure de
l'Asie une influence capitale; au régime mongol du Yassak, du gouvernement
civil séparé de l'Église et lié par la coutume,
il substitue le droit divin, la théocratie du Coran ;
plus d'assemblée, la volonté du roi, délégué
de Dieu ;
élu et proclamé à la turque dans la ville de Balkh,
il se fait consacrer dans la ville sainte musulmane de Samarcande
et y fixe sa capitale, il se prépare à refaire une sorte
de califat. Toutefois, aux Turks de l'armée, il laisse un régime
spécial; de même aux nomades de la steppe. Aux grands clans
nobles mongols et turcs il distribue des terres et des places, organise
une noblesse de cour, entourée d'une clientèle de hobereaux.
En Chine s'effondrait la dynastie
mongole des Youen (1370), supplantée
par les Ming; Timour en profite pour abattre ses
cousins, les descendants de Djagataï; servi par le fanatisme musulman,
il mène les gens du Midi à l'attaque des vallées du
Tian-Chan, ,jusqu'à l'Irtych. Cinq campagnes successives, de 1370
à 1376, lui assurent l'hégémonie;
il amène dans son harem une fille du khan djagataïde, achève
la ruine des chrétientés tartares (Kéraïtes et
Naïmans). En même temps il soutient une lutte acharnée
et victorieuse contre les gens du Kharezm,
et achève l'organisation intérieure de son royaume.
Affermi et chef reconnu des Turks de l'Asie
centrale, il les mène à la conquête de l'Iran. En 1380,
il envahit le Khoraçan; Ghaïas-ed-din, surpris à Hérat,
se rend à merci, les émirs se soumettent (avril 1381),
Kaboul est pris; la lutte fut plus rude dans le Séistan et le Mazandéran
qui subirent de terribles dévastations. Timour attaque ensuite la
Perse proprement dite, divisée entre les vassaux des Houlagides.
Il s'assure du Nord par la soumission du khan des Lesghiens et du chef
du Chirvan ;
maître des passes du Caucase ,
il attaque les Turkomans du Mouton Noir, défait leur prince Kara
Mohammed et prend sa capitale, Van (1386).
Il se porte ensuite contre le prince mozafféride Zein-el-Abidin,
fils du chah Chodja, s'empare d'Ispahan
et mate une révolte par le massacre de 70 000 habitants; maître
du Fars et d'une partie de l'Irak, il prend encore Chiraz ,
reçoit la soumission des chefs du Laristan ,
du Kirman et de Yezd (1387).
A ce moment, il est retardé par
sa lutte contre les Mongols du Kiptchak (Horde
d'Or) et son ancien protégé Toktamich. Celui-ci s'était
réfugié à sa cour en 1375,
et il l'avait aidé à se restaurer dans le Kiptchak. Vainqueur
des Russes, le khan mongol veut disputer à l'émir turc les
rives de la Caspienne. Il envahit l'Azerbaïdjan (1387).
Timour négocie, se prépare et, en 1389,
attaque les Mongols de la Horde d'or par le Nord; vainqueur dans la Sibérie
méridionale, il remporte encore la décisive victoire de l'laïk
(1391); une autre armée achève
la soumission de l'Asie centrale et s'avance jusqu'à la muraille
de Chine. Toktamich reprit pourtant l'offensive dans le Sud, à Derbend
(1392) et contre l'Azerbaïdjan
(1396-77);
cette fois, Timour en finit avec le champion mongol, l'homme de l'État
laïque; il conquiert la Russie, traque son rival jusqu'en Sibérie
(1399), à Tioumen ,
où il est assassiné. Le Kiptchak est démembré,
et la puissance mongole brisée à jamais dans le dernier des
quatre empires issus de la division de celui de Gengis
Khan. En Perse, le dernier des Houlagides a dû marier sa fille
à Pir Mehémed, petit-fils préféré de
Timour. Ce dernier, dans l'intervalle de ses deux grandes campagnes de
Russie, avait, par la « Guerre de Cinq ans », terminé
la conquête de l'Iran ,
où les vaincus de la veille avaient repris les armes; le mozafféride
Chah-Mansour était rentré à Chiraz ;
il fut défait et tué par Timour; et tous les princes mozafférides
égorgés; les Transoxianais s'avancèrent jusqu'à
la cité religieuse de Kerbala, près de Bagdad ,
qui se soumit; la forte place de Tekrik, sur le Tigre, fit une résistance
désespérée, close par un massacre général;
le Kurdistan ,
Diarbekr, l'Arménie, la Géorgie furent soumis.
Après la seconde campagne de Russie
et l'écrasement des musulmans du Kiptchak, le dévot émir
de Samarcande
revient à la croisade contre l'infidèle; il se jette sur
l'Inde (1398). Il dévaste Moultan,
écrase l'empire des Gourides de Dehli, massacre dans leur capitale
plus de 400 000 captifs, pille et ramène avec ses troupes chargées
de butin, des architectes et des savants dans sa capitale, Samarcande (mai
1399).
Les exactions de son fils aîné, Miran Chah, à qui il
avait confié le gouvernement de l'Azerbaïdjan, provoquent une
révolte; Ahmed l'ilkhanien est rentré à Bagdad, les
chrétiens de Géorgie n'obéissent plus. Timour reparaît,
saccage Bagdad. Une querelle de frontières le met aux prises avec
l'autre conquérant turc, le sultan ottoman Bayezid Ildérim,
l'Eclair.
Celui-ci soutient le Turkoman Yousouf,
du clan du Mouton Noir; auprès de Timour accourent les Seldjoukides,
les princes dépossédés de l'Asie Mineure. Bayezid
expulse d'Erzendjan le prince Taherten, investi par Timour, renvoie avec
outrages les ambassadeurs de ce dernier. Timour accourt, enlève
Sivas, passe au fil de l'épée les 400 000 habitants, fait
enterrer vifs les chrétiens, tuer Ertogroul, le fils de Bayezid
(1400). Puis il se tourne contre les
mamelouks d'Égypte, les écrase près d'Alep
(1400), puis à Damas (1401),
prend et pille ces villes et les autres places de Syrie, noie dans le sang
une insurrection de Bagdad; après quoi, il rétablit Taherten
à Erzendjan, et par Sivas se dirige sur Angora (Ankara); le 20 juillet
1402
s'y livre la grande bataille entre les deux champions de la foi islamique,
le Turk métissé de l'Occident et celui du vrai Turkestan.
Bayezid fut battu et pris; Timour le traita
honorablement et aurait peut-être fini par le relâcher s'il
n'était mort, de chagrin. Le vainqueur restaura les émirs
seldjoukides, installa sur l'Euphrate Kara-Youlouk, fondateur de la dynastie
du Mouton Blanc, enleva Smyrne (Izmir)
aux chevaliers de Rhodes
(Hospitaliers), reçut l'hommage des Génois de Chios
et de Lesbos
et reprit la route de Samarcande ;
il est resté populaire dans les légendes de l'Asie Mineure.
Dans sa capitale, il reçut les félicitations des rois européens
et une ambassade de
Henri III d'Espagne,
représenté par Gonzalès de Clavijo.
Il marchait contre la Chine lorsque la maladie l'arrêta.
-
L'Empire
de Tamerlan.
Les
Timourides
Timour eut pour successeur son fils Chah-Roukh
(mort en 1447), puis le fils de celui-ci,
Ulugh-Beg,
protecteur des artistes, assassiné par son fils Abdul-Latif (1449).
Mais le plus illustre des Timourides fut Zàhir-ad-dîn-Mohammed
(1482-1531),
plus connus sous le surnom de Baber (Le Tigre) et qui allait être
le conquérant de l'Inde.
Baber (Babour).
Baber, descendant
de Timour-Beg (Tamerlan) et de Koutlouk-Nigar-Khanum, issue de Djagataï-Khân,
second fils de Gengis-Khân, succéda
à l'âge de douze ans, en 899
de l'hégire (1493 ap. J.-C.),
à son père comme souverain du pays de Fergâna. Sa jeunesse
et le manque de ressources financières et militaires dans lequel
son père avait laissé sa principauté allumèrent
les convoitises de ses puissants voisins. Mais par sa persévérance
et ses rares qualités il sut faire fléchir la mauvaise fortune.
En 1498, il s'empara de Samarcande ,
qui lui fut plus tard enlevé; en 1507,
il était maître du Kaboul et du Khoraçan. Prenant pour
base d'opérations la ville de Kaboul, il fit de 1508
à 1525 quatre expéditions
contre l'Hindoustan. En 1526 il franchit
le Sind, battit le sultan Ibrâhim, s'empara de sa capitale Dehli
et d'Agra, et dans les années suivantes sa domination s'étendit
à toutes les provinces septentrionales de l'Hindoustan qu'à
la Gogra, affluent du Gange. L'Afghanistan tout entier était également
soumis. C'est à Agra qu'il avait établi sa résidence
favorite, et il embellit cette ville située dans une région
desséchée et peu favorisée de la nature. De gigantesques
travaux d'irrigation amenèrent la fraîcheur et le bien-être.
Le 26 décembre 1530, Bâber
mourut, laissant quatre fils et trois filles. Son fils Houmaïoun lui
succéda.
Selon
un auteur du XVIe siècle, Bâber possédait les qualités
fondamentales du souverain : un jugement élevé, une noble
ambition, la science des contes, celle de l'administration, l'art de faire
prospérer peuples, le talent de gouverner avec douceur ses sujets,
l'habileté à se concilier le cour de ses soldats, l'attachement
à la justice. Il maniait avec une égale facilité les
deux langues turque et persane, était un poète agréable
et un bon musicien.
Nous ne citerons ni ses poésies ni
ses traités de prosodie. Son vrai titre de gloire littéraire
est son autobiographie. Vers la fin de sa vie, il se mit à rédiger
les notes qu'il avait prises au jour le jour; ses mémoires écrits
dans la pure langue turque, sans mélange d'éléments
persans et arabes, sont particulièrement intéressants; ils
nous donnent des détails curieux sur l'Asie centrale et l'Inde au
XVIe
siècle. Ils furent en 1590.
traduits en persan par Abd ar-Rahîm-Mirza-Khân, fils du ministre
Bairam-Khân. C'est sur la traduction persane que fut faite, en 1826,
la traduction anglaise de John Leyden et William Erskine, tandis que la
traduction française de Pavet de Courteille l'a été
d'après le texte turc original.
Au milieu du XVIe
siècle, les Turks de la Steppe septentrionale, les Euzbegs,
supplantèrent en Transoxiane (Mavrannahar) les Timourides. (E.
Blochet).
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En
librairie - Ruy Gonzalez de Clavijo,
La route de Samarkand au temps de Tamerlan (1403-1406) , relation du voyage
de l'ambassade de Castille à la cour de Timour Beg, Imprimerie
nationale, 2002. - Marcel Brion, Tamerlan, Albin Michel, 1999. -
Collectif, Samarcande, 1400-1500 - la cité oasis de Tamerlan,
coeur d'un empire et d'une renaissance, Autrement, 1995. - Jean-Paul
Roux, Tamerlan, Fayard, 1991. - Babur, histoire des grands Moghols,
Fayard, 1986. - L. Kehren, Tamerlan, Payot.
Babur,
Le
Livre de Babur, Publications orientalistes de France, 2003. - Christopher
Marlowe, Tamerlan le Grand, Circé (théâtre),
2003.
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