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Héraclius,
empereur byzantin
(610-641), fondateur de la maison de Cappadoce ,
né vers l'an 573, mort le 11 février 644. II appartenait
à une riche et illustre famille, originaire d'Édesse .
Son père était exarque d'Afrique et s'était signalé
comme chef d'armée. Il était lui-même remarquable par
sa haute stature et la noblesse de ses traits. L'usurpateur Phocas avait
renversé et mis à mort l'empereur Maurice. L'exarque d'Afrique
empêchant les arrivages de blé à Constantinople ,
il enferma dans un monastère Épiphanie,
la mère, et Eudoxie, la fiancée du jeune Héraclius.
Celui-ci, d'accord avec son cousin Nicétas, organisa une double
expédition contre le tyran. Nicétas devait s'avancer à
travers l'Égvpte, la Syrie et l'Asie Mineure sur Constantinople.
Héraclius en personne dut, avec une flotte, franchir la Méditerranée,
l'Hellespont et le Propontide. Celui des deux qui arriverait le premier
et mettrait à mort Phocas aurait l'Empire. Héraclius, avant
arboré un nouveau labarum, « l'image d'Édesse »,
« l'image non peinte », représentant la Vierge, ne perdit
pas un instant et, comme c'était à prévoir, atteignit
le premier le but.
A son approche, la faction des Verts provoqua
un soulèvement général. Phocas fut promptement détrôné
et livré au supplice. L'heureux chef de cette expédition
fut, non sans résistance de sa part, revêtu des insignes impériaux.
Entraîné au palais par le patriarche Sergius, il fut couronné
dans l'oratoire de Saint-Étienne, en même temps que sa fiancée
qu'il venait de délivrer. Cependant son héroïsme et
ses talents militaires avaient ample matière pour s'exercer. L'Empire
était menacé dans ses possessions les plus essentielles.
Chosroès
Parviz, souverain sassanides de la Perse ,
le « grand roi », avait profité de la mort de l'empereur
Maurice, auquel il était redevable de son trône, pour mettre
la main sur l'Égypte que dut quitter Nicétas, la Syrie où
l'appelaient les juifs persécutés par les chrétiens,
l'Asie Mineure. Héraclius régnait depuis environ quatre ans,
lorsque la « sainte » ou la « vraie croix », celle
qu'Hélène, mère de Constantin, avait exhumée
de la colline du Calvaire ,
fut enlevée de Jérusalem
par le généralissime de Chosroès, Schaharbarz, «
le Sanglier royal », et emmenée captive en Perse (614).
Il avait perdu son épouse Eudoxie,
et s'était remarié, contrairement aux prescriptions de l'Eglise,
à Martina, fille de sa soeur. L'anarchie était partout. Un
complot avait été tramé par Crispus,
gendre de Phocas. Héraclius désespéra. Il forma le
projet de s'enfuir à Carthage
avec la famille impériale. C'est le patriarche Sergius qui, s'offrant
inopinément à sa vue, l'entraîna au pied des autels
et lui arracha le serment de rester et de mourir à son poste. Mais
on n'était pas libre de marcher immédiatement contre les
Perses; car si ceux-ci menaçaient la capitale du côté
de la mer, les Avars ( Les
Huns ),
dont les incursions étaient si redoutées, s'étaient
avancés jusqu'à la muraille d'Anastase. Il fallut donc temporiser.
Après un essai d'entrevue à Héraclée avec le
Khaqân, qui pensa lui être fatal, il en eut une effectivement,
du haut de son vaisseau, avec le général perse Saen, resté
sur le rivage, à Chalcédoine .
Il ne tarda pas à envoyer une ambassade solennelle au delà
du Tigre, munie d'une lettre de la chancellerie grecque qui est parvenue
jusqu'à nous. Chosroès y fit une réponse insolente
qui excita parmi les Byzantins une salutaire indignation.
Monnaie
de bronze d'Héraclius.
Héraclius put prendre, avec l'assentiment
général, de vigoureuses résolutions : tout le trésor
de Sainte-Sophie fut mis à la disposition de l'État; les
distributions gratuites de blé, legs du vieil empire romain, furent
abolies ; tous les citoyens, même les moines, furent appelés
sous les armes. Les Lombards, maîtres de l'Italie septentrionale,
dont il s'était concilié l'amitié, se chargèrent
d'occuper le plus possible les Avars. Il fit ensuite une retraite, à
la fois religieuse et studieuse, pour se préparer à une grande
et longue lutte. Il relisait les meilleurs traités de stratégie
et de politique. Le lendemain de Pâques
(4 avril 622), après une communion publique, il partit au milieu
des plus chaleureuses manifestations de la foule. Il avait proclamé
régent Constantin le Jeune, son fils aîné, à
peine âgé de dix ans ; mais le gouvernement effectif restait
aux mains du patriarche Sergius et de Bonus, patrice et chef de la milice.
En venant débarquer aux Pyles de Cilicie
et de Syrie, à Issus ,
où Alexandre le Grand avait livré
bataille, au centre géométrique de l'immense territoire envahi
par le grand roi, il montra dès l'abord sa rare sûreté
de coup d'oeil. Il restait d'ailleurs ainsi en communication avec la flotte
qui dominait la Méditerranée. Il pouvait exercer sans danger
immédiat ses troupes en un pays montagneux. Il aguerrit ses soldats,
combinant toujours, dans son oeuvre de relèvement moral, l'orgueil
romain et l'enthousiasme chrétien. La véritable guerre commença
quand il franchit les portes Amaniques, gagnant la Cappadoce, son pays
natal. Les Perses
durent enfin se replier, abandonnant Chalcédoine. Un ingénieux
stratagème lui permit de prendre à revers « le Sanglier
royal », de s'établir dans le Pontique, entre l'Anti-Taurus
et le Pont-Éuxin. Il semblait menacer la Perse elle-même.
A la faveur de l'hiver, Héraclius
put s'embarquer à Trébizonde pour Constantinople
qui, toujours menacé par les Avars, réclamait sa présence.
Il reparut comme transfiguré devant ses sujets, ayant, en dix mois,
délivré la ville du côté de la mer et contraint
Schaharbarz d'évacuer toute l'Asie Mineure. Son confesseur et poète
attitré, Georges Pisidès,
qui l'avait accompagné, lança alors son poème sur
les Perses ,
qui fit de lui un émule chrétien d'Eschyle. L'empereur, désireux
de contraindre Chosroès à évacuer la Syrie et l'Égypte,
résolut de s'appuyer sur l'Arménie, contrée montagneuse,
qui pouvait lui servir de réduit et de refuge et où son armée,
renforcée des valeureuses et chrétiennes populations des
Lazes, des Abasges, des Ibères
et des Albanais ,
avec une cavalerie excellente, dominant le cours supérieur du Tigre
et de l'Euphrate, cette double artère de l'empire sassanide.
Son objectif principal, son grand stimulant, ne l'oublions pas, était
la reprise de la vraie croix, que Chosroès lui avait refusé.
Or la vraie croix était déposée à Ganzaca (Tauris),
au coeur de l'Atropatène ,
le moderne Azerbaïdjan ou « pays du Feu », ainsi nommé
parce que les mages y avaient leurs pyrées ou autels du feu les
plus révérés. Le grand roi fit à cette occasion
une levée dans tous ses États et en confia le commandement
à Saës, l'un de ses meilleurs capitaines. Lui-même occupait
Ganzaca avec 40 000 hommes. Héraclius, brûlant villages et
villes, détruisant surtout les pyrées, fondit sur Ganzaca,
d'où Chosroès s'éloigna précipitamment, renversa
le fameux temple du Soleil, où des appareils ingénieux imitaient
la foudre et la pluie (623). Mais la vraie croix ne s'y trouvait plus.
Après la destruction de Thébarme
(Ourmiah), Héraclius, circonspect au milieu même de son enthousiasme,
- il avait peur de perdre sa base d'opération, - abandonna ses 50
000 prisonniers, pour hiverner en Albanie
(624). Là, serré de près par Schaharbarz et par Sarablagas,
qu'allait renforcer un troisième général, Saës,
il les accabla sur les bords de l'Araxes (Araxe) : le second resta parmi
les morts. Schaharbarz, qui avait résisté vaillamment, fut
lui-même sur le point d'être surpris; ses propres armes devinrent
les trophées d'Héraclius. Au retour du printemps (625), il
se porta par une marche hardie jusqu'en Cilicie .
Sur les bords de Sarus, près d'Adana, eut lieu un combat où
l'héroïsme de l'empereur arracha au vainqueur de Jérusalem ,
d'Antioche
et d'Alexandrie
un cri d'admiration. Si Héraclius, l'année suivante (626),
se reporta vers Trébizonde, c'était pour parer à un
double péril. En effet, il venait d'apprendre qu'une ligue s'était
conclue entre les Avars et les Perses ,
qui s'étaient donné rendez-vous sur les bords du Bosphore .
Il divisa ses forces en trois corps : le premier fut envoyé par
mer à Constantinople ;
le second, sous les ordres de son frère Théodore, dut s'opposer
à Saës dans la Mésopotamie; le troisième, qui
restait avec lui, gardait l'Arménie et le Caucase. C'est près
de Tiflis qu'il sut conquérir à sa cause les Khazars ( Les
Turkmènes ),
en promettant à leur chef Ziebil la main de sa fille. Son habile
politique neutralisait les Mongols
d'Europe à l'aide des Mongols d'Asie. Toutefois, en l'absence d'Héraclius,
Constantinople subissait avec héroïsme les assauts multipliés
des Avars. Un essai de jonction avec les Perses et l'attaque de la Corne
d'or aboutirent à un désastre tel que le Khaqân dut
regagner les bords du Danube. Pisidès ne tarda pas à composer
un nouveau poème, les Avars.
Informé de ces nouvelles, Héraclius
n'hésite pas il passe le Grand-Zab, affluent du Tigre supérieur,
et campe bientôt sur les ruines de Ninive ,
non loin d'Arbelles .
Là il se trouve en présence de Razatès, que le grand
roi a placé à la tête d'une nombreuse armée.
Une grande bataille s'engage le 12 décembre 627. Monté sur
son cheval Phalbas, l'empereur fait encore des prodiges de valeur et abat
du revers de son épée la tête de Razatès qui
l'a provoqué en combat singulier. Poursuivant ses avantages, il
opère une curieuse marche à travers « les paradis »
ou « oasis » de la rive droite du Tigre. Son objectif est Dastadjerd,
où se trouvait alors le grand roi. Dans le paradis de Béclal,
il éleva un cirque et convia ses soldats à une représentation
théâtrale. Quand il atteignit Dastadjerd, Chosroès
venait de le quitter précipitamment (628). Cette résidence
royale fut livrée aux flammes. Il se vit entouré de nombreux
sujets romains déportés d'Edesse ,
de Jérusalem
et d'Alexandrie .
En forçant la ligne de l'Arba et du Tigre, il aurait pu emporter
Ctésiphon; mais il risquait d'éprouver un échec loin
de tout renfort. Il battit donc en retraite. Le 24 février 628,
il s'établissait dans Tauris, comme en un haut observatoire.
Aureus
d'Héraclius, avec sonfils Héraclius Constantin.
Cependant la Perse
était en proie à une révolution. Une sentence de mort
contre Schaharbarz, dont l'inaction à Chalcédoine avait été
si fatale à Chosroès, tomba aux mains du gouvernement byzantin.
« Le Sanglier royal » s'aboucha aussitôt avec le patriarche
de Constantinople ,
signa un traité de paix et décampa vers la Perse. La belle
Schirîn, épouse de Chosroès, ayant décidé
Chosroès, alors gravement malade, à désigner son fils
Merdasa comme héritier présomptif, l'aîné des
enfants royaux, Siroès, assisté de Gundarnaspe, chef d'armée,
envoya des messagers à Héraclius et jeta dans la «
tour des Ténèbres » le roi auquel il infligea un cruel
supplice. Cette mort rendait faciles les négociations.
Par une lettre que le patriarche Sergius
lut au peuple le 15 mai 628, jour de la Pentecôte ,
l'empereur annonça cet événement qui terminait vingt
années de guerres : « L'impie est tombé avec fracas!
» y disait-il d'une façon toute biblique. Pisidès composa
alors son Héracliade. A ses yeux, comme à ceux de tous ses
sujets d'ailleurs, Héraclius apparaissait comme un autre «
Alexandre », un autre « Constantin ». Le grand héros
byzantin rentra bientôt au palais d'Hérée avec l'impératrice
Martina, qui l'avait suivi dans toutes ses campagnes. Il envoya son frère
Théodore à Ctésiphon, pour obtenir la restitution
du Palladium de la nouvelle Rome, la Croix, et la délivrance des
captifs de la Cappadoce, de la Palestine, de l'Égypte.
C'est Schaharbarz qui révéla
l'endroit où le signe de la rédemption avait été
déposé. Théodore l'ayant rapporté à
Héraclius, celui-ci put faire son entrée triomphale à
Constantinople
le 14 septembre 628, journée dont l'Eglise a perpétué
le souvenir en instituant la fête de l'Exaltation de la Croix, qui
se célèbre tous les ans le 14 septembre même. L'antique
Rome fit écho à Constantinople dans cette circonstance. L'empereur
s'empressa de rendre la vraie croix à Jérusalem
et à l'église du Saint-Sépulcre. Il la portait lui-même
quand il gravit le Calvaire, et la présenta au patriarche Zacharie.
Le sceau qu'Hélène y avait apposé était resté
intact. Les espérances des Byzantins étaient alors, pour
ainsi dire, illimitées. C'était, répéta Pisidès
dans son Hexameron, « une vie nouvelle, un nouveau monde, une nouvelle
création ». En fait, Héraclius, qui allait séjourner
six années consécutives en Syrie, à Hierapolis, à
Emèse, à Édesse ,
avait à réorganiser les provinces reconquises, l'Asie, la
Syrie, l'Égypte, à apaiser les troubles religieux qui renaissaient,
à raffermir la Perse
ébranlée par ses mains, à surveiller l'Arabie qui
commençait à s'agiter. Les trésors du grand roi furent
consacrés à éteindre la dette contractée envers
l'Église, ce qui laissa à l'État peu de ressources
disponibles et aigrit contre le clergé les esprits déjà
émus par les controverses théologiques. On sait que le concile
de Chalcédoine (451) avait condamné à la fois Nestorius,
qui distinguait deux personnes dans le Christ, et Eutychès, qui
n'admettait en lui qu'une nature. La doctrine monophysite
avait été renouvelée par Jacob Baradée ou Zanzale,
fondateur de la secte jacobite ,
à laquelle avaient adhéré les Coptes et les Syriens
indigènes, protestation nationale contre les Hellènes, auxquels
neuf siècles auparavant les avait subordonnés la conquête
d'Alexandre le Grand. Ils s'opposèrent ainsi aux Melkites (impérialistes).
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Héraclius,
l'alchimiste
L'empereur
Héraclius trouva au milieu de ses nombreuses expéditions
militaires, assez de loisir pour écrire des Commentaires
sur quelques traités de Ptolémée.,
et joue par ailleurs un rôle important dans l'histoire des sciences
au moyen âge. C'était un grand fauteur d'alchimie et d'astrologie,
en relation avec Stephanus d'Alexandrie
qui, sous le titre de maître oecuménique, enseignait la philosophie,
la médecine, la musique, la géométrie
et l'ensemble des sciences d'alors dans le palais impérial de Constantinople ,
avec douze savants auxiliaires. Nous possédons neuf leçons
de ce professeur adressées à Héraclius. On avait attribué
à l'empereur lui-même divers ouvrages alchimiques, probablement
pseudépigraphes, mais dont nous possédons les titres; aussi
figure-t-il dans la liste des auteurs alchimiques grecs. Il est également
cité par les Arabes et dans les traités latins, traduits
des Arabes aux XIIe et XIIIe siècles; mais dans ces traductions,
par suite de l'imperfection des transcriptions orientales, le nom d'Héraclius
se trouve changé en Hercules, rex Hercules, etc. Son image figure
dans les médaillons qui reproduisent les prétendus portraits
des vieux alchimistes, par exemple dans la bibliothèque chimique
de Manget. (M. Berthelot). |
Le schisme jacobite attira naturellement
l'attention du patriarche Sergius et d'Héraclius, qui séjournait
en Syrie, au beau milieu de ces disputes à la fois religieuses et
politiques. D'accord avec Pyrrhus, qui devait lui succéder sur le
siège de Constantinople ,
avec Cyrus, bientôt patriarche d'Alexandrie,
avec Athanase, bientôt patriarche d'Antioche ,
Sergius formula le monothélisme qui n'admettait en Jésus-Christ
qu'une seule volonté en deux natures, comme suite de l'unité
de personne. Le pape Honorius adhéra à cette doctrine que
le nouveau patriarche de Jérusalem ,
Sophronius, ne cessa de combattre avec acharnement. Pendant que le mazdéisme
sombrait sous les coups d'Héraclius, que le christianisme, malgré
son éclatante victoire, était plus divisé que jamais,
l'islam surgissait. Une correspondance fut échangée entre
l'empereur et le prophète. « Fais-toi musulman!-»
aurait écrit, assez naïvement, Mohammed
à Héraclius. Le moqauqis (préfet) des Coptes, également
pressenti, avait une attitude indécise.
Cependant une prédiction se répandait,
à savoir que l'Empire serait détruit par les peuples circoncis.
Héraclius, d'accord avec le Gallo-Franc Dagobert,
s'était laissé entraîner à une active persécution
contre les Juifs, qui, bannis de Jérusalem ,
se réfugièrent en Arabie. La frontière, telle que
l'avait fixée Trajan, à l'extrémité septentrionale
de la péninsule, en fut profondément troublée. La
Perse
était, de son côté, plus que jamais en proie à
l'anarchie depuis la mort violente de Siroès et de son meurtrier
et successeur, Schaharbarz. C'est cette condition anormale des deux empires
qui rendit possible l'invasion arabe. Mohammed lui-même donna le
signal de la guerre. Le premier combat, celui de Mouta, fut sanglant et
indécis. Mais Khaled, « l'épée de Dieu »,
s'y révéla. La mort presque immédiate de Mohammed
et l'intronisation en Perse du jeune
Yezdedjerd,
fils de Schaharbarz, par les soins d'Héraclius (6 et 8 juin 632),
procurèrent à ce dernier un court répit. Abou-Bekr,
proclamé calife, c.-à-d. successeur
du prophète, prêcha la guerre sainte et ne réunit pas
moins de 124 000 hommes.
Attaquer à la fois les deux grands
empires voisins avec deux armées qui, manoeuvrant non loin l'une
de l'autre, se réuniraient au besoin, tel fut son plan. Informé
de l'attaque qu'il aurait dû prévenir, l'empereur se fixa
à Damas. Il organisa la défense; mais, d'une santé
déjà chancelante, il ne put songer à commander en
personne. Abou Obeïda, qui visait directement l'empire byzantin, était
suivi d'Amrou. Il était précédé de l'irrésistible
Khalid qui avait très rapidement opéré la conquête
de la Babylonie ,
appelée désormais Iraq-Arabi. Se rejetant sur la Syrie, il
s'empara de Gaza (633); il porta un défi à l'empereur qui
lui répondit : « Ton lot est le désert; retire-toi.
» Mais avec sa fougue bien connue, il assiégea Damas. Vainement
Théodore, le frère d'Héraclius, le força à
faire volte-face. Il le vainquit en bataille rangée à Gabata
et à Aiznadin (634), et Damas succomba. Héraclius disgracia
Théodore. D'Antioche ,
il revint à Jérusalem
prendre la croix : « Adieu, Syrie, adieu pour la dernière
fois ! » s'écria-t-il, quand il franchit les limites de cette
province.
Tandis qu'il se réfugiait à
Bérée, où eurent lieu de sombres tragédies
de palais, son armée le déclarait déchu du trône.
Sa raison fut un instant ébranlée : la vue de la mer le glaçait
d'effroi et, quand il dut rentrer à Constantinople ,
on construisit sur le Bosphore
un pont de bateaux de chaque côté duquel on disposa une haie
de branchages et de verdure qui lui dérobait l'aspect des flots.
La croix fut déposée par lui à Sainte-Sophie. Réconforté
encore une fois par Sergius, il retrouva, sinon son ancien héroïsme,
du moins son grand sens politique. Le Nord de l'Empire n'était pas
moins menacé que le Midi. Slaves et Mongols s'ébranlaient
à la fois. Dagobert venait d'essuyer
une sanglante défaite en combattant les premiers; les seconds, sous
le nom d'Avars, continuaient d'être le grand épouvantail des
Byzantins. Que fit Héraclius ? Il contint le Khaqân par une
alliance avec Samo, roi des Wendes de Carinthie ,
et avec Coubrat, roi des Bulgares de Pannonie .
Deux autres peuples slaves, les Croates et les Serbes, furent les instruments
de sa prévoyante politique. Du Nord des Carpathes, il les attira
au delà du Danube en leur offrant, à ceux-là la Dalmatie ,
d'où ils délogèrent les Avars; à ceux-ci la
Mésie supérieure, la Dacie
inférieure et la Dardanie ,
entièrement dépeuplées.
Ajoutons qu'il se hâta de les convertir
au christianisme, mission dans laquelle il fut aidé par le pape.
L'une des deux invasions était ainsi supprimée. Le Sud de
l'Empire offrait, il est vrai, un spectacle lamentable. Omar venait de
succéder à Abou Bekr. Deux grandes
batailles inaugurèrent son califat (636). Celle de Kadéstya
livra sans défense la Perse
aux musulmans; celle de l'Yermouk, où le général byzantin
Manuel se mesura avec Abou Obeïda et Khalid, entraîna la perte
de presque toute la Syrie. Jérusalem
succomba comme Ctésiphon (mars 637), la capitale du christianisme
comme celle du mazdéisme! Le calife y vint en simple pèlerin
consacrer la « mosquée
d'Omar », là où s'élevait autrefois le temple
de Salomon. Constantin le Jeune ne put préserver ni Antioche ,
ni Césarée, ni Berite, ni Joppé. Toute la Mésopotamie
fut également soumise à l'islam. Héraclius, atteint
d'hydropisie, était condamné plus que jamais à l'immobilité.
Les intrigues du moine Pyrrhus et de l'impératrice Martina aboutirent
au couronnement d'Héracléonas, qui partagea avec son frère
Constantin le titre d'héritier présomptif (4 juin 638). Alors
aussi il commit une faute irréparable en publiant l'Ecthèse
ou « Exposé » religieux, sorte de compromis entre les
monothélites et les monophysites ,
qui ne fit que raviver des querelles à demi assoupies.
Sous l'influence de Pyrrhus, le nouveau
patriarche de Byzance, l'exarque de Ravenne, Isaac, imposa par la terreur
au nouveau pape Séverin une adhésion à l'Ecthèse.
Mais deux ans après, un autre pape, Jean IV, la condamna solennellement
et Héraclius dut la désavouer lui-même. Ce règne
se termina par une humiliation plus grande encore. Le calife Omar avait
résolu de conquérir l'Égypte à l'islam : il
était singulièrement encouragé dans ce dessein par
le moqauqis et les jacobites. Le patriarche d'Alexandrie ,
Cyrus, avait imaginé de l'en dissuader en promettant tribut à
Omar et la main d'une fille de l'empereur, ce qui le fit mander par Héraclius
indigné et mettre à la torture. Amrou ibn el-As envahit l'Égypte.
En s'emparant de Péluse ,
il força le passage de l'isthme; la prompte capitulation du fort
de Babylone lui laissa la libre disposition de ses forces pour le siège
d'Alexandrie, lequel dura quatorze mois (octobre 639 - décembre
640). Cyrus, revenu en hâte, ne put conjurer la perte de la grande
ville de l'Occident, comme l'appelaient les musulmans.
Le philosophe Philoponos n'empêcha
pas lui non plus la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie,
dont il avait la garde et qui avait remplacé celle détruite
sous Théodose. Sentant sa fin approcher,
Héraclius réunit autour de lui les enfants d'Eudoxie et ceux
de Martina. C'est Pyrrhus qui eut la garde du trésor impérial.
L'inhumation de l'empereur eut lieu dans l'église des Apôtres,
à côté des tombeaux de Constantin
et de Justinien (on sait que cette basilique
fut détruite par le sultan Mohammed II en 1433). Il y reposait depuis
trois mois à peine quand son fils aîné, Constantin,
viola sa sépulture pour le dépouiller d'une couronne d'un
grand prix. Le malheur a donc poursuivi Héraclius par delà
la mort.
Que l'on songe d'ailleurs que la même
année vit mourir Héraclius, emprisonner Constantin, mutiler
Héracléonas! Mais la chrétienté n'a pu oublier
ni le renversement soudain de Phocas, ni la chute de Chosroès, ni
la reprise de la vraie croix. Les croisades
ont rendu à sa renommée son premier éclat. Guillaume
de Tyr a inscrit, en tête de ses Annales, le nom d'Eracles.
Eracles
est devenu, comme Alexandre ,
Arthur
et Charlemagne ,
un sujet de légendes. Au XIIe siècle,
en France, Gauthier d'Arras ,
et au XIIIe, en Allemagne, un certain Otto,
composèrent des romans sur ce thème populaire. Les arts du
Moyen âge et les lettres modernes s'en sont emparés. Au XIIIe
siècle, à Limoges ,
on représentait sur émail Héraclius pourfendant Chosroès.
Héraclius, ne l'oublions pas, est un des héros du grand Corneille
et du fameux auteur tragique Calderon.
(Ludovic Drapeyron).
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En
bibliothèque - Ludovic Drapeyron,
l'Empereur Héraclius et l'empire byzantin au VIIe siècle,
1869; on y trouvera de nombreuses indications bibliographiques. C'est le
premier ouvrage consacré exclusivement à Héraclius
depuis celui de l'évêque arménien Sepéos,
Histoire de l'empereur Héraclius, qui date du VIIe siècle
même, publié à Constantinople en 1850. - Jules Zeller,
Entretiens
sur l'histoire du Moyen âge, 1884, t. II, pp. 115-148. - Bury,
A
History of the later roman Empire from Arcadius
to Irene, 1889, t.
Il, pp. 206-273.
D'autres
publications de Noeldeke, Zottenberg , Langlois, Ed. Drouin, Diehl, etc.,
d'après de nouvelles sources, intéressent également
l'histoire d'Héraclius.
Pour
la légende d'Héraclius, Firdousi, le Chah Nameh, dans
Histoire littéraire de la France, t. XXll. - Massmann, Eracles,
deutsch. und franz. Gedicht; Quedlinburg, 1842. - Cf. Revue d'Anjou,
1871, art. de Charles Diehl
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