| . |
| |||||||
|
Les persécutions des Chrétiens |
| Les historiens catholiques Les supplices que Néron infligea aux chrétiens de Rome furent motivés par la nécessité où se trouva cet empereur de se justifier de l'incendie de la ville; qu'on l'accusait d'avoir ordonné et qui avait épargné le quartier des juifs. Certains dénoncèrent les chrétiens, afin d'éviter une confusion qui les compromettait et qui aurait pu faire retirer à leurs communautés les privilèges qui leur avaient été accordés. Onh sait que ces privilèges permettaient aux juifs de résider dans l'empire, non seulement sans y être astreints à aucune observance païenne, mais aussi en y pratiquant leur religion. En somme, l'histoire ne nous a transmis que les noms de deux chrétiens martyrisés à Rome, sous Néron : celui de Paul, et si l'on admet la légende pontificale, celui de Pierre. Domitien, jaloux de son pouvoir, prenait ombrage de tout ce qu'il ne comprenait pas. Il devint inquiet et cruel et se mit ii persécuter, les honnêtes gens, les citoyens qui regrettaient la liberté, les stoïciens qui prêchaient la vertu; "Penser librement était un crime à ses yeux" (Tacite; Hist., I; 1). Naturellement, les chrétiens étaient fort menacés par un pareil régime; mais s'ils en souffrirent, ce ne fut pas specialement à cause de leur religion. II n'est pas prouvé que Flavius Clemens et Domitilla, qu'on a mis au rang des martyrs de ce règne, fussent chrétiens. Avant Trajan,
aucune ordonnance spéciale n'ayant encore été faite
contre les chrétiens, ils ne pouvaient être poursuivis que
sur des accusations de droit commun : trahison, lèse-majesté,
rébellion aux ordres des magistrats, associations et assemblées
illicites, sorcellerie, magie.
Mommsen place en l'année 112
le rescrit adressé par Trajan à Pline
le Jeune, alors gouverneur de Bithynie « en cette sorte d'affaires il n'est pas possible d'établir une régla générale et certaine. Il ne faut pas faire de recherches contre les chrétiens. S'ils sont accusés et convaincus, il faut les punir. Si l'accusé nie qu'il soit chrétien et qu'il le prouve par sa conduite; c.-à-d. en invoquant les dieux, il faut pardonner à son repentir, quel que soit le soupçon dont- il ait été chargé auparavant. Dans nul genre d'accusation, il ne faut recevoir de dénonciation sans signature. Cela serait d'un pernicieux exemple et contraire aux maximes du règne ».Ce rescrit prohibait la persécution des chrétiens, puisqu'il ordonnait aux magistrats d'agir, non d'office, mais seulement lorsqu'ils seraient saisis de la cause par une dénonciation signée; cependant; il légalisait la répression de la religion chrétienne. II ne répondait pas à la question de Pline demandant si c'était le nom de chrétien, fût-il pur de crime, qu'il fallait punir, ou les crimes attachés à ce nom. Il n'indiquait pas davantage les peines qui devraient être infligées. Enfin, déclarant qu'en ces sortes d'affaires il n'était pas possible d'établir une règle générale et certaine, il mettait les chrétiens à la merci des magistrats. En fait, on voit les magistrats, lorsqu'ils sont indulgents, absoudre les chrétiens, et les condamner lorsqu'ils sont cruels ou pressés par les excitations du peuple païen. La haine de ce peuple contre les chrétiens devait s'accroître à mesure que ceux-ci devenaient plus nombreux. Elle n'était inspirée que pour une très faible part par l'intolérance religieuse, à peu près étrangère au paganisme, qui admettait des divinités fort diverses, et dont les prêtres n'étaient pas infectés de théologie. Ses causes principales étaient l'accusation, produite d'abord contre les juifs, répandue ensuite contre les chrétiens, de pratiquer dans leurs assemblées nocturnes des mystères abominables, voués à la luxure, à l'inceste, à des repas où on mangeait des enfants; la possession qu'on leur attribuait des secrets d'une magie puissante et funeste; leur indifférence pour la prospérité de l'empire, ou plutôt leur haine intime contre la Rome Hadrien (117-138)
ne prit aucune mesure nouvelle contre les chrétiens; il confirma
simplement l'édit de Trajan, en réprimant
les accusations calomnieuses et les condamnations sommaires, mais en déclarant
que ce qui était contraire aux lois devait être puni, et que
les chrétiens dûment accusés et condamnés pouvaient
être livrés au peuple qui les réclamait pour l'amphithéâtre
( Toute la période dont nous venons
de résumer l'histoire appartient au régime légal institué
par le rescrit de Trajan. Ce régime autorisait
à la fois la tolérance et la répression. La répression
resta locale, dépendant uniquement des magistrats. Ceux-ci ne sévissaient
ordinairement que sous la pression du peuple, qui fut le véritable
promoteur de la persécution et la provoquait par ses plaintes, parfois
même par des séditions. Cependant, il n'en résulta
que de courts accès de rigueur on de violence, qui n'atteignirent
qu'un nombre de martyrs beaucoup moins grand que celui qu'on imagine généralement,
parce qu'ils étaient principalement dirigés contre les évêques
et les chefs des Eglises. Dans les longs intervalles qui séparaient
ces accès, les chrétiens, quoique toujours menacés
par les lois, n'étaient point réellement molestés;
ils se trouvaient en sûreté, sinon en sécurité.
Leurs églises développaient leur hiérarchie, célébraient
leur culte, fondaient des cimetières, construisaient des édifices
et même acquéraient des possessions temporelles. Leurs écrivains,
Quadratus, Justin, Miltiade, Athénagore,
Apollinaire, Méliton, Tertullien, Origène,
publièrent des Apologies et des Exhortations aux martyrs,
dont une seule page aurait fait condamner au feu livres et auteurs, s'ils
avaient été composés par des hérétiques,
au temps où I'Eglise catholique Après avoir vaincu Philippe
l'Arabe, Décius (249-251)
entreprit de détruire la religion chrétienne, que son prédécesseur
avait favorisée. Il ne se borna pas, comme Trajan,
à permettre le supplice de ceux qui étaient accusés
et convaincus de christianisme. Considérant leur religion comme
un danger pour l'empire, il prescrivit de rechercher les chrétiens
et de les contraindre par les tourments à abjurer leur foi. De là,
une persécution générale, dont l'effet fut de provoquer
de nombreuses apostasies, mais aussi d'exciter chez ceux qui étaient
résolus à persévérer une exaltation aspirant
au martyre. Gallus (251-253)
continua la persécution commencée. Valérien
(253-260),
d'abord indulgent pour les chrétiens, finit par décréter
contre eux des mesures plus précises et plus cruelles que celles
de ses prédécesseurs. La persécution fit relâche
sous les règnes de Gallien (260-268)
et d'Aurélien
(270-280);
car ce dernier empereur n'en décréta la reprise que vers
la fin de sa vie, et sa mort empêcha l'exécution de ses décrets.
Cette paix dura jusqu'aux dernières années du règne
de Dioclétien (284-305).
En 303, cet empereur, sur les instances
de Galérius, qu'il avait associé
à son pouvoir, publia un édit ordonnant de démolir
les églises, de livrer et de brûler les livres sacrés,
d'exclure les chrétiens de tous les offices publics et interdisant
d'affranchir les esclaves qui professaient
leur religion. Cet édit fut suivi de trois autres, dont les deux
premiers prescrivaient d'emprisonner les évêques et de les
soumettre aux tourments pour les contraindre à apostasier, et dont
le dernier étendait ces mesures à tous les fidèles.
Il s'ensuivit une persécution qui n'épargna que la Gaule Le paganisme avait épuisé toute sa force de compression. dans ce suprême effort. La persécution languit après l'abdication de Dioclétien, quoique les ordonnances qui la prescrivaient ne fussent point retirées. En 311, Galérius lui-même, reconnaissant son impuissance à réduire les chrétiens, leur accorda un édit de tolérance. L'année suivante, Constantin, de concert avec Licinius, décréta que les chrétiens ne seraient pas troublés, mais il interdit aux païens de se convertir, soit au christianisme, soit à aucune religion étrangère. Peu après (Milan, 313), il compléta cette oeuvre, en déclarant entière et absolue la liberté de professer la religion chrétienne, libera et absoluta facultas colendae religionis. Il semble convenu de répéter
que l'Eglise chrétienne « Nous remplissons tout, écrivait Tertullien (Apologie, XXXVII), vos villes, vos châteaux, vos bourgades, vos conseils, vos camps, vos tribus, vos décuries, le palais, le sénat et le forum. Nous ne vous laissons que vos temples. »Lorsque la persécution sévissait, les Actes des martyrs nous les montrent recevant dans leur prison les visites, les subsides et les exhortations des diacres, même les députations des Eglises étrangères, sans empêchement des magistrats et des geôliers. Après le supplice, leurs cadavres ou leurs cendres étaient généralement laissés aux fidèles, qui finirent par en faire les objets d'un culte spécial. On peut, sans s'aventurer dans le moindre
paradoxe, affirmer que les mesures de répression prises par l'empire
païen contre les chrétiens paraissent faiblement organisées
on très débonnaires, quand on les compare aux persécutions
qui ont été infligées plus tard aux hérétiques,
sous les auspices de l'Eglise catholique Dans le système
catholique, l'hérésie, on seulement l'indulgence envers
elle, est un crime énorme, un crime de lèse-majesté
divine, à la répression duquel tous les fidèles ont
le devoir de concourir. Ce devoir est souvent sanctionné par les
lois punissant le silence de peines parfois égales à celles
de l'hérésie, ou stimulant la délation par la promesse
de hautes récompenses. D'ailleurs, la recherche et la dénonciation
de l'hérésie sont imposées comme un office spécial
à des légions d'agents, prêtres et moines. Le plus
petit village est soumis à l'autorité et à la vigilance
d'un prêtre. Et cette surveillance embrasse tons les actes et tous
les instants de la vie de tous les membres du troupeau. Non seulement la
naissance, le mariage, la maladie et la mort, non seulement la confession
et la communion de chaque année les mènent ou les mettent
forcément aux pieds de ce prêtre; mais la célébration
des fêtes les réclame à leur paroisse. Lorsque l'Eglise |
| . |