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Histoire de la Grèce antique
La Ligue achéenne et la Ligue étolienne
Les dernières luttes en Grèce
Le relèvement d'Athènes.
Pendant que les successeurs d'Alexandre se disputaient en Asie des lambeaux de pourpre, la Grèce avait essayé de recouvrer sa liberté.(Le Protectorat Macédonien). Pendant l'absence d'Alexandre, déjà, Athènes s'est relevée du désastre de Chéronée, grâce à l'administration du sage et austère Lycurgue, adversaire, autant que Démosthène, du parti macédonien. Il avait déjà tant fait pour sa ville à l'avènement d'Alexandre que le jeune vainqueur demanda sa tête après la destruction de Thèbes : c'est un autre orateur, Démade, qui l'avait sauvé. Athènes respire donc. Le général Léosthène l'excite aux batailles, exaspérant. Phocion, qui lui dit lui jour : 
« Jeune homme, tes discours ressemblent à des cyprès; ils sont grands et hauts, mais ils ne portent point de fruits."
Mais Léosthène l'emporte et marche contre Antipater; il le bloque à Lamia, en Thessalie : Antipater capitule : « Ouand cesserons-nous donc de vaincre? » s'écrie le douloureux Phocion, auquel rien ne peut rendre confiance. En effet, Léosthène est tué. Antipater reçoit de grands renforts d'Asie; les Grecs sont battus à Krannon en Thessalie (322). C'en est fait. La rançon de la défaite est terrible: une garnison macédonienne à Munychie et l'ordre formel de rétablir l'aristocratie à Athènes
L'orateur Hypéride, dont Antipater demande la tête, lui répond en prononçant l'éloge funèbre des Athéniens morts dans la guerre lamiaque. Arraché du temple d'Egine où il a fui, il est tué et jeté aux chiens. Démosthène, bien plus encore qu'Hypéride, est désigné aux vengeances d'Antipater; il Se réfugie à Calauria, petite île d'Argolide où se dresse le temple de Poseidon. Les soudards macédoniens l'y poursuivent ; il s'empoisonne dans le temple et tombe mort au pied de l'autel. Athènes lui dresse peu de temps après une inscription qui la condamne, autant qu'elle atteste la grandeur de Démosthène : 
« Si tu avais eu autant de force que de bon sens, Ô Démosthène, jamais I'Arès de Macédoine n'aurait triomphé de la Grèce ! » 
Phocion, inaltérable ami de la paix, vit en bonne intelligence avec Antipater : Athènes n'en est d'ailleurs que mieux traitée : mais, coup de théâtre! à Antipater mort succède Polysperchon, un vieillard, zélé démocrate. Les aristocrates, vainqueurs la veille, courbent la tête; les exilés rentrent (que de fois les choses se sont passées ainsi), Phocion doit boire la ciguë (318). Victime expiatoire des haines rétrospectives que, sans lustre, mais avec ténacité, il avait concentrées sur sa tête, il montra devant la mort une admirable sérénité.

Les chances reviennent aux aristocrates et au parti macédonien. Cassandre, fils d'Antipater, se fait contre Polysperchon l'exécuteur des volontés de son père, triomphe et met au gouvernement d'Athènes Démétrios de Phalère qui tient pendant onze ans Athènes. soumise à l'ascendant de sa parole et de sa sagesse (317-309).
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Carte de la Grèce au IIIe siècle av. J.-C.

La Grèce au IIIe siècle av. J.-C. : la Ligue achéenne et la Ligue étolienne

Les confédérations des cités.
Dès maintenant, des peuples, qui ont passé jusqu'ici inaperçus, vont apparaître au premier plan de l'histoire de la Grèce pour jouer un rôle éphémère, mais non sans grandeur. 

La Ligue étolienne.
Ce sont Ies Etoliens, peuple montagnard et inculte des contrées pauvres et déshéritées qui s'étendent à l'ouest du Pinde jusqu'à la mer; longtemps morcelés, ils ont organisé une fédération perpétuelle ou Ligne étolienne qui remet à un pouvoir central le soin des intérêt généraux de la nouvelle nation. Dans l'affaiblissement où sont tombées les grandes villes directrices de la Grèce, elle va devenir un centre de ralliement rayonnant au loin.

La Ligue achéenne.
Au même montent (280), l'Achaïe, jusque-là restée à peu près inerte, devient le siège d'une ligue de résistance à la Macédoine. Elle a aussi son gouvernement constitué, organe de liaison et d'administration générale.

Ainsi, dans ces pays également arriérés qui se font face de part et d'autre du golfe de Corinthe, passe le même frisson de vie et de lutte, contre-coup inattendu de l'ébranlement macédonien La Ligue achéenne voit bientôt son domaine s'étendre grâce à l'énergie que déploie pour elle Aratos de Sicyone, qui vient de délivrer sa patrie d'un tyran cruel. Très entreprenant, il a réussi à s'attirer le concours financier de Ptolémée d'Égypte. Sicyone, puis Corinthe entrent dans la Ligue, puis l'Égypte, puis Argos, puis Mégare et mainte autre ville. Tant de succès lui acquièrent un prestige inouï; il semble que la Ligue ne peut vivre sans Aratos, 

« car on voit clairement qu'il n'y a ni richesses, ni amitié des rois, ni avantages particuliers de Sicyone même, sa patrie, ni aucun autre bien, quel qu'il soit, qu'il préfère à l'avantage et à l'accroissement des Achéens » (Rollin).
Sparte contre l'union des ligues.
La Ligue étolienne s'unit à sa soeur d'Achaïe contre les Macédoniens. Mais il est dit que jusqu'au bout, dans cette malheureuse Grèce, toute oeuvre collective de relèvement et d'indépendance verra l'ambition d'une ville jalouse se jeter à la traverse pour l'interrompre ou l'anéantir, Sparte est, depuis quelque temps, le théâtre d'événements nouveaux. Décimée, elle glissait à sa perte définitive, lorsqu'en 244 elle eut pour roi le jeune Agis. Il résolut de faire revivre, dans la corruption du présent, les anciennes moeurs spartiates et de rétablir les lois de Lycurgue. Sobre lui-même et d'une grande vertu, il avait sacrifié à cette tâche toute sa fortune. C'était braver bien des haines; les riches propriétaires spartiates le dénoncent comme ennemi public; on conspire tandis qu'il est à la tête de ses troupes, et, quand il revient, on le tue (242). Son oeuvre est reprise par Cléomène qui, lui aussi, veut rendre à Sparte la rigidité et l'austérité des moeurs d'autrefois.
« Quand les Grecs étrangers allaient vers Cléomène, ils ne voyaient là ni robes de pourpre, ni meubles somptueux, ni lits de parade, ni voitures superbes; ils ne rencontraient point une foule d'officiers et de gardes; mais Cléomène, vêtu d'une robe Tort simple, venait à leur rencontre, les saluait avec bonté, les écoutait et leur parlait avec douceur aussi longtemps qu'ils le désiraient. » (Plutarque).
Aussi sa renommée remplit la Grèce et la dépasse bientôt. Par lui, les lois de Lycurgue rentrent en vigueur. Les moeurs militaires une fois restaurées, l'ennemi est tout désigné par son voisinage et ses entreprises : c'est la Ligue achéeenne

La désunion des grecs.
Aratos est vaincu d'abord; il est bon pour les ruses et les surprises, mais mauvais chef en bataille rangée. Il fait appel à Antigone de Macédoine. Pendant deux ans, Cléomène tient la campagne; il est vaincu à Sellasie, en 221. Sparte se trouve à 15 kilomètres seulement au sud de ce champ de bataille, où se sont engagées ses forces suprêmes. L'historien Justin a dépeint avec une sobre éloquence le sang-froid et la hauteur d'âme dont firent preuve les Spartiates, en apprenant cette défaite qui tuait dans son germe tout espoir de résurrection. Leur écrasement va se consommer sans retour sous les coups de Philopoemen. Bien qu'Arcadien et riche, il a l'austérité et l'endurance d'un Spartiate. Il aime la vie rude et simple du laboureur; il préfère l'âpre travail des champs aux exercices des écoles des gymnastique; il lit les philosophes; à Sellasie, il s'est battu comme un lion : 

« Aucun homme, dit Polybe, ne fut plus vertueux que lui [...]; mêlé pendant quarante ans, et non sans gloire, aux affaires d'une démocratie, il sut échapper à l'envie; cependant, il gouverna toujours avec franchise et sais s'inquiéter de la faveur, conduite dont on trouverait peu d'exemples. » 
Il dote les Achéens d'un, cavalerie sans rivale; il succède à Aratos comme capitaine général. Alors, il prend modèle sur la phalange macédonienne pour l'armement et la tactique des fantassins. Il bat les Spartiates, les bat encore à Mantinée et, cette fois, s'acharne sur les vaincus : 3000 Spartiates sont vendus comme esclaves; les remparts de leur ville, démolis; les lois de Lycurgue, à jamais interdites : Sparte est morte (206).

L'irruption des Romains.
Sur ces entrefaites, de terribles événements ont bouleversé la Grèce avec l'apparition d'ennemis nouveaux : les Romains, auxquels il est réservé d'établir leur empire sur toutes ces ruines et sur toutes ces discordes. Par la mise en pratique de la maxime : « Diviser pour régner », qui leur assura tant de triomphes, ils ont réussi à séparer les deux ligues et à jeter les Etoliens contre Philippe V de Macédoine, qui s'est allié contre eux avec le Carthaginois Hannibal. Pendant ce tendis, les Achéens restent fidèles à celui qui les a soutenus contre Sparte : la Grèce est donc coupée en deux. Philippe battu, Rome dont les soldats foulent en vainqueurs le sol des Grecs prend comme plaisir à tenir leur destinée en suspens. Philopoemen voit bien que Rome est l'ennemie suprême. Il veut, lui opposer le Péloponnèse comme une forteresse. Les Messéniens sont en pleine révolte; il faut les pacifier. Aux environs de Messène, dans un combat d'arrière-garde, il est enveloppé et fait prisonnier. Mené à Messène, il y meurt empoisonné par la ciguë, heureux d'apprendre, en levant la coupe, que ses compagnons sont sauvés (184).

Le Romain Paul-Émile a trouvé la tactique qui brise la phalange macédonienne. Le voici vainqueur de Persée, maître de la Macédoine et de la Béotie; il passe les Thermopyles : il n'y a plus de Spartiates pour les défendre. Les Achéens se lèvent une dernière fois et barrent le Péloponnèse à Corinthe. Les Romains se ruent et percent les lignes; rien ne leur résiste plus. Corinthe est saccagée et rasée. Cette fois, la Grèce a trouvé sous un maître l'unité et la paix définitives. En 146 av. J.-C., elle n'est plus qu'une dépendance de la province romaine de Macédoine. Les Romains, poursuivant avec méthode leurs conquêtes sur les côtes et sur les îles de la mer Egée, sur les côtes et dans les provinces de l'Asie, vont ironiquement prouver qu'ils ont, eux, la conception d'un bloc hellénique, pour le salut duquel aucun peuple grec n'a rien voulu sacrifier de son égoïsme, de ses antipathies ni de ses ambitions; mais ce bloc ne sera polir eux qu'un élément du formidable édifice de domination qu'ils vont élever au profit de la gloire de Rome.

Néanmoins, les dernières luttes de la Grèce pour la liberté gardent, malgré les fautes et les responsabilités communes, une sublime grandeur tragique. Le ciel de la liberté grecque se couvrait lentement du voile obscur de la servitude. Mais, de temps à autre, le soleil déclinant, gui avait illuminé tant de gloire, ravivait son éclat, dissipait les nuées qui l'étouffaient et, parfois, par une brusque déchirure, jaillissait une large coulée de lumière aux reflets de sang. (HUP).

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