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Histoire de l'Europe > L'Espagne
L'histoire de l'Espagne
L'Espagne depuis 1898
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La guerre perdue en 1898 par l'Espagne contre les États-Unis n'eut pas seulement pour résultat de lui faire perdre ses dernières colonies (à l'exception de ses possessions africaines) : elle eut encore une répercussion profonde sur la situation intérieure du pays. Le ministère libéral de Sagasta, au pouvoir depuis octobre 1897, estimant sans doute qu'il avait subi une défaite morale, paraissait n'attendre qu'une occasion de se retirer; il tomba, le 1er mars 1899 , à la suite de l'attitude peu favorable du Sénat dans la question de la cession des Philippines aux États-Unis. Il fut remplacé par un ministère conservateur, présidé par Silvela. Le ministère Sagasta avait, par un traité signé le 12 février 1899, vendu à l'Allemagne les îles Carolines, Mariannes et Palaos. qui, après la perte par l'Espagne du reste de son domaine colonial, ne lui étaient plus d'aucune utilité. Le nouveau ministère fit ratifier ce traité par les Cortès. A l'intérieur, il eut à réorganiser les finances. Mais, au lieu d'économies, le ministre des finances Villaverde proposa de nouveaux impôts.  A la suite de divers remaniements, en avril 1900, le cabinet, de conservateur ultra qu'il était, devint conservateur modéré. A ce moment se produisirent des menées carlistes, auxquelles s'ajoutèrent des manifestations démocratiques. Madrid et plusieurs autres grandes villes furent déclarées en état de siège. 

Les libéraux revinrent au pouvoir et un ministère Sagasta fut constitué le 6 mars 1901. Les causes du malaise, dont l'effervescence populaire avait été le signe, étaient le conflit entre les catholiques et les protestants et libres penseurs, le mauvais état des finances et l'agitation régionaliste. Le 17 mai 1902, le roi d'Espagne Alphonse XIII, ayant atteint sa majorité de seize ans, prêta serment à la constitution devant les Cortès et prit possession effective du pouvoir suprême que sa mère exerçait à titre de régente. Le jeune roi maintint au pouvoir le ministère Sagasta, mais de nouveau celui-ci se disloqua. Le 3 décembre, Sagasta donna irrévocablement sa démission, et la chute du vieux chef libéral, suivie bientôt de sa mort, marqua en réalité la fin de son parti, dont les membres étaient dispersés en deux ou trois groupes qu'il devenait difficile de réunir. 

Sagasta.
Sagasta.
Antonio Maura.
Antonio Maura.
Le 6 décembre, Silvela prit le pouvoir. Le portefeuille de l'intérieur fut donné à Maura, républicain devenu monarchiste libéral. La rivalité personnelle entre Maura et le ministre des finances, Villaverde, mit le désaccord dans le cabinet. Ce dernier, s'étant montré opposé à l'augmentation des budgets de la guerre et de la marine, demandée par le roi, dut donner sa démission et fut remplacé par Rodriguez Sampedro. Le ministère paraissait sur le point de faire accepter par la Chambre le projet naval conforme aux désirs du roi, quand, brusquement, Silvela porta au roi, le 18 juillet 1903, la démission du cabinet. Villaverde était l'homme désigné pour la formation d'un nouveau ministère conservateur, et ce fut lui qui en prit la présidence le 20 juillet. Il montra une certaine énergie en présence des grèves et de l'antagonisme violent entre cléricaux et anticléricaux. Mais, à la suite de l'opposition faite par les minorités monarchistes à une proposition tendant à faciliter le vote du budget, Villaverde remit au roi la démission du cabinet, le 3 décembre.

Un nouveau ministère fut constitué, le 5 décembre, sous la présidence de Maura. Il déclara aux Chambres que son programme serait conforme au discours du trône et qu' il s'efforcerait de faire voter immédiatement le budget. En même temps. il reprit les projets de réorganisation de la marine élaborés par le cabinet Silvela et. le 27 février 1904, il obtint de la Chambre le vote des crédits extraordinaires pour la guerre et la marine. Malgré l'agitation qui régnait dans certaines provinces. A l'extérieur, le ministère Maura fit aboutir les négociations avec la France au sujet du Maroc et, le 6 octobre 1904, une déclaration franco-espagnole fut signée à Paris. Mais une crise ministérielle se produisit en décembre, par suite du désaccord des ministres au sujet des réformes militaires. Plusieurs autres cabinets furent nommés dans les années qui suivirent, mais Maura était de nouveau aux affaires quand de nouveaux mouvements sociaux se produisirent à Barcelone en juillet 1909. Maura fait fusiller Francisco Ferrer Guardia, le leader du mouvement anticlérical, mais ne parvient pas à juguler les effervescences. Ses successeurs montreront la même impuissance devant les troubles qui vont se poursuivre jusqu'au lendemain de la Première Guerre mondiale.
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Pétain et Primo de Rivera.
Le maréchal Pétain et le général Primo de Rivera en tournée au Maroc.

L'Espagne, restée neutre pendant le conflit, en recueille néanmoins les échos. Le pays se coupe en deux, entre partisans et adversaires de l'Allemagne, le succès de la révolution soviétique ajoute également à l'ardeur de l'agitation sociale. En 1921, l'Espagne connaît au Maroc (Guerre du Rif) un important revers qui discrédite gravement la monarchie et accroît encore l'instabilité intérieure.  Il va bientôt résulter de tout cela un coup de force : le 13 septembre 1923, le général Primo de Ribera s'empare du pouvoir, avec le soutien du roi Alphonse XIII et des classes dirigeantes. Primo de Ribera impose une dictature dont l'action, tant économique que sociale, rappelle celle que vers la même époque dans Italie mussolinienne sera désignée sous le nom de fascisme. Ce gouvernement, que l'on va pouvoir qualifier de fasciste, se trouve en peu de temps enlisé dans les scandales financiers et débordé par les revendications autonomistes qui s'expriment en Catalogne et au Pays Basque. Le dictateur devra se retirer en janvier 1930,  pour céder la place au général Berenguer, héros de la guerre du Rif, qui tente de poursuivre une même politique. Mais le 12 avril de l'année suivante, les élections municipales voient triompher la gauche, et le roi doit se résoudre à abdiquer. La République est proclamée.

La IIe République et la Guerre civile.
La République, dont Alcalà Zamora est le président et, à partir d'octobre 1931, Azaña est le premier ministre, instaure une démocratie parlementaire à une chambre et affiche d'emblée une immense ambition. Elle veut faire un État laïc de cette Espagne où l'Église, restée médiévale jusqu'à la caricature dans ses valeurs, refuse obstinément de renoncer à imposer son emprise sur les consciences; elle accorde le droit de vote aux femmes; elle s'ouvre à une autonomie politique de la Catalogne, de  la Galice et du Pays Basque; elle envisage aussi une réforme agraire. C'est beaucoup, et sans doute trop à la fois. La République, contrecarrée à droite par les conservateurs, fascistes et monarchistes, et débordée à gauche par les communistes et les anarchistes, subissant de plus les contrecoups de la grande crise économique et financière des années 1930, se montre au total impuissante à installer convenablement et pacifiquement ses réformes. En août 1932, le général Sanjurjo, soutenu par les monarchistes, fait une tentative de coup d'État, qui échoue. Mais en avril 1933, la répression du soulèvement de Casas Viejas (Andalousie) qui fait 21 victimes, dont 12 prisonniers exécutés, finit de rendre le gouvernement d'Azaña impopulaire. Au mois d'octobre suivant, Azaña doit démissionner, et les élections qui se tiennent ensuite donnent la majorité au Parlement à la droite, dirigée par Gil Robles, chef de la CEDA, une coalition qui réunit la Phalange (le mouvement fasciste fondé par le fils de Primo de Ribera) et divers autres partis de droite (monarchistes alphonsistes et carlistes, démocrates-chrétiens, etc.).

Un radical, Lerroux, devient premier ministre. Il se trouve confronté à des soulèvements révolutionnaires en Catalogne et dans les Asturies. En Catalogne, Companys essaie (sans succès) de proclamer l'indépendance; dans les Asturies, une insurrection ouvrière, menée par une entente de socialistes et d'anarchistes, tient le pays minier pendant deux semaines, en octobre 1934, et sera réprimée par le général Francisco Franco Bahamonde, aidé par les régiments marocains du général Lopez Ochoa. Après une série de scandales financiers et de moeurs, le gouvernement de Lerroux, aborde les élections de février 1936 dans des conditions très défavorables, malgré une loi électorale taillée sur mesure pour une victoire de la droite. Le « Frente popular », dans lequel dominent les forces d'extrême-gauche, sort victorieux des urnes. 

Le nouveau président de la république est désormais Azaña et son premier ministre est Casares Quiroga. Le gouvernement, auquel ne participent pas les socialistes, entreprend de reprendre les réformes à marches forcées, mais très rapidement les complots d'extrême-droite se multiplient. On écarte bien quelques généraux (Sanjurjo, Goded ou encore Franco, qui est envoyé aux Canaries), mais l'assassinat à l'occasion d'une sorte de vendetta, le 12 juillet 1936, de Calvo Sotelo, chef de la droite, met le feu aux poudres. Les généraux mis à l'écart commandent, le 18 juillet, le soulèvement des forces armées. Le général Mola, gouverneur militaire de Pampelune, prend la tête du soulèvement; Goded, Sanjurjo (qui meurt peu de temps après) et Franco, s'appuie sur les troupes stationnées au Maroc pour lancer leur offensive. Une partie de l'armée reste cependant fidèle à la République, ainsi qu'une grande partie de la population, surtout dans les régions industrielles. La Guerre civile est inévitable.

La Guerre civile va durer trois ans. Dès le 1er octobre 1936, Franco devient le chef suprême (généralissime) des troupes nationalistes (devenues dès lors troupes franquistes). Celles-ci contrôlent rapidement une grande portion du territoire. Ils bénéficient d'appuis solides dans les populations des zones rurales, ainsi que du soutien de l'Église (sauf au Pays Basque). C'est en fait un ensemble assez composite qui se range sous la bannière franquiste, mais dont le ciment (très solide) est la peur que lui inspire l'anticléricalisme des Républicains. Ces derniers, quant à eux, parviennent à se maintenir dans le Nord-Est  (en Catalogne, notamment), au Pays Basque et dans les Asturies, ainsi que dans la région de Madrid à la côte valencienne Mais, au contraire de leurs adversaires, ils sont divisées. Les anarchistes veulent la révolution tout de suite, les communistes, qui vont chercher l'appui de Moscou, souhaitent d'abord gagner la guerre. Mais les forces vont vite apparaître inégales. 
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Guernica.
Guernica, le tableau peint par Picasso au lendemain
du bombardement de la ville basque.

Les franquistes bénéficient du soutien massif des troupes (70 000 hommes) que leur envoie Mussolini, et celui de la Légion Condor, qu'envoie Hitler, et qui se signalera notamment par le bombardement aérien, le 26 avril 1937, des populations civiles du village Guernica, symbole des libertés basques (plusieurs centaines de morts). Salazar, pour sa part, permet que le Portugal serve de base arrière aux armées franquistes. Les Républicains, eux, ne peuvent pas même compter sur le soutien des démocraties occidentales. Le Royaume-Uni reste très méfiant à leur égard et, si la France du Front Populaire prend bien fait et cause pour eux, l'aide apportée reste modeste. Seule l'Union soviétique de Staline accepte de leur vendre des armes, et c'est aussi elle, via le Komintern, qui organise l'envoi en Espagne de volontaires, les Brigades internationales. C'est une petite force d'appoint qui jouera un rôle dans la bataille de Madrid, mais qui se signale surtout par la présence en son sein d'intellectuels antifascistes, tels que Ernest Heminguay, André Malraux, etc. 

Barcelone tombera finalement au mains des franquistes le 25 janvier 1939, Madrid, le 29 mars suivant et Valence le lendemain. En quelques jours, près de 500 000 personnes - civils et militaires républicains - cherchent asile en France où elles sont parquées dans des camps (dans les années suivantes, beaucoup de ces réfugiés poursuivront leur combat anti-fasciste en rejoignant la Résistance dans les maquis du Sud-Ouest). La Guerre d'Espagne, déclenchée le 18 juillet 1936 se termine officiellement le 1er avril 1939. Elle aura fait entre 285 000 et plus d'un million de morts (des chiffres encore aujourd'hui sujets à polémique). Sans compter les quelques dizaines (et peut-être centaines) de milliers d'exécutions qui ont ensanglanté les années 1939-1944, pendant lesquelles Franco, se tenant habilement à l'écart de la Seconde Guerre mondiale (sauf pour ce qui concerne l'envoi de volontaires, la Division Azul, sur le Front Russe au côté des Allemands), installe sa dictature.

L'ère franquiste.
La dictature franquiste a duré près de quarante ans. Il s'agissait d'un pouvoir personnel, fondé sur une idéologie que l'on a qualifiée de national-catholicisme, et dont le fascisme, si l'on veut l'appeler ainsi, n'était qu'une composante, représentée par le seul parti autorisé, la Phalange. Très répressif et sanglant, au cours des premières années, le régime a réussi à donner ensuite une apparence de stabilité, qui, pendant la Guerre froide suscita l'intérêt des États-Unis. Ceux-ci voyaient dans cette Espagne anti-communiste une possible base d'appui fiable pour ses bombardiers stratégiques. Un accord d'aide réciproque a ainsi été signé entre les deux pays en septembre 1953. Les 200 millions de dollars injectés par les Américains à cette occasion dans l'économie espagnole en ruine ont permis à celle-ci de se relever quelque peu à partir des années 1960.

Malgré la répression (ou à cause d'elle), le régime franquiste n'a pas pu empêcher la manifestation sporadique de mouvements sociaux : agitations dans les universités dès 1956, puis grèves dans les Asturies, en Catalogne et au Pays Basque, dans les années 1960. C'est encore au Pays Basque qu'apparaît une opposition au régime encore plus radicale dans ses manifestations : elle s'exprime par la voix et l'action d'une organisation séparatiste, fondée en 1959, connue sous le nom d'Euzkadi ta Askatasuna (ETA), « Patrie Basque et liberté ». Les fait d'armes le plus important de l'ETA est l'assassinat à Madrid,  en décembre 1973, du numéro deux du régime, l'amiral Luis Carrero Blanco. Mais à cette époque le règne du vieux dictateur approche de son terme. Franco meurt le 20 novembre 1975, et deux jours plus tard, son successeur désigné, le roi Juan Carlos Ier, monte sur le trône. 

La démocratie.
Avec l'accession au trône de Juan Carlos, petit fils d'Alphonse XIII, c'est la monarchie des Bourbons qui a été restaurée en Espagne 1975, mais aussi, à l'initiative du nouveau roi, la démocratie qui a enfin pu s'installer. Le 1er juillet 1976, Juan Carlos démet de ses fonctions le premier ministre, Carlos Arias Navarro, en poste depuis l'assassinat de Carrero Blanco, et le remplace par Adolfo Suárez González, issu de la Phalange, mais persuadé, comme le roi, que le franquisme a débouché sur une impasse. Le 15 décembre, l'ensemble des dispositifs mis en place par le précédent régime pour entraver toute vie politique réelle sont abandonné à la suite d'un référendum. Tous les partis son autorisés, y compris le Parti communiste (mars 1977). Le mois suivant, la liberté syndicale est accordée, et le 15 juin, se tient une élection visant à désigner les députés qui rédigeront une constitution. Cette constitution est adoptée par référendum le 6 décembre 1978. Des signaux commencent aussi à être envoyés en faveur d'une autonomie politique et financière élargie des régions, dont commencent a bénéficier la Catalogne, l'Andalousie, la Galice, la Navarre et le Pays Basque. Au Pays Basque, une émanation légale de l'ETA fait son apparition, Herri Batasuna, mais, malgré la disparition de la dictature, le terrorisme de sa composante clandestine va continuer de sévir.

En moins de trois ans, tous les éléments fondateurs de la jeune démocratie était donc en place. Mais sa viabilité était encore à prouver. Les élections de juin 1977 avait donné la majorité à l'UCD (Partido del centro democratico) d'Adolfo Suarez, un parti de droite forgé dans le creuset franquiste. Le 23 février 1981, l'irruption armée au parlement d'un officier de la garde civile, le lieutenant-colonel Antonio Tejero, fait croire à l'imminence d'un coup d'État militaire; des troupes s'apprêtent à marcher sur Madrid, quand le roi, en uniforme de chef des armées, en appelle à la télévision au retour de la légalité. Les soldats acceptent de retourner dans leurs casernes. 

Tejero aux Cortès.
Tejero aux Cortès, lors de la tentative du coup d'État 
du 23 février 1981. (document AP.)
Juan Carlos.
Intervention  télévisée
de Juan Carlos (TVE).
Peu de temps après, Juan Carlos nomme comme premier ministre Leopoldo Calvo Sotelo Bustelo, qui continue l'oeuvre de démocratisation du Suarez. Une autre tentative de putsch d'extrême droite est étouffée dans l'oeuf en 1982. L'UCD sera finalement balayée par la victoire du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) de 1982, qui porte à la présidence du cabinet Felipe González Márquez. Cette alternance sans accroc était  - si l'on excepte le problème du terrorisme basque - la dernière grande épreuve à laquelle devait se confronter les nouvelles institutions.

Le gouvernement socialiste de Felipe González s'est longtemps confronté à une crise économique grave. L'euphorie qui avait accompagné le rétablissement des libertés, et s'était notamment exprimée par cette effervescence culturelle appelée la Movida, s'était bien essoufflé. Le chômage a atteint un taux de 20%; la peseta a dû être dévaluée, et l'entrée de l'Espagne dans la CEE, en 1986, n'a pas immédiatement porté ses fruits. Mais le temps aidant, et la tenue, en 1992 (année du 500e anniversaire de la découverte de l'Amérique par Colomb) des jeux olympiques d'été à Barcelone et, la même année, de l'exposition universelle à Séville, ont fini par donner à l'Espagne une sorte d'optimisme qui a finalement débouché sur un redressement réel de la situation, et le pays a acquis progressivement une bonne croissance. González et le PSOE sont ainsi acquis durablement une position quasiment hégémonique sur la vie politique de l'Espagne. Il s'en est suivi une montée de la corruption et la révélation d'une succession de scandales qui ont gravement terni l'image du pouvoir socialiste et son leader, aux affaires pendant une décennie.

En 1996, le Parti Populaire (PP), principal parti de la droite, depuis l'effondrement de l'UCD (et l'effacement de l'Alliance Populaire, qui lui avait succédé), gagne les élections. José María Aznar López, le tombeur de Felipe González, devient président du Conseil (premier ministre). Son gouvernement va enfin bénéficier de tous les fruits de la croissance retrouvée. L'Espagne à la fin des années 1990 devient l'un des pays les plus prospères et dynamiques d'Europe. Après des législatives gagnées encore en 2000, il se maintiendra au pouvoir jusqu'en 2004. Entre-temps Aznar s'est trouvé confronté a une recrudescence des attentats de l'ETA. Le conseiller basque Miguel Angel Blanco est assassiné en juillet 1997, soulevant une grande vague d'indignation dans la Péninsule. Au mois de décembre suivant, le gouvernement réplique en procédant à l'arrestation de 23 membres de  Herri Batasuna à cause de leurs liens avec l'ETA. En septembre 1998, l'organisation terroriste accepte un cessez-le-feu, mais la violence reprend en novembre 1999; une voiture piégée explose à Madrid en 2000. Et c'est peut-être encore à l'ETA que doivent être imputées les bombes qui explosent en juin 2002, pendant qu'un sommet européen se tient à Séville. En août, Herri Batasuna est suspendu pour trois ans. 

Malgré le problème du terrorisme basque qui semble devoir rester sans solution, malgré aussi l'envoi en Irak, au côtés des Américains, de troupes espagnoles, qui suscite une vive opposition de la majorité de la population, Aznar reste, à l'approche des élections de mars 2004, le grand favori. Mais, le 11 mars 2004, une série de bombes explosent dans des trains à la gare d'Atocha, la gare centrale de Madrid. Près de 200 personnes sont tuées et 1500 sont blessées. Aznar impute immédiatement l'attentat à l'ETA, alors même que les preuves de la responsabilité d'un réseau islamique s'accumulent. Un mensonge qui retourne l'opinion. Lors du scrutin, quelques jours plus tard, les socialistes, conduits par José Luis Rodriguez Zapatero gagnent les élections. Rodriguez Zapatero est nommé président du conseil en avril. Parmi les premières initiatives du nouveau gouvernement, on mentionnera : le retrait des troupes d'Irak en mai 2004, la légalisation de 800 000 immigrés "sans-papiers", en février 2005, une offre, en mai, de pourparlers de paix avec l'ETA et la légalisation du mariage homosexuel, en juin. Le gouvernement Zapatero a également soutenu l'adoption de la constitution européenne, approuvée par référendum en février 2005. Le 18 juin 2006, un autre référendum a approuvé l'élargissement de l'autonomie de la Catalogne. L'année 2006 s'est toutefois terminée par une note discordante : après avoir répondu favorablement, en mars 2006, à la proposition de pourparlers faite par le gouvernement, par l'annonce d'un cessez-le-feu, l'ETA a revendiqué un nouvel attentat, le 30 décembre 2006, à l'aéroport de Madrid (2 morts, 19 blessés), ce qui a conduit la suspension des négociations.



Ernest Urzainqui-Falcon, François Godicheau, Polvorientos caminos : Itinéraire européen d'un républicain espagnol (1936-1945), Privat, 2010.
270896903X
Vincent Parello, Des réfugiés espagnols de la guerre civile dans le département de l'Hérault (1937-1939), PU Perpignan, 2010
2354120575
Juana Doña, Depuis la nuit et le brouillard : femmes dans les prisons franquistes, Aden Editions, 2009.
2930402954
Patrick Pépin, Histoires intimes de la guerre d'Espagne : 1936-2006, la mémoire des vaincus, Nouveau Monde Editions, 2009.

Histoires intimes de la Guerre d’Espagne, a pour objectif de raconter la répression qu’ont subi les Républicains espagnols : hommes, femmes et enfants victimes d’une répression d’une cruauté inouïe pendant les quarante années qu’a duré la dictature. Au cours de l’été 2004, France Culture a diffusé un documentaire de 12 heures et demi consacré au travail de mémoire réalisé par les Espagnols sur la Guerre Civile et le Franquisme. Cette série a mis en lumière le retour d’une mémoire en souffrance, trente ans après la mort du Dictateur et plus de vingt-cinq ans après l’instauration de la démocratie espagnole.  (couv.).

André Bénit, Jean Lieffrig, La Guerre d'Espagne : Histoire et littérature (3 CD audio), Autrement dit, 2009.
2930335890
La Guerre civile espagnole (1936-1939) fut l'un des événements les plus marquants du XXe siècle. Non seulement en raison de ses répercussions internationales mais aussi parce que de nombreux intellectuels du monde entier s'y impliquèrent corps et âme. En Belgique, elle provoqua une véritable tourmente politique et plusieurs écrivains se décidèrent à sortir de leur habituelle réserve à l'égard de la chose publique. Sont notamment évoqués Bernanos, Malraux, Ayguesparse, Nothomb, Maret. Professeur à l'Université Autonome de Madrid et spécialiste du sujet, André Bénit nous invite ici à découvrir ces deux facettes : le rôle catalyseur joué par le conflit espagnol dans l'univers socio-politique belge ainsi que les réactions de quelques intellectuels. Sa conférence est précédée d'un entretien avec Jean Lieffrig, agrégé, professeur d'Histoire, fondateur des éditions Autrement dit. (couv.).

Ramon Sender, Requiem pour un paysan espagnol, Attila, rééd. 2010. 2917084162
Emilio Silva, Santiago Macias, Les fosses du franquisme, Calman-Lévy, 2006.
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Les Fosses du franquisme est un document essentiel pour comprendre la partie immergée de cet iceberg qu'est la transition démocratique espagnole. Pendant presque trente ans, les vaincus de la guerre civile d'Espagne ont accepté d'éprouver une amnésie volontaire pour faire renaître la démocratie. Emilio Silva et Santiago Macías, petits-fils de vaincus, rompent le silence qui a entouré les quelques 30 000 disparus des fosses franquistes. Dans la première partie, Emilio Silva nous raconte l'enquête qu'il a menée pour retrouver le corps de son grand-père, un républicain ordinaire assassiné parce qu'il était trop épris de liberté. Et comment ce combat est devenu une lutte politique pour qu'enfin soit reconnue par l'Espagne démocratique la mémoire de ces républicains oubliés. Santiago Macías, dans la seconde partie, propose un parcours exhaustif et méthodique dans chacune des dix-huit communautés autonomes d'Espagne, autour de ces fosses de la mémoire et de l'horreur. Ce document est remarquable parce qu'il illustre ce passage de témoin que ces petits-enfants sont allés chercher, dans les tréfonds d'une histoire familiale, des mains de leurs grands-parents. Ce travail de citoyens engagés, qui demandent reconnaissance sans réclamer justice, complète le puzzle d'une histoire espagnole encore en train de s'écrire. (couv.).

Bartolomé Bennassar, La guerre d'Espagne et ses lendemains, Perrin, 2006.
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Pourquoi un nouveau livre sur la guerre d'Espagne? Parce que, depuis vingt ans, des archives sont devenues accessibles. Parce que de nombreux témoins directs de la tragédie, espagnols ou étrangers, ont versé leurs pièces au dossier. Parce qu'une synthèse est devenue indispensable pour intégrer les apports considérables des historiens et des nombreuses monographies qui ont renouvelé les aspects régionaux du conflit. 

Entre analyse générale, parcours individuels et force des archives ou des témoignages, ce livre constitue une somme autant qu'un récit passionnant. (couv.).

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