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Les Abbassides

La dynastie des Abbassides, la plus célèbre et la plus importante de toutes celles qui régnèrent sur les musulmans, a pris son nom d'Al-Abbâs ou Abbâs , oncle de Mohammed. Les Omeyyades, dont l'origine ne se rattachait qu'indirectement à celle du Prophète, avaient éprouvé la plus grande difficulté à faire accepter leur autorité aux Arabes de la péninsule et à ceux de la partie orientale du monde musulman : il avait fallu toute l'énergie farouche d'AI-Hadjdjâdj pour assurer pendant quelque temps la suprématie de ces usurpateurs et empêcher les descendants d'Alî d'arriver au pouvoir et de tirer ainsi profit de l'universelle sympathie dont ils étaient l'objet. Les descendants d'Al-Abbâs utilisèrent habilement cette disposition des esprits en se déclarant d'abord les partisans et les auxiliaires des Alides et en profitant ensuite de le division de ce parti pour se faire désigner par un de ses représentants comme les héritiers éventuels du droit au califat. 

C'est ainsi que Mohammed ibn Alî ibn Abd-Allah ibn Abbâs fut reconnu secrètement imâm à la mort d'Aboû-Hichâm, un des petits-fils d'Alî, qui, assure-t-on, lui aurait légué ce titre. A la mort de Mohammed, son frère et successeur, Ibrâhim essaya da joindre à cette autorité purement spirituelle l'exercice du pouvoir temporel, mais il fut arrêté et mis en prison par Moawiya Il et ce fut seulement quelques années plus tard, en 750, que Aboû'l-Abbas Abd-Allah, frère d'lbrâhim se fit proclamer calife à Koûfa et réussit à renverser la dynastie omeyyade. Marwân Il fut tué et toute sa famille massacrée, à l'exception d'un seul membre qui s'enfuit et alla fonder en Espagne le califat omeyyade d'occident. Le siège de la nouvelle dynastie, après avoir été successivement à Anbar et à Koûfa, fut enfin définitivement fixé à Bagdad, ville fondée par Al-Mansoûr, successeur d'Aboû'l-Abbâs.

Abandonnant l'Espagne aux Omeyyades, les Abbâssides exercèrent quelque temps leur autorité sur l'Afrique, où régnèrent leurs vassaux les Aghlabites, mais ils perdirent bientôt toute action sur ce pays et se bornèrent à leurs possessions d'Asie déjà si étendues. Une organisation administrative nouvelle assura la prospérité de leurs Etats et les encouragements qu'ils donnèrent aux lettres aussi bien qu'à l'industrie et à l'agriculture firent de leur empire un centre de civilisation très brillant pendant la fin du VIIIe, et la première moitié du IXe siècle. Cette époque fut d'un tel éclat que le siècle d'Haroûn-ar-Rachid pourrait, sans trop d'exagération, être comparé aux siècles de Périclès ou d'Auguste

Les noms des califes Al-Mansoûr, Haroûn ar-Rachid et Al-Mamoûn sont restés populaires non seulement en pays d'Islam, mais même en Europe. Les premiers symptômes de décadence de la dynastie abbâsside se manifestèrent dès 846; cette décadence fut due principalement à deux causes, qu'on retrouve dans tous les Etats musulmans : le manque d'unité des populations soumises à une même autorité et l'absence d'une loi de succession au trône. 

Les diverses provinces de l'empire abbâsside n'avaient ni les mêmes besoins, ni les mêmes aspirations, et elles n'étaient pas habitées par une racine unique; aussi se détachèrent-elles peu à peu pour former de petites nationalités qui, sous la direction de familles puissantes, ne tardèrent pas à se déclarer indépendantes après avoir un instant fait acte de vassalité. D'autre part, des factions sans nombre se groupèrent autour des divers représentants de la famille abbâsside et se disputèrent le trône au nom de soi-disant héritiers présomptifs. Moutasîm avait eu la funeste idée de se créer une garde particulière d'esclaves turcs; cette milice turbulente acquit bientôt une telle influence qu'elle disposa du trône et contribua ainsi d'une manière active à l'oeuvre de désagrégation de l'empire. 

Plus tard, Râdhi partagea son pouvoir déjà affaibli avec une sorte de maire du palais, l'émir Al-Oumarâ, qui ne laissa au calife que la puissance spirituelle. Au milieu du Xe siècle il ne restait plus aux Abbâssides que la ville de Bagdad, et une suzeraineté presque fictive sur les Etats formés aux dépens de leur empire démembré. 

Les hordes turques achevèrent l'oeuvre commencée par les guerres civiles et les révolutions intérieures et, en 1258, Hoûlâgoû à la tête des Mongols s'empara de Bagdad, fit étrangler le calife Moutasim, et mit ainsi fin à la dynastie abbâsside. Quelques années après cet événement, le sultan Bibars essaya une restauration de cette dynastie; mais les quatorze princes qui prirent successivement le titre de calife ne jouirent d'aucune autorité réelle et le dernier d'entre eux céda en 1517 son pouvoir spirituel au sultan ottoman' Selim ler. (Houdas).

Les Abbâsides avaient adopté la couleur noire pour leurs vêtements et leurs drapeaux. La dynastie abbâsside a fourni, de 750 à 1258, 37 califes :

1° Aboû'l-Abbas-AbdAllah-as-Saffâh (750-754); 2° AI-Mansoûr (775); 3° AI-Mahdi (785); 4° Al-Hâdi (786); 5° Haroûn-ar-Rachid (809); 6° Al-Amîn (813); 7° Al-Mamoun (833) ; 8° AI-Moutasim (842); 9° Al-Wathiq (847); 10° Al-Moutawakkil (861); 11° Al-Mountasir (862); 12° Al-Moustaïn (866); 13° Al-Moutazz (869); 14° Al-Mouhtadi (870); 15° Al-Moutamid (892); 16° Al-Moutadhid (902); 17° Al-Mouktafi (908); 18° Al-Mouqtadir (932); 19°Al-Qâhir (934); 20° Ar-Râdhi (940); 21° Al-Moultaqî (944); 22° AI-Moustakfi (946); 23° Al-Moutî (974); 24°At-Tâi (991); 25° Al-Qâdir (1031); 26° Al-Qâîm (1075); 27° Al-Mouqtadi (1094); 28° Al-Moustatuhir (1118); 29° Al-Moustarchid (1135); 30° Ar-Râchîd (1136); 31° Al-Mouqtafi (1160); 32° Al-Moustandjid (1170); 33° Al-Moustadhî (1180); 34°An-Nâsir (1225); 35° Ath-Thâhir (1226); 36° Al-Moustansir (1243); 37° Al-Moustasim (1258).
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Dictionnaire biographique
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