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Avec
le procès de Jean Huss et la suppression
du catharisme en Languedoc ,
les plus grandes affaires où l'Inquisition du Moyen âge
ait eu un rôle éclatant sont : les
persécutions
contre les franciscains Spirituels, les Dolcinistes, les Fraticelles,
les
Vaudois. Il faut mettre à part les
affaires de Savonarole, des Templiers
et de Jeanne d'Arc. En effet, l'hérésie
ne fut, en ces trois cas, qu'un prétexte pour débarrasser
commodément l'autorité d'individus qui la gênaient.
Tout ennemi du pape
était ennemi de l'Eglise; tout ennemi
de l'Eglise était ennemi de Dieu. C'est
en vertu de ce raisonnement que les papes du XIIIe,
siècle ont fait prêcher des croisades contre leurs adversaires
temporels : Grégoire IX contre les
gens de Viterbe
en 1238, Innocent IV contre Frédéric
Il et le gibelin Ezzelino, Martin
IV contre le roi d'Aragon ,
ennemi des Angevins de Naples
et protecteur des gibelins, Boniface contre
les Colonna, etc. L'Inquisition leur servit naturellement,
de même, à supprimer ceux qu'il leur importait de supprimer,
sa procédure étant discrète et infaillible, ses agents
sûrs et inviolables. Tous ceux qui contrecarrèrent en Italie
les desseins de Jean XXII, les Visconti, Castruccio
de Lucques, etc., furent accusés d'hérésie
devant les inquisiteurs. Cola di Rienzo fut accusé d'hérésie
quand il s'éleva contre le pouvoir temporel des papes d'Avignon
à Rome .
Savonarole
fut accusé d'hérésie quand son activité politique
effraya les conseillers du Saint-Siège .
D'autre part, il
était inévitable que les potentats laïques imitassent
à cet égard la conduite de la cour romaine : comment la terrible
accusation d'hérésie, qui perdait à coup sûr,
n'aurait-elle pas été dirigée contre ceux que les
rois des pays d'Inquisition voulaient perdre? Nul n'a usé davantage
de cet artifice si commode que le roi de France Philippe
le Bel, entouré de conseillers languedociens
et toscans; il s'en est efficacement servi
ou il a essayé de s'en servir, non seulement contre les Templiers,
mais contre plusieurs évêques, et, chose admirable, contre
un pape (Boniface VIII). Ainsi l'instrument
inquisitorial s'est retourné, au moins une fois, contre la puissance
qui l'avait forgé.
La plupart des victimes
de l'Inquisition au Moyen âge
ont été, dans tous les pays, de petites gens, et surtout,
- en dehors des sectaires dont on eut toujours raison assez promptement
par une persécution méthodique - des sorciers et des sorcières,
c.-à-d. en général des aliénés. Aux
termes d'une bulle d'Alexandre IV (Quod
super nonnullis, 1257), les inquisiteurs ne devaient connaître
les affaires de sorcellerie que dans les
cas où la foi était en jeu; mais toute sorcellerie, étant
un appel au démon, rentrait ou pouvait
rentrer dans la définition de l'hérésie. L'Inquisition,
qui, comme toutes les juridictions, tendait à élargir sa
compétence s'en empara vers la fin du XIIIe
siècle et ne cessa plus d'en élargir la notion. Nul doute
qu'en s'occupant ainsi des sorciers, elle n'ait considérablement
contribué à en augmenter le nombre. C'est à partir
de cette époque que les histoires de succubes,
d'envoûtements, de philtres magiques, etc., commencent à foisonner
dans les annales judiciaires et politiques de la France
et des pays voisins. La publicité de la persécution créa
de véritables épidémies de folie démoniaque
: c'est par milliers que les sorciers et les sorcières ont été
brûlés, au XVe et au XVIe
siècles, par les inquisiteurs et les évêques, que les
réformateurs protestants se sont,
du reste, empressés d'imiter à cet égard. Le
Malleus
maleficarum de Jacob Sprenger est célèbre.
L'Inquisition dégénérée
eut un regain d'activité au XVIe
siècle, à cause des progrès inouïs de l'hérésie
en ce temps-là. Mais, hors de la péninsule hispanique, ce
ne fut guère qu'un feu de paille. Le cardinal Caraffa, qui fut Paul
IV, contribua beaucoup, sous Paul III, à organiser la « Sacrée
Congrégation » cardinalice « de l'Inquisition romaine
et universelle », à laquelle Sixte-Quint, par la bulle Immensa
aeterni Dei, donna sa physionomie définitive sous le nom de
Saint-Office. Le ressort de la « Sacrée Congrégation
» s'étendait à toute la chrétienté (à
l'exception de Venise ,
de l'Espagne
et du Portugal ,
dont les « Inquisitions » restèrent indépendantes);
cependant son activité s'exerça surtout en Italie .
En France ,
l'organisation de l'Inquisition fut remaniée, avec la permission
de Henri II, par Paul IV (25 avril 1557) ; mais
elle resta sans racines, et François ll
restitua le jugement des hérétiques aux Chambres ardentes
des Parlements dès 1559; au XVIIe
siècle, des tribunaux permanents d'Inquisition existaient encore
à Toulouse
et à Carcassonne ;
ces derniers vestiges furent supprimés à la requête
du Parlement de Toulouse, en 1722. Du reste, ce qui subsistait des tribunaux
d'Inquisition fut aboli, presque partout, au XVIIIe
siècle : par Marie-Thérèse dans les Etats héréditaires
de la maison de Lorraine-Habsbourg, en Sicile
et en Toscane
(1782). Dans le Patrimoine de saint Pierre, l'Inquisition, supprimée
en 1808, fut réinstallée en 1815 ; c'est en 1848 seulement
qu'elle fut définitivement balayée dans les Etats du Saint-Siège
et en Sardaigne .
Quant à l'Inquisition
établie en Espagne
par Ferdinand et Isabelle,
ce fut une institution toute royale et particulière à ce
pays et au Portugal ,
qui la lui a empruntée. Cette nouvelle Inquisition, comme l'appelle
Llorente, mais que l'on connaît surtout à partir de cette
époque sous le nom de Saint-Office, fut fondée par
ces souverains essentiellement comme un instrument de leur politique de
persécution des Juifs
et des musulmans convertis, restés en Espagne
après la prise de Grenade
(1492). Le pape Sixte IV ne consentit cependant qu'avec répugnance,
en 1478, à l'établissement de l'Inquisition espagnole, qui
devait dépendre uniquement du pouvoir politique pour la nomination
de ses juges et l'exécution de ses jugements. Instituée à
Séville
en 1481, elle fut organisée par le dominicain'
Tomas
de Torquemada, qui fut nommé en 1483 premier grand inquisiteur,
et qu'il ne faut pas confondre avec le cardinal Jean de Torquemada, son
oncle, également dominicain.
Des documents authentiques
attestent que le Saint-siège
s'est efforcé de modérer la sévérité
de l'lnquisition espagnole. Supprimée en 1808 par le roi Joseph
et, d'un autre côté, en 1815 par les Cortès, elle fut
rétablie par Ferdinand VII
en 1814, et abolie de nouveau par les Cortès en 1820. L'Inquisition
espagnole a été le modèle de celle de Portugal ,
dont l'institution, plus politique que religieuse, et dans
une mesure plus abusive qu'en Espagne ,
date de l'an 1526, et ne fut autorisée qu'après beaucoup
de difficultés par le pape Paul III. (A19 / L.). |
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