 |
Swedenborg
(Emmanuel), théosophe
et révélateur, né à Stockholm en 1688, mort
à Londres en 1772. Il était fils de J. Soedberg, évêque
luthérien de Skara (Vestrogothie). Il se distingua d'abord dans
la poésie; à vingt ans, il publiait des Carmina miscellanea
(Upsala, 1709). En même temps, il étudiait la théologie ,
les langues, les sciences mathématiques
et les sciences naturelles; à vint-sept ans, il publia le Dédale
hyperboréen ,
ensemble de dissertations scientifiques qui fut remarqué. En 1716,
Charles
XII le nomma assesseur des mines; en 1749, Ulrique-Eléonore
lui conféra des lettres de noblesse, sous le nom qu'il a illustré.
Cet anoblissement lui donnait une place dans les États du royaume.
En 1734, parurent ses Opera philosophica et metallurgica (3 vol.
in-fol.); en 1738, son Oeconomia regni animalis. Ses écrits
sur la métallurgie sont longtemps restés estimés.
Il devint membre des académies de Stockholm
et de Saint-Pétersbourg ( La
Russie au XVIIIe siècle ).
Aux travaux de la première partie de la vie de Swedenborg, mais
entachés déjà de spéculations et de mysticités
incompatibles avec l'esprit des sciences, appartiennent
encore les ouvrages suivants : Prodromum principiorum, où
il émit ses idées sur la doctrine
atomique; Prodromum rerum naturalium; Prodromum philosophiae
ratiocinantis.
En 1743, pendant un séjour de Swedenborg
à Londres, il affirma que Dieu
lui avait révélé la mission qu'il lui confiait, et
qu'il lui avait dit :
«
Je suis le Seigneur, Créateur et Rédempteur; je t'ai choisi
pour faire connaître aux humains le sens intérieur et spirituel
des Saintes-Ecritures .
Je te dicterai tout ce que tu devras écrire. »
Swedenborg était alors âgé
de cinquante-cinq ans. Dès lors, il se sentit en communication avec
le monde spirituel; non seulement il conversait avec les anges
et même avec Dieu, mais, disait-il, il apercevait directement les
choses du monde spirituel. Il les observait et les notait, pour les relater
fidèlement. Elles sont exposées, dans les Arcana coelestia
(Londres, 1749-57, 8 vol. in-4) et dans deux ouvrages publiés immédiatement
après : De coelo et inferno ex auditis et visis (1758); De
nova Hierosolyma (1758). Autres écrits : De cultu et amore
Dei (Londres, 1745, 2 vol.); Sapientia angelica de divino opere
(1763); Vera christiana religio seu theologia novae Ecclesiae (1771),
résumé de la doctrine de Swedenborg
sur la foi .
Dans l'ensemble de l'univers, dont les
savants prétendent déterminer les lois,
Swedenborg enseigne qu'un immense domaine échappe à la vue
restreinte de l'humain. En dehors et au-dessus da monde matériel,
où se poursuivent les recherches de la science profane, il décrit
un monde spirituel, qui est, comme le monde entrevu déjà
par Platon, un monde des causes,
et qui n'est pas moins substantiel, ni moins
réel,
que celui que nous observons. Dans l'univers,
dont une partie reste invisible, tout se tient ; et chaque humain est en
relation avec des esprits bons ou mauvais, anges ou démons .
Suivant qu'il écoute les uns ou les autres, il s'améliore
ou se déprave. S'il n'a pas toujours connaissance
de ces relations, c'est faute d'attention ou de réflexion.
L'âme
humaine a la forme du corps; elle devient de plus
en plus immatérielle, a mesure que l'humain se purifie.
Le monde n'a pas été créé
de rien, mais il résulte d'une émanation de la substance
divine, de Dieu, qui a fait de l'univers visible le dépositaire
et le représentant de sa sagesse et de son amour : de sa sagesse,
dans l'homme; de son amour, dans la femme.
Le caractère des livres qui contiennent
la parole de Dieu
est de renfermer, sous l'enveloppe de la signification littérale,
un sens spirituel, accessible seulement aux régénérés.
La lettre reflète les opinions particulières
et les erreurs des époques où elle
a été écrite, mais l'inspiration divine qui a présidé
à la rédaction des livres, a inséré sous cette
grossière enveloppe une révélation continue sur les
sujets relatifs au développement de l'être
spirituel et moral, soit comme individu, soit
comme Église .
Le but principal des Arcana coelestia est d'exposer le sens spirituel
de la Genèse
et de l'Exode ( Ancien Testament ).
Dieu est amour et sagesse. Sa providence
veille sur toutes ses créatures. Pendant leur existence
terrestre, filles entoure de tout ce qui peut préparer pour elles
la meilleure éternité; mais il
s'abstient de violer leur liberté. Il ne damne aucune d'elles, et
il cherche jusque dans l'enfer
à adoucir le sort qu'elles se sont fait, Toutefois, les lois
de l'ordre divin ne permettent l'entrée
du ciel qu'à l'âme repentante et plus ou moins accessible
à l'influence céleste. Le germe du salut peut se développer
dans l'autre vie; mais si l'humain est confirmé dans le mal, au
moment où se termine son épreuve terrestre, le séjour
du ciel
serait pour lui une cause d'indicibles tortures.
Dieu est descendu sur la Terre ,
en la personne du Sauveur. Il a pris dans le sein d'une vierge
( Marie )
une humanité pécheresse; et toute sa carrière a eu
pour but de purifier cette humanité, en remplaçant les éléments
mondains par une humanité glorifiée. Les tentations qu'il
a subies, et dont il a toujours triomphé, ont été
le moyen ordinaire de cette purification; mais le plus grand et le dernier
a été le supplice de la croix. La mort de Jésus
n'est pas une expiation; elle est, au contraire, le triomphe définitif
de la lumière sur les ténèbres, et l'écrasement
de la puissance du mal. Dans cet ordre d'idées, la foi
n'est plus cette immolation de la raison humaine
devant l'incompréhensible, dont on a voulu faire le centre de la
religion .
C'est un état de croyance basé
sur l'amour, qui porte l'âme vers un sauveur accessible à
sa pensée et à ses sentiments.
Swedenborg ne rompit jamais les liens extérieurs
qui l'attachaient à l'Église luthérienne, à
laquelle il appartenait par sa naissance. Tout en tenant des réunions
chez lui, il resta membre de cette Église ( Luther),
conservant les deux sacrements : baptême et sainte Cène ,
et n'innovant en rien pour le culte et les cérémonies .
Pour les termes et même, jusqu'à un certain point, pour le
fond, sa doctrine pouvait s'accommoder avec les professions de foi officielles,
puisqu'elle enseigne comme elles, l'inspiration de la Bible ,
la déchéance résultant du péché, la
divinité de Jésus et l'action de Dieu sur les âmes,
par le Saint-Esprit. Ce qui constitue le caractère le plus distinctif
de ses conceptions, de ses révélations, c'est l'interprétation
divergente donnée aux doctrines reçues, et les vues très
particulières, très personnelles, ses visions sur le monde,
sur les rapports de Dieu avec le monde, sur les anges, sur les bons et
sur les mauvais esprits.
Quoique Swedenborg n'ait jamais fait acte
de chef de secte, il avait prédit la formation d'une Église
nouvelle, composée de ceux qui accepteraient intérieurement
ses principales doctrines En fait, il est resté jusqu'à la
fin du XIXe siècle le seul des théosophes
dont l'action ait été assez puissante et assez populaire
pour produire des communautés religieuses se recommandant de son
nom. Dès 1747, il s'était démis de toutes ses fonctions
officielles; il se retira avec une demi-pension, refusa tous les honneurs
nouveaux qui lui furent offerts, et séjourna tour à tour
à Londres, où il avait de nombreux disciples; à Amsterdam,
où il publia plusieurs écrits; à Stockholm, où
il avait des amis dévoués et puissants, parmi lesquels le
duc de Södermanland et le prince qui devint Charles
XIII. Ses qualités de coeur et d'esprit, le charme et la noblesse
de sa personne, et la haute position de ses protecteurs le défendirent
contre les attaques qu'une partie du clergé aurait voulu diriger
contre lui.
En Suède, ses disciples, tout en
demeurant dans l'Église luthérienne, instituèrent
des agrégations swedenborgiennes. En Angleterre, le succès
fut plus grand encore, favorisé par l'approbation de hauts dignitaires
ecclésiastiques. Les livres se vendirent par centaines de mille;
et les adhérents se comptèrent par milliers. Ils donnèrent
le nom d'Église de la Nouvelle Jérusalem
à l'édifice spirituel formé par leur accession à
la doctrine de Swedenborg. En 1788, c.-à-d. seize années
après la mort du théosophe, une première chapelle
fut construité à Great Eastcheap (Londres). Il y en existera
par la suite dans plusieurs dizaines de villes, les principales du royaume,
avec écoles, sociétés de missionnaires et sociétés
des livres religieux. Le mouvement s'étendit ensuite aux États-Unis,
en Inde, en Afrique du sud, dans le Wurttemberg, où la doctrine
de Swedenborg trouva un zélateur ardent et puissant, chez Tafel,
bibliothécaire de l'Université de Tubingen;en Hollande, et
même en France. (E.-H. Vollet). |
|