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D'une
manière générale, le mot ordre désigne,
en
philosophie, la disposition régulière
et uniforme des parties d'un tout, des éléments d'un ensemble.
Mais il apparaît, si on l'examine de près, susceptible de
nuances très diverses. Dans là nature physique, ou il est
le plus apparent, l'ordre n'est que la succession constante des phénomènes
liés par la loi de causalité
qui s'énonce: les mêmes causes produisent
les mêmes effets. Cet ordre est d'autant
plus frappant que les phénomènes, étudiés sont
plus simples et plus généraux; tels les grands mouvements
astronomiques et les lois fondamentales de l'optique, de l'acoustique,
de la thermodynamique, etc., que le physicien parvient à réduire
à la rigueur de formules mathématiques.
Aussi, sous la variété des apparences,
y a-t-il, où réalité, passage du même au même,
persistance de l'énergie actuelle, potentielle
ou moléculaire. De là la théorie
mécaniste de la nature, énoncée par Descartes,
transformée par Leibniz et complétée
par la physique moderne. Cet ordre, que la matière
observe imperturbablement, à tel point. que le hasard
et le miracle sont a priori éliminés
par toute enquête scientifique, est-elle
capable de se le donner à elle-même? Su-bit-elle passivement
une loi imposée du dehors ou évolue-t-elle en vertu d'une
nécessité
interne ? C'est là un problème
que la métaphysique pose sans le
résoudre d'une façon décisive.
Au-dessus de l'ordre
physique, la vie, soumise d'ailleurs dans la plupart de ses manifestations,
aux lois de la matière, ne peut cependant se réduire au pur
mécanisme. Elle ne semble pas une pure résultante géométrique,
mais le développement d'une énergie interne, spontanée,
à la fois régulière et capricieuse, harmonieuse et
variée. Cependant là persistance des types et des espèces,
admise jusqu'à preuve du contraire, tout au moins pour les vivants
supérieurs, est, malgré l'individualité irréductible
de chaque vivant, l'expression la plus saisissante de ce nouveau degré
de l'ordre naturel.
Enfin, dans les humains
mêmes, la loi de nature domine la plus grande part de l'activité
intérieure. Par leur sensibilité, par leurs habitudes,
par leurs attaches physiologiques, enfin par leur raison
même, les êtres humains sont soumis au double déterminisme
physique et logique. Aussi comprend-on que la plupart des théologiens
chrétiens et beaucoup de philosophes, frappés de la résistance
ou de l'indifférence de la nature ou même de la raison pure
au bien et à la beauté, aient conçu, au-dessus de
l'ordre de la nature, l'ordre ou le règne de la grâce, l'ordre
de la liberté, l'ordre moral. Dès lors, l'ordre naturel,
corrompu par le péché, sera, pour les premiers, un, véritable
désordre que la grâce seule peut réparer. Pour les
philosophes, les passions, les habitudes, tout
ce qui, en l'homme, limite la liberté, seront la matière
confuse que la moralité devra ordonner. Les anciens, Platon
notamment, ont tous vu dans la loi morale, en principe d'harmonie intérieure
faisant de l'âme un véritable kosmos.
C'est à la raison, dégagée de la sensibilité,
qu'ils remettent le soin de réaliser cette harmonie, et la plupart
des modernes donneront à la raison le même rôle organisateur.
Le Christianisme ,
au contraire, attend du seul amour inspiré par le modèle
divin la réconciliation de l'humain avec le bien, c.-à-d.
avec Dieu .
Enfin Kant ne reconnut de valeur
morale qu'à là bonne volonté.
Cette idée
de l'ordre moral intérieur rejoint tout, natu-ellement celle de
l'ordre moral de l'univers. La beauté et l'harmonie de ce monde,
où le mal ne serait que l'exception, prouveraient, selon les uns,
que l'univers, loin d'être le produit du hasard,
serait organisé en vue d'une fin supérieure, par une intelligence
souveraine. Suivant d'autres, au contraire, l'imperfection même du
monde réel, l'impuissance où se trouve l'homme de réaliser
dès cette vie, la loi morale, seraient un gage d'une vie à
venir meilleure, de l'avènement d'une cité ou se rejoindraient,
heureuses et parfaites, les volontés bornées.
Les arts et les sciences
enfin, comme la morale, sont la réalisation
d'un ordre supérieur, la nature. La science
est un système de vérités
générales coordonnées, d'où l'exception, le
désordre est exclu. Toute oeuvre d'art suppose également
une subordination des parties à nue idée directrice. Choix
libre et intelligent, il exclut le banal; le laid, et l'énorme.
(Th. Ruyssen.). |
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