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Les Serpents
Ophidiens
 Les Serpents ou Ophidiens constituent un ordre de Reptiles, ou réunis aux Sauriens (Lézards ,Trigonophidés,  Amphisbénidés, etc.), en raison de caractères communs très nombreux, la sous-classe des Plagiotrèmes ou Lépidosauriens, ou encore Squamates, terme qui a prévalu. Ces caractères communs sont : corps couvert d'écailles, généralement imbriquées, dont chacune coiffe une papille dermique aplatie, et d'écussons ou de scutelles, plaques juxtaposées plus étendues recouvrant les parties moins mobiles, la tête (plaques polygonales, appelées frontales, occipitales, nasales, labiales, oculaires selon leur siège) et la face inférieure du corps (plaques transversales des Serpents); fente anale ou cloacale transversale, derrière laquelle existent, chez le mâle, deux organes copulateurs, poches se dévaginant au moment de l'accouplement pour former deux pénis volumineux, couverts de tubercules épineux; mais tandis que les Sauriens ont quatre pattes, les Serpents en sont dépourvus; l'Orvet, un Saurien, qui n'a plus de membres visibles, mais seulement des rudiments d'os cachés sous la peau, et qui progresse par les mouvements d'ondulation du corps, forme la transition aux Ophidiens, chez lesquels on ne trouve plus ni membres, ni ceintures scapulaire ou pelvienne, sauf dans certaines formes (Boa, Python, etc.), où le bassin est réduit à quelques os isolés dans la masse musculaire. Les Ophidiens se distinguent surtout des autres Reptiles par leur corps flexible, très allongé, cylindrique dans la plus grande partie de son étendue, terminé en arrière de la fente cloacale par une queue conique peu distincte du tronc. La disparition des membres a surtout pour résultat de supprimer la division de la colonne vertébrale en régions : les vertèbres, en général nombreuses, excavées en avant, convexes en arrière, se ressemblent généralement toutes et, sauf l'atlas, portent des côtes qui entourent la plus grande partie de la circonférence et jouent un rôle important dans la locomotion : très mobiles sur les vertèbres, rattachées aux plaques ventrales par des muscles, elles fonctionnent à la manière de béquilles; elles ne manquent qu'aux vertèbres caudales. La tête s'articule au moyen d'un seul condyle avec la colonne vertébrale; le sternum n'existe chez aucun Serpent.

L'un des caractères les plus importants des Ophidiens, c'est l'extrême mobilité de la plupart des os qui forment la boîte cranienne : les deux branches de la mâchoire inférieure sont presque toujours séparées et rattachées au crâne par un pédoncule, os tympanique ou carré, mobile et lié à une autre pièce mobile, l'os mastoïdien, détaché du temporal. Les branches de la mâchoire supérieure ne sont le plus souvent liées à l'os intermaxillaire ou incisif que par des membranes ou ligaments extensibles; même les os ptérygoïdiens et palatins présentent une certaine mobilité. D'ailleurs, les différentes pièces des mandibules sont allongées en forme de baguettes. L'os carré, placé très en arrière, très oblique à l'état de repos, devient presque vertical lors de l'ouverture de la bouche; et l'angle des deux mâchoires est ainsi fortement abaissé et l'ouverture de la bouche considérablement agrandie. Cette extrême dilatabilité de la bouche explique pourquoi les Serpents peuvent avaler des proies plus grandes qu'eux-mêmes. Notons encore que cette dilatabilité arrive à son maximum chez les Serpents venimeux. Les dents, en forme de crochets recourbés en arrière, retiennent solidement la proie introduite dans la bouche. Ces dents peuvent être implantées sur tous les os qui forment la paroi de la bouche maxillaires, prémaxillaires, maxillaires inférieurs, palatins, voilier. Cette diversité d'implantation des dents, leur nombre et leur forme varient beaucoup, et ces différences sont d'une grande importance, car elles fournissent des caractères à la classification des Serpents et coïncident avec la présence ou l'absence de glandes venimeuses.
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Mamba.
Mamba.

La langue, très protractile, assez semblable à celle des Sauriens fissilingues, se termine par un double filet semi-cartilagineux et très mobile; elle constitue un organe de tact et peut-être de dégustation, mais n'est nullement une arme offensive, comme on le croit parfois. L'oesophage est long et extensible, à parois minces, l'estomac ne consiste qu'en une simple dilatation du tube digestif, sorte de sac suivi de l'intestin grêle, peu développé et n'offrant qu'un petit nombre de sinuosités; il n'existe pas de caecum. Le foie, allongé et cylindrique, n'a qu'un seul lobe, et s'étend du coeur jusqu'au pylore, tandis que les reins, également très effilés, sont subdivisés en plusieurs lobes bien distincts. Le pancréas constitue une glande allongée, jaune rougeâtre, liée à la rate, et siège en un point où l'estomac présente une sorte de rétrécissement. Il n'y a pas de vessie urinaire et les uretères présentent seulement un léger renflement avant de se terminer dans un cloaque où débouchent aussi le gros intestin et les canaux déférents ou les oviductes. Les deux pénis sont placés sur les côtés de ce vestibule.

La circulation se fait comme chez les Sauriens et les Chéloniens. Le coeur, placé vers le quart antérieur de la cavité viscérale commune, est formé de deux oreillettes et d'un ventricule incomplètement subdivisé en deux loges, de chacune desquelles part une aorte, et ces deux aortes se réunissent bientôt en une artère abdominale. Les poumons sont très dissymétriques, celui de gauche rudimentaire, parfois presque nul, celui de droite très allongé, communiquant au dehors par une trachée longue et renflée, près de son origine, en une espèce de réservoir aérien. Le larynx, large, est projeté en avant pendant la déglutition longue et laborieuse, ce qui assure l'entrée de l'air même quand la bouche renferme une très grande quantité d'aliments. La respiration est assurée par le jeu des côtes, car il n'y a pas de cavité spéciale pour loger le poumon, et le muscle diaphragme n'existe pas.

"Les yeux semblent dépourvus de paupières; en réalité les deux paupières existent, mais elles sont soudées l'une à l'autre, formant au-devant de l'oeil un rideau transparent complet" (R. Perrier). 
Cette membrane transparente, disposée comme un verre de montre sur l'orbite, donne une fixité singulière au regard des Serpents. D'après Carns, il y a au-dessous de cette enveloppe, de nature dermique, une sorte de poche qui contient un peu de liquide et qui est plus particulièrement comparable à la conjonctive des mammifères; le liquide qu'elle renferme s'écoule dans le nez par un canal lacrymal. Les narines siègent à l'extrémité ou sur les côtés du museau. L'oreille est beaucoup moins perfectionnée que chez les Sauriens; la columelle existe, mais la caisse du tympan, la membrane tympanique et la trompe d'Eustache sont absentes. Quant à la sensibilité tactile, elle n'existe guère qu'aux lèvres et à l'extrémité de la langue
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Surucucu
Souroucoucou.

Enfin l'encéphale, peu développé, ne remplit même pas la cavité du crâne; les hémisphères et les lobes optiques sont encore bien distincts, mais l'atrophie du cervelet est presque complète.

Les Serpents sont ovipares, et très rarement ovovivipares

« Il y a rapprochement de sexes et intromission des organes mâles, mais ceux-ci ne paraissent pas destinés à transmettre le sperme et doivent plutôt être considérés comme des instruments de copulation. La fécondation étant convenablement opérée, la femelle pond, au bout d'une période de temps dont la longueur varie suivant les espèces, un grand nombre d'oeufs très volumineux et renfermant chacun un embryon dans un état de développement plus en moins avancé. Toutefois, chez quelques Serpents marins et chez les Vipères, la rupture des enveloppes de l'oeuf s'opère avant la ponte, de sorte que l'animal semble être vivipareé (Oustalet). 
Une particularité que présentent les Serpents, c'est que chaque année, et même plusieurs fois par an, ils se dépouillent de la couche épidermique de leur enveloppe cutanée, et cette couche se détache tout entière en conservant l'empreinte exacte de toutes les rugosités, éminences, etc., du derme.
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Couleuvre à collier.
Couleuvre à collier.

Les Serpents sont terrestres ou aquatiques, vivent, soit dans les espaces découverts, soit à l'ombre des bois, parfois arboricoles, soit dans les eaux douces ou dans les mers profondes. Les espèces les plus remarquables par leur taille et leurs couleurs variées appartiennent aux latitudes chaudes. Les espèces terrestres et arboricoles, principalement, tombent dans un état de léthargie particulier à l'entrée de l'hiver dans les régions tempérées, au début de la saison sèche dans les pays tropicaux. Tous les serpents sont carnivores et se nourrissent d'animaux vivants qu'ils étouffent entre les replis de leur corps ou qu'ils tuent par leur venin.

"Chez beaucoup d'Ophidiens, en effet, il existe à la mâchoire supérieure non seulement des dents ordinaires, recourbées en crochets, qui agissent à la manière des dents d'une carde pour faire cheminer la proie vers le pharynx, mais encore des dents d'une conformation particulière, marquées d'un sillon ou traversées par un canal dont la base communique avec le conduit sécréteur d'une glande à venin. Ces dents venimeuses, qui constituent pour le reptile des armes offensives et défensives, sont, dans toutes les espèces réellement dangereuses, implantées sur l'os intermaxillaire, alors très développé et susceptible de basculer sur le reste de la mâchoire. Grâce à cette disposition, les crochets peuvent en temps ordinaire être reployés en arrière et cachés dans un repli de gencive et, quand il le faut, se dresser subitement et s'enfoncer dans la chair de la victime » (Oustalet). 
Les Serpents possèdent quatre groupes  de glandes salivaires (Alessandrini) : 1° glandes sublinguales; 2° glandes sous-maxillaires ou labiales inférieures; 3° glandes parotidiennes ou labiales supérieures; 4° glandes sous-orbitaires. Ce sont les glandes parotidiennes qui chez les Serpents venimeux, sont devenues des glandes à venin; logées dans la fosse temporale, elles sont formées de tubes terminés en cul-de-sac débouchant dans un canal excréteur commun qui se déverse à la base même du crochet; la contraction brusque du temporal et du masséter au moment de la fermeture de la bouche expulse le venin qui s'écoule le long du sillon ou dans le canal de la dent venimeuse et pénètre dans la plaie étroite et profonde déterminée par le crochet. Chez les Serpents Opistoglyphes, moins dangereux, les dents sillonnées n'existent que dans le fond de la bouche, et les glandes venimeuses, moins développées, peuvent appartenir au groupe des sous-maxillaires. La disposition tubuleuse des dents se rencontre surtout chez les Vipères, les Trigonocéphales et les Crotales, et l'on remarque, en outre, chez ces Reptiles, l'existence, en arrière de la dent principale, de crochets de rechange plus petits et cachés qui remplacent le crochet principal, lorsque celui-ci vient à se briser dans la morsure, ce qui est très fréquent.
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Crochets d'une vipère aspic.
Couleuvre de Montpellier.
Rouen : ornementation , au dessus de la porte de la bibliothèque.
Ci-dessus : Crochets d'une vipère aspic. A droite : Couleuvre de Montpellier. 
Au-dessous : Couleuvre lisse.

D'après la loi de Fontana, le venin des Serpents n'en serait pas un pour l'espèce qui le fournit; et l'on dit qu'il n'en est pas un même pour des Serpents d'une autre espèce; cette dernière assertion souffre des exceptions, et l'on a constaté que « les serpents venimeux mordent fréquemment les serpents d'espèce différente qu'on place avec eux et les tuent presque toujours » (Brehm-Sauvage). Dans l'envenimation, il y a à distinguer: 1° les symptômes primitifs ou de blessure (douleur locale avec un faible écoulement sanguin); 2° les symptômes secondaires (accidents locaux consécutifs on d'inflammation spécifique tels que douleur secondaire, engourdissement du membre, abaissement notable de température et susceptible de se généraliser, taches livides, et souvent lymphangite, abcès, phlegmon, etc., symptômes gastro-intestinaux avec nausées, vomissements, selles diarrhéiques, et même ictère léger; symptômes typhoïdes plus on moins graves, symptômes de réaction); 3° s'il n'y a pas eu mort, symptômes tertiaires, constituant l'envenimation ou l'échidnisme chronique, avec cachexie, dénotant une altération persistante et profonde du sang. Les symptômes de l'intoxication varient d'ailleurs suivant l'animal qui l'a produite. 

Comme le dit Viaud Grand-Marais, « la différence entre les morsures des Serpents consiste dans leur plus on moins grande léthalité et dans la prédominance de tel on tel symptôme de l'envenimation. Les unes occasionnent d'ordinaire la mort avec des convulsions, les autres avec de la léthargie. Dans la morsure de certaines espèces, les phénomènes locaux dominent; chez d'autres, ce sont les symptômes généraux ; le sang est coagulé ou devenu incoagulable après la mort; il s'échappe ou non par les muqueuses. Au fond, la maladie est une; elle offre, en effet, tous les passages entre la forme à accidents locaux presque nuls et à troubles paralytiques rapides, portant surtout sur la respiration (Protéroglyphes, les Najas du moins), et celle où les lésions, au point d'inoculation, sont très marquées et les convulsions fréquentes (Solénoglyphes Daboie, Crotales, etc.). Les convulsions peuvent, d'autre part, se montrer sous l'influence du venin de la Cobra, et la somnolence sous celle des venins des Vipériens ou des Crotaliens ». 
Le venin des Serpents, ajouterons-nous, peut être à la fois un poison du sang, un poison du système nerveux et en particulier du sympathique, et un poison du coeur.

Classification.
Parmi les classifications anciennes, mentionnons seulement celle qui divisait les Ophidiens en Serpents non venimeux, Serpents suspects et Serpents venimeux et qui était peu scientifique. En 1853, Duméril et Bibron en proposèrent une autre fondée sur des caractères fournis par le mode d'implantation des dents, leurs formes et leurs dimensions; ce sont les sous-ordres des Opotérodontes, des Aglyphodontes, des Opistoglyphes, des Protéroglyphes et des Solénoglyphes. Plus tard on a réuni les Aglyphodontes.et les Opistoglyphes en un seul groupe, celui des Colubriformes, très naturel, malgré l'inconvénient pratique que présente cette fusion de Serpents parfaitement inoffensifs et de Serpents qui ne sont pas dépourvus de glandes à venin

On connaît actuellement à peu près 600 espèces de Serpents. L'Europe n'en possède que 26 espèces, qui se rapportent principalement aux couleuvres et aux vipères. Voici la classification que nous adoptons  :
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Colubriformes Colubridés  Couleuvres :Coluber (Couleuvre verte et jaune), Coronella, Elaphes ou Pantherophis (Couleuvres d'Esculape, Serpents des blés), Malpolons (Couleuvres de Montpellier), Dispholidus, Thélotornis, Hétérodon, Farancia (Couleuvre américaine), Lampropeltis (Serpent royal d'Amérique du Nord).
Boïdés Boa, Python, Eunecte (Anaconda), Calabaria, Uropeltis, Rhinophis.
Protéroglyphes Elapidés Najas (N. haje L. ou Aspic de Cléopâtre, ou Serpent à lunettes), Cobra royal, Mamba (Serpent des bananiers), Elaps (Serpent corail), Taïpan, Serpent-tigre, Acanthophis.
Hydrophidés Platurus, Aepysurus, Laticauda, Hydrophis, Pelamydrus.
Solénoglyphes Vipéridés  Vipérinés :Vipères (Aspic, Péliade, Vipère d'Orsini), Cérastes (Vipères cornues), Bitis  (Vipères géantes), Causus (Vipères cracheuses), Echis.
Crotalinés : Crotales (Serpents à sonnette, Cascavelles), Sistrures (Petits serpents à sonnette), Fer-de-lance, Mocassins, Souroucoucou, Trimesurus.
Opotérodontes Typhlopoïdes Typhlops, Cephalolepis, Stenostoma.

1° Colubriformes (Colubridés et Boïdés).
Généralement non venimeux, à dents assez nombreuses; au maxillaire supérieur, dents toutes semblables, coniques, pointues, sans sillon ni canal, sauf chez quelques espèces qui ont la dernière dent de la mâchoire supérieure cannelée, et tantôt privée de glande venimeuse, tantôt en rapport avec le canal excréteur d'une petite glande à venin. 
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Couleuvre verte et jaune.
Couleuvre verte et jaune.
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Boa constrictor
Anaconda.
Boa constrictor. Anaconda.

2° Protéroglyphes (Elapidés et Hydrophidés).
Serpents venimeux, à grosses dents cannelées antérieures et suivies de dents pleines à crochet; dents à crochet sur les palatins et les ptérygoïdes et sur les mâchoires inférieures. Propres aux chaudes latitudes et remarquables par la richesse de leurs couleurs. Les serpents marins (Hydrophidés) sont  tous de l'océan Indien ou du Pacifique.
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Naja.
Naja.

3° Solénoglyphes (Vipéridés).
Serpents venimeux, les plus spécialisés, à tête triangulaire, élargie en arrière, à queue relativement courte; à la mâchoire supérieure petite, de chaque côté une dent venimeuse ou crochet canaliculé, avec une ou plusieurs dents de remplacement; petites dents à crochet sur le palais et la mâchoire inférieure; beaucoup de ces Serpents sont vivipares. Ils laissent mourir leur proie envenimée avant de l'engloutir. 
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Crotale.
Serpent Fer-de-Lance.
Crotale. Fer-de-Lance.

4° Opotérodontes (Typhlopides).
Serpents vermiformes très dégradés, de petite taille, à bouche étroite non extensible, à queue très brève ou nulle; dents absentes à l'une ou à l'autre des deux mâchoires, yeux rudimentaires; vie souterraine pareille à celle des Vers de terre ou des Cécilies. Propres aux pays chauds (Afrique du Sud, Antilles, Amérique du Sud), non venimeux. 

Des serpents et des humains.
Nous avons parlé plus haut des moeurs et de la manière de vivre des Serpents à l'état de liberté. Voici ce qu'on a observé sur les serpents à l'état de captivité. Les anciens Egyptiens apprivoisaient déjà les serpents, surtout les najas, selon le témoignage d'Elien. Les dames de Rome, selon Martial, mettaient des couleuvres autour de leurs bras ou sur leur poitrine pour se procurer une sensation de froid. Suétone nous apprend qu'un serpent apprivoisé venait manger dans la main de Tibère. On sait que les souverains de l'Inde avaient des serpents apprivoisés. D'ailleurs, les serpents s'habituent facilement à la captivité, pourvu qu'ils jouissent d'une chaleur convenable; s'ils sont surpris par le froid en pleine nuit ou pendant la digestion, ils périssent. Les espèces indigènes se conservent moins bien en captivité que les espèces exotiques parce qu'on leur supprime la période d'hibernation. Les najas et les sepedons, surtout privés de leurs crochets venimeux, ne résistent guère; ils se blessent souvent à mort dans leurs mouvements furieux. En général, on peut réunir les serpents d'espèces différentes; s'il s'agit de boas et de pythons, ils s'enroulent les uns, autour des autres ou se glissant sous la même couverture pour avoir chaud; les couleuvres se pelotonnent et s'entortillent en paquets inextricables; les crotales font de même. Il est prudent de ne pas réunir des espèces de taille et de force trop différentes, car les plus faibles finissent toujours par être mangés il y a aussi danger pour les serpents inoffensifs à être mis avec des espèces venimeuses comme nous l'avons dit plus haut.

Quelques espèces, des pythons entre autres, ne se laissent jamais apprivoiser; les serpents venimeux sont généralement dans le même cas. Cependant les charmeurs de serpents arrivent à les dompter. L'art de charmer les serpents est connu en Egypte de toute antiquité. Il s'agit là d'ordinaire des najas, des aspics, etc. A cet art paraissent se rattacher les prodiges d'Aaron et des enchanteurs égyptiens rapportés par la Bible : la réputation des enchanteurs égyptiens était certainement très ancienne. Silius Italicus en parle également. On voit au musée du Louvre un vase égyptien en bronze, représentant un psylle antique enchantant un serpent. 

« De nos jours, les récits des voyageurs sont remplis des exploits des enchanteurs de serpents. Ils sont assez communs en Egypte où ils se transmettent leur science de père en fils. A l'aide de certaines conjurations et de certains charmes où il est difficile de démêler ce qui est charlatanesque de ce qui est sérieux, ils font sortir ces reptiles de leurs repaires, ils les manient comme des bêtes tout à fait inoffensives et les dressent même à faire de certains tours comme des animaux savants » (Vigoureux). 
Voici ce que raconte Schubert : 
« Au moyen de conjurations de toutes sortes, dans lesquelles ils invoquent les plus grands noms et poussent des cris qui ressemblent au gloussement des poules couveuses, ils (les psylles) parviennent à faire sortir réellement les serpents de leurs retraites. Même quand ils sont cachés dans des boiseries du plafond ou plus haut dans les entablements des murs, ils tombent soudainement par terre. Le soi-disant charmeur... les saisit alors avec tant de dextérité qu'il n'en est jamais blessé, bien que... le reptile soit en pleine possession du venin de ses dents. » 
Vigoureux a lui-même constaté ces faits au Caire et ne sait comment les expliquer. Selon Bruce et Forskaal, les psylles, avant d'opérer, se lavent avec la décoction de la racine d'une espèce d'Aristoloche analogue à la Serpentaire. Les charmeurs de serpents se rencontrent dans un grand nombre de pays chauds; en Inde ils portent le nom de mallas. Leurs pratiques sont analogues à celles des psylles égyptiens, la plupart mêlent à leurs conjurations et à leurs jongleries une musique, des modulations sifflées ou un chant monotone, pendant lesquels les serpents enfermés dans une boite on une corbeille en sortent pour les tours ordinaires que les charmeurs offrent au public. 

Il est bon de noter que l'aspic, entre autres, peut être mis en état de catalepsie en lui comprimant les muscles de la nuque ou en l'aspergeant d'eau froide. C'est par ce procédé que l'on a tenté d'expliquer la transformation des serpents en bâtons, et la transformation réciproque, opérées par les enchanteurs ou magiciens du pharaon Merneptah devant Aaron.
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Serpent corail.
Serpent corail.

Il nous reste à dire un mot de la fascination que les serpents exercent sur les oiseaux, les petits mammifères, les grenouilles, etc, La fascination est admise par la plupart des auteurs; d'après ceux-ci, les serpents fascineraient les animaux destinés à leur nourriture en les fixant, et cette fixité du regard, accrue par le désir intense qu'elle exprime, de la proie convoitée, pourrait se comparer aux pratiques employées dans l'espèce humaine par les hypnotiseurs lorsqu'ils fixent le sujet qu'ils veulent endormir. Mais la subjugation exercée par les serpents a ceci de particulier, c'est qu'ils exercent une domination toute spéciale sur l'animal visé, au point que ce dernier vient se livrer irrésistiblement. Des auteurs qui passent pour sérieux assurent même que des enfants ont pu se trouver sous le charme de ce regard qualifié de magnétique, qui paralyse en quelque sorte les forces vives de la volonté et de l'intelligence chez eux. (Dr L. Hahn).

Paléontologie.
Rochebrune, dans son catalogue publié en 1880, cite en tout 33 espèces de Serpents, qui, à l'exception du Symoliophis Rochebruni, Sauvage, rencontré dans le Crétacé moyen de la Charente, se répartissent dans les dépôts tertiaires et pléistocènes (Cénozoïque) de l'Europe et de l'Amériqùe du Nord. A cette liste manquent quelques formes décrites par Cope de l'Eocène du Nouveau-Mexique et du Wyoming et du miocène du Colorado et de l'Orégon. Parmi les Serpents fossiles jusqu'à présent connus, dominent sans contredit les types africains; la grande majorité appartient aux Aglyphodontia non venimeux. Le nombre des Serpents venimeux fossiles est très restreint. Ces derniers, qui appartiennent aux genres actuels Vipera, Naja et aux genres éteints Laoophis et Neurodromicus, font partie des familles des Vipéridées, des Crotalidées, des Elapidées ; ils sont des terrains tertiaires d'Europe et des Etats-Unis. Des vertèbres de Coelopeltis insignitus actuel ont été trouvées dans les brèches à ossements pléistocènes du département du Puy-de-Dôme. Les Couleuvres, avec les genres actuels Elaphis, Periops, Coluber et les genres éteints tels que Pylmophis, sont des formations d'eau douce d'Oeningen, de Boon, de Sansans, de Podolie, de Bavière, qui appartiennent à l'époque miocène. A la famille des Tortricidées ou Serpents rouleaux, appartient le genre éteint Scytalophis Rochebrune, des phosphorites du Quercy. Les Serpents des sables ou Erycidées sont représentés dans le Miocène du Gers par Scaptophis qui se rapproche des Eryx actuels, dans le Miocène du Colorado par les genres Aphelophis, Ogmophis, Calamagras décrits par Cope. Les Boas ou Boacidées vivaient, d'après Rochebrune, à l'époque du Miocène de Sansans, la famille est représentée par le genre Bothrophis; d'après Marsh, dans l'Eocène supérieur du Wyoming, par les genres Lithophis et Boavus. C'est à la famille des Pythonidées qu'appartiennent les espèces les mieux connues; parmi celles-ci, il faut citer l'Heteropython euboeicus, duMmiocène de l'Eubée; les Palaeopython sont de l'Eocène supérieur du Quercy; du Paléocène de France et d'Angleterre, on connaît des Vertébrés de grands Pythonides, Paleryx et Palaeophis, représentés par le genre Titanophis dans l'Eocène du New Jersey; le Python molurus actuel a été trouvé dans le Pléistocène des environs de Madras. Comme le note Zittel, « tous les restes de Serpents rencontrés dans les brèches à ossements ou les cavernes pléistocènes d'Europe, des Indes orientales [Inde] et d'Australie appartiennent à des genres qui existent encore actuellement ». (E. Sauvage).
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Vipère aspic.
Vipère aspic.
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