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On donne le nom
de muscles, du nom latin
musculus ( anatomie, Planche
anatomique : myologie) à des organes
nombreux et volumineux fixés sur les os des
animaux
qui ont une colonne vertébrale et un
squelette,
ou attachés sous la peau chez les animaux
non vertébrés; la masse des muscles constitue ce qu'on nomme
vulgairement la chair. Les morceaux de viande que
nous mangeons sont des portions de muscles des animaux de boucherie. Chacun
a pu remarquer que cette viande est composée de masses charnues
séparées par des enveloppes fibreuses que du tissu cellulaire
relie entre elles; c'est ce qu'on nomme parfois vulgairement les peaux
de la viande. Chacune de ces masses charnues, limitée par une enveloppe
fibreuse nommée aponévrose,
est elle-même ce qu'on nomme un muscle. Ce qu'il est facile de constater
encore, c'est que ces masses charnues sont formées de filaments
accolés, qui eux-mêmes peuvent se décomposer en fibres
très minces placées les unes à côté des
autres; les filaments décomposables en fibres sont des faisceaux
musculaires, et leur élément constitutif est la fibre musculaire,
dont les propriétés physiologiques
ne ressemblent à celles d'aucun autre tissu du corps.
Le tissu musculaire est un tissu contractile
qui forme les muscles. Il est formé par des cellules plus ou moins
modifiées dérivées des myoblastes des lames musculaires
des protovertèbres. Bichat
avait divisé le tissu musculaire en deux grandes espèces,
le tissu musculaire de la vie organique à contraction involontaire
et le tissu musculaire de la vie animale à contraction volontaire.
Mais Ranvier a fait remarquer que la dichotomie proposée par Bichat
n'est pas d'une grande exactitude. Ainsi le coeur, muscle à fibres
striées, est un muscle à contraction involontaire; chez les
Mollusques,
les muscles volontaires ou non sont presque tous lisses; chez les Arthropodes,
ils sont striés. Aussi a-t-on divisé par la suite le tissu
musculaire en tissu à cellules lisses, ou à contraction lente
et soutenue, et en tissu à cellules striées, ou à
contraction brusque.
Les muscles lisses sont constitués
par des cellules musculaires lisses (premier stade de la cellule musculaire),
fusiformes, allongées, les fibres-cellules. Au centre elle présente
un fuseau de protoplasme, le fuseau protoplasmique
axial dans le ventre duquel est contenu le noyau de la cellule. A la périphérie,
le protoplasme s'est différencié en une sorte d'écorce
brillante composée de baguettes contractiles parallèles,
d'où la striation longitudinale que présente la fibre musculaire
lisse. Cette fibre est nue, elle n'a pas d'enveloppe. Pour constituer les
muscles lisses (muscles de l'intestin, des artères,
de la vessie, etc.), ces cellules musculaires s'unissent entre elles en
faisceaux à l'aide d'un ciment intercellulaire. Elles peuvent être
rameuses (dans les artères) ; elles peuvent être anastomosées
(dans la vessie de la grenouille). Dans le tissu conjonctif interfasciculaire
sont contenus les vaisseaux sanguins disposés
en mailles allongées.
Les muscles striés sont formés
par des cellules musculaires multinucléées (deuxième
stade de la cellule musculaire), striées en long et en travers.
Le protoplasme de ces cellules s'est différencié
en tissu contractile formé par des faisceaux prismatiques, les cylindres
primitifs de Leydig, fibres musculaires striées des auteurs, de
18 à 80 micromètres d'épaisseur, ne dépassant
pas 4 centimètres de longueur, tous parallèles entre eux,
d'où la striation longitudinale de la fibre musculaire. Cette fibre
est elle-même constituée par un grand nombre de fibrilles
élémentaires réunies par un ciment. En outre, le cylindre
de Leydig est alternativement clair et sombre, et comme ces traits transversaux
sont tous à la même hauteur dans les cylindres de Leydig,
placés côte à côte comme les épis dans
un javelot, il en résulte la striation transversale de la fibre
musculaire striée. A la lumière polarisée, les traits
sombres sont biréfringents ou anisotropes; les traits clairs, non
réfringents ou isotropes. On appelle les traits sombres disques
sombres, et les traits clairs bandes claires. D'autre part, tous les disques
sombres n'ont pas une même épaisseur, les uns sont minces,
disques minces, les autres beaucoup plus hauts que larges, disques épais
(sarcous elements de Bowmann). De chaque côté du disque
épais existe une bande claire qui le sépare du disque mince.
Enfin le disque épais est partagé
en deux par une strie très mince de substance isotrope, la strie
de Hensen. La succession des bandes transversales claires et sombres dans
toute fibre musculaire est caractéristique de la fibre musculaire
striée ou fibre à contraction brusque. Comme chacune de ces
fibres a au moins un noyau, ici latéral, là central, plongé
dans une masse de protoplasme, il s'ensuit
qu'elle a la valeur d'une cellule. Enfin elle est garnie d'une membrane
d'enveloppe, élastique, de la nature des exoplasmes, le sarcolemme
ou myolemme. Comme le protoplasma envoie des expansions entre les fibres
du faisceau primitif (réseau granuleux de Gerlach), dans une coupe
transversale des faisceaux musculaires, les fils du cylindre primitif sont
séparés les uns des autres par une sorte de réseau
de substance protoplasmique; ce sont là les champs de Cohnheim.
Le faisceau primitif, fibre musculaire
striée à noyaux multiples, est l'homologue de la fibre-cellule
des muscles lisses, mais arrivée à un stade de différenciation
plus complet. Le noyau primitif s'est divisé pour donner naissance
aux noyaux multiples. Pour former les muscles de la vie animale, ces fibres
se réunissent en faisceaux (faisceaux secondaires); elles sont entourées
de tous côtés par du tissu conjonctif lâche (périmysium
interne) qui se rattache à l'enveloppe conjonctive du muscle (périmysium
externe), et s'échappe sous la forme d'un petit tendon minuscule
allant se perdre dans l'endomysium aux deux extrémités des
fibres. Au niveau des tendons, les extrémités se réunissent
aux fibres des tendons par une sorte de ciment très adhérent.
C'est dans l'épaisseur de ce tissu conjonctif interfasciculaire
que circulent les vaisseaux sanguins anastomosés
en réseau à mailles allongées et les nerfs
qui se rendent aux fibres musculaires. Ce tissu conjonctif a été
considéré par Ranvier comme une véritable gaine lymphatique.
Jamais les vaisseaux sanguins ne pénètrent dans la fibre
musculaire ou cylindre de Leydig. Dans le coeur, la fibre striée
est rameuse; les divisions sont soudées bout à bout aux divisions
de ses voisines par une matière cimentaire. Par l'imprégnation
argentine du ciment, on sépare les cellules musculaires, segments
de Weissmann, et les traits de séparation deviennent les traits
scalariformes d'Eberth. Le muscle cardiaque est donc formé par un
réseau musculaire. A sa face profonde on rencontre, chez certains
animaux (Ruminants, Carnivores, Porcins, etc.), un réseau de cellules,
le réseau de Purkinje, qui doit être considéré
comme des fibres musculaires en voie de développement.
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La disposition
des muscles
Chaque
muscle est un assemblage de faisceaux de fibres rouges et parallèles
qu'enveloppe une gaine cellulaire; chaque faisceau
est formé de la réunion d'une multitude de fils déliés.
Ces fibres, qui possèdent au plus haut degré la propriété
de se contracter, reçoivent des nerfs et des vaisseaux qui serpentent
entre elles et dont la double influence est nécessaire à
l'exercice régulier de leur contraction. Les muscles se terminent
par des fibres plus ou moins longues, non contractiles, d'un blanc éclatant,
qui se continuent d'une part avec les fibres musculeuses, et de l'autre
s'attachent aux os : ce sont les fibres tendineuses,
formant soit des cordons nommés tendons,
soit des membranes ordinairement courtes et appelées aponévroses.
En résumé, les fibres musculaires charnues s'insèrent
toujours au moyen de fibres tendineuses; le plus souvent les os offrent
pour ces insertions des inégalités ou même des saillies
très évidentes, et les fibres tendineuses vont s'y confondre
avec le tissu même de l'os, de façon à présenter
une solidité d'attache considérable.
En
général, les muscles se fixent par une extrémité
à un os et par l'autre à un second os articulé sur
le premier directement ou indirectement, de telle façon que ces
os puissent se mouvoir l'un sur l'autre. Dans l'exécution d'un mouvement
déterminé, l'un des os devient fixe, de telle façon
que l'une des extrémités du muscle ne puisse se déplacer,
et alors la contraction produit tout son effet sur l'autre os qui est rapproché
de toute la quantité dont le muscle s'est raccourci; ce raccourcissement
peut être de moitié, deux tiers, trois quarts, parfois même
cinq sixièmes de la longueur du muscle dans sa plus grande extension.
L'expérience
montre qu'un muscle ne développe de force qu'en se contractant,
de sorte qu'après avoir rapproché l'une de ses extrémités
de l'autre, il ne peut, en se relâchant, éloigner, repousser
en quelque sorte celui des points d'attache qu'il a attiré vers
l'autre. Ce mouvement inverse doit être exécuté par
un autre muscle antagoniste du premier. L'énergie d'action d'un
muscle dépend, entre autres choses, du nombre de ses fibres, mais
non de leur longueur; celle-ci n'a d'influence que sur l'étendue
du mouvement. D'ailleurs, la contraction ne peut durer longtemps sans une
fatigue bientôt intolérable; elle est essentiellement intermittente;
chacun sait, en effet, qu'on ne peut garder longtemps une position où
les mêmes muscles sont tendus d'une manière continue. Dans
l'état de contraction, le muscle est dur, gonflé. |
Propriétés
mécaniques des muscles.
Le tissu musculaire est caractérisé
par deux propriétés essentielles : la contractilité
et l'élasticité; c'est par excellence l'élément
spécialisé pour le mouvement. D'origine mésodermique,
il constitue la masse des chairs, mais dans le tissu épithélial
lui-même on trouve des cellules douées de certains mouvements
: dans les glandes sébacées, dans
les glandes mammaires, on a décrit des éléments dits
myoépithéliaux, qui représentent l'élément
de transition entre la cellule épithéliale proprement dite
et la cellule musculaire. De même, Kleinenberg avait trouvé
dans l'hydre d'eau douce des cellules neuro-musculaires, dont les prolongements
protoplasmiques internes étaient susceptibles de se contracter.
Nous devons ajouter que les études sur l'amoeboisme du système
nerveux tendent à montrer les cellules
nerveuses en perpétuel mouvement d'expansion et de contraction.
Si la mobilité est le caractère par excellence du tissu musculaire,
elle ne saurait donc en constituer la propriété caractéristique.
Les fibres musculaires proprement dites sont de deux sortes : les fibres
lisses et les fibres striées.
La fibre musculaire lisse, que l'on rencontre
principalement dans les organes de la vie végétative (la
vessie de la grenouille donne très facilement de magnifiques préparations
de ces fibres), est constituée par une cellule allongée pouvant
atteindre une longueur maxima de 4 centimètres, mais ne dépassant
généralement pas 10 centièmes de millimètre.
Son noyau est facilement coloré; quant à son protoplasme,
on discute encore s'il est homogène ou constitué par des
séries de fibrilles.
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Les muscles striés, désignés
également sous le nom de muscles de la vie de relation, mais qui
existent néanmoins dans quelques organes viscéraux, comme
le coeur, par exemple, ont une structure beaucoup plus complexe.
Le muscle strié ordinaire est composé
de cellules musculaires allongées, constituant les fibres musculaires,
formant des faisceaux entourés de tissu connectif. Chaque fibre
consiste en une masse protoplasmique entourée d'une fine membrane
élastique : le sarcolemme. L'étude microscopique montre que
chacune de ces fibres est constituée par des bandes alternativement
sombres et claires qui lui donnent son aspect strié. Le nombre de
ces bandes a été singulièrement discuté. Théoriquement,
on peut admettre simplement la juxtaposition de deux disques, l'un clair,
l'autre obscur. Examinée à la lumière polarisée,
la substance sombre présente une double réfraction, aussi
la désigne-t-on sous le nom d'anisotrope, la substance claire donnant
la réfraction simple étant appelée isotrope.
Contraction
musculaire.
Toute contraction musculaire implique
un raccourcissement et un épaississement correspondant, de sorte
que finalement le volume total du muscle n'est pas changé. Une expérience
classique donne une démonstration élégante de cette
constance du volume. Une forte anguille est introduite dans un bocal plein
d'eau et fermé par un bouchon traversé par un tube de verre
dans lequel l'eau monte à un certain niveau. Malgré les mouvements
énergiques du poisson, le niveau reste invariable.
L'étude de la contraction musculaire
se fait avec la méthode graphique, qui permet une analyse fine de
ce rapide phénomène. Sur un muscle de grenouille, toute excitation
suffisante portant, soit sur le muscle, soit sur le nerf, donne lieu à
une secousse musculaire, secousse simple élémentaire, qu'il
ne faut pas confondre avec la contraction volontaire, constituée
par une série de secousses. La courbe obtenue avec les appareils
myographiques montre que la secousse simple comporte trois temps. Le muscle
ne réagit pas immédiatement à l'excitation, il s'écoule
un certain temps après l'envoi du courant électrique avant
que l'on puisse observer un raccourcissement du muscle; c'est le temps
perdu, la période latente, temps en fait fort court et inappréciable
à l'oeil, puisqu'il est en moyenne d'un centième
de seconde, mais que la méthode graphique permet de reconnaître.
Le second temps est représenté
dans la courbe par une ascension correspondante au raccourcissement du
muscle; tantôt l'ascension est indiquée par une ligne presque
perpendiculaire comme dans le muscle de la queue de l'écrevisse;
tantôt, au contraire, la courbe monte lentement. Puis, à ce
deuxième temps, succède immédiatement le troisième
temps de descente ou de décontraction, beaucoup plus long, le muscle
se relâchant très lentement. Tel est le type d'une secousse
musculaire, mais une série de facteurs font varier la forme et les
intervalles de durée de ces trois périodes. Plus l'excitation
est forte et plus l'excitation est haute; plus le poids tenseur du muscle
est lourd, moins le graphique a de hauteur, et on peut dire, d'une façon
générale, que toutes les causes capables d'agir sur l'activité
musculaire, la température, l'anémie, la fatigue, retentissent
sur la forme de la secousse; un muscle fatigué, un muscle anémié,
refroidi, fournit un tracé moins élevé ou plus allongé
que le muscle dans les conditions opposées. Sur un même animal,
il existe des muscles à contraction rapide (muscles pâles)
et à contraction lente (muscles rouges).
Travail
musculaire.
Tout muscle qui se contracte exécute
un travail, même quand il se contracte à vide. Le tissu musculaire
en effet, plus que tout autre élément vivant, est le siège
d'échanges chimiques considérables et qui varient avec son
état de repos et d'activité. Remarquons tout d'abord que,
dans les conditions normales, le muscle n'est jamais rigoureusement au
repos, sous l'influence des excitations incessantes émanées
des cellules nerveuses, il reste dans un état de semi-contraction,
désignée sous le nom de tonus musculaire et auquel correspond
nécessairement une certaine dépense d'énergie permanente,
un tonus chimique. Dans cet état de tonus, le muscle continue à
présenter des phénomènes d'assimilation et de désassimilation,
caractérisés par une véritable respiration
interne, une consommation d'oxygène et une production d'acide carbonique,
sans compter la formation d'autres produits de désassimilation.
Quand le muscle travaille, cette activité
chimique est considérablement augmentée, et, dans des conditions
spéciales, l'excès produit a pu être calculé
et le rapport établi entre le travail produit et l'énergie
chimique dépensée. C'est ainsi que l'énergie fournie
aux muscles par le glucose circulant dans le
sang. En dosant le sucre de l'artère afférente
et de la veine efférente d'un muscle travaillant, on a pu calculer
la quantité de sucre brûlé dans ce muscle: de même,
en dosant l'oxygène et l'acide carbonique dans ces deux sangs, on
a pu se rendre compte de l'activité respiratoire du muscle. (Ch.
Debierre / P. Langlois). |
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