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L'école
florentine.
On fait d'ordinaire
de Cimabue l'ancêtre de la
peinture
en Italie .
Ce peintre florentin récut
au XIIIe
siècle. C'est à lui qu'appartient
le mérite d'avoir rompu, dans une certaine mesure, avec les traditions
de l'art byzantin qui prévalaient
jusque là. Il a des imitateurs en Giunta de Pise ,
Guido de Sienne, Margaritono d'Arezzo .
Mais c'est avec son élève Giotto
(1266-1337)
que commence une transformation des types auxquels vont recourir les peintres.
Giotto conçoit ses tableaux avec une
ampleur et une liberté merveilleuses, et fait mouvoir ses personnages
sur des fonds empruntés à la nature.
Les disciples ou
les continuateurs de Giotto sont : Cavallini,
Giottino,
Taddeo
et Agnolo Gaddi, Buffalmacco etc. C'est Andrea Orcagna qui occupe le
premier rang par ses fresques au Campo-Santo
de Pise .
Les peintures
de Bernardo Orcagna, au Campo-Santo, sont loin d'être aussi remarquables
que celles de son frère; Simone di Martino, Lippo Memi, Duccio di
Buoninsegna, Pietro et Ambrogio Lorenzetti, etc., travaillent avec éclat
à Assise ,
à Sienne, à Pistoia ,
à Florence ,
à Cortone ,
à Arezzo ,
et même à Rome au XIVe
siècle.
Le siècle
suivant s'ouvre avec Fra Angelico da Fiesole,
dont l'exquise candeur et la foi touchante ont fait un maître sans
rival. Plus fougueux sera son disciple Benozzo Gozzoli, qui, dans ses vingt-deux
fresques
du Campo-Santo de Pise, le surpasse dans l'heureuse interprétation
de la nature. Il est, avec Masaccio, le précurseur
de la Renaissance .
Uccello, Dello, Castagno, Fra Filippo Lippi, Verrocchio, Pollajuolo, Botticelli,
Ghirlandajo, Mantegna, Gentile
et Giovanni Bellini,Vivarini, Gentile da Fabriano, etc., assurent le
renom de l'école florentine
au XVe
siècle.
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Saint
Georges combattant le Dragon, par Paolo Uccello (ca. 1456).
L'histoire de la peinture
n'a plus au XVe
siècle, du Nord au Midi de la Péninsule, cette
unité majestueuse que lui avait imposée le génie dominateur
de Giotto : à Florence
même, les tentatives individuelles n'obéissent plus à
une discipline; dès le début du nouveau mouvement, des maîtres
appelés à une grande influence sortent de l'Ombrie et de
la Haute-Italie; enfin, dans la seconde moitié du siècle,
des écoles florissantes se développent à Padoue ,
à
Ferrare ,
en Lombardie, à Venise .
A la fin du XIVe
siècle, la peinture
dégénérée avait besoin d'être renouvelée,
comme la sculpture épuisée
d'être ranimée. La pensée du grand Giotto
s'était éteinte, et les figures de ses derniers disciples,
Agnolo
Gaddi, Spinello Aretino, Cennino Cennini, le théoricien de l'école
florentine, étaient plus pauvres et plus gauches que celles
du maître ne l'avaient été près de cent ans
auparavant. Il fallait donc avant tout, non pas traduire de nouvelles idées
et exprimer de nouveaux sentiments, car dans le domaine spirituel toutes
les tentatives étaient faites, mais, au contraire, abandonnant ces
grandes ambitions, se remettre à l'école, perfectionner la
technique et copier la nature. Comme pour l'architecture et pour la sculpture,
ce fut un Florentin de génie qui ouvrit la voie nouvelle et du premier
coup toucha le but. Masaccio (1401-1428)
était, au dire de Vasari, l'ami de Brunellesco
et de Donatello; mais, s'il accomplit comme
eux la rénovation, ce fut avec moins de violence : d'abord il eut
la sagesse de ne point copier les sculptures antiques, qui auraient fatalement
enlevé à la peinture sa chaleur et sa liberté; puis
il ne copia dans la réalité que ce qu'elle lui offrait de
mesuré et d'harmonieux, et sut peindre même des estropiés
sans les rendre repoussants.
L'habile artiste qui fut le maître
de Masaccio, Masolino da Panicale (né
en 1383), avait fait dans ses fresques
de Castiglione d'Olona, en Lombardie,
et du Carmine à Florence ,
la première tentative pour ranimer la peinture
par l'imitation de la vie ordinaire; non seulement il copiait des costumes
italiens contemporains, comme les giottesques de Padoue
venaient de copier des costumes orientaux et Gherardo Starnina, dans ses
oeuvres perdues, des costumes espagnols; mais encore il introduisait dans
ses scènes religieuses des portraits
énergiques et des figures nues d'un dessin
précis, et, tout en conservant le paysage
traditionnel et grossier des giottesques, il montrait dans l'architecture
la connaissance de la perspective linéaire
répandue par Brunellesco. Toutes ces
indications, Masaccio les développa sans effort, de manière
à atteindre dans le dessin des têtes et des corps, par la
simplification et la généralisation du modèle, une
noblesse qui devait être à peine dépassée. Tout
en travaillant au progrès technique, il sut conserver de la tradition
de Giotto ce qui était durable, les amples
draperies, les gestes majestueux, les compositions frappantes, si bien
qu'il réunit dans la petite
chapelle
Brancacci, au Carmine, ce que devait plus tard réunir Raphaël:
la pensée du XIVe
siècle et la science du XVe.
Au temps de Masaccio, un Ombrien, Gentile
da Fabriano (environ 1370-1427)
trouvait au fond de ses montagnes la fraîcheur et la profondeur du
paysage, la douce nature que l'humanité avait cachée à
Giotto; il allait peindre à Venise
une bataille navale qui fut la première « marine
» véritable, et une fois arrivé à Florence ,
il s'attachait à reproduire, comme dans l'Adoration des Mages
(Académie des beaux-arts), peinte pour un Strozzi, la magnificence
des costumes et des cavalcades. Comme Masaccio,
il ne rompait pas encore avec le XIVe
siècle tandis que l'un en conservait la pensée
et la composition, l'autre en gardait le sentiment mystique et les couleurs
éclatantes. La génération qui les suivit fut plus
âpre et plus rude.
Tandis que Fra Angelico
restait isolé dans son couvent, des ouvriers habiles, incapables
de poésie, se mettaient avec passion à étudier la
grammaire de l'art. Paolo Uccello (1397-1475)
développa la science de la perspective,
s'attacha dans ses Scènes du Déluge
(Chiostro Verde à Santa Maria Novella) aux détails minutieux
et puérils, et mit dans ses Batailles
une fureur encore inexpérimentée; Andrea del Castagno (mort
en 1457), célèbre par
les figures de pendus qu'il peignit pour le pilori, rechercha comme Donatello
la force même dans la vulgarité et dans la laideur; le Véronais
Vittore Pisano, dit Pisanello (mort en 1456),
médailleur et dessinateur plutôt que peintre, a laissé
des croquis d'animaux d'une précision
et d'une finesse que l'on dirait japonaises.
Tandis que ces travailleurs énergiques poussaient à l'extrême
la rigueur du dessin, l'invention des Van
Eyck, cet emploi combiné de l'huile
et du vernis qui donnait aux couleurs tant de profondeur et de solidité,
pénétrait en Italie ,
d'une part grâce aux rapports commerciaux que les Florentins
entretenaient avec les Flamands
et par l'intermédiaire d'oeuvres importantes comme le triptyque
peint par Hugo Van der Goes pour les Portinari (musée de l'Hôpital
de Santa Maria Nuova), et d'autre part grâce aux imitations directes
que des Napolitains obscurs firent
sous les derniers Angevins et les premiers
Aragonais,
des tableaux de l'école de Bruges .
A Florence ,
l'innovation qui devait faire à Venise
une telle fortune fut lente à s'établir, mais l'émulation
produite par la vue des tableaux du Nord habitua les peintres à
en rechercher les effets riches et lumineux, même dans les peintures
«a tempera» ou dans les fresques.
Les conquêtes des novateurs florentins et les importations flamandes
se résumèrent dans les fresques peintes par l'Ombrien Piero
della Francesca (1420-1492),
dans l'église San Francesco d'Arezzo,
et dans ses rares tableaux à l'huile comme le Baptême du
Christ
à la National Gallery et les deux portraits
si minutieusement et si vigoureusement traités de Federigo, duc
d'Urbin ,
et de sa femme Battista Sforza, aux Uffizi. Son dessin ferme et large est
celui que l'on peut attendre d'un savant en géométrie et
en perspective, auteur du traité De Quinque Corporibus; sa
couleur a la consistance et le velouté des plus habiles artistes
du Nord. Enfin, le premier parmi les Italiens il donna la sensation de
l'air libre et du ciel clair et reproduisit énergiquement les jeux
les plus audacieux de la lumière et de l'ombre. Son influence fut
grande, non seulement à Florence, mais en Ombrie, à Padoue,
à Ferrare ,
et il marque le moment où tous les progrès matériels
s'étant réalisés par le labeur acharné d'un
demi-siècle, les écoles qui se forment obscurément
vont, une fois l'impulsion reçue, commencer hardiment leur oeuvre
distincte.
Dans l'école
florentine, l'effort ne se sent plus que dans le dessin
rigide et la couleur bronzée des peintres-sculpteurs, comme Pollajuolo
et Verrocchio. En dehors d'eux, la peinture
s'épanouit avec une sorte de liberté heureuse en fresques
somptueuses et en gracieux tableaux de chevalet. La vie contemporaine,
oubliée des giottesques, se répand dans les scènes
religieuses. La Vierge
est une jeune Florentine en corsage étroit, en coiffe légère,
le visage irrégulier, blond et doucement rêveur; son enfant
est un vrai bambino qui sourit et qui joue comme ceux des sculpteurs.
Les anges
sont de jolis enfants de choeur, espiègles et toujours en mouvement.
Enfin, une scène de l'Evangile
ne se passe pas, un miracle ne s'accomplit pas, sans qu'une foule de Florentins
ne viennent y assister, non en donateurs et en dévots, mais en spectateurs
distraits, qui posent pour l'artiste sans penser au sujet.
-
Le
Couronnement de la Vierge, par Filippo Lippi (ca. 1445).
L'architecture est celle de la Renaissance ,
avec une fantaisie naturelle chez le peintre à qui les constructions
magnifiques ne coûtent rien, et les paysages
sont les collines élégantes de la Toscane, avec leurs cyprès
droits, leurs pins-parasols et leurs tours à créneaux. Fra
Filippo Lippi (1406-1469),
ce type caractéristique de moine de la Renaissance, qui eut toutes
les aventures et fit toutes les folies, fut le premier à peindre,
dans les fresques de Prato, la vie de ses
contemporains au milieu des Vies de saint Jean-Baptiste et de saint
Etienne, donnant à ses figures un air de vie extraordinaire
et à son coloris une harmonie et une richesse nouvelles. Le plus
sobre et le plus sérieux des peintres florentins du XVe
siècle, Domenico Ghirlandajo (1449-1494),
donna place dans ses scènes fortement composées à
tous ceux qu'il connaissait : dans la Vie de saint
François, à Santa Trinità, c'est Agnolo
Acciajuoli, Palla Strozzi, Laurent le Magnifique
lui-même; dans la vaste suite des fresques du choeur
de Santa Maria Novella, où Ghirlandajo reprend après Filippo
le sujet de la vie du Baptiste, Marsile Ficin assiste
à l'apparition de l'ange, avec Landino et Politien,
tandis que la belle Ginevra Benci, la maîtresse de l'artiste, est
debout en robe de brocart dans la chambre où naît l'enfant.
Le sentiment religieux est parfois effacé,
mais la gravité et la tenue des scènes sont imposantes. Benozzo
Gozzoli (1420-1497),
l'élève de Fra Angelico, anime
cette représentation de la vie ordinaire d'un sentiment plus apparent,
et transporte pour ainsi dire sur cette terre la joie céleste dont
rayonnaient les figures du Bienheureux. Le cortège des Médicis
et du Paléologue chevauchant sur les murailles du palais Riccardi
vers Bethléem ,
à travers de fins paysages où
vit tout un monde d'oiseaux et d'animaux familiers,
est l'image éblouissante des costumes riches et simples, des corps
souples et libres, des visages fiers et décidés que l'on
voyait dans la noble Florence
au temps où Laurent le Magnifique était adolescent; dans
la série de fresques immenses représentant
l'Ancien Testament
que Benozzo a peintes au Campo Santo de Pise ,
l'histoire de Noé
surtout chante, en face des austérités et des terreurs de
l'école de Giotto, la liberté de
vivre retrouvée et l'amour insoucieux de la nature bienfaisante:
il n'est pas jusqu'à l'étincelante fantaisie et à
l'heureuse facilité du bon peintre qui ne concoure à cette
impression de jeunesse et de renouveau.
Sandro Botticelli
(1447-1510),
élève de Fra Filippo, traduisit plus profondément,
non la joie et la force d'une population entière, mais le rêve
de quelques-uns, à cette époque où contre le paganisme
renaissant et la nature toute-puissante luttaient encore la tradition catholique
et les souvenirs du Moyen âge ;
un mélange singulier de tendresse chrétienne
et de volupté païenne, de mysticisme
très doux et de sensualité presque amère se trahit
dans la tristesse de ses sourires. Le premier il osait, après avoir
peint la Vierge ,
peindre Vénus
presque aussi chaste et aussi douce, et le premier dans son allégorie
fameuse du Printemps, qui est comme le triomphe à la Pétrarque
de la Renaissance ,
il modulait l'hymne des dieux ressuscités
et de l'Amour vainqueur. Filippino Lippi (1459-1504),
qui doit autant à Botticelli qu'à son père Filippo,
conserve dans le fameux tableau de la Badia qu'il peignit pour Palla Strozzi,
l'Apparition de la Vierge à saint Bernard, la grâce mélancolique
de l'un, la draperie large et la couleur opulente de l'autre. Mais il dépassa
tous les Florentins de son temps,
dans les fresques de la chapelle
Strozzi, à Santa Maria Novella, où le premier il montrait
une étude approfondie de l'antique, où il retrouvait le mouvement
dramatique et la composition savante négligés depuis Masaccio,
où enfin il annonçait sur la voûte, dans ses Prophètes
aux têtes de barbares, aux manteaux fouettés par un vent mystérieux,
les figures épiques du XVIe
siècle.
Les autres écoles.
L'école
ombrienne.
En Ombrie deux écoles se développèrent
: l'une composée de maîtres robustes, héritiers de
Piero della Francesca, et des peintres-sculpteurs de Florence ,
sans doute aussi de Mantegna; l'autre, plus
locale et plus originale, formée lentement par des disciples plus
ou moins fidèles de Benozzo et de Ghirlandajo, en qui survit le
doux mysticisme de Gentile da Fabriano. La première comprend deux
noms illustres : Melozzo da Forli et Luca Signorelli.
Melozzo (1438-1494)
peignit pour le duc d'Urbin, avec Justus de Gand, les Arts libéraux,
allégories aujourd'hui dispersées à Londres
et à Berlin ,
et pour Sixte IV les Prophètes de Lorette, les fresques
de cérémonie de la bibliothèque du Vatican
et ces décorations de l'église
des Saints-Apôtres à Rome, dont il ne s'est conservé
qu'un
Christ
montant au ciel, merveille de raccourci, et des Anges
musiciens; beaux jeunes gens de vingt ans, au teint brun et aux superbes
cheveux bouclés. Luca Signorelli (1441-1523)
dut à Piero della Francesca la science de l'anatomie
et l'amour des figures viriles fièrement campées. Devenu
célèbre, famosissimus pictor in tota ltalia, disent
les contrats, il fut chargé par la fabrique du Dôme d'Orvieto
de peindre dans la chapelle de la Madone
de San Brigio, dont Fra Angelico avait commencé
la décoration, l'Histoire de l'Antechrist
et le Jugement dernier .
Depuis les extases du ciel jusqu'aux terreurs de l'enfer ,
il y déploya une puissance dramatique qui rappelle les vieilles
fresques
du Campo Santo
et une science de la musculature qui annonce Michel-Ange.
Autant Melozzo fut sévère,
et Signorelli terrible, autant les vrais et purs Ombriens furent doux et
gracieux. A travers les réminiscences florentines, Fiorenzo di Lorenzo
et Niccolo da Foligno recherchèrent les expressions mystiques et
recueillies, et Buonfigli lui-même, plus sceptique, donna à
ses Vierges et à ses Anges couronnés de chapeaux
de roses une mièverie qui jouait la piété. Enfin ces
tendances encore obscures furent concentrées par un artiste merveilleusement
doué et dont l'influence devait être considérable,
Pietro
Vanucci de Pérouse, dit le Pérugin (1446-1524).
Ce maître qui, dans la fresque de la
Sixtine, la Remise des clefs à saint Pierre, se montre encore
voisin des Florentins par la science
du portrait, qui, sur les murs du Cambio
à Pérouse, peignit si jeunes et si fiers les héros
grecs et romains, à côté des Sibylles
et des Prophètes ,
abandonna peu à peu la traduction de la réalité et
l'inspiration même lointaine de l'Antiquité
pour l'expression de l'adoration et de l'extase. Puis, lorsqu'il eut trouvé
le visage arrondi, le regard noyé, l'attitude penchée qui
ravirent ses contemporains, comme il était avant tout homme de métier
et d'argent, il le répéta à satiété
par sa main et celle de ses innombrables élèves dont le plus
habile fut le Spagna. Il laissa son dessin
s'amollir et gauchir; à l'inverse des Florentins, il fut surtout
un grand coloriste : ses paysages très
simples ont une finesse de bleu et de vert humides inconnue même
à Piero della Francesca; ses contours sont, non plus serrés
et gravés, mais mollement noyés dans une ombre blonde; enfin
il a connu tout le jeu des couleurs sur les
étoffes chatoyantes, et par le contact des tons complémentaires,
il a donné à ses tableaux peuplés de figures douces
et heureuses l'éclat irisé des émaux.
-
Sainte
Marie-Madeleine, par Le Pérugin (ca. 1500).
Son contemporain et son compatriote Bernardino
Betto, dit il Pinturicchio (1455-1543), dut moins à Pérugin
qu'aux inépuisables narrateurs florentins comme Benozzo. Les sujets
religieux ne lui sont qu'un prétexte à décorations
éclatantes de bleu et d'or comme le plafond
du choeur de Santa Maria del Popolo, à
Rome,
ou à cortèges et à groupes magnifiquement parés.
Rebelle à la technique de l'huile,
il peignit de vastes surfaces, sèchement et richement, avec un dessin
inexact et minutieux, des couleurs fausses et fraîches de miniaturiste.
Devenu le peintre officiel des Borgia, pour lesquels
il décora l'appartement célèbre du Vatican, auquel
ils ont donné leur nom, et des Piccolomini, pour lesquels il décora
la Libreria de Sienne, Pinturicchio peignit
la fantaisie élégante des costumes princiers et le désordre
éblouissant des foules de courtisans : la beauté de son oeuvre
fut faite tout entière de la richesse de son temps.
A la fin du Quattrocento (vers 1480),
les deux grandes écoles de Florence
et d'Ombrie furent réunies par Sixte IV pour la décoration
de la plus noble chapelle du monde, la Sixtine.
Botticelli,
Ghirlandajo, un Florentin moins célèbre, Cosimo Rosselli,
Signorelli,
Pérugin,
Pinturicchio, tous en pleine force et en pleine sève, eurent à
représenter dans l'Histoire de Moïse
et de Jésus-Christ comme
la prophétie de l'histoire de la papauté. Seules ont péri
les fresques du Pérugin qui furent
couvertes par le Jugement dernier ;
les autres panneaux, au nombre de douze, restent comme un résumé
du XVe siècle
dans toute sa force et sa beauté. L'art y est peu religieux, mais
profondément grave. Pas de grand drame, pas même de mouvement,
sauf dans deux compositions tourmentées de Botticelli,
pas d'idées abstraites et de symboles profonds : les intentions
savantes des humanistes qui ont rédigé le programme de cette
décoration semblent dédaignées des artistes. Parfois
quatre scènes se superposent dans un tableau, sans que le peintre
s'attache à aucune et en fasse un centre. Ce sont, sur un fond de
riches paysages ou de splendides architectures,
de nobles spectacles qui passent devant les spectateurs que le maître
a peints avec encore plus de soin que Moïse ou Jésus
: dignitaires de la cour pontificale, peintres, élèves, amis,
cette assemblée sérieuse n'est là que pour rester
debout, regarder droit, et montrer à la postérité
la beauté grave et simple des hommes de ce temps. Jamais la première
renaissance n'a montré dans un ensemble pareille désintéressement
du sujet et l'amour de la vie.
L'école
de Padoue.
Pendant ce temps, l'école isolée
de Padoue avait produit l'artiste le plus savant et le plus complet du
XVe
siècle. Dans cette ville érudite, l'influence
des travaux de Donatello et de la tradition
de Paolo Uccello se joignit à celle de la belle collection d'antiques
réunie dans l'atelier du Squarcione,
pour former Mantegna (1430-1506).
Celui-ci étudia la nature avec une énergie implacable, comme
le prouve le célèbre raccourci de cadavre connu sous le nom
de Christ mort, à la Brera. Il se joua de tous les problèmes
de la perspective avec une virtuosité presque fatigante, et donna
le premier exemple de figures plafonnantes dans sa décoration du
château
de Mantoue .
Enfin il fut le seul peintre de son temps qui connut l'Antiquité
à la fois en artiste et en archéologue; sa fidélité
à la précision du détail historique était d'autant
plus grande qu'elle n'était qu'une forme rétrospective de
son réalisme : il voulait voir comme de ses yeux, à travers
les textes et les monuments, le Triomphe de César
qu'il peignit pour servir de décor au théâtre de Mantoue,
et il fit revivre le monde romain
avec une vraisemblance que seule la science moderne a pu dépasser.
A ces tendances et à ces études, il eut le dessin
le plus rigoureux et le plus énergique que jamais, sans doute, un
peintre ait possédé.
-
La
Présentation du Christ au Temple, par Andrea Mantegna (1466).
Les
écoles de Bologne et de Ferrare.
L'influence de Mantegna
se prolongea à Padoue; l'école féconde du Squarcione,
dont il avait été l'élève et devint à
son tour le modèle, répandit sa tradition dans toute l'Italie ,
au Nord de Florence .
Le premier peintre
ferrarais, Buono,
travailla à la fois dans le grand atelier de Padoue et avec Pisanello.
Après lui, la sécheresse de Mantegna s'exagéra dans
les figures grimaçantes et les corps anguleux de Cosimo Tura. Les
leçons de Piero della Francesca, appelé par les ducs
d'Este pour diriger la décoration de leur palais de Schifanoja,
donnèrent aux disciples de Tura et à un maître indépendant,
Francesca Cossa, plus de liberté et d'allure. Le maître ombrien
n'a pas travaillé lui-même aux fresques si curieuses qui se
sont conservées; elles représentent avec une netteté
de gravure et une précision de miniature
la Vie de Borso d'Este, dans sa simplicité et son élégance
quotidienne, au-dessous d'allégories bizarres et gracieuses des
Mois
et des Signes du Zodiaque. Lorenzo Costa, qui collabora à cette
décoration, marque le passage entre l'école de Ferrare
et celle de Bologne ,
qui se forme tardivement et conserve en plein XVIe
siècle la gravité et la candeur du Quattrocento.
Le grand artiste de la Renaissance
à Bologne fut Francesco Francia (1450-1517),
le dernier des orfèvres-peintres. Avant de se lier avec Costa et
de s'associer avec lui pour fonder école, Francia s'était
inspiré uniquement de l'exemple du Pérugin;
il donna à ses tableaux de Madones entourées d'une
tranquille assemblée de saints ,
sur un fond de paysage exquis, à ses
Sante Conversazioni, suivant la charmante expression italienne, une distinction
aristocratique et un coloris chaud et blond, auxquels l'influence triomphante
de Raphaël n'eut rien à ajouter.
Aucun Florentin n'a peint des portraits plus
simples et plus nets.
L'école
milanaise.
L'origine de l'école
milanaise est assez obscure. Il est certain seulement que Vincenzo
Foppa, le plus ancien maître lombard,
connut Mantegna. Ambrogio Borgognone (mort en
1523),
qui a peint surtout pour la
Chartreuse
de Pavie ,
où il travailla comme architecte, resta toujours, comme Francia,
fidèle aux habitudes du XVe
siècle. Au temps où Léonard
avait fait école, il conserva l'ordonnance naïve de ses Saints
debout les uns à côté des autres sur les retables,
et son coloris mat et argenté.
L'école
vénitienne.
L'école
vénitienne se dégagea, dans la première moitié
du XVe siècle,
du byzantinisme auquel, par l'effet
de ses relations avec l'Orient, elle était restée fidèle
plus d'un siècle après la révolution de Giotto.
Ce n'est pas à Venise
même, mais à Murano, que parut la première dynastie
d'artistes, les Vivarini. L'aîné, Antonio, qui travailla à
partir de 1440, dut beaucoup à
la tradition laissée à Venise par Gentile da Fabriano et
à la collaboration d'un Allemand,
Johannes, qui rappelle par sa manière l'école de Cologne .
Ces retables aux riches couleurs,
encadrés dans une architecture flamboyante de stuc doré,
appartiennent encore autant à l'art de l'orfèvre qu'à
celui du peintre. Deux influences provoquèrent l'émancipation
définitive de la peinture vénitienne. Antonello de Messine
(mort en 1493) apporta du Nord ou de
Naples
le secret de la peinture à l'huile,
qui permit aux Vénitiens de copier dans tout leur éclat les
couleurs qu'ils voyaient, pures et riches dans la transparence humide de
l'air des lagunes; en possession d'un procédé si merveilleux
pour traduire leurs sensations, presque jamais ils ne se laissèrent
tenter par la douceur pâle de la fresque.
D'autre part, l'exemple de Mantegna enseigna
à Bartolommeo Vivarini, frère d'Antonio, et à Carlo
Crivelli la science du dessin âpre et
vigoureux. Alvise Vivarini, le fils de Bartolommeo, possède déjà
toute la liberté technique des Florentins.
Dès lors, l'école se transporte à Venise et est prête
à servir les goûts d'une aristocratie qui avait plus d'orgueil
et de richesse que de culture et d'idéal. L'Antiquité ,
en dépit des exemples de l'école padouane et des études
du père des Bellini, Jacopo, n'y pénétra
jamais ; les grandes scènes religieuses des deux Testaments
n'y furent que rarement représentées ou complètement
travesties ; enfin jusqu'à Giovanni Bellini, qui est le premier
des maîtres du XVIe
siècle, c'est Venise et les Vénitiens que peignent
les artistes, représentant la vie contemporaine pour elle-même,
souvent sans même prendre comme centre et comme prétexte des
personnages sacrés.
-
Le
miracle de croix sur le pont des San Lorenzo, par Gentile Bellini
(ca. 1500).
Dès 1480,
le Sénat fait décorer la salle du grand conseil de tableaux,
brûlés depuis, qui représentaient simplement des cérémonies
officielles. Gentile Bellini (mort en 1507),
habitué par un voyage à Constantinople ,
où Mohammed Il l'avait appelé, à copier curieusement
des costumes exotiques, ne chercha plus, à son retour, qu'à
reproduire les pompes et le luxe de l'Orient et de Venise .
Enfin Vittore Carpaccio (mort après 1519),
qui peint la Vie de sainte Ursule en même temps que Memling,
doit à une influence certaine de la Flandre
et de l'Allemagne
son amour du détail familier et des intérieurs calmes et
frais; mais il déploie sur ses grandes toiles des cortèges
que Venise seule pouvait étaler, et, plus attentif au tableau qu'au
récit, il consacre trois panneaux sur neuf à des réceptions
d'ambassadeurs. Avec une richesse et une profondeur de couleur dignes d'un
Dierik Bouts, il résume la naïveté de Benozzo et la
curiosité de Pinturicchio.
Ainsi, avec un amour commun de la nature
et de la vie, mais avec des orientations différentes et même
des tendances parfois opposées, les écoles
de Florence ,
d'Ombrie, de Padoue, de Venise
laissaient toutes, à la fin du XVe
siècle, une oeuvre magnifique et féconde. Filippino
Lippi avait trouvé la composition savante, Signorelli
la science accomplie du nu, Mantegna
la noblesse antique, Pérugin et les Vénitiens
la couleur chaude et profonde. Il ne restera
plus aux maîtres du Cinquecento qui sont déjà
nés qu'à affronter les grandes tâches et à exprimer
les grandes pensées.
Les miniaturistes,
dont le plus fameux est Attavante, furent employés par les princes
à la décoration des manuscrits grecs et latins, où
ils multiplièrent les motifs antiques, tels que médailles,
camées, amours, etc.
(E. Bertaux). |
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