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L'art
des Catacombes.
En Italie ,
les Catacombes de Rome renferment les
plus anciens exemples de l'art chrétien. Les décors de rinceaux,
de feuillages et d'oiseaux peints pour les
chambres lumineuses des villas païennes s'appliquèrent aux
voûtes
obscures des chambres souterraines. Plusieurs des peintures du cimetière
de Domitille remonteraient à la fin du Ier
siècle, et il s'en trouve au cimetière
de Prétextat qu'on peut rapporter à l'âge des Antonins.
Les décorations, surtout en ce qui concerne la distribution des
sujets et le caractère de l'ornementation, ressemblent aux peintures
murales des beaux temps de l'empire. En effet, leurs élégantes
arabesques rappellent de la manière la plus frappante les fresques
de Pompéi
et celles des thermes de Titus, dont elles sont
évidemment inspirées. Un grand nombre des fresques semblent
pouvoir être attribuées au IIe
et au IIIe
siècle. On attribue à ce
dernier siècle principalement celles du cimetière de Calixte,
où l'on remarque un fini et une perfection de dessin
dignes de l'Antiquité .
La figure du Bon Pasteur, si commune dans les catacombes, et qui
fut la première représentation symbolique de Jésus ,
est en général d'une telle perfection, que d'Agincourt
n'a pas craint de faire remonter jusqu'à la fin du IIe
siècle une magnifique décoration
de voûte dont ce sujet occupe le centre n'est inférieure aux
peintures
ni en beauté, ni en ancienneté.
Quant aux sujets
représentés dans les peintures ,
ils ne pouvaient transformer ni les compositions ni les formes. En effet,
d'une part la vie des premiers chrétiens
a très peu de place dans ces représentations; on ne connaît
qu'une scène de jugement avant le martyre; les portraits
n'atteignent pas le nombre de dix, et les figures d'orantes elles-mêmes,
qui sur tant de murs prient les bras levés, ne sont plus de ce monde.
D'autre part, les figures des scènes empruntées à
la Bible
sont conçues en dehors de toute réalité : les représentations
en buste du Christ
et de la Vierge ,
qui apparaissent dès le IIe
siècle, sont exceptionnelles; le
drame de la Passion n'est reproduit qu'une fois; enfin la Résurrection
de Lazare, l'histoire de Jonas ,
Moïse
frappant le rocher, sont présentés, non comme des scènes
historiques, mais comme de purs symboles, expression abstraite de l'espérance
chrétienne, et traduction en langage figuré des liturgies
funéraires. Dans les Catacombes
des Saints Marcellin et Pierre, de Saint Calixte, de Sainte Agnès,
réputées les plus anciennes, les artistes chrétiens
ont peint Jésus
sous les figures symboliques d'Orphée ,
de Tobie ,
de Daniel ,
du Bon Pasteur; on y voit aussi des images des martyrs entourées
de couronnes de laurier ,
Jésus
au milieu de ses apôtres ,
les repas des agapes, les jeunes Hébreux dans la fournaise,
et autres scènes de l'Ancien Testament .
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Une
peinture murale du Bon Pasteur,
dans
les Catacombes de Rome.
Il ne faut donc pas
s'étonner si ces fresques qui empruntent
toute leur valeur à leur signification cachée sont copiées
négligemment d'après des modèles quelconques et reproduites
à I'infini sans variété, sans vie, comme les caractères
d'une pieuse sentence. Mais en même temps une révolution s'annonce
dans cet art tout en idées, qui, auprès des morts ,
a oublié la vie et n'a voulu chercher dans les souvenirs mêmes
de l'histoire religieuse que ces sortes d'idéogrammes par lesquels
il affirmait la foi en la résurrection. Pour des siècles,
l'art chrétien répugnera à la représentation
de la réalité; après s'être timidement enfermé
dans les symboles, il s'élèvera aux visions du monde surnaturel
et s'y fixera. Si bien qu'en Italie ,
au début du XIVe
siècle, il faudra une véritable
révolution artistique pour que les histoires évangéliques
soient représentées en fresques comme des drames vivants,
et une autre, cent ans plus tard, pour que les artistes regardent la société
contemporaine avec autant d'intérêt que la tradition religieuse.
Les Catacombes
furent encore utilisées comme cimetières plus d'un siècle
après l'édit de Milan ,
qui, en 313,
avait proclamé le christianisme
religion d'Etat. Dans les peintures
qui furent alors exécutées, aucun motif nouveau ne s'ajouta
à ceux qui avaient été trouvés au IIe
et au IIIe
siècle. A partir du Ve
siècle les anciens cimetières
ne seront plus que des lieux de pèlerinage ,
ou la piété des fidèles et des papes fera encore peindre
de temps à autre quelques fresques,
comme celles dont Pascal Ier, au IXe
siècle, décora la crypte
de Sainte-Cécile dans le cimetière de Calixte. Depuis Constantin,
la société chrétienne vit au grand jour et l'état
de choses nouveau a suscité un art nouveau qui n'emprunta presque
rien aux humbles décorations de l'âge précédent.
Ajoutons, pour résumer,
que l'on peut classer chronologiquement les produits de l'art chrétien
sous six catégories principales : peintures
symboliques, représentant des idées par des signes de convention;
peintures allégoriques, reproduisant les paraboles évangéliques;
peintures historiques de l'Ancien
et du Nouveau Testament ;
images de Jésus ,
de la Vierge
et des saints ;
scènes diverses empruntées à l'histoire de l'Église ;
enfin représentations des faits relatifs à la liturgie et
aux rites.
La décoration
des églises.
Dès que le
christianisme
fut adopté par les empereurs romains,
les nouveaux lieux de culte, désormais en plein jour, furent investis
par les artistes. L'éclat dont rayonne aujourd'hui la basilique
de Saint-Paul-Hors-Les-Murs apparaît comme un souvenir affaibli de
la richesse avec laquelle furent ainsi décorées ces premières
églises
de Rome. Elles étaient faites non plus pour cacher l'Eglise
souffrante, mais pour exalter I'Eglise triomphante. Aussi les empereurs
et les papes faisaient-ils appel pour orner ces édifices de plan
latin aux richesses de l'Orient .
Une profusion de
marbres
d'Asie et d'Afrique
tout taillés en plaques et en colonnes se trouvait déjà
dans les monuments romains. On en dépouilla
les édifices païens qu'on laissait tomber en ruine, et c'est
à peine si l'on eut besoin de faire tailler expressément
à Constantinople
les colonnes de quelque basilique, comme
Sainte-Marie-Majeure. Le pavé était fait d'une mosaïque
de marbres rares, disposés en dessins
géométriques fort simples. Une barrière de marbre
enfermait le choeur et l'autel,
et était flanquée de deux ambons incrustés de marbre
de couleur : la disposition primitive s'est encore conservée à
Saint-Clément de Rome. Mais tout l'effort de la décoration
se portait au fond de l'église sur
la voûte en cul-de-four de l'abside,
qui servait de dais aux sièges des dignitaires ecclésiastiques.
La mosaïque
seule avait assez d'éclat pour l'illuminer de ses couleurs, la mosaïque
étendue à des proportions que les Romains
n'avaient pas connues lorsqu'ils l'employaient dans les niches de leurs
laraires. Il n'existe aujourd'hui rien de plus ancien, ni de plus parfait
que la mosaïque de Sainte Pudentienne, exécutée de 390
à 398
par les prêtres Leopardus et Ilicius. Saint
Paulin de Nola et Saint Ambroise, qui furent
contemporains de ces prêtres, font allusion dans leurs poésies
à des peintures
de basiliques se rattachant à la
même
classe. Comme à Sainte Pudentienne,
le style des mosaïques au Baptistère
orthodoxe de Ravenne (430),
ou même à Saints Cosme et Damien au Forum (vers 530),
est encore pénétré de souvenirs antiques. Le Christ
est debout au milieu des saints ,
et sous ses pieds coule le Jourdain mystique ( Fleuve )
où boivent les agneaux ;
les costumes blancs, les têtes fortes et austères, les attitudes
simples, les couleurs sobres, tout conserve la gravité romaine.
C'est d'après
ces mosaïques dont les personnages sont
encore vivants et expressifs, que l'on doit restituer par la pensée
les décorations de Saint-Paul et des autres basiliques
romaines des IVe
et Ve siècles,
pour la plupart remplacées du IXe
au XIIIe
siècle par des oeuvres d'un autre
style. Les scènes animées, illustrations de la Bible
ou de l'Evangile ,
se déroulent déjà le long des murs de la nef,
comme à Sainte-Marie-Majeure; mais ces représentations se
développent surtout dans les livres à miniatures.
De fait, la peinture
sur manuscrits a aussi laissé à cette époque quelques
oeuvres notables. (Le Virgile du
Ve
siècle, que possède la bibliothèque du
Vatican ,
contient des miniatures dont la ressemblance avec les peintures des Catacombes
est frappante. Dans le
Térence
du IXe siècle
que conserve la même collection, l'imitation de l'antique est beaucoup
moins sensible, et le dessin plus barbare).
A coté des
basiliques,
les constructions circulaires, imitées également des modèles
romains ,
étaient employées soit comme mausolées, soit comme
baptistères.
Un monument ancien et précieux du premier type est le mausolée
de Constance, fille de Constantin, près
de la Porta Pia, qui contenait les sarcophages en porphyre de cette princesse
et d'Hélène, mère de l'empereur (aujourd'hui conservés
au musée du Vatican). La décoration
peinte de la voûte annulaire du pourtour
reproduit exactement les motifs de feuillages et d'oiseaux employés
dans les Catacombes. Le plus ancien baptistère
de Rome est celui de Saint-Jean-de-Latran, qui n'a malheureusement conservé
que quelques fragments de son décor primitif en mosaïque,
dont le dessin rappelle de près celui
du mausolée.
Par ces monuments,
et par beaucoup d'autres du même genre, on peut juger de la nature
des images que, dès la première année de la paix,
on plaçait dans la partie la plus sacrée des basiliques,
et aussi de l'usage qui en était fait d'après les prescriptions
et règlements des pasteurs de l'Église .
A partir de cette époque, l'usage ne fit que se répandre
de plus en plus jusqu'au XIe
siècle de revêtir entièrement
l'intérieur des églises de peintures
et de mosaïques. Les voûtes,
les murs, le sol même en étaient couverts. La basilique, de
Saint-Marc à Venise
peut donner une idée de ce genre de décoration. (Sur les
murs du Parthénon
d'Athènes ,
qui, comme on sait, avait été converti en église,
on voit encore des restes de peintures chrétiennes d'un bon style,
exécutées avec une heureuse hardiesse sur la surface polie
d'un beau marbre penthélique).
Images
de propagande.
La propagande des
pasteurs de l'Église
voulait que les peuples eussent sans cesse sous les yeux des images saintes,
comme excitation à la piété, à la componction.
Saint
Grégoire de Nysse ne pouvait, paraît-il, retenir ses larmes
quand il contemplait la peinture
si souvent reproduite du sacrifice d'Abraham .
On y trouvait, comme dans les catacombes,
des histoires de l'Ancien
et du Nouveau Testament ,
les portraits de Jésus ,
de Marie ,
des apôtres ,
des évêques de chaque église, comme à Saint-Paul
hors des murs de Rome la série des portraits des papes en mosaïque.
Souvent ces peintures
étaient accompagnées d'inscriptions explicatives des sujets
et de sentences en lettres d'or. On y voyait même
assez fréquemment des paysages, des
marines,
des animaux, des chasses. Ces compositions
étaient quelquefois allégoriques; mais le principal but que
se proposaient les pontifes des premiers siècles, en les faisant
exécuter sur les murailles des basiliques,
c'était d'attirer et d'occuper l'attention des fidèles pendant
les agapes, et de les prémunir ainsi contre les dangers de l'intempérance.
Des draperies ornées de figures flottaient devant les portes du
sanctuaire et autour de l'autel.
On est frappé
de la constante uniformité qui existe, quant aux sujets représentés,
entre les produits des différentes branches de l'art. La peinture
murale retrace les mêmes histoires, les mêmes symboles
que la peinture sur verre (fonds de coupe),
la mosaïque s'en empare à son
tour; les sculptures des sarcophages et
autres ne s'écarteront pas davantage de ce cercle, lequel sera respecté
même par la glyptique, autant du moins
que pourra le permettre l'exiguïté de ses produits.
Une telle régularité
suppose nécessairement une règle uniforme, hiératique,
tracée par l'autorité de l'Église
et par la tradition, et destinée à soustraire à l'arbitraire
une partie si essentielle du culte. Le magistère ecclésiastique
avait sans aucun doute fixé la série de ce qu'on pourrait
appeler les cycles historiques ou allégoriques, tant du Nouveau
que de l'Ancien Testament ,
que les artistes devaient suivre religieusement, et qui, comme on sait,
embrassaient une grande variété de motifs. Et cette règle
devait être d'autant plus inflexible, soit pour le choix des sujets,
soit pour celui de leurs accessoires et la manière de les représenter,
que dans les vues de l'Église les images constituaient, comme nous
l'avons dit, un vaste système de diffusion de sa doctrine.
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Décoration
de sytle byzantin
de
la Chapelle Palatine, à Palerme.
L'influence byzantine.
Les bouleversements politiques de l'Italie ,
l'insuffisance des artistes et de leurs procédés, la sévérité
de l'architecture romane ,
qui se prêtait moins que la basilique
primitive à la décoration
picturale, avaient provoqué le déclin de la peinture ,
lorsqu'au XIe
siècle s'opéra l'amorce d'une renaissance, sous
l'influence de l'art byzantin .
Une école grecque s'établit alors à Rome; les peintures
du cloître de Saint-Urbain et de celui
de Subiaco lui appartiennent sans doute. Désiré, abbé
du Mont-Cassin ,
fit venir de Constantinople
des artistes habiles dans la mosaïque,
et l'on croit pouvoir leur attribuer les mosaïques de Sainte-Marie-in-Trastevere
et de Saint Grégoire à Rome, de San Miniato près de
Florence ,
et de Torcello près de Venise .
Héraclius Romain au XIe
siècle, Théophile Lombard au XIIe,
écrivirent sur la peinture, et, au XIIIe,
Venise appela Théophanes de Constantinople pour ouvrir une école.
Un certain nombre d'artistes de Sienne suivirent les pratiques de l'art
byzantin, mais en modifièrent l'austérité par la grâce;
ce furent Guido, Parabuoi et Diotisalvi. Mino de Turrita, également
originaire de Sienne, décora à Rome quelques parties de Sainte-Marie-Majeure
et restaura la mosaïque de Saint-Jean-de-Latran. Gaddo
Gaddi, habile mosaïste, travailla à Florence
et à Rome, et ses oeuvres, comme
celles de Mino, offrent le mélange de la manière grecque
et du style latin. Margaritine d'Arezzo ,
au contraire, suivit la manière grecque sans modification ni progrès.
Giunta de Pise
fut celui qui, pendant le XIIIe
siècle, donna le mieux à ses figures l'expression
humaine.
Le
renouveau.
Progressivement,
la peinture
et la mosaïque, sans abandonner la tradition
byzantine,
se sont appliquées à des sujets nouveaux pour lesquels il
s'est formé peu à peu un style plus libre et plus naturel.
Un premier groupe de grandes scènes apparaît dès le
XIe
siècle,
jugements derniers ,
vies
des saints ,
représentation de martyres, où les peintres mettent nécessairement
plus de variété et de mouvement qu'à l'époque
précédente dans les solennelles visions apocalyptiques des
absides
ou même dans les scènes évangéliques, servilement
reproduites d'une nef à l'autre d'après
les miniatures remontant à des types
du Ve
et du VIe
siècle qui passaient de main en
main. L'exemple le plus complet et le plus riche de ces grands ensembles
est la mosaïque de la coupole du Baptistère
à Florence ,
où le Florentin Andrea Tafi travaillait à côté
du Grec Apollonius. D'autre part, au début du XIIIe
siècle se multiplient les représentations
du
Crucifix, rendues populaires par saint François.
Ce motif devait avoir sur la formation des artistes une influence durable
en les forçant à reproduire le corps nu
et à donner à un visage l'expression de douleur la plus forte
possible : Margaritone d'Arezzo, le plus connu des peintres de Crucifix
au XIIIe
siècle, accentue même d'une
façon pénible la contorsion des muscles et la grimace des
traits. Ces oeuvres imparfaites, plus majestueuses que belles, plus violentes
que dramatiques, représentent au moins le premier effort tenté
pour animer les formes desséchées des Byzantins
et rendre à la peinture le mouvement et l'expression. Malheureusement,
la plupart des fresques du XIe
au XIIIe
siècle ont disparu, victimes de
l'incurie ou du mépris des siècles plus avancés, qui
les ont laissé périr quand ils ne les ont pas recouvertes.(Martigny
/ B.). |
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