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Histoire de l'art > La peinture > La Flandre

École de Bruges

Bruges occupa de bonne heure une situation importante dans l'art des Flandres. Au XIVe et au XVe siècle, elle tient presque le même rang que devait tenir plus tard Anvers, et, centre populeux, port très fréquenté, attire à elle les artistes des régions voisines, du Limbourg, de la Hollande, des bords du Rhin, qui viennent s'y instruire et s'y former. Dès le XIIIe siècle on y peignait déjà. La gilde des peintres et sculpteurs ou confrérie de Saint-Luc s'y fonde en 1351, peu de temps après celles de Gand et de Tournai, bien avant celle d'Anvers. Toutefois, antérieurement au XVe siècle, il ne serait guère possible de citer que des noms et peu d'oeuvres. 

Les peintures murales, qui furent en tout pays une des premières formes de l'art, ont disparu ou sont aujourd'hui cachées sous le badigeon. L'unique exemple de peinture sur panneau qui nous soit parvenu de l'école brugeoise primitive est un Calvaire à fond d'or, de la fin XIVe siècle, exécuté pour une salle d'assemblée de la corporation des tanneurs, et conservé actuellement dans l'église Saint-Sauveur. Il est à comparer au Calvaire du même temps, daté (1363) et provenant de Hollande, qu'on garde au musée d'Anvers. Tous deux rappellent l'école de Cologne, soit qu'ils l'aient précédée, soit qu'ils l'aient suivie. 

Le premier peintre célèbre sur lequel on ait quelques renseignements est Jean ou Hennequin de Bruges. On ne sait à peu près rien de sa vie, mais on connaît ses oeuvres. Il vécut à la cour de France. Il fut peintre et valet de chambre de Charles V, et orna de miniatures une Bible datée de 1372, qui est au musée Westreenianum à La Haye, et où se voit en tête un remarquable portrait de Charles V, souvent reproduit. Il composa également pour la duc d'Anjou, en 1376, les cartons des fameuses Tapisseries de l'Apocalypse, exécutées ensuite par Nicolas Bataille, Parisien, et que possède la cathédrale d'Angers. Mais le vrai fondateur de l'école, qui figure fréquemment dans les textes sous le nom de Jean de Bruges, c'est Jean Van Eyck, le grand peintre du XVe siècle. Il y résida quelques mois, après son entrée au service du duc de Bourgogne, Philippe le Bon (mai-juin 1425), et s'y installa définitivement au retour de sa mission au Portugal (1431), pour ne plus quitter désormais la ville jusqu'à sa mort (9 juillet 1440). Il y fut enterré et y a laissé quelques-uns de ses chefs-d'oeuvre, entre autres la Vierge faite pour le chanoine van der Paele (1436), et le portrait de sa femme (1439).

L'École de Bruges a dès lors tant de renom que Rogier Van der Weyden, bien que né probablement à Tournai et ayant passé pour ainsi dire toute sa vie à Bruxelles, est souvent nommé Roger de Bruges par les vieux auteurs. Il est vrai qu'il a peut-être étudié dans sa jeunesse sous Van Eyck. Le seul élève direct du maître, qui suivit ses traces avec une sorte de piété parfois un peu timide, c'est Pierre Cristus. Il paraît être venu à Bruges quelques années avant la mort du maître et y être resté jusqu'à l'époque où il mourut lui-même (1473 environ). Vers le même temps vivait à Bruges l'artiste qui devait surtout illustrer la ville, et qui s'y trouve en quelque sorte chez lui, comme Rubens à Anvers, Hans Memling. Qu'il soit Hollandais ou Allemand d'origine, il est devenu Brugeois par sa longue résidence dans la cité flamande, qu'il adopta pour patrie, et où il est mort en 1495. Sa grâce élégante, sa douce et souriante aménité, accueillent encore le visiteur, soit à l'Académie, soit à l'hôpital Saint-Jean, d'où ses oeuvres ne sont jamais sorties (Châsse de sainte Ursule, Mariage mystique de sainte Catherine, Adoration des mages). Il est là comme dans un reliquaire. Gérard David, son élève, venu de Hollande, fixé à Bruges vers 1483, et qui y mourut en 1523, eut une manière plus inégale et moins parfaite ; mais ses figures pensives et souffrantes ont un charme de mélancolie presque moderne. Citons encore, dans les premières années du XVIe siècle, Jean Prévost de Mons, établi à Bruges en 1494, et qui y demeura jusqu'à sa mort (1529). Son unique tableau connu, un Jugement dernier fait pour l'hôtel de ville dans la donnée ordinaire, en 1525, est aujourd'hui au musée.
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La Cheminée du Franc.

Au XVIe siècle, la gloire de Bruges commence à s'effacer devant l'éclat naissant d'Anvers. On n'y rencontre plus que quelques noms importants. Lancelot Blondeel, de Poperinghe, s'y installe avant 1519, et y meurt en 1561. Auteur de l'admirable cheminée du Franc, plutôt architecte et sculpteur que peintre, il prodigua dans ses tableaux une architecture d'invention bizarre et généralement toute dorée. Les plus fameux peintres brugeois du XVIe siècle sont les Pourbus. Le chef de la famille, Pierre Pourbus, de Gouda, en Hollande, résidait à Bruges avant 1540, y épousa une des filles de Lancelot Blondeel, et y mourut en 1584. Il fut, avec son beau-père, le principal directeur des travaux d'art qui se firent alors dans la cité. Ses tableaux religieux, où se montre franchement l'influence italienne, ne valent pas ses portraits, qui sont restés dans la pure tradition flamande, calmes, graves et robustes. C'est un portraitiste qu'on remarque entre Holbein et Antonio Moro. Son fils, François (1545-1581), l'imita sans l'égaler, et son petit-fils, François le Jeune (1569-1622), alla porter à l'étranger, particulièrement en France, ce qui restait encore en lui de l'antique sève. 

La dynastie des Claes ou Claessens, qui date du même temps, bien que très nombreuse, n'a pas produit un grand homme. Ce sont des gloires de clocher, talents estimables, mais froids ou mesquins. Ils hésitèrent entre la piété simple des vieux maîtres et l'esprit nouveau. Les plus appréciés de la famille semblent avoir été Antoine et Pierre le Jeune, tous deux fils de Pierre le Vieux, et qui vécurent jusqu'au début du XVIIe siècle. Leurs oeuvres sont à Bruges : on ne se les disputait pas au dehors. Les Geerarts, Marc le Vieux et Marc le Jeune, ont passé leur vie en Angleterre. Il faut arriver jusqu'aux Van Oost, au XVIIe siècle, pour trouver un artiste vraiment intéressant, Jacques van Oost le Vieux (1600-1671). Ses tableaux d'église, quoique agréables à l'oeil, et même ingénieux d'arrangement, se ressentent, comme ceux de Crayer, du voisinage de Rubens et de l'imitation des Carraches. Ses portraits sont plus originaux, et représentent d'ordinaire les personnages agissant dans l'exercice de leur profession. Son fils, Jacques van Oost le Jeune (1639-1793), qui vécut surtout à Lille, est loin de le valoir, bien que travaillant à son exemple. Après eux il ne reste plus à citer que des Jean Maes ou des Louis de Deyster, pâles ombres qui ne pouvaient suffire à faire revivre une école depuis longtemps mourante.  (E. H. / Paul Leprieur).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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