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Bellini

Les Bellini sont une famille de peintres vénitiens des XVe et XVIe siècles. Ce nom a été illustré par trois maîtres considérables qui ont joué un rôle capital dans la création de l'école de Venise :

Jacopo Bellini.
Jacopo Bellini, le chef de la famille, est, au XVe siècle, un des plus vaillants initiateurs de l'art moderne. La date de sa naissance est inconnue, comme celle de sa mort. Toutefois, il a dû naître à Venise un peu avant 1400. Nous voyons, en effet, que vers 1422 il est élève de Gentile da Fabriano qui travaillait alors au palais des Doges. Gentile qui, lui aussi, appartient à la famille des précurseurs, était un artiste nomade, curieux d'apprendre et d'enseigner. Lorsqu'il quitta Venise pour Florence, Jacopo Bellini l'y accompagna. Sa présence dans la cité florentine est constatée par un document du mois de juin 1423 relatif à une querelle qu'il avait eue avec un camarade et à la suite de laquelle le jeune Vénitien, un instant emprisonné, dut faire amende honorable (1425). Jacopo a donc vu peindre l'Adoration des rois, qui est le chef-d'oeuvre de Gentile da Fabriano. Cette peinture achevée, Gentile partit pour Rome, ou nous le retrouvons en 1426. Jacopo Bellini suivit-il son maître? On l'ignore. Ce voyage serait cependant vraisemblable.

On sait, par des témoignages autographes, que Jacopo a longtemps parcouru l'ltalie et qu'il s'est arrêté avec passion devant les ruines et les monuments de l'art antique. Infatigable dessinateur, Jacopo nous a laissé deux recueils de ses croquis. Le premier de ces albums porte, d'une main qui n'est pas la sienne, le nom de l'artiste avec le mot Venetus et la date 1430, indication vraisemblable de l'époque où ces dessins ont été commencés ou réunis. Ce recueil célèbre est un des trésors du British Museum. Le second album n'est pas moins précieux : il a été acquis, en 1884, par le Louvre, qui ne possédait alors que deux dessins de Jacopo, une Flagellation et un Monument funéraire, provenant de la donation de His de la Salle (1878). Les deux recueils du British Museum et du Louvre ont eu la valeur d'une révélation historique. Ils expliquent l'influence qu'a pu exercer Jacopo Bellini lorsqu'il est revenu dans l'Italie du Nord, si bien disposée d'ailleurs à s'associer au mouvement de la Renaissance

L'auteur est un curieux qui s'intéresse à toutes les possibilités, à toutes les formes de l'art graphique. La nature vivante l'émeut autant que l'Antiquité. Il dessine des animaux comme son contemporain Vittore Pisano, il étudie des projets de compositions à nombreux personnages, il cherche des attitudes mouvementées et difficiles, il s'exerce aux problèmes de la perspective, il crayonne des portraits pleins de caractère, il multiplie avec une patience d'archéologue les reproductions d'après les monuments épigraphiques, les statues, les bas-reliefs, le décor sculpté du monde romain. A ce point de vue, Jacopo Bellini est le précurseur immédiat et le vrai maître d'Andrea Mantegna qui devait plus tard devenir son gendre.
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Jacopo Bellini : Madone à l'Enfant (1455).
Jacopo Bellini : Madone (1465).
Madones à l'Enfant, par Jacopo Bellini (milieu du XVe s.).

Aux approches de 1430, Jacopo était de retour à Venise. Les oeuvres qu'il y fit alors sont perdues ou, si elles existent, elles n'ont pas de date certaine. En 1436, il est provisoirement fixé à Vérone. Il peignit sur un des murs de la cathédrale une Crucifixion, qui n'a été effacée ou recouverte qu'au XVIIIe siècle par un évêque ennemi de la peinture archaïque. Une autre Crucifixion de la même époque serait conservée au palais épiscopal de Vérone. De retour à Venise, Jacopo exécuta des fresques dans une chapelle de l'église San Zaccaria (1442). Il en reste encore quelques vestiges fort délabrés et noircis : c'est à peine si l'on y reconnaît la main d'un artiste qui n'a pas tout à fait rompu avec les rudesses primitives.

Un peu plus tard et sans doute à partir de 1444, Jacopo Bellini fit un assez long séjour à Padoue, où il put connaître Donatello qui travaillait alors au modèle de la statue équestre de Gattamelata; il y rencontra aussi un maître fort autorisé, Squarcione, et il semble avoir été un instant son rival. Jacopo parait s'être installé à Padoue, et y était encore en 1459. Il avait amené avec lui ses deux fils, Gentile auquel il s'était plu à donner le prénom de son cher maître Gentile da Fabriano, Giovanni qui, comme son frère, s'exerçait déjà à la peinture, et la jeune Nicolosia dont Mantegna allait devenir le mari. C'est à ce moment que Jacopo peignit au Santo le tableau d'autel de la chapelle de Gattamelata. Ses fils l'aidèrent dans cette oeuvre qui a péri, mais qui portait l'inscription suivante : lacobi Bellini Veneti patris ac Gentilis et Joannis natorum opus, avec la date 1460. L'écrivain anonyme dont J. Morelli a publié les notes a vu à Padoue d'autres ouvrages de Jacopo. Il y avait de lui une figure à fresque sur un des pilastres du Santo; et chez des amateurs, de précieux portraits, celui du père de Leonico Tomeo et celui à jamais regretté de Gentile da Fabriano. Il est possible qu'après avoir terminé les travaux qui le retenaient à Padoue, Jacopo soit retourné à Venise et qu'il y soit mort; mais nous ne savons rien d'exact sur les dernières années de sa vie.

Bien que le temps et la sottise humaine aient cruellement réduit le nombre des oeuvres de Jacopo Bellini, il en reste encore quelques-unes. Crowe et Cavalcaselle ont vu de lui une Vierge chez le comte Tadini à Lovere. Une autre madone, bien connue celle-là, est à l'Accademia de Venise sur le cadre, on lit les mots : Opus Jacobi Bellini Veneti, et l'inscription passe pour authentique. Au musée de Vérone, on voit figurer un grand Christ dont le pâle cadavre s'enlève sur un ciel d'un bleu très vénitien. Mais si intéressantes que soient ces peintures, elles n'ont pas l'importance des deux recueils conservés au British Museum et au Louvre. C'est dans ces dessins, où se lisent un si profond amour pour la nature, un culte si vif pour l'Antiquité que Jacopo Bellini nous révèle son rôle historique. Avec Vittore Pisano, il est le plus ardent précurseur de l'art qui va émerveiller Venise.

Gentile Bellini.
Gentile Bellini, né à Venise, vers 1426 - la date exacte n'est pas bien établie - est mort dans la même ville le 23 février 1507. Gentile était le fils aîné de Jacopo et il fut son élève et son collaborateur. Il travaillait avec lui aux approches de 1459 lorsque le père achevait à l'église du Santo, à Padoue, le retable, aujourd'hui perdu, de la chapelle fondée par Gattamelata. Revenu à Venise vers 1460, Gentile y fut chargé de nombreux travaux. Il peignit en 1464 les volets de l'orgue de Saint-Marc où sont représentées dans des proportions presque colossales, les figures de saint Marc et de saint Théodore et celles de saint François et de saint Jérome, placées à l'ancienne manière des Padouans sous des guirlandes de fleurs et de fruits. Un caractère plus nouveau apparut dans le tableau de l'Accademia de Venise, le Saint Lorenzo Giustiniano qui date de 1465. Le visage austère du saint personnage, l'ascétisme des figures religieuses qui l'entourent, la gravité d'une couleur soutenue et forte marquèrent la voie où l'école de Venise allait marcher. En 1474, Gentile Bellini fut chargé, avec son frère Giovanni, de compléter et de rétablir celles des peintures de la salle du Grand Conseil que l'humidité avait compromises : c'était bien plus qu'une restauration, car, pour une des peintures au moins, le Combat de la flotte vénitienne contre les vaisseaux de Barberousse, la couleur se détachait de la muraille. Vasari a parlé longuement des travaux des deux Bellini au Palais des doges. On sait qu'il n'en reste plus rien : le fatal incendie de 1577 a tout emporté.

En même temps, Gentile faisait beaucoup de portraits, et - chose nouvelle pour Venise - il les peignait à l'huile, car, comme son frère, il s'était lié vers 1473 avec Antonello de Messine qui, au retour de son voyage en Flandre, avait mis à la mode ce procédé, déjà connu sans doute en Italie, mais encore inusité.

Bien que Gentile Bellini n'eût pas donné dès cette époque l'exacte mesure de ses forces, il était déjà l'espoir de l'école et il jouissait de la considération universelle. On en eut la preuve lorsque Mehemet II pria la République de lui envoyer son meilleur peintre. Gentile fut désigné, et, le 3 septembre 1479, il partit pour Constantinople. Il fut très noblement accueilli : il peignit le portrait du sultan, celui sans doute qui se retrouve en Angleterre dans la collection de sir Henry Layard. De plus, comme il savait modeler, il fit aussi une belle médaille de Mehemet Il, oeuvre précieuse. Enfin son esprit étant de plus en plus ouvert et curieux des choses nouvelles, Gentile profita beaucoup de ce court voyage en Orient. Dès son retour, on le voit aborder un ordre de compositions où l'école vénitienne, si courageuse pourtant, ne s'était pas encore essayée. Affranchi des formules étroites et des arrangements symétriques de la peinture religieuse telle que les derniers Vivarini persistaient à la pratiquer, l'aîné des Bellini peint dans de vastes cadres des scènes à nombreux personnages, des cérémonies publiques, de pompeux cortèges dont l'intérêt se rehausse par l'éclat des costumes, l'introduction de portraits aisément reconnaissables et le pittoresque des édifices qui constituent le décor des anecdotes représentées. 
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Gentile Bellini : procession sur la place Saint-Marc
Procession sur la place Saint-Marc, à Venise, par Gentile Bellini (1496, Accademia).

C'est à cette manière nouvelle que se rattachent les derniers tableaux de Gentile. Plusieurs ont péri; mais il nous reste encore au musée de l'Accademia de Venise la Procession sur la place Saint-Marc (1496) et le Miracle de la Sainte-Croix (1500). Ces deux peintures, qui proviennent de la Scuola de Saint-Jean-l'Evangéliste, ne sont pas seulement précieuses pour l'art; elles ont une valeur archéologique indiscutable, car elles conservent, avec l'autorité d'un témoin fidèle, l'aspect de Venise au moment où finissait le XVe siècle. La galerie Brera à Milan possède, dans le même genre, un vaste tableau, la Prédication de saint Marc à Alexandrie, qui doit être une des dernières productions du maître, puisqu'elle date de 1507, année de sa mort. La scène, curieuse pour les portraits et pour les costumes, se passe dans une Alexandrie imaginaire construite avec des souvenirs rapportés d'Orient. Toutes ces peintures de Gentile Bellini sont essentiellement vénitiennes, c.-à-d. que, malgré la somptuosité des détails, elles restent très harmonieuses et ne se permettent aucune vivacité criante. L'artiste a renoncé aux anciennes méthodes; il est habile à rompre les tons, à les mêler les uns aux autres, à utiliser certains gris blonds, en un mot à inaugurer les principes que Véronèse appliquera plus tard.

Gentile Bellini n'a pas été seulement un peintre de scènes historiques; il a peint des madones, comme celle du musée de Berlin; il a été aussi un éminent portraitiste, assidu à conserver la physionomie particulière de ses modèles et à dire quelque chose de leur caractère moral.

Indépendamment de l'effigie de Mehemet, on cite de lui le portrait d'un doge (musée Correr à Venise), celui de la reine Cornaro à Budapest, et au Louvre, le tableau, d'une exécution à la fois si généreuse et si souple, qui réunit en un même cadre les visages de deux jeunes gens. Ces portraits ne sont pas, comme un le croyait jadis, ceux de Gentile et de son frère. Mais, pour être inconnus, les deux personnages représentés n'en sont pas moins d'une distinction suprême et d'une saveur toute vénitienne. Ici, il ne reste plus rien des procédés méticuleux du passé et des sécheresses d'Antonello de Messine. Avant 1507, l'école deVenise est complètement affranchie dans le portrait. Titien va venir.

Giovanni Bellini.
Giovanni Bellini, né à Venise en 1427, mort dans la même ville le 29 novembre 1546, est le second fils de Jacopo Bellini, et, bien que son père eût été un très hardi précurseur, bien que son frère Gentile Bellini ait joué un grand rôle dans l'affranchissement de l'école vénitienne, c'est lui qui fut en réalité l'honneur de la maison et le triomphateur définitif. Pour les premières années, sa biographie se confond avec l'histoire de sa famille. Comme Gentile, il suit à Padoue son père, qui était son maître, et il travaille avec lui au tableau de la chapelle Gattamelata. A l'origine, Giovanni est un Padouan un peu sec, un peintre aux colorations intenses et tranchantes. A cette époque, il a certainement subi l'influence de son jeune beau-frère Mantegna; il a aimé ce style austère et presque rude qui paraissait si propre à exprimer le cri des douleurs humaines. Cette influence a été si réelle qu'il existe dans les musées un certain nombre d'oeuvres ambiguës qui troublent les connaisseurs. Ils se demandent s'ils doivent les attribuer à Mantegna ou à Giovanni Bellini. Quelques solutions sont acquises cependant. Ainsi, il paraît prouvé aujourd'hui que la Pieta conservée au municipe de Rimini et ou l'on croyait reconnaître la main de Mantegna, doit être restituée à Giovanni : cette peinture serait même celle dont Vasari a parlé et que l'artiste aurait exécutée pour Sigismond Malatesta. 

Cet exemple - et l'on en pourrait citer d'autres - suffit à établir que le second des Bellini a obéi longtemps à l'inspiration mantegnesque. Elle est lisible encore dans l'admirable tableau de la galerie Brera, où l'on voit le Christ mort soutenu par la Vierge pleurante et par saint Jean. De toutes les peintures de l'école de Venise, c'est peut-être la plus expressive. Giovanni lui-même n'est jamais allé plus loin dans la note pathétique. Mais peu à peu il remplaça cette passion pour le drame par des qualités nouvelles. En 1474,. il travaillait avec son frère à la décoration de la salle du Grand Conseil au palais des doges et il y montra dans de vastes compositions historiques une curieuse entente du mouvement et de la vie. C'est alors que, s'étant lié avec Antonello de Messine, il apprit de l'artiste voyageur les procédés de la peinture à l'huile et renonça presque complètement à la détrempe qui jusque-là lui avait suffi. Il trouva dans ce nouveau mode de travail des souplesses qui lui permirent d'exprimer de la manière la plus délicate le modelé des carnations féminines ou juvéniles et de marier les tons dans un ensemble plus harmonieux.

Bientôt Giovanni Bellini commença cette suite presque innombrable de Madones pour lesquelles il a créé un type particulier fait de gravité mélancolique, de mystère et de douceur maternelle. Celle de l'Académie des Beaux-Arts (Gallerie dell'Accademia) de Venise, où l'enfant est représenté debout retenu par les deux mains de sa mère, date de 1487. Mais déjà l'âge du chef-d'oeuvre était venu pour Giovanni. C'est une incomparable merveille que le tableau à trois compartiments qu'on peut admirer à l'église Santa Maria dei Frari (1488). L'oeuvre affecte encore les dispositions traditionnelles : le cadre est découpé et sculpté à l'ancienne mode. La Vierge, tenant l'Enfant sur ses genoux, est assise comme une statue sur un socle accosté de deux petits anges musiciens : dans les compartiments latéraux, de saints personnages se tiennent debout et recueillis. Les ornements d'une architecture simulée se suivent dans les trois panneaux du triptyque et donnent de l'unité à l'oeuvre, si grave d'ailleurs, si puissante et si douce dans son harmonie chaleureuse. On peut étudier ici ces carnations ambrées qui expliquent historiquement Giorgione, Vittore Carpaccio et Titien. La même année (1488) le maître acheva une autre peinture célèbre, conservée à San Pietro de Murano, la Vierge adorée par le doge A. Barbarigo. Les figures principales, les saints qui les assistent, les anges ravis de leur propre musique, tous les acteurs de la scène vivent dans une atmosphère chaude, lumineuse et respirable.
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Giovanni Bellini : présentation de Jésus au Temple.
Présentation de Jésus au Temple, par Giovanni Bellini (1459, Galleria Querini Stampalia, Venise).
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Sans cesse occupé de son labeur, Giovanni Bellini quitta peu son atelier vénitien, ou, du moins, il ne fit que de courtes excursions en terre ferme. En 1490 cependant nous le retrouvons à Trévise où il peint une fresque dans l'église San Nicolo. A vrai dire, cette promenade fut son seul voyage. On doit croire qu'il y avait toujours quelque chose à faire dans la vaste salle du Grand Conseil, car un document publié dans le Carteggio de Gaye nous apprend que Bellini y travaillait encore en 1492 et qu'il recevait pour cette besogne un salaire mensuel de cinq ducats.

A la fin du XVe siècle, Giovanni vieillissait, mais il était encore plein d'ardeur et, plus que jamais, il se sentait entraîné vers l'art nouveau. Quelques-unes de ses dernières peintures sont des chefs-d'oeuvre. De ce nombre est la grande composition qui décore une des chapelles de l'église San Zaccaria (Venise). La Vierge glorieuse y trône, superbe et douce, ayant auprès d'elle saint Jérôme et saint Pierre, sainte Catherine et sainte Lucie. Cette composition, où la grandeur s'allie à la grâce, est de 1505. Le sentiment est toujours le même, l'exécution ne trahit aucune lassitude et cependant l'auteur était presque octogénaire. Albrecht Dürer, qui se trouvait à Venise en 1506 écrit que Giovanni Bellini est bien vieux, mais qu'il est encore le meilleur des peintres de la ville. Qu'eut-il dit, s'il fut revenu en 1513? Il aurait vu Giovanni peindre pour l'église San Gian Crisostomo le beau tableau, où se groupent, dans un profond paysage, les ascétiques figures de saint Jérôme, saint Christophe et saint Augustin. Les années passaient légères et clémentes sur le front du maître infatigable.
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Giovanni Bellini : Extase de saint Francois.
Extase de Saint François, par Giovanni Bellini (ca. 1480).
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Les motifs religieux et les portraits - il en a fait de superbes - suffisaient d'ordinaire aux ambitions de Giovanni. Si avancé qu'il fût dans les voies de la Renaissance, il n'avait pas de curiosités mythologiques. On voit cependant de lui au musée de l'Accademia de Venise cinq allégories de petite dimension et il est curieux de constater que dans l'une d'elles, la Vérité, il a très savamment résolu le problème de la nudité savoureuse. En 1514, il commença pour le duc de Ferrare une Bacchanale qu'il n'acheva pas, car c'est Titien qui a peint le paysage. Cette composition, animée et vivante, est en Angleterre. En 1515, le vieux Bellini travaillait encore et il était plus que jamais amoureux de la grâce robuste et de la vie en mouvement. La Jeune fille à sa toilette, du Musée de Vienne, est en effet signée Ioannes Bellinus faciebat MDXV. Ce fut peut-être la dernière oeuvre de ce maître à qui aucune séduction ne fut inconnue. Nous n'avons parlé que des peintures qui portent une date certaine, mais Bellini en a fait bien d'autres qui sont l'honneur des galeries publiques. On trouve à Londres le Christ au Jardin des Oliviers, une Madone et l'admirable portrait du doge Leonardo Loredano; à Berlin, une Pieta, qui se rattache encore à la manière primitive, au Louvre la Sainte famille de l'ancienne collection de lord Northwick; à Florence un portrait qui passe pour être celui de l'artiste et une très belle grisaille, la Mise au tombeau; au musée du Capitole le portrait du maître, au Vatican une Pieta d'un sentiment très douloureux qu'on a longtemps attribuée à Mantegna; à Naples la Transfiguration. Certaines villes secondaires d'Italie possèdent aussi des tableaux du grand Vénitien. On voit à Pesaro un Couronnement de la Vierge; à Vicence, le Baptême du Christ. Malheureusement les églises n'ont pas toujours été bonnes gardiennes de leurs trésors. En 1867 on a sottement laissé brûler à Santi Giovanni e Paolo (San Zanipolo, à Venise)  une Madone d'une beauté incomparable. 
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Giovanni Bellini : Madone à l'Enfant (1460).
Jacopo Bellini : Madone (1490).
Madones à l'Enfant, par Giovanni Bellini (1460 et, à droite, 1490).

Il est sorti de l'atelier de Giovanni une légion d'élèves qui, pour la plupart, sont devenus des maîtres : Giorgione et Titien sont les plus fameux; mais l'histoire ne doit oublier ni Lorenzo Lotto, ni Cima da Conegliano, ni Girolamo da Santa Croce. Lorsqu'il mourut en 1516, Bellini avait transformé l'art vénitien, et son action fut aussi durable que bienfaisante. (Paul Mantz).

Bellini (Laurent). - Célèbre anatomiste, né à Florence en 1643, mort en 1704, professa pendant 30 ans la médecine et l'anatomie à Pise. Ainsi que Borelli, son maître, il appliqua la mécanique et le calcul à la physiologie. On lui doit un mémoire sur la structure et l'usage des reins et la découverte des canaux urinifères dits tubes de Bellini. Ses ouvrages ont été recueillis en 1708 à Venise, 2 vol. in-4.
Bellini (Vincent). - Compositeur né à Catane (Sicile) en 1802, mort à Puteaux près Paris en 1835, a fait pour les théâtres de Naples, de Milan et de Paris, plusieurs opéras qui eurent un grand succès : il Pirata, la Straniera, la Sonnambula, Norma, i Puritani; il promettait de nouveaux chefs-d'oeuvre quand il fut enlevé par une mort prématurée. Cet artiste laissait à désirer pour l'harmonie et l'orchestration; mais il excellait dans l'expression des sentiments tendres et mélancoliques : ses accents vont au coeur. Norma est regardée comme son triomphe.
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Dictionnaire biographique
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