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Saint François d'Assise

Saint François d'Assise est un confesseur et l'instituteur l'ordre qui porte son nom (Franciscains). Des portions importantes de sa vie sont tellement imprégnées de légende et auréolées, au yeux des Catholiques de tellement de miracles, qu'il est difficile d'en faire pour toutes les périodes de sa vie une véritable biographie. De nombreux éléments subsistent cependant qui sont des faits positifs. Ainsi sait-on qu'il est né à Assise, en Ombrie, en 1182, et mort en 1226. Il a été canonisé en 1228, par Grégoire IX, qui lui donna le titre de père Séraphique. Son père, nommé Bernardon, était marchand; sa mère s'appelait Pique. Comme la plupart des mères de saints célèbres, la légende veut qu'elle fût favorisée d'un miracle, à l'occasion de la naissance de ce fils. Celui-ci reçut au baptême le nom de Paul, mais lors de sa confirmation, on l'appela François, à cause de la facilité avec laquelle il avait appris le français, que lui avait enseigné un négociant en relation avec son père..

Dans les premières années de sa jeunesse, il prit part aux ébats du monde  et fut surtout très prodigue. Mais, ajoutent les croyants, Dieu le préserva des désordres charnels, ainsi qu'il appert d'une révélation qui certifia au frère Léon, un de ses premiers biographes, que saint François est inscrit au ciel, parmi ceux qui sont restés vierges de corps et d'âme. Fait prisonnier dans une guerre entre les habitants d'Assise et ceux de Pérouse, il allait, après une captivité d'un an, s'enrôler sous la bannière de Gautier de Brienne dans le Pouille, lorsqu'il se sentit appelé au service d'un autre maître. Il s'éprit d'un tel amour de la pauvreté, cette veuve délaissée de Jésus-Christ, suivant l'expression de Dante, que ses compatriotes le crurent fou. Comme il eût manqué quelque chose à sa sainteté, s'il avait été exempt de tentations, François en endura de terribles, surtout dans les temps qui suivirent sa conversion; mais il sut mortifier son corps, en l'affligeant durement. Enfin, nous dit-on, un jour que Satan lui livrait un suprême assaut, il se vautra longtemps tout nu dans la neige, disant : Sers soigneusement à Dieu seul. Par ce feu de l'amour divin, il éteignit si complètement les flammes du feu sensuel, qu'il n'en ressentit jamais plus rien.

Le premier mouvement de sa conversion résulta du regret de n'avoir pas écouté un pauvre qui lui demandait l'aumône; il en fut si triste qu'il fit voeu de toujours donner à quiconque lui demanderait, pour l'amour de Dieu. Dès ce moment, il ne put plus entendre ces mots : Amour de Dieu, sans ressentir en son coeur une merveilleuse tendresse. Puis survint une longue et fâcheuse maladie qui, affaiblissant son corps, fortifia son âme et la disposa à l'onction de l'Esprit. Un jour, il eut une vision de Jésus sur la croix, ce qui l'attendrit et liquéfia tellement en son amour, que toutes les fois qu'il se souvenait de la passion de Jésus-Christ, il pleurait à chaudes larmes. Il se revêtit ainsi de l'esprit de pauvreté, de charité et de pitié, à ce point qu'il allait visiter les lépreux dans les hôpitaux, leur baisant les mains et la bouche, et les servant comme s'ils eussent été Jésus-Christ lui-même. Souvent aussi il se dépouillait de ses habits pour les donner aux pauvres. 

Comme il faisait oraison devant un crucifix, en l'église de Saint-Damien, fort délabrée et située hors de la ville d'Assise, crucifix voix, qui venait du crucifix, lui dit : François, va et répare ma maison, laquelle, comme tu vois, va tomber en ruine. François, qui ne possédait rien de ce qu'il fallait pour exécuter cet ordre, trouva tout simple d'y consacrer des marchandises de son père; il en prit la quantité qu'il estima nécessaire, et s'en alla les vendre dans une ville voisine; il y vendit aussi son cheval; puis, il en apporta le prix au prêtre qui desservait l'église de Saint-Damien; celui-ci le refusa; mais François, qui méprisait l'argent, dédaigna de le reprendre et le jeta au bas d'une des fenêtres de l'église.
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Statue de saint-François (église d'Eu).
Statue de Saint-François, dans l'église Saint-Laurent, d' Eu.
© Photo : Serge Jodra, 2010.

Cependant son père, qui était misérablement attaché aux biens de la terre, trouvant mauvais que son fils fit, à ses frais, ses charités et dévotions, l'enferma étroitement dans sa maison, après l'avoir sévèrement châtié. Finalement, désespérant de le corriger, il consentit à le laisser en liberté, à condition qu'il renoncerait à tout droit sur sa succession. En conséquence, il le mena devant l'évêque, pour régulariser cette renonciation. Après l'avoir accomplie, François se dépouilla de tous ses vêtements et les remit à son père, disant : Jusque ici, je vous ai appelé mon père en la terre; mais dès aujourd'hui, je puis dire hardiment : Mon père qui es aux cieux, en qui j'ai mis tout mon trésor et toute mon espérance. L'évêque, ému jusqu'aux larmes, le couvrit de son manteau, et lui fit remettre les habits d'un paysan qui se trouvait là. François s'en revêtit, y fit en dehors, avec de la chaux et du mortier, une grande croix, pour représenter la passion du sauveur, et il s'en alla, enchantant les louanges de Dieu, dans une forêt, où des voleurs le battirent cruellement (1206). Il avait alors vingt-quatre ans.

Heureux de ne plus rien posséder en ce monde, François servit, pendant quelque temps, dans la cuisine d'un couvent, puis dans une maison de lépreux, où le Seigneur, en récompense de sa grande charité, lui communiqua pour toujours une vertu singulière, guérissant les maladies du corps et de l'âme. De là, il revint près du prêtre de Saint-Damien, travaillant de ses mains et mendiant des aumônes pour restaurer la chapelle; il y parvint. Il entreprit ensuite une oeuvre pareille, pour une vieille église, dédiée à saint Pierre, à qui il portait une vive dévotion. Enfin, il se retira à environ un quart de lieue de la ville d'Assise, en un lieu appelé Portioncula, qui appartenait pour lors aux Bénédictins. Il y avait là aussi une vieille église, tombant en ruines. On la nommait Sainte-Marie-des-Anges. En effet, les anges la visitaient encore mystérieusement, prétendait-on; mais, aux yeux des hommes, elle n'était plus guère fréquentée que par des pâtres, qui y abritaient leurs troupeaux contre les injures du temps. Il la remit en bon état; ce qui a fait dire à ses disciples, plus tard, lorsque la distinction des trois Eglises eût prévalu, qu'en restaurant trois églises et en fondant trois ordres, il avait coopéré efficacement à l'honneur de l'Eglise souffrante, de l'Eglise militante et de l'Eglise triomphante.
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Cantique du Soleil

« Très haut, tout-puissant et bon Seigneur, à vous appartiennent les louanges, la gloire et toute bénédiction. On ne les doit qu'à vous, et nul homme n'est digne de vous nommer.

Loué soit Dieu, mon Seigneur, à cause de toutes les créatures, et singulièrement pour notre frère messire le soleil, qui nous donne le jour et la lumière! Il est beau et rayonnant d'une grande splendeur, et il rend témoignage de vous, ô mon Dieu!

Loué soyez-vous, mon Seigneur, pour notre soeur la lune et pour les étoiles! Vous les avez formées dans les cieux, claires et belles.

Loué soyez-vous, mon Seigneur, pour mon frère le vent, pour l'air et les nuages, et la sérénité et tous les temps quels qu'ils soient! car c'est par eux que vous soutenez toutes les créatures.

Loué soit mon Seigneur pour notre soeur l'eau, qui est très utile, humble, précieuse et chaste!

Loué soyez-vous, mon Seigneur, pour notre frère le feu Par lui vous illuminez la nuit : il est beau et agréable à voir, indomptable et fort.

Loué soit mon Seigneur pour notre mère la terre qui nous soutient, nous nourrit, et qui produit toutes sortes de fruits, les fleurs diaprées et les herbes!

Loué soyez -vous, mon Seigneur, à cause de ceux qui pardonnent pour l'amour de vous et qui soutiennent patiemment l'infirmité et la tribulation! Heureux ceux qui persévéreront dans la paix! car c'est le Très-Haut qui les couronnera.

Soyez loué, mon Seigneur, à cause de notre soeur la mort corporelle, à qui nul humain vivant ne peut échapper. Malheur à celui qui meurt en péché mortel! Heureux ceux qui à l'heure de la mort se trouvent conformes à vos très saintes volontés, car la seconde mort ne pourra leur nuire!

Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâces, et servez-le avec une grande humilité. » (Saint François d'Assise).

François passait la nuit et le jour, en oraison, dans l'église de Sainte-Marie-des-Anges, professant une ardente dévotion pour la sainte Vierge, en l'honneur de laquelle il ne cessa jamais de jeûner de la saint Pierre à la mi-août. Il la suppliait d'être son avocate et médiatrice pour la révélation de ce qu'il devait faire. Or, un jour qu'il oyait en cette église la messe des Apôtres, l'évangile du jour lui fit entendre ces paroles :

« Allez aux brebis de la maison d'Israël qui sont perdues... Prêchez et dites que le royaume des cieux est proche... Vous l'avez reçu gratuitement, donnez-le gratuitement. Ne prenez ni or, ni argent, ni monnaie dans vos ceintures, ni sac pour le voyage, ni deux habits, ni souliers, ni bâton, car l'ouvrier est digne de sa nourriture. » (S. Math. X, 6-10).
Il recueillit ces paroles comme un ordre divin directement adressé à lui, ne garda qu'une seule pièce de ses vêtements, celle qu'il fallait pour le couvrir, déchaussa ses souliers, jeta son bâton, laissa sa ceinture de cuir, et se ceignit d'une corde, afin d'être bien assuré de ne porter aucune monnaie; et il se mit aussitôt à prêcher la pénitence aux brebis perdues et la sainte pauvreté à ceux qui voudraient être les messagers du royaume des cieux. Il le faisait en paroles simples, naïvement imagées, mais avec l'accent d'une conviction pénétrante, surtout avec le commentaire puissamment suggestif de son propre exemple. Ses trois premiers disciples furent Bernard de Quintevalle, bourgeois d'Assise riche et estimé, un chanoine nommé Pierre de Catane, et Gilles, aussi d'Assise, homme pieux, mais sans lettres. Ils vendirent tout ce qu'ils possédaient, en donnèrent le prix aux pauvres et revêtirent l'habit de la pauvreté (16 août 1209). C'est de ce jour que l'on date généralement la naissance de l'ordre de Saint-François. Établis dans des cabanes, près de l'église de Sainte-Marie des Anges, ils n'en sortaient que pour mendier et prêcher. 

D'autres convertis se joignirent à eux. François leur donna une règle composée en grande partie de passages du sermon sur la montagne (Ev. S. Matth., ch. V-VII) ; plusieurs fois remaniée dans la suite, elle n'existe plus en sa forme primitive. Les voeux étaient les voeux monastiques ordinaires: obéissance, chasteté et pauvreté, la pauvreté dans le sens le plus littéral. La même année (1209), François, muni d'une recommandation de l'évêque d'Assise, se rendit à Rome pour solliciter l'approbation de ce qu'il venait d'entreprendre. Innocent III se montrait disposé à le renvoyer, lorsque l'évêque de Sabine lui fit observer que cette entreprise n'était que la mise en pratique des conseils évangéliques, et que la réprouver serait condamner l'Evangile. Le pape se borna à permettre à François de continuer à prêcher la pénitence, lui faisant espérer que, si Dieu bénissait son oeuvre, il lui accorderait davantage. En attendant, il le fit consacrer diacre, pour lui donner plus d'autorité. Jusqu'alors, les frères s'étaient appelés les pauvres pénitents d'Assise; à son retour de Rome, François leur donna le nom de Minoritae, Frères mineurs, les moindres dans le royaume de Dieu. En 1215, au concile de Latran, Innocent III déclara, en présence des Pères, qu'il avait approuvé la règle des Frères mineurs, et il leur donna le cardinal Hugolin pour protecteur. La légende franciscaine attribue cette reconnaissance à une révélation toute pareille à celle que les Dominicains prétendent avoir déterminé l'approbation de leur ordre.

Dans l'intervalle s'était formée la branche féminine de l'ordre (1212), sous le nom de Dames pauvres. François avait entrepris d'aller en Syrie (Les Croisades), mais une tempête l'avait arrêté sur les côtes de la Dalmatie. En 1214, il essaya de passer au Maroc; une maladie le retint en Espagne, où il propagea son ordre. Puis il retourna par le Languedoc et la Provence en Italie, où il eut une entrevue à Rome avec saint Dominique, en 1215. Le nombre des frères croissait de jour en jour. François les envoyait deux à deux, par le monde, prêcher la pénitence. Des maisons furent fondées, non seulement en Italie, mais en Espagne, en France, en Angleterre. L'Allemagne seule se montra rebelle aux premières missions. Ces premiers couvents étaient dépourvus de meubles et d'ustensiles: on mendiait et on prêchait le jour; la nuit, on dormait par terre; en voyage, on acceptait l'hospitalité, mais jamais d'argent. En 1219 fut tenu le premier chapitre général : plus de 5000 frères et 500 novices y assistèrent. Pour les abriter, on dressa des cabanes avec des nattes; de là le nom de Chapitre des nattes donné à cette assemblée. François, qui la présidait, désigna à ses disciples les parties du monde où ils devaient aller, prêcher, se réservant, pour lui et pour douze compagnons, la Syrie et l'Egypte. 

Après avoir pourvu au gouvernement de l'ordre, en établissant Elie de Cortone comme vicaire général, il se rendit à Damiette, au camp des croisés, et assista à leur défaite, qu'il avait prédite. Espérant d'un miracle ce qu'on ne pouvait plus attendre de la victoire épris d'ailleurs du désir d'être martyrisé, il parvint a se rendre auprès du soudan Meledin. Pour prouver la vérité de ce qu'il préchait, il offrit d'entrer dans un bûcher allumé. Meledin refusa, mais, touché de sa foi, le traita avec bienveillance et lui accorda la garde du Saint-Sépulcre, confiée depuis lors aux Franciscains. Désespérant également de convertir les infidèles ou d'obtenir le martyre chez eux, François revint à Portioncula; il destitua Elie de Cortone, qu'on accusait de relâchement à l'égard de la règle de pauvreté, mit à sa place Pierre de Catane et renonça lui-même au généralat. Néanmoins, tant qu'il vécut, aucun de ceux qui occupèrent la première place ne prirent le titre de général. Avant la mort de François, Elie de Cortone fut rétabli dans ses fonctions, vraisemblablement parce que la nécessité avait démontré qu'il était impossible d'administrer autrement qu'il ne l'avait fait.

Le Tiers-ordre fut institué en 1221. Vers le même temps, exauçant les instantes prières de François, auxquelles s'étaient jointes celles de la vierge Marie, le Seigneur, disait-on, avait accordé une indulgence plénière à tous les chrétiens qui, repentis et confessés, visiteraient l'église de Sainte-Marie-des-Anges; mais il avait mis à cet octroi la condition qu'il fût confirmé par le souverain pontife, son vicaire (Breviarium, lect. Il noct., 2 août; Martyrologium Ordinis Seraphici). Honorius III homologua la supposée décision céleste, par une bulle de 1223, prétendument dictée par un séraphin. Cette indulgence, dite de la portioncule ou du pardon, fut plus tard étendue à toutes les églises des trois ordres de Saint-François, et enrichie de grâces transcendantes, qui en firent un véritable trésor pour les Franciscains. Ils prêchaient qu'elle est irrévocable et éternelle, et qu'elle contient un baptême de salut, remettant, non seulement la peine, mais en quelque sorte la coulpe, puiqu'elle est accordée par Jésus-Christ lui-même.

Par bulle du 29 novembre 1223, Honorius III confirma formellement l'institution de l'ordre des Frères mineurs, qui n'avait reçu jusqu'alors que des approbations verbales. Afin d'obtenir cette confirmation, la règle avait été réduite de 23 chapitres à 12, et mitigée sur certains points. 

Vers la fête de l'Assomption (15 août) de l'an 1224, il se retira au mont Alverne, où le comte Orlando avait fait bâtir, douze ans auparavant, un couvent de l'ordre. Il voulait s'y adonner exclusivement à l'oraison et jeûner, selon sa coutume, le carême de la Saint-Michel. Obéissant à une indication divine, il concentra sa lecture et sa méditation sur la passion de Jésus-Christ. Le jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix (14 septembre), comme il était en prière, à côté du mont, il dira avoir vu descendre du ciel un séraphin, avec six ailes de feu clair et luisant, qui d'un vol léger se tint en l'air, assez près de lui. Entre ses ailes apparut un homme, les pieds et les mains attachés sur une croix. Deux des ailes du séraphin s'élevaient au-dessus de la tête du crucifix ; deux autres couvraient tout le corps; les deux dernières étaient étendues comme pour prendre leur vol. En cette vision, dit la légende, les plaies furent imprimées aux mains, aux pieds et au côté du père Séraphique (ce nom lui a été donné en référence à cet épisode) du même caractère qu'il les avait vues gravées dans ce séraphin. Il resta dans les trous comme des clous de chaire dure, dont les têtes étaient rondes et noires : on les voyait dans les paumes de ses mains et dans l'empeigne de ses pieds. Les pointes étaient longues, dépassant la peau, et toutes comme si on les avait redoublées avec un marteau. La plaie du côté droit était comme une cicatrice rouge, d'où sortait le sang, en si grande abondance, que la robe et les mutandes du saint en étaient toutes teintes. Il s'ingénia à cacher ces stigmates et il y parvint si bien qu'on n'en parla qu'après sa mort. Ce qui a fait dire à quelques sceptiques, que les stigmates avaient été imprimés sur son cadavre. 

Par rescrit de la Sacrée Congrégation des Indulgences du 21 novembre 1885, Léon XIII a accordé une indulgence plénière, une fois l'an, à ceux qui pratiquent l'exercice des cinq dimanches en l'honneur des sacrés stigmates de saint François. Un décret de Pie IX (16 mai 1856) avait précédemment approuvé les statuts d'une congrégation de Filles des Sacrés Stigmates de saint François, fondée à Florence, pour l'éducation des filles pauvres. 

Après avoir passé quarante jours au mont Alverne, François revint à Portioncula; il y vécut encore deux années dans de vives souffrances, joyeusement endurées, et mourut le 4 octobre 1226, à l'âgé de quarante-quatre ans, laissant son ordre répandu dans toute l'Europe, et déjà pénétrant dans les pays lointains, pour convertir les païens.

Depuis sa conversion, il avait châtié son corps si rigoureusement, qu'à peine lui avait-il donné ce qui était nécessaire pour vivre. Etant en santé, il ne mangeait rien de cuit, sinon rarement; et lors il jetait sur sa nourriture de la cendre ou de l'eau, pour lui ôter le goût. Il buvait de l'eau claire fort sobrement, quelque soif ou chaud qu'il eût. En toute saison, il ne portait qu'une pauvre robe. Le plus souvent, il couchait à terre, mettant du bois ou une pierre sous sa tête, pour lui servir de chevet. 

A en croire l'Eglise, les miracles dont fut honoré saint François durant sa vie et après sa mort sont infiniment nombreux et grands. Il chassa plusieurs diables dès corps, il rendit la vue aux aveugles, il guérit des boiteux et estropiés, il ressuscita des morts, il donna des enfants aux femmes stériles, il délivra celles qui étaient en travail d'accouchement, et préserva les marins de tempêtes horribles. Le pain qu'il bénissait, les morceaux de son habit rapetassé, la corde qui lui servait de ceinture, l'eau dont il lavait ses pieds et ses mains, tout ce qu'il touchait servait de remède aux maladies et adversités, de soulagement et de repos aux travaux. C'est du moins ce qu'on peut lire dans le texte qu'a consacré à sa vie saint Bonaventure. Ce grand docteur de l'Eglise mourut quarantehuit ans seulement après François : ce qui montre avec quelle rapidité s'était formée la légende du père Séraphique et qu'elle impression il avait faite sur ses contemporains.

On en vint à le considérer comme un nouveau Christ, et son oeuvre comme une révélation et une rédemption destinées à inaugurer une ère nouvelle pour l'Eglise, qui s'était laissée corrompre par les richesses : assimilation motivé par la sainteté de François, par le nombre et le caractère de ses miracles; manifestement indiquée d'ailleurs par le stigmates qui imprimèrent sur lui l'image du crucifié. En 1385, le frère Barthélemy Albisi composa un Liber conformitatum exposant quarante conformités entre Jésus Christ et François. Cet écrit fut hautement loué au chapitre général tenu à Assise en 1399. On le trouve imprimé à Milan (1510) et à Bologne (1590).
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François d'Assise et les oiseaux. Tableau en feutrine, Yvette Arrouy, © 2005, reproduction interdite.

De tous les miracles de la légende franciscaine ceux qui nous semblent le mieux caractériser l'état des sentiments et des pensées de celui à qui ils sont attribués, et une des principales causes de l'effet qu'il produisit sur les gens : ce sont les miracles accomplis sur les animaux. François les appelait tous des créatures de Dieu, et lui-même s'appe lait, au même titre, une créature de Dieu; il les voyait tous mystérieusement associés avec lui dans le culte de leur commun créateur. Son Hymne des créatures exprime, d'une manière naïve et touchante, sa profonde sympathie pour tous les êtres, regardés par lui comme des objets et de manifestations de l'amour de Dieu et comme des organes de l'adoration qui lui est due. Un jour qu'il s'en allait par les champs, il rencontra une multitude d'oiseaux de diverses sortes et plumages, qui chantaient. Il s'approcha d'eux; ils se tinrent cois, le regardant d'une façon extraordinaire et baissant la tête. Lui, les voyant attentifs, commença à leur prêcher, disant :

« Mes frères les oiseaux, vous avez beaucoup de sujet de louer votre créateur, qui vous a couverts de si belles plumes et donné des ailes pour voler en l'air pur et spacieux; qui vous nourrit et conserve, sans que vous ayez aucun souci, ni peine de prévoyance. » 
-Les oiseaux étendaient le col et battaient des ailes, faisant signe d'avoir pris plaisir à son discours. Quoique le saint les touchât de sa robe, passant parmi eux, ils ne se remuèrent aucunement, jusqu'à ce qu'il leur eût donné sa bénédiction et congé. Un trait analogue se rapporte à une soeur cigale, qui chantait tout près de sa cellule. A Sainte Marie de Portioncule, on lui donna pour aumône une brebis en vie. Il la reçut de bon coeur, comme symbole de simplicité et d'innocence, l'admonestant de vivre au couvent, sans troubler les frères, et d'assister aux louanges divines. Ce qu'elle fit, car lorsque les frères allaient au choeur, la brebis entrait en l'église et s'agenouillait devant l'autel de Notre-Dame, bêlant comme si elle l'eut voulu saluer; quand on levait le Saint-Sacrement à la messe, elle s'agenouillait aussi en signe d'adoration. Non seulement François apprivoisait les brebis au service divin, mais il convertit un loup très fort et très féroce, qui faisait la terreur des bergers d'alentour. Rencontrant ce loup, il le sermona avec si grandes onction et puissance, qu'il le persuada de renoncer à se nourrir de chair...

Outre la règle dont il est l'auteur, les oeuvres de saint François d'Assise comprennent : Sermones Breves; Collationes monasticae; Testamentum Fratrum Minorum; Cantica spiritualia; Admonitiones; Epistolae; Benedictiones. Elles ont été recueillies par L. Wadding, cordelier irlandais, historien de son ordre (Anvers, 1623, in-4); et réimprimées à Paris (1641, in-fol.) et à Cologne (1849). L'authenticité de quelques-unes est fort contestée. 

Sa biographie, écrite dès 1229, par Thomas de Celano, fut complétée en 1246 par les tres socii Leo, Angelus et Ruffinus. Quelques années après, saint Bonaventure composa aussi une Vie de saint François. (E.-H. Vollet).

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Dictionnaire biographique
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