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Sensibilité,
faculté de sentir. Comme sentir est un phénomène
parfaitement simple, la sensibilité elle-même est une faculté
irréductible, et ne peut, à proprement parler, se définir.
En effet, ce n'est pas la définir, c'est seulement la diviser en
ses différentes espèces, que
de la qualifier de faculté de jouir et de souffrir, ou bien, à
un autre point de vue, de répartir les phénomènes
sensibles, sensations et sentiments,
entre la sensibilité physique et la sensibilité morale. La
sensibilité, chez les humains, paraît destinée à
suppléer à l'imperfection de l'intelligence
et de la volonté, qui ne se développent
que lentement et progressivement, et qui, parvenues à leur maturité,
sont encore sujettes à bien des défaillances. La sensibilité,
plus restreinte, mais non moins vive, dès le premier jour, qu'elle
ne le sera plus tard, nous excite, par l'attrait du plaisir, à rechercher
ce qui nous convient, par l'aiguillon de la douleur à éviter
ce qui nous est nuisible.
Les ressorts qu'elle
presse sont les instincts, qui correspondent
eux-mêmes aux différents besoins de notre double nature.
Ainsi, sans rien savoir, sans rien vouloir encore, l'enfant fait spontanément
et aveuglément, sous l'incitation de la sensibilité ce que
sa raison éclairée par l'expérience l'aurait décidé
à faire librement et par choix. Plus tard, la sensibilité
conserve un rôle analogue. Elle nous rappelle nos besoins et nos
tendances naturelles, lorsqu'au milieu des distractions qui nous entourent
et nous assiègent, nous serions disposés à les perdre
de vue et à les négliger. Les phénomènes sensibles
primitifs sont donc comme autant de signes de la satisfaction ou de la
non satisfaction des tendances de notre nature. Tel est, du moins, le rôle
de la sensibilité dans son développement normal, et c'est
à ce titre que l'étude des instincts peut être rattachée
à celle de la sensibilité. Mais, autant et plus que les autres
facultés, la sensibilité peut être détournée
de ses voies naturelles et légitimes.
Cela tient à
plusieurs causes. La plus générale est notre imperfection
native. En outre, la sensibilité se trouve excitée, par des
causes et par des objets si variés et parfois si disparates, qu'entre
tous ces objets il est difficile qu'elle garde un parfait équilibre.
L'attrait, d'abord légitime, que nous ressentons pour certains plaisirs,
bientôt s'accroit à ce point, que le goût des autres
plaisirs s'affaiblit ou s'efface. Ainsi, trop souvent, la sensibilité
physique empiète sur les jouissances plus nobles de l'esprit et
du coeur. C'est alors qu'il y a déviation et abus. Le plaisir est
devenu un signe trompeur, puisqu'il ne correspond plus à la satisfaction
de besoins réels et de tendances légitimes. Il en est de
même de la sensibilité excitée par les besoins factices
que créent l'habitude et l'imitation.
II faut donc surveiller la sensibilité, et la maintenir, par le
concours de la raison et de la volonté.
Cela est d'autant plus important, que, pat l'adjonction d'éléments
nouveaux, les phénomènes primitifs se transforment en passions
qui tiennent dans notre vie une place considérable. Or, les passions,
dès que leur origine n'est pas parfaitement irréprochable,
deviennent bien vite dangereuses parleur vivacité même. Aussi,
tandis que certains philosophes placent à tort dans les phénomènes
de la sensibilité les principes de la loi morale, voyons-nous les
moralistes les plus sévères, les Stoïciens
par exemple, et tous les ascétiques,
recommander ou mettre en pratique l'anéantissement des passions
et de la sensibilité; ce qui est un excès contraire.
On ne peut guère
citer de traités spéciaux sur la sensibilité; mais
les phénomènes qui en dérivent ou qui s'y rattachent
ont été de bonne heure étudiés, analysés
et décrits. Platon, Aristote,
l'École épicurienne et les Stoïciens
avaient accumulé sur ce sujet une foule d'observations, que les
Modernes ont considérablement accrues.
Kant
a donné su mot Sensibilité (en allemand sinnlichkeit)
un sens différent du sens ordinaire. Il définit expressément
la sensibilité "la capacité de recevoir des représentations
par la manière dont les objets nous affectent." Elle est l'origine
expérimentale de nos connaissances, et embrasse à la fois
les représentations des sens extérieurs et celles de la conscience,
sous la double condition des concepts d'espace
et de temps, qu'on nomme pour cette raison formes
de la sensibilité. La partie de la philosophie critique consacrée
à l'analyse de la sensibilité porte
chez Kant le nom d'Esthétique transcendentale (aisthèsis,
sensation). (B-E.).
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En
bibliothèque - Descartes,
les Passions de l'âme;
Malebranche,
Recherche
de la vérité, liv. IV et V; Locke,
Essais
sur l'Entendement;
Leibniz, Nouveaux Essais,
liv. Il, chap. XX; Reid, Essais sur les Facultés
actives, Essai III; Dugald Stewart, Esquisses
de Philosophie morale, 2e partie, chap. 1er;
Adam
Smith, Théorie des sentiments moraux;
Jouffroy,
Mélanges philosophiques (les morceaux intitulés :
De l'Amour de soi et Des Facultés de l'âme humaine);
Paffe, De la Sensibilité.
Voir
aussi dans Kant toute cette partie de la Critique
de la raison pure, et l'analyse qu'en a donnée V.
Cousin dans son Histoire de la Philosophie au XVIIIe siècle,
1re série, t. V.
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