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Objet.
- Pour le sens commun, un objet est un tout
concret, matériel, présenté par l'expérience
sensible. A ce point de vue, les objets se distinguent, en s'opposant les
uns aux autres, suivant les régions de l'espace
qu'ils occupent. Le langage philosophique courant
supprime cette distinction purement spatiale et y substitue la distinction
logique
du moi, de l'esprit, du
sujet
qui connaît ou qui agit et de l'objet de cette connaissance
un de cette action.
Au point de vue de
la connaissance, Platon avait reconnu déjà
que la connaissance sensible est due à la coopération de
l'esprit et des choses. Cependant, la distinction de l'objet du sujet est
essentiellement moderne et prend, selon les théories,
une signification très variable. Pour le réalisme,
l'objet de la connaissance n'est autre chose que la matière
avec ses qualités sensibles, premières
ou secondes. Le phénoménisme
le ramène aux impressions, aux états du moi. L'idéalisme
de Malebranche et de Berkeley
arrive à supprimer toute réalité
en dehors des esprits, et l'objet véritable de la connaissance est
Dieu
manifesté par son action sur l'intellect et sur les sens.
Le criticisme
de Kant a singulièrement compliqué
ce dualisme de l'objet et du sujet en distinguant
radicalement, au moyen de deux mots, deux sens du mot objet que la langue
française traduit malheureusement par le même mot : Gegenstand
et Object. Au premier sens, l'objet (Gegenstand) est le donné
offert à la sensibilité et
à l'entendement, c'est le divers de
l'intuition, le phénomène
auquel l'esprit applique ses formes a priori;
ainsi unifié par le sujet, le phénomène devient objet
au second sens (Object); et le jugement
qui opère cette réduction du divers à l'intuition
prend une valeur objective. Quant à l'objet dont le réalisme
affirme l'existence derrière le phénomène,
Kant n'y voit qu'un X irreprésentable. La raison
n'atteint pas d'objets au delà du monde de l'expérience
et ne petit que concevoir des idées, des noumènes
vides de réalité.
L'idéalisme
issu du kantisme devait logiquement dépasser ce point de vue et
nier l'opposition fondamentale de l'objet et du sujet. Le moi, suivant
Fichte,
pose le non-moi en même temps qu'il se pose lui-même. Chez
Hegel,
l'esprit et les choses dérivent également de l'idée
qui les contient virtuellement. Pour Schopenhauer,
l'objet n'est qu'une
représentation,
une illusion du sujet.
Au point de vue de
l'action, l'objet, dans les doctrines eudémonistes
ou utilitaires, détermine la valeur
de l'acte moral. A cette conception, haut oppose l'autonomie de la bonne
volonté. Dédaignant de considérer la matière
de la moralité, il n'en retient que la
forme et demande au sujet seul de s'ériger en législateur
de l'acte moral. De cette conception il déduit logiquement l'objet
qui servira de matière à l'impératif catégorique,
à savoir la dignité mérite de la personne morale.
(Th. Ruyssen.). |
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