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Universaux.
- Ce sont les idées ou les termes généraux,
distingués logiquement en cinq classes,
suivant ce qu'ils nous font connaître de la nature
ou des propriétés des choses
qu'ils expriment. Dans la nature des choses, les termes généraux
se peuvent rapporter :
1° soit à ce qu'elles ont d'essentiel en commun avec d'autres choses: il est essentiel au triangle d'être une figure rectiligne; mais cela lui est commun avec beaucoup d'autres figures; à l'humain d'être animal, mais cela lui est commun avec les poissons et les oiseaux, etc.; c'est le genre;Aristote paraît avoir, le premier, fait ces distinctions ingénieuses, de peu d'usage pour la pratique peut-être; mais, s'il sert peu, comme disent les auteurs de la Logique de Port-Royal, de savoir qu'il y a des genres, des espèces, des différences, des propres et des accidents, du moins est-il important, de leur aveu, de reconnaître les vrais genres des choses, les vraies espèces de chaque genre, leurs vraies différences, leurs vraies propriétés, et les accidents qui leur conviennent. Bossuet, qui a fondu en grande partie dans sa logique le petit traité de Porphyre, connu sous le nom d'Isagogé ou Introduction (De quinque vocibus, seu in Categorias Aristotelis Introductio), résume, dans les termes suivants, la nature des cinq Universaux : 1° le genre est ce qui convient à plusieurs choses différentes en espèces;La querelle soulevée au sujet de la question des idées générales ou des universaux, est célèbre dans l'histoire de la philosophie du Moyen âge, car, pendant une durée de près de trois siècles, elle ne cessa d'agiter les écoles. Pour les scolastiques, qui distinguaient les cinq sortes d'universaux que l'on vient de mentionner, il s'agissait de savoir si les idées générales, ainsi classées, sont de pures conceptions de l'esprit sans réalité objective, ou si ces idées générales représentent des essences ayant une existence réelle. Les deux solutions opposées ont
été affirmées dans l'Antiquité, la première
par l'école d'Aristote et celle
du Portique. la seconde par l'école
de Platon et par l'école Alexandrine Par opposition, on appela Réalisme la doctrine contraire qui admettait l'existence réelle des universaux, c'est-à-dire l'existence en dehors de l'esprit, de types constitutifs des genres et des espèces. De même, les partisans du réalisme furent désignés sous le nom de Réalistes. Lorsque Roscelin souleva la querelle, il rencontra surtout pour adversaires Guillaume de Champeaux, et le célèbre saint Anselme, plus tard archevêque de Cantorbéry. Un autre auteur, non moins illustre dans l'histoire de la philosophie du Moyen âge, Abélard, attaqua à la fois le réalisme et le nominalisme. Pour lui, les idées générales ne sont, ni des types, ni de simples mots, mais des conceptions de l'esprit, et par là possèdent non une existence-objective, mais simplement une existence subjective. La théorie d'Abélard a reçu le nom de Conceptualisme. Mais il est évident que le conceptualisme n'est au fond que le nominalisme; c'est un nominalisme plus intelligent, c.-à-d. formulé d'une manière plus exacte, et les nominalistes postérieurs furent tous des conceptualistes. Si la discussion à laquelle donna
lieu la question des universaux, qui n'est en d'autres termes, que celle
des idées générales, passionna dès l'abord
toutes les écoles, ce ne fut pas tant à cause de son importance
qu'à raison de certaines circonstances particulières. En
effet, Roscelin avait eu l'imprudente idée d'appliquer à
la théorie nominaliste au dogme de la Trinité Le réalisme régna à
peu près sans conteste pendant un siècle, jusqu'à
l'époque où Amaury de Chartres "Guillaume d'0ccam, dit l'historien de la philosophie scolastique, Barthél. Hauréau, ajoute que si l'on a mis en avant l'hypothèse des essences universelles, afin de donner à la science un retranchement contre les assauts du scepticisme, on a dépensé beaucoup d'efforts pour produire un résultat bien misérable. En effet, s'il est clairement établi que rien ne subsiste au titre d'universel, voilà la brèche ouverte, et le scepticisme entre dans la place. Mais la science n'est pas du tout intéressée à ce que les termes d'une proposition soient des choses hors de l'entendement. si ces termes sont des concepts vrais et nécessaires, qui, dans leur unité, représentent fidèlement ce qui a été recueilli de plusieurs, le principe de la certitude est sauvé. Quoi de plus légitime, en effet, qu'un concept nécessaire? et la science peut-elle avoir un fondement plus solide que celui-là?"Guillaume d'Occam fut suivi dans cette voie par la plupart des philosophes qui vinrent après lui, tels que Jean Buridan, Marsile d'lnghen, Pierre d'Ailly, et autres, dont l'orthodoxie n'a jamais été révoquée en doute. La querelle des nominalistes et des réalistes se termina en définitive par le triomphe des première; mais ce triomphe ne fut pas de longue durée, car l'ère de la Renaissance s'ouvrait, et la philosophie allait se précipiter dans de nouvelles voies. Dans tous les cas, la dispute relative aux universaux non seulement tomba dans l'oubli, mais encore fut traitée par ceux qui daignèrent encore la mentionner avec un dédain qu'elle ne méritait pas. (B./ DV). |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.