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Les Amphibiens
L'organisation anatomique des Batraciens
Aperçu Anatomie Reproduction, développement Distribution géographique Paléontologie
Le squelette.
Le squelette des Batraciens offre de grandes analogies avec celui de certains Poissons (Ganoïdes), mais il présente un degré supérieur de perfectionnement; « bien que la corde dorsale puisse persister, écrit Claus » il se développe toujours des vertèbres osseuses, à l'origine biconcaves. Dans les cas les plus simples, les vertèbres ont la forme d'un double cône osseux. dont la cavité centrale est remplie par la corde dorsale très développée, puis continue; chez certains types, les Tritons et les Salamandres entre autres, le cartilage intervertébral, en se développant, refoule la corde dont le reste devient cartilagineux et produit par différenciation ultérieure une tête articulaire, ainsi qu'une cavité cotyloïde correspondante, qui ne sont cependant complètement séparées que chez les Anoures (Grenouilles, Crapauds), pourvus de corps vertébraux procoeles ou à concavité antérieure et à convexité en arrière. L'atlas ou première vertèbre présente toujours deux cavités articulaires correspondant aux deux condyles de la base du crâne.
Crâne de grenouille.
Crâne osseux et cartilagineux de Rana esculenta.
1. -Dessus. 2. - Dessous.

Un caractère spécial aux Batraciens et par lequel ils se distinguent des Vertébrés supérieurs, observe Sauvage, consiste en ce que le crâne primordial subsiste pendant toute la durée de leur existence, d'où il suit que leur crâne se compose d'un mélange de pièces osseuses et cartilagineuses; le crâne primordial cartilagineux persiste donc, mais il perd généralement sa voûte et son plancher et il est refoulé par des pièces osseuses qui tantôt sont produites par ossification de la capsule cartilagineuse (occipitaux latéraux Ocl; os en ceinture Et) ; tantôt sont des os de revêtement issus du périchondre (pariétaux, frontaux Fp; nasaux N; vomer V; parasphénoïde Ps); le basi-occipital et le sus-occipital restent à l'état de pièces cartilagineuses. La région de l'oreille est formée par un grand os qui cache sa partie antérieure, il correspond au prooticum ou pétreux Pe. Les parois latérales de la cavité crânienne restent cartilagineuses, mais dans la région antérieure apparaissent deux points d'ossification qui donnent naissance à deux pièces osseuses se joignant sur la ligne médiane et constituant l'os en ceinture ou ethmoïde de Dugès EF. L'appareil maxillaire est soudé avec le crâne, le palato-carré Pl est en connexion avec la capsule cranienne cartilagineuse, et se contourne en avant autour des orbites; l'ossification qui apparaît à l'extrémité du suspenseur de la mâchoire forme l'os carré; sous le nom de tympanique Ty, on désigne un os de recouvrement appliqué sur le cartilage; un second os situé au-dessous et en avant forme le Ptérygoïde Pt; l'arc extérieur de la mâchoire formé par des os de recouvrement, les inter-maxillaires Imx et les maxillaires Mx, pièces cartilagineuses rostrales et adrostrales des larves, peut se réunir à l'os carré par le quadrato-jugal ,j.

Ceeinture scapulaire de grenouille.
Ceinture scapulaire de Rana esculenta.

Les membres présentent une ceinture scapulaire et une ceinture pelvienne. La ceinture scapulaire laisse facilement apercevoir l'omoplate S, et le coracoïde Co, auquel viennent s'ajouter le supra-scapulaire cartilagineux et. la clavicule Cl; une commissure cartilagineuse sépare les trois premiers os; à la base existe la cavité glénoïde G., une masse cartilagineuse médiane, M, se termine par le sternum osseux St et son extrémité cartilagineuse En; à l'extrémité opposée se montre l'épisternum Ep; en Fe on observe un espace vide situé entre le coracoïde et la clavicule.


Urodèle
A gauche, ceinture scapulaire.
A droite, coupe longitudinale d'une vertèbre opistocoele.
Système musculaire.
Les muscles chez les Batraciens correspondent à la forme du corps. Chez les animaux qui sont essentiellement aquatiques, ce sont les masses qui composent la queue, transformée en rame, qui l'emportent; chez les Grenouilles, au contraire, destinées à sauter, ce sont les muscles du train de derrière qui ont la prédominance. Ces muscles ont une couleur blanc-rosée et sont plus pâles que ceux des Reptiles; leur excitabilité est très grande.

Appareil digestif.
Le tube digestif des Amphibiens présente la même disposition générale que chez tous les Vertébrés : c'est un tube ouvert à ses deux extrémités et présentant sur son parcours un renflement ovale, qui est l'estomac, qui offre d'habitude l'aspect d'une cornue et dont les parois internes sont plissées longitudinalement.

La cavité buccale, large et grande, présente sur le vomer et le palatin de petites dents pointues recourbées en arrière; rarement ces dents manquent complètement. Ces dents sont destinées tout simplement à retenir la proie.

La langue est épaisse, pourvue de papilles gustatives, et sert d'organe de préhension des aliments; celle de la Grenouille est fixée par son bord antérieur et son extrémité libre est dirigée vers le fond de la bouche

Les deux fosses nasales sont plus différenciées que chez les Poissons; elles s'ouvrent au dehors au sommet du museau, et en arrière au fond de la bouche.

Le foie et le pancréas sont toujours bien développés; le canal pancréatique possède la particularité de s'ouvrir dans le canal cholédoque qui, à son tour, débouche dans le duodénum.

L'intestin est divisé en intestin grêle, étroit, présentant ordinairement des circonvolutions, et en gros intestin qui vient déboucher dans une poche cloacale, où arrivent en même temps les oeufs et l'urine. Celle-ci est sécrétée par deux reins très allongés possédant chacun un conduit excréteur qui s'ouvre dans le cloaque.

Appareil urinaire
Les organes urinaires comprennent deux reins étendus le long de la colonne vertébrale, de chaque côté de l'aorte, et se continuant chacun par un uretère qui va déboucher dans la partie terminale du rectum dilatée en cloaque. Chez les mâles, cet uretère sert en même temps à l'émission des produits sexuels. Il existe également une
vessie, mais elle présente la particularité de ne pas recevoir directement les deux uretères; c'est un simple diverticule de la paroi cloacale qui s'ouvre en avant du cloaque, tandis que les deux uretères s'ouvrent en arrière.

Les reins des Batraciens représentent, comme chez les Poissons, les reins primitifs ou mésonéphros de l'embryon, dont les tubes primitifs ont perdu leur pavillon vibratile, ont pris de nombreuses ramifications terminées par des glomérules de Malpighi et sont devenus deux reins massifs. Chez quelques Anoures et chez les Urodèles, il persiste même encore des entonnoirs vibratiles ouverts à la surface des reins; il en est ainsi chez la Grenouille, par exemple, où ces entonnoirs sont visibles à la loupe sous la forme de petits points blancs disséminés à la surface des reins.

Quant aux conduits urinaires, ils ont la même origine que chez les Poissons Sélaciens; l'uretère primitif de l'embryon se divise en deux autres, le canal de Wolff et le canal de Muller. Ces deux conduits persistent chez les femelles : celui de Wolff sert uniquement à l'évacuation de l'urine et fonctionne par conséquent comme uretère; celui de Muller devient l'oviducte servant à l'évacuation des oeufs. Chez les mâles, au contraire, le canal de Muller s'atrophie et il ne persiste que le canal de Wolff, qui sert à la fois à l'évacuation de l'urine et des éléments sexuels, c'est-à-dire qu'il fonctionne simultanément comme uretère et comme canal déférent.

appareil uro-génital de la grenouille.
Organes génito-urinaires de la grenouille.
Organes mâles. - R, rein avec son uretère W.ur. et la vésicule séminale Vs. - V, vessie. - CI, cloaque. - T, testicules avec canaux spermatiques efférents c..sp. - cj, corps jaune. Organes femelles. - R, rein. - W.ur., uretère. - Ov., ovaire.- M.ov, oviducte avec son pavillon p et son utérus ut. -Cl, cloaque.- Cj, corps jaune.
L'appareil reproducteur.
Chez les Batraciens, comme chez tous les autres Vertébrés, les sexes sont séparés. Les organes mâles consistent en deux testicules situés sur la face interne des reins aux dépens desquels ils se sont constitués; ils présentent la particularité de posséder chacun un certain nombre de petits canaux d'écoulement ou canaux efférents, qui traversent le rein de part en part pour aller déverser le liquide spermatique dans l'uretère ou canal de Wolff. Ils sont accompagnés chacun d'un petit organe jaune orange, à nombreuses digitations, qui n'est pas autre chose qu'une réserve graisseuse appelée communément le corps jaune.

Les deux ovaires, au moment de la reproduction, sont deux énormes masses lobées remplissant toute la cavité générale; les oeufs qui s'en détachent à maturité tombent dans cette cavité pour s'engager ensuite dans la trompe ou pavillon de deux oviductes qui vont déboucher isolément dans le cloaque, au voisinage des uretères, dont ils sont absolument distincts, et qui sont remarquables par leur longueur et leurs nombreux contournements. Vers leur extrémité terminale postérieure, ils présentent une dilatation improprement appelée l'utérus dont les parois sécrètent une substance gélatineuse qui se dépose autour des oeufs avant leur arrivée dans le cloaque.

Les oeufs renferment du vitellus nutritif disséminé dans toute la masse protoplasmique et appartiennent par conséquent à la catégorie des hétérolécithes.

La substance gélatineuse dont ils sont enveloppés à leur sortie du cloaque les agglutine soit en une seule masse, soit en chapelets; il n'y a guère que chez les Tritons qu'ils restent isolés et fixés sur les plantes aquatiques à l'aide de la matière visqueuse qui les entoure.

L'appareil respiratoire.
Tous les Batraciens sont pourvus de deux sacs pulmonaires; ils ont de plus, soit à l'âge adulte, soit seulement à l'état larvaire, trois à quatre paires de branchies, tantôt renfermées dans une cavité recouverte par la peau du cou et indiquée à l'extérieur par une fente, tantôt externes et constituant des appareils arborescents. On a détaillé dans la page consacrée au développement des Batraciens comment  l'organisation générale de leur appareil respiratoire suit l'histoire des métamorphoses. Résumons cette histoire pour ce qui concerne la respiration.
1° A la sortie de l'oeuf, les Batraciens ne possèdent aucun appareil respiratoire spécial et c'est à travers leur peau mince que s'effectuent les échanges gazeux. Cette peau reste même toujours assez perméable à l'état adulte pour continuer à laisser passer l'air, et une Grenouille privée de ses poumons continue à vivre encore plusieurs mois en respirant par la peau.

2° Quelques jours plus tard, ils prennent des branchies externes qui ont la forme de petites houppes filamenteuses et ramifiées au-dessous de chaque panache se trouve une fente à bords crénelés et tapissés d'une muqueuse gorgée de sang : ce sont les fentes branchiales. Les Protées et les Sirens conservent cet appareil respiratoire primitif, mais prennent en même temps des poumons. Par suite, ces animaux respirent avec leurs branchies l'air dissous dans l'eau, et ils viennent de temps en temps à la surface puiser l'air libre par leurs poumons.

Les Salamandres géantes du Japon subissent une transformation un peu plus complexe : elles perdent leurs branchies externes et en prennent d'internes qui se développent sur les bords des fentes branchiales. Ces branchies internes persistent à l'état adulte, concurremment avec les poumons qui se développent un peu plus tard.

3° Enfin les Grenouilles et les Crapauds perdent successivement leurs branchies externes et leurs branchies internes et ne possèdent que des poumons à l'état adulte. Chez les Tritons et les Salamandres, les poumons remplacent même directement les branchies externes.

Toutes ces formes sont les plus différenciées. La trachée est très courte et se subdivise en deux branches qui débouchent à plein chacune dans un poumon, sans se ramifier . Les poumons sont de simples sacs à parois très minces, lisses à leur face externe et présentant en dedans des replis qui limitent des alvéoles de grande taille, pour augmenter la surface de la membrane respiratoire. Rappelons que les côtes étant rudimentaires chez les Grenouilles, ces animaux ne peuvent inspirer et expirer l'air comme les autres Vertébrés aériens; ils l'introduisent dans leurs poumons par des mouvements de déglutition, et le rejettent par les contractions de leurs muscles abdominaux qui pressent légèrement les sacs pulmonaires.
L'appareil circulatoire.

Le coeur.
Le coeur des Batraciens possède les quatre mêmes compartiments que celui des Poissons; de plus l'oreillette est subdivisée en deux autres complètement distinctes, et les différentes cavités au lieu d'être placées les unes à la suite des autres comme chez les Poissons, se sont ramassées et forment un organe globuleux : les deux oreillettes sont placées sur la face supérieure du ventricule unique; le bulbe se trouve entre les deux oreillettes, et le sinus veineux est situé à la face postérieure du coeur, avec un orifice qui le fait communiquer seulement avec l'oreillette droite.

 Le système artériel.
Toutes les artères partent du bulbe. Ce sont :

1° Les deux carotides se rendant à la tête.

2° L'aorte qui comprend deux crosses tournant l'une à droite et l'autre à gauche et se réunissant un peu plus en arrière du coeur pour former un tronc unique qui s'étend ensuite tout le long de la colonne vertébrale. Sa première ramification est le tronc coeliaque, qui se subdivise lui-même en artère intestinale, artère hépatique et artère splénique. Un peu plus bas elle envoie dans les reins, de forme allongée, quatre paires d'artères rénales. Enfin à l'extrémité de la colonne vertébrale elle se subdivise en deux artères iliaques pour les deux pattes postérieures.

3° Les deux artères pulmonaires qui conduisent le sang veineux aux poumons; chacune d'elles possède une importante ramification, l'artère cutanée, qui va former un riche réseau sous la peau, car celle-ci est très mince, se laisse traverser par l'air et joue le rôle d'une véritable membrane respiratoire.

Système artériel des Batraciens.
Système artériel des Batraciens.
a, a', les deux crosses de l'aorte. - b, bulbe.
- v, ventricule. - o.d. et o.g. les deux oreilletes.
Le système veineux.
Pendant la vie embryonnaire le système veineux est composé de deux jugulaires et de deux cardinales comme chez les Poissons. Mais ces quatre troncs veineux s'atrophient dans la suite du développement et sont remplacés par deux veines caves supérieures et une veine cave inférieure qui ramènent au coeur tout le sang veineux de l'organisme et qui débouchent toutes dans le sinus. Il faut y ajouter les deux veines pulmonaires qui ramènent le sang venant de s'artérialiser dans les poumons et qui s'ouvrent dans l'oreillette gauche.

Les veines caves supérieures présentent la particularité de recevoir les veines cutanées ramenant le sang qui s'est artérialisé sous la peau.

La veine cave inférieure reçoit tout le sang venant des membres inférieurs, du système porte rénal et du système porte hépatique.

Le système porte rénal est formé par les deux veines iliaques venant des membres postérieurs et qui, au lieu de se déverser directement dans la veine cave, se ramifient d'abord abondamment en capillaires dans les reins; de ceux-ci il sort ensuite quatre paires de veines rénales débouchant dans la veine cave inférieure.

Le système porte hépatique présente la même disposition générale que celui de l'humain : le foie reçoit la veine porte formée par la réunion des veines intestinales, spléniques et stomacales, et laisse sortir la veine hépatique se déversant dans la veine cave.

Particularité : une partie du sang veineux sortant des membres postérieurs va traverser le foie avant de se rendre au coeur tout comme celui de l'intestin ou de l'estomac ; il y est conduit par la veine abdominale impaire qui part d'une anse des iliaques et remonte en suivant le milieu de la paroi abdominale pour aller se déverser dans la veine porte. La même particularité existe chez les Reptiles.

Marche générale de la circulation.
Le sang veineux revient des différentes parties du corps par trois veines caves qui le déversent dans le sinus veineux, d'où il passe d'abord dans l'oreillette droite, puis dans le ventricule unique; d'autre part le sang artériel sortant des poumons par les veines pulmonaires se déverse dans l'oreillette gauche, puis de là dans le ventricule, où il se mélange au moins partiellement avec le sang veineux. Les contractions du ventricule chassent à leur tour le sang dans le bulbe et de là dans les différentes artères. Le mélange même partiel des deux sortes de sang fait dire que la circulation est incomplète chez les Batraciens : on dit encore qu'elle est double parce que le sang artériel revient au coeur avant de se répandre dans le corps et qu'il décrit deux cercles, celui de la circulation pulmonaire et celui de la circulation générale dans le corps.

Explication de la circulation dans le coeur.
Les deux sortes de sang, veineux et artériel, ne se mélangent que très imparfaitement dans le ventricule et ceci demande une explication. D'abord, les contractions des deux oreillettes ne sont pas tout à fait synchroniques, ce qui fait que le contenu veineux de l'oreillette droite et le contenu artériel de l'oreillette gauche n'arrivent pas simultanément - au moins en totalité - dans le ventricule. En second lieu, la systole ventriculaire ne s'effectue pas non plus simultanément dans toute l'étendue du ventricule : la contraction commence du côté droit, alors que cette région ne renferme guère que du sang veineux venu de l'oreillette droite, laquelle se contracte un peu avant la gauche; et ce sang veineux est lancé à peu près en totalité dans les artères pulmonaires, parce que la pression sanguine est un peu moins forte dans les poumons que dans le tronc de l'aorte. Puis la contraction atteint la partie gauche du ventricule, dans laquelle vient d'arriver le sang artériel de l'oreillette gauche, contractée un peu après celle de droite. Ce sang artériel est alors lancé dans le bulbe et s'engage à peu près en totalité dans les carotides et les deux crosses de l'aorte, parce qu'à ce moment les troncs des deux artères pulmonaires sont eux-mêmes remplis de sang veineux.

Système artériel des Batraciens.
Système veineux des Batraciens.
Le système lymphatique.
Les vaisseaux lymphatiques chez les Batraciens sont largement développés; ils accompagnent les vaisseaux sanguins et constituent soit des réseaux, soit de larges canaux. Le canal thoracique, en se divisant dans sa partie antérieure en deux branches, envoie le chyle et la lymphe dans les troncs veineux antérieurs. Dans certains points, des réservoirs lymphatiques sont animés de contractions rythmiques et constituent ce que l'on appelle des coeurs lymphatiques. Chez les Grenouilles notamment, on remarque deux de ces coeurs situés dans la région scapulaire sous la peau du dos et deux autres en arrière des os iliaques; la figure ci-dessous montre en L la disposition de ces coeurs lymphatiques supérieurs.
Coeurs lymphatiques d'une grenouille.
Coeurs lymphatiques de Rana esculenta.

Le système nerveux.
Bien que fort simple, le système nerveux central est cependant supérieur à celui des Poissons. Le cerveau est toujours petit, surtout en comparaison de la moelle épinière, car il est court et étroit; c'est ainsi que, chez une Salamandre, le poids des centres nerveux est 3, comparé à la masse totale du corps, 380, l'encéphale n'étant représenté que par 1. Les ganglions qui composent le cerveau sont placés les uns derrière les autres; les hémisphères sont cependant plus développés que ceux des Poissons, et la différenciation des diverses parties qui les composent est plus sensible. 

La moelle est allongée circonscrit un large sinus rhomboïdal constituant le 4e ventricule. En avant de ce sinus se voit une étroite bandelette qui représente le cervelet; nous distinguons ensuite les lobes optiques, au nombre de deux et qui atteignent de fortes dimensions, les hémisphères cérébraux dans l'écartement postérieur desquels se trouve la glande pinéale; les lobes olfactifs sont développés. Chez le Protée cependant, le cerveau moyen est à peine distinct.

La surface de l'encéphale est lisse, sans circonvolutions apparentes en dessus. Inférieurement se trouve un sillon longitudinal et moyen, le long duquel rampent les principaux vaisseaux artériels.  Les nerfs crâniens sont très réduits; non seulement le facial et les nerfs qui vont aux muscles de l'exil sont des dépendances du trijumeau, mais encore le glosso-pharyngien et le spinal sont des branches du pneumogastrique; l'hypoglosse est le premier nerf rachidien. Les nerfs optiques se réunissent et forment ce que l'on nomme un chiasma.

Les organes des sens.
La vision.
L'oeil ne manque jamais, bien qu'il puisse être fort réduit et caché sous la peau, ainsi qu'on le voit chez le Protée et chez les Cécilies. Les Batraciens urodèles, que l'on connaît sous le nom de Pérennibranches, n'ont pas de paupières, tandis que les Salamandres ont deux paupières très développées. A l'exception du Pipa, tous les Batraciens anoures possèdent, outre la paupière supérieure, une membrane spéciale dite nictitante; chez les Crapauds seulement, cette dernière est accompagnée d'une paupière inférieure. Les Batraciens anoures présentent une autre particularité, c'est l'existence d'un muscle rétracteur contribuant à faire rentrer le globe oculaire très profondément dans l'orbite.

L'ouie.
D'après les recherches de Deiters et de Basse, la structure de l'organe de l'ouïe se rapproche de ce que l'on observe chez les Poissons. Sauf chez les Batraciens anoures, cet appareil se trouve réduit au labyrinthe et aux trois canaux demi-circulaires. Les Anoures possèdent, en outre, une caisse du tympan qui communique avec l'arrière-bouche par une large trompe d'Eustache; le limaçon est rudimentaire. Il existe une fenêtre ovale avec un osselet, soit cartilagineux, soit osseux. Dans beaucoup de Batraciens se voit une fenêtre ronde. Les Batraciens urodèles et les Pelobatidés, parmi les Batraciens anoures, n'ont pas de cavité tympanique. Lorsque cette cavité vient à manquer, les diverses pièces de l'oreille sont directement recouvertes par les muscles et par la peau.  Chez les Batraciens aglosses ou privés de langue, tels que les Dactylèthres, les Pipa, les deux cavités tympaniques communiquent avec la bouche par une seule ouverture commune aux deux trompes d'Eustache.

L'olfaction.
Les organes de l'odorat sont très peu développés chez les Batraciens. Les fosses nasales sont toujours au nombre de deux; l'orifice externe des narines est garni d'un petit appareil cartilagineux et de muscles spéciaux, d'après les recherches de Dugès. L'orifice interne des fosses nasales s'ouvre chez la plupart des Batraciens entre la mâchoire supérieure et les palatins; chez la Sirène cependant et chez le Protée, qui vivent habituellement sous l'eau et qui ont les moeurs des Poissons, les narines consistent en deux petits culs-de-sac creusés dans la lèvre; elles ne livrent pas passage à l'air et ne communiquent plus avec la bouche.

Le goût.
La langue doit plutôt être regardée comme organe de préhension que comme organe de gustation ; elle manque complètement chez le Pipa et le Dactylèthre. Sa forme varie beaucoup et fournit d'excellents caractères pour la classification des genres et des espèces; c'est ainsi qu'elle est entière chez les Oxylosses, cordiforme chez la plupart des Ranidées, échancrée chez les Grenouilles proprement dites, en forme de champignon chez les Bolitoglosses. La langue peut être complètement libre en arrière et dès lors pouvoir se renverser en avant, ou être complètement fixée au plancher de la bouche, les bords latéraux seuls n'étant pas attachés. Il existe des papilles gustatives sur la langue des Batraciens, de telle sorte que cet organe sert également au goûter.

Le toucher et la peau.
Lorsque l'on regardait les Reptiles et les Batraciens comme appartenant à une seule et même classe, on caractérisait ces derniers en disant que ce sont des Reptiles nus, par opposition aux autres dits Reptiles écailleux.

En terme général, la peau des Batraciens, qui joue un si grand rôle, non seulement comme appareil de sécrétion, mais encore comme appareil respiratoire, est lisse et visqueuse. Chez certains Anoures, cependant, tels que le Ceratophrys, les Brachycéphales, le dos est protégé par un petit bouclier osseux qui s'unit aux parties élargies de plusieurs vertèbres. Les étranges animaux connus sous le nom de Labyrinthodontiens avaient un endosquelette fort développé à la surface ventrale; les Archégosaures des terrains anciens étaient encore plus cuirassés. Les Batraciens que l'on connaît sous le nom de Gymnophiones, tels que les Cécilies, ont la peau partagée en une série d'anneaux dans l'épaisseur desquels se trouvent de petites écailles qui offrent des lignes concentriques et rayonnantes rappelant jusqu'à un certain point les écailles de certains Poissons.

Les Gymnophiones et les Urodèles ont la peau intimement collée ou adhérente aux organes subjacents, tandis que chez les Anoures il existe entre les téguments et les muscles des espaces libres, formant des sortes de sacs, ce qui donne à ces animaux la faculté de gonfler considérablement leur enveloppe cutanée. Cette disposition avait été depuis longtemps observée.

Rugosam inflavit pellem, nous dit Phèdre .

Envieuse, s'étend et senne et se travaille.
[...]
La chétive pécore 
S'enfla si bien, quelle creva, nous apprend La Fontaine.

L'organe des sens connu sous le nom de ligne latérale se trouve chez tous les Batraciens à l'état larvaire ; on le rencontre aussi chez les animaux essentiellement aquatiques, tels que les Urodèles.

D'après Claus, la peau renferme généralement des glandes qui sont tantôt des cellules simples en forme de bouteilles dont la sécrétion joue probablement un rôle dans le mécanisme de la mue, en séparant les couches cellulaires superficielles qui doivent être rejetées des couches profondes, ou bien des glandes en forme de sac sécrétant du mucus qui lubrifie la surface du corps et la maintient visqueuse lorsque les animaux vivent sur la terre, ou des liquides caustiques, à odeur forte, qui peuvent agir comme des poisons sur les petits animaux. Ces dernières glandes sont particulièrement développées en certains points; parfois elles constituent par leur agglomération des masses considérables, par exemple, dans la région parotidienne chez les Salamandres et les Crapauds, et fréquemment aussi chez ces derniers sur les côtés du corps et sur les membres postérieurs. Les nuances diverses de la peau sont tantôt causées par des amas de granulations pigmentaires dans les cellules de l'épiderme, tantôt par la présence de grandes cellules pigmentaires ramifiées du derme, qui déterminent, chez les Grenouilles, par la variation de leurs formes, le phénomène, depuis longtemps connu, du changement de couleur.

Chez quelques Urodèles, la peau est le siège de productions périodiques remarquables, telles que la crête cutanée qui se montre sur le dos des Tritons à l'époque des amours, ainsi que les franges des doigts. L'épiderme se renouvelle aussi constamment et tombe chez les Anoures par grandes lames.

Nous ajouterons que chez certains Anoures, tels que le Pipa, on remarque des espaces alvéolaires dans lesquels les oeufs peuvent accomplir leur évolution; ces cellules ne sont autre chose que des glandes transformées qui se développent seulement à l'époque de la reproduction.

Outre la crête des Tritons, il convient de mentionner, parmi les productions de l'épiderme, les appendices, en forme de corne, qui se voient au-dessus de l'oeil chez les Cératophrys, les Édalorhines et certains Crapauds tels que le Crapaud cératophrys; ce dernier a, en effet, des productions en forme de piquants de chaque côté des flancs.

La coloration varie à énormément chez les Batraciens; elle est parfois très vive et des plus brillantes. Certaines espèces sont entièrement noires, d'autres sont marbrées de noir et de blanc, de noir et de rouge. On trouve aussi le bleu et le vert, le rouge, le jaune,
le violet, l'aurore, l'orangé et pour ainsi dire toutes les dégradations et tous les mélanges possibles dans la gamme des couleurs.

Suivant la remarque faite par Duméril et Bibron, une circonstance importante à noter, c'est que, dans certaines espèces, dans la Rainette des arbres, par exemple ou dans le Triton marbré, on trouve des variétés qui prennent constamment les mêmes
teintes; pour la première, par exemple, de la nuance. (A.E. Brehm).

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