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Les Poissons
Les Poissons forment un goupe hétérogène de vertébrés 'anallantoïdiens, généralement ovipares, respirant toujours par des branchies; seuls les Dipneustes possèdent également des poumons

Ce sont des animaux à coeur simple placé sur le trajet du sang veineux, à circulation simple, à température variable, à tégument couvert d'écailles ou de pièces osseuses, à nageoires paires (0 ou 2 ou 4) et à nageoires impaires; pas de vessie urinaire antérieure. 

« La classe des Batraciens, par les plus dégradés d'entre ces animaux, est si intimement unie à celle des Poissons que, si l'ensemble des caractères à l'aide desquels on définit les Poissons est vrai dans sa généralité, il n'est pas un de ces caractères qui ne puisse ou faire défaut, ou être appliqué à des êtres placés sur les confins qui limitent les deux classes » (Sauvage). 
D'autre part, l'Amphioxyus (Céphalocordés) établit nettement la transition entre les Poissons, qui sont les plus inférieurs des Vertébrés, et les Invertébrés.

Essentiellement aquatiques, les Poissons possèdent une conformation extérieure bien adaptée à leur rapide progression dans les milieux liquides : la tête se continue sans ligne de démarcation avec le tronc, le corps est en général comprimé latéralement, il y a des nageoires paires et impaires, les écailles sont imbriquées d'avant en arrière. La bouche est en général placée à la partie antérieure de la tête, parfois à la face ventrale (Raie, Requin, etc.). L'anus est placé en avant de la nageoire anale et de l'orifice des organes génito-urinaires. Cette forme fondamentale présente des exceptions, chez les Raies, les Torpilles, etc., dont le corps est comprimé et étalé en disque, chez les Poissons plats dont le dos est bombé par suite d'une compression latérale, chez les Taonioïdes qui ont le corps rubané, chez les Orbes épineux dont le corps se gonfle comme un ballon et est disposé pour flotter.
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Poissons.
1. - Centrisque bécasse; 2. - Agone; 3. - Thon à ailes courtes; 4. - Hénioque; 5. - Hémiramphe; 6. - Maquereau; 7. - Exocet; 8. - Holacanthe; 9. - Chétodon; 10. - Vive; 11. - Limande; 
12. - Epinochette ; 13. - Callionyme lyre.

La bouche est munie de mâchoires, et disposée pour la mastication, sauf chez un petit nombre d'espèces, où elle est disposée pour la succion. Le coeur est composé seulement d'une oreillette et d'un ventricule, et il est placé sur le trajet du sang veineux. La respiration branchiale se fait pour les uns dans l'eau douce, pour les autres dans l'eau salée, quelques espèces pouvant alternativement vivre dans l'eau douce ou l'eau salée. Beaucoup de Poissons, auxquels la respiration aquatique ne fournit pas assez d'oxygène, viennent souvent à la surface de l'eau respirer l'air en nature. 

Un grand nombre de Poissons ont une vessie aérienne ou vessie natatoire; on appelle ainsi une poche remplie de gaz, de forme variable, située au-dessous de la colonne vertébrale; c'est un organe accessoire de respiration. Les gaz de la vessie natatoire ne proviennent pas du dehors; ils se dégagent du sang. Le Poisson n'a aucune action sur sa vessie; celle-ci augmente ou diminue de volume suivant la pression; quand le poisson monte, il est soumis à une pression moindre, et sa vessie se gonfle; le contraire se produit quand le poisson descend. La vessie natatoire manque chez un grand nombre de Poissons, qui alors sont toujours plus lourds que l'eau et ne peuvent rester immobiles sans descendre; la plupart de ces poissons reposent sur le fond de la mer (raies, soles), ou sont des poissons de rapine (requins) effectuant des mouvements brusques de montée ou de descente.

Les poissons se reproduisent par des oeufs. En général la femelle dépose ses oeufs, en fort grand nombre, au fond de l'eau, et le mâle, pour les féconder, les arrose de sa laitance. Presque toujours les oeufs sont abandonnés à eux-mêmes; cependant certains poissons en prennent soin. Ainsi les mâles des épinoches construisent des nids pour la ponte, gardent les oeufs, protègent les petits. Chez certaines espèces, les mâles possèdent une poche d'incubation pour les oeufs. 

La progression des poissons dans l'eau est due aux mouvements de flexion du corps. La nageoire caudale, par ses mouvements, agit à la manière d'une hélice située à l'arrière d'un bateau. Les nageoires latérales servent surtout au maintien de l'équilibre et à la marche en arrière. Quelques poissons à nageoires pectorales énormes peuvent sortir de l'eau, monter sur le vent, à la manière d'un cerf-volant, après s'être donné une vitesse initiale plus ou moins considérable en agitant fortement leur queue dans l'eau; on les nomme poissons volants.

La peau est généralement recouverte d'écailles; rarement nue (requins, raies). On distingue plusieurs sortes d'écailles. Quelques Poissons émettent de véritables sons qui paraissent se produire dans la vessie aérienne (grondins, harengs).

Certains Poissons causent, quand on les touche, une commotion électrique
très douloureuse; tels sont la Torpille le Gymmnote, le silure. L'organe électrique qui produit ce phénomène varie de position et de structure avec les espèces. Il se compose de cellules prismatiques recevant de nombreux vaisseaux et des nerfs d'une grosseur plus considérable que ceux qui se rendent aux autres parties du corps. Ces appareils électriques servent aux animaux qui les portent à paralyser leur proie, ou à se défendre contre leurs ennemis. 

Voyageant souvent en grandes bandes, les Poissons effectuent des migrations lointaines.

Chez certains Poissons, la durée de la vie est considérable. 
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Poisson perroquet.
Un poisson-perroquet, au Panama. Source : The World Factbook.

Classification des Poissons

On connaît actuellement plus de 40 000 espèces différentes de Poissons; et il est bien certain que beaucoup d'espèces marines sont encore inconnues, surtout celles des eaux profondes.

La classification d'un nombre si considérable d'espèces est difficile. On distingue deux classes : celle des Poissons Osseux (Ostéichtyens) et celle des Poissons cartilagineux (Chondrichtyens). Les Brachioptérygiens et Dipneustes présentés dans le tableau comme des super-ordres de la sous-classe des Actinoptérygiens sont considérés par certains auteurs comme formant eux-mêmes des sous-classes de la classe des Ostéictyens.
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Chondrichtyens
(Sélaciens lato sensu = Poissons cartilagineux)
Elasmobranches
(Sélaciens stricto sensu = Requins et Raies)
Requins
(Squales)
Galéomorphes.(Requins évolués)
Squalomorphes.(Requins primitifs)
Squalinomorphes
Raies (Batoïdes)
Bradyodonthes : Holocéphales(Chimères)
Chimérides, Rhinochimérides, Callorinchidés
Ostéichtyens
(Poissons osseux)
Actinoptérygiens Téléostéens Acanthoptérygiens :  Atheriniformes, Béloniformes,    Beryciformes, Cyprinodontiformes, Gasterosteiformes, Mugiliformes,  Perciformes, Pleuronectiformes,    Scorpaeniformes, Zeiformes, Stephanoberyciformes, Synbranchiformes, Tetraodontiformes (Plectognathes). 

Dans d'autres super-ordres : Cypriniformes, Cupléiformes, , Anguilliformes, Saccopharyngiformes, , Syngnathiformes, Gadiformes, Lophiiformes.

Chondrostéens
Holostéens
Brachioptérygiens
Dipneustes
Crossoptérygiens (tous fossiles, sauf les deux espèces actuelles de Coelacanthes = Latimeria :  L. chalumnae et L. menadoensis)
N. B. : Les Agnathes (Lamproies, Myxines), autrefois rangés parmi les Poissons sont aujourd'hui considérés par les taxonomistes comme un groupe complètement distinct.

Téguments

La peau des Poissons présente un épiderme sans couche cornée et un derme conjonctif avec des vaisseaux et des nerfs, sans muscles ni glandes, et entre les deux les formations de l'exosquelette. Les cellules de l'épiderme offrent de nombreuses assises; elles sont vivantes et nucléées et entremêlées de cellules mucipares caliciformes qui sécrètent une matière huileuse protectrice (Téléostéens, etc.). L'exosquelette est constitué par des écailles qui couvrent le corps, par des os de recouvrement qui garnissent le crâne et parfois le corps tout entier, et par la ceinture scapulaire. Phylogéniquement il est plus ancien que le squelette interne, car les
Poissons du Silurien et du Dévonien étaient tous cuirassés.

Quelques Poissons actuels, les Syngnathiformes (Hippocampes, etc.) et les Ostracion (= Poisson-coffre), Diodon (Poisson porc-épic), Trétraodon (Poisson-globe) et autres Plectognathes (Balistes, Poissons-lune) ont encore tout le corps couvert de plaques osseuses.

Les écailles existent chez tous les Poissons, à l'exception de certaines Anguilles et de quelques Poissons électriques. Elles sont implantées dans des cavités formées par le tissu conjonctif du derme et recouvertes par l'épiderme soit pendant toute la vie (Téléostéens, Dipneustes), soit pendant la vie embryonnaire seulement (Holostéens, Sélaciens). Leur développement est analogue à celui des dents : une papille dermique pénètre comme une cheville dans l'épiderme et se coiffe d'un capuchon épidermique; puis elle se sclérifie et se transforme en os ou en ivoire, pendant que la coiffe épidermique fournit l'émail. Les écailles ont fourni des caractères importants au point de vue de la classification des Poissons : 

1° écailles placoïdes, spéciales aux Sélaciens, analogues aux dents par leur structure, offrant en leur milieu un tubercule saillant ou une épine; la substance fondamentale est l'ivoire; il y a une pulpe abondante, très vasculaire et riche en nerfs; 

2° écailles ganoïdes. Ce sont des plaques losangiques, sans cavité bulbaire, formées de tissu osseux recouvert d'une épaisse couche d'émail qui lui donne un aspect brillant. On les retrouve dans deux groupes : les Holostéens et les Chondrostéens.

3° écailles cténoïdes et 4° écailles cycloïdes, caractéristiques des Téléostéens et des Dipneustes; elles sont minces, et l'émail qui les recouvre, cessant de s'accroître, se dissocie en lames concentriques à leur surface.

Le derme, et pour certains ailleurs également l'épiderme, renferment des cellules pigmentaires étoilées ou chromatophores en rapport avec des filets nerveux, et susceptibles de modifier la coloration de la peau selon la couleur du fond de l'eau (Epinoches, Soles, Limandes, etc.). Le dépôt de pigment augmente au moment de la reproduction, du moins chez les mâles (robe de noce). Ajoutons que chez beaucoup de Poissons l'éclat nacré du tégument est dû à de nombreux cristaux de guanine juxtaposés et donnant lieu à un jeu de lumière analogue à celui produit par les réseaux; chez les Ablettes cet enduit est si abondant qu'on s'en sert pour la fabrication des perles artificielles.
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Poissons.
1. - Cyclogaster; 2. - Loche; 3. - Vieille de mer; 4. - Malarmat; 
5. - Ptéroïs; 6. - Labre mixte; 7. - Pélor; 8. - Synancée; 9. - Gal; 
10. - Chabot de mer; 11. - Gymnètre; 12. - Môle (Poisson-lune); 13. - Lophote; 
14. - Epinoche de mer; 15. - Eperlan; 16. - Perche.

Squelette

Le squelette interne reste cartilagineux chez les Poissons les plus archaïques, Sélaciens, Dipneustes, Chondrostéens; il est ossifié chez les Holostéens et surtout chez les Téléostéens.

1° Colonne vertébrale. 
Chez les embryons de Poissons on observe une corde dorsale ou notocorde, entourée d'une gaine fibreuse ou couche squelettogène. La notocorde persiste toute la vie, mais la couche squelettogène ne se transforme que partiellement en cartilage et en tissu osseux. Chez les Chondrostéens et les Dipneustes, la gaine figure déjà le corps vertébral, toujours encore cartilagineux, de consistance fibrillaire; il existe ici un arc neural fermé de trois pièces dont la médiane est la neurépine, et un arc hiémal dont les pièces sont soudées dans la région caudale avec une hémépine sur la ligne médiane. Dans la région du tronc, les arcs inférieurs divergent et restent inclus dans la paroi dorsale de la cavité générale, tandis que dans la région caudale ils convergent, comme nous venons de le voir. La réunion de ces arcades hémales forme un canal où passe l'aorte caudale. Chez quelques autres Chondrostéens et chez les Sélaciens, des pièces intercalaires réunissent les deux arcs neural et hémal, la notocorde se chondrifie et se divise en segments vertébraux; le corps vertébral est devenu alors biconcave et commence à se calcifier. 

Chez les Holostéens et les Téléostéens, la soudure est complète, tout est calcifié : les vertèbres sont toujours biconcaves ou amphicoeliques, la corde est étranglée à leur niveau, mais se dilate dans les espaces intervertébraux, et l'ensemble figure une sorte de chapelet. Il y a cependant un Holostéens, le Lépidostée, qui a les vertèbres opisthocoeliques,c.-à-d. concaves en arrière et convexes en avant. La cavité des corps vertébraux est remplie d'une substance demi-fluide, à grandes cellules, restes de la corde dorsale. A tous ces Poissons s'applique ce que nous avons dit plus haut au sujet de la distinction à faire entre la région du tronc et la région caudale, c.-à-d. sur la manière dont se comporte l'arc hémal dans ces deux régions. Ajoutons que la région caudale du rachis présente, des aspects divers. Chez les Dipneustes, la notocorde s'étend en droite ligne jusqu'à l'extrémité du corps et s'y trouve entourée symétriquement par la nageoire caudale, formant la queue homocerque. Chez tous les autres Poissons, le rachis subit une inflexion du côté dorsal, la nageoire caudale n'étant plus symétrique, et la queue est dite hétérocerque, et l'hétérocercie est extérieure (Esturgeon) ou intérieure (Brochet, Saumon, etc.), masquée quelle est alors par une symétrie apparente de la nageoire caudale. Enfin, dans le tissu conjonctif des myocommes, on observe la production de formations squelettiques, appelées arêtes, qui sont les unes l'analogue des côtes, s'articulant avec les arcades hémales, les autres des pièces accessoires produites par l'ossification des expansions aponévrotiques intermusculaires. Le sternum manque toujours, et lorsque les côtes se réunissent sur la ligne médiane, c'est au moyen de pièces qui dépendent de l'exosquelette (ceinture scapulaire).

2° Squelette de la tête. 
Le squelette de la tête existe toujours chez les Poissons. 

En somme, « chez tous les Poissons cartilagineux, le crâne est une boîte complète présentant un plancher et une voûte tout à fait continus et d'une seule coulée, sans aucune suture ni interruption. C'est à cet état qu'il se trouve chez les Cyclostomes [= Agnathes], chez les Sélaciens et même chez les Chondroganoïdes [ = Chondrostéens]. Mais chez ces derniers apparaissent des formations nouvelles; ce sont des plaques osseuses, qui se développent dans le derme et forment un second plafond protecteur au-dessus du plafond cartilagineux. Ces os, à partir des Ganoïdes, vont se former partout. Il est clair que cette double protection est superflue, le plafond cartilagineux devient inutile, et, en effet, à partir des Poissons osseux, il ne se forme plus : quand, dans l'embryon des Téléostéens, le crâne, est encore à l'état cartilagineux, il se réduit à une cuvette, qui deviendra la base du crâne osseux; à cette période, le cerveau est uniquement protégé en dessus par une membrane qui fait corps avec le derme. Au moment de l'ossification, des centres d'ossification apparaissent en grand nombre, aussi bien dans la base cartilagineuse que dans la voûte membraneuse dermique et déterminent la formation d'un crâne osseux complet, mais il importe de bien mettre en relief la double origine des os du crâne, dont l'histoire des Poissons nous a révélé la raison d'être. Chez tous les Vertébrés, jusqu'aux Mammifères, la base du crâne est formée d'os de cartilage, la voûte d'os de membrane. Ce qui caractérise le crâne des Poissons osseux, c'est la multiplicité des os qui le forment; les îlots osseux provenant des divers centres d'ossification, au lieu de se sonder en larges pièces osseuses, comme chez les Vertébrés supérieurs, restent isolés, à l'état d'os séparés les uns des autres par des sutures. » (Rémy Perrier, Cours de zoologie). 
Le squelette viscéral de la tête est formé par une série d'arcs destinés à soutenir les parois de la bouche et des fentes branchiales; au point de vue phylogénique, ce système est plus ancien que le crâne, puisqu'on le trouve déjà chez l'Amphioxus, qui est acranien. 

Enfin, chez les Poissons supérieurs, on distingue sept arcs viscéraux : 1° l'arc mandibulaire; 2° l'arc hyoïdien; 3° les arcs branchiaux, au nombre de cinq (sauf chez deux Sélaciens, l'Hexanchus, qui en a six, et l'Heptanchus, qui en a sept).

3° Squelette des membres. 
Chez l'embryon on trouve un repli cutané ininterrompu qui entoure la queue et se termine derrière l'anus. Dans le cours du développement, ce repli s'atrophie et disparaît sur certains points, tandis que sur d'autres, il forme des nageoires séparées les unes des autres et soutenues par des rayons; ce sont la ou les dorsales, la caudale et l'anale, nageoires impaires. Les rayons peuvent manquer dans la dorsale postérieure (Saumons); et peuvent être des stylets osseux, durs, épineux (Acanthoptérygiens), ou être composés d'une série d'osselets ramifiés par dichotomie, mous, flexibles. Chez les Baudroies, les rayons antérieurs sont insérés sur le crâne et se prolongent en filaments; chez les Rémoras ou Echenois, les rayons sont déjetés de chaque côté et forment un disque aplati, porté par la tête, et qui, grâce à ses lames mobiles, petit adhérer aux corps étrangers. Les nageoires impaires sont soutenues par une série de pièces osseuses (os interépineux). Les pectorales, membres pairs, sont soutenues par deux os qui sont les analogues de l'avant-bras et sont eux-mêmes supportés par une ceinture osseuse suspendue au crâne par la clavicule, la supraclavicule et la postclavicule, ce qui assure aux pectorales une certaine constance dans leur position. Il n'en est pas de même des nageoires abdominales ou ventrales, parce que la ceinture abdominale n'a de connexion fixe avec aucune autre partie du squelette. Placées primitivement dans la partie postérieure du corps, elles peuvent se rapprocher plus ou moins des pectorales, et même se placer au-devant d'elles. Le bassin est généralement formé d'une pièce unique. Quant aux nageoires mêmes, elles comprennent une partie basilaire, cartilage ou os, formant le squelette du membre, et une partie terminale constituée par des filaments cornés, rayonnants, disposés en éventail comme dans les nageoires impaires. Chez les Téléostéens, l'ossification de ces rayons est plus ou moins complète.

Système musculaire

Il se compose essentiellement d'une grande masse placée de part et d'autre du tronc et de la queue, formée de deux faisceaux entre lesquels se trouve un muscle grêle; de petits muscles comblent les intervalles que présentent les muscles latéraux. 
Le mode de locomotion diffère selon la forme du corps; le principal agent de la natation, c'est la nageoire caudale qui fait office d'hélice; les pectorales et les abdominales servent plus au maintien de l'équilibre qu'à la propulsion; enfin, les nageoires dorsale et anale jouent le rôle de gouvernail et déterminent la direction du mouvement. La vessie natatoire, sur laquelle nous reviendrons, et qui manque généralement chez les Poissons qui vivent au fond de l'eau, contribue au maintien de l'équilibre en sa qualité d'appareil hydrostatique.
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Poissons.
1. - Echénéide remora; 2. - Torpille narke; 3. - Baudroie; 4. - Carpe; 
5. - Cyprin doré; 6. - Squale renard; 7. - Hareng; 8. - Lotte; 9. - Macrure; 
10. - Goujon; 11. - Saumon omble; 12. - Baliste armée; 13. - Cofre fortifié; 
14. - Diodon porc-épic; 

Système nerveux

Le cerveau des Poissons est loin d'occuper toute la boîte crânienne; il est relativement petit et le tiers au moins de la cavité est occupé par du tissu conjonctif. D'ailleurs, les hémisphères cérébraux sont plus ou moins rudimentaires; sauf chez les Sélaciens, dont le système nerveux est en général mieux développé que chez tous les autres Poissons, ils n'existent pour ainsi dire qu'à l'état d'indication, sous la forme d'une membrane épithéliale mince, qui n'a rien de la structure nerveuse et qui, sous le nom de manteau ou de pallium, forme le plafond du cerveau antérieur. En revanche, les corps striés, qui forment le plancher du cerveau, sont volumineux et constituent les ganglions dits basilaires.
« Longtemps le manteau a passé inaperçu, et on décrivait alors les hémisphères cérébraux des Poissons qu'on confondait avec les ganglions basilaires » (R. Perrier). 
Au-devant des hémisphères sont situés les lobes olfactifs très développés, soit ovoïdes, soit allongés en tractus, et qui constituent avec les organes précédents le protencéphale.

Les couches optiques présentent un faible développement; les organes les plus importants de cette région, qui est le thalamencéphale, sont l'épiphyse et l'hypophyse, cette dernière accompagnée d'organes spéciaux aux Poissons et appelés lobes intérieurs ou latéraux et sacs vasculaires (sanguins). Le thalamencéphale est relativement développé chez les Sélaciens et les Téléostéens. Chez les Torpilles, les lobes latéraux font saillie sur la paroi du quatrième ventricule et constituent les lobes électriques.

Le cerveau moyen ou mésencéphale offre deux tubercules bijumeaux, très nets chez les Sélaciens, énormes chez les Téléostéens; l'aqueduc de Sylvius y est toujours plus ou moins élargi. Le cervelet, qui constitue le métencéphale, est en général volumineux, lisse et non lobulé chez les Téléostéens, muni de circonvolutions et lobulé chez les Sélaciens. Chez ces derniers, le quatrième ventricule communique avec le myélencéphale ou fosse rhomboïdale, située au-dessous du cervelet et qui existe chez tous les Poissons.

Notons encore que chez les Dipneustes et les Holostéens, le cerveau présente des rapports étroits avec celui des Batraciens : l'ensemble est allongé, le protencéphale et les lobes olfactifs prédominent (indice net de perfectionnement), les lobes inférieurs et les sacs vasculaires sont plus ou moins dégradés, le cervelet se réduit à une commissure transversale en avant de la fosse rhomboïdale, le mésencéphale et le cervelet forment un angle, une courbure à concavité centrale (flexion nucale) au niveau du point d'union du myélencéphale et de la moelle, et se trouvent placés à un niveau plus élevé que le reste de l'encépale.

La moelle est généralement bien développée relativement à l'encéphale; elle est cependant très courte chez quelques espèces telles que la Baudroie et le Poisson-lune. Les nerfs cérébraux sont d'ordinaire séparés, à l'exception du glosso-pharyngien et du spinal; le nerf moteur oculaire externe (Lamproie), le nerf facial (beaucoup de Téléostéens) peuvent n'être que des branches du trijumeau. Chez les Holostéens et les Sélaciens, les deux nerfs optiques forment un chiasma. 

Organes des sens

1° Organe olfactif.
En général, les fosses nasales sont doubles et ne communiquent pas avec la bouche; chaque fosse possède deux orifices s'ouvrant tous deux à l'extérieur, sauf chez les Dipneustes dont les fosses nasales traversent la voûte palatine en arrière de l'extrémité du museau. Chez les Sélaciens, l'un des orifices est placé sur la commissure des lèvres.

2° Oeil.
Sauf chez les Poissons les plus archaïques, l'oeil est très visible. Le cristallin est sphérique et la cornée presque plate; il n'existe pas de muscle ciliaire et l'accommodation se fait par un mécanisme spécial : la chambre postérieure de l'oeil est traversée par un repli de la choroïde, le ligament falciforme, qui s'avance au milieu du cops vitré et s'y épanouit en forme de cloche (campanule de Haller); le ligament falciforme, très vascularisé, sert à la nutrition du corps vitré; le campanule de Haller, musculeux, détermine par ses contractions les changements de courbure da cristallin. La sclérotique est généralement incrustée d'os ou de cartilage. Les paupières manquent presque toujours; on trouve cependant chez les Sélaciens deux paupières et fréquemment une membrane clignotante ou nictitante, ainsi qu'un tapis.

3° Organe auditif.
Chez tous les Poissons l'organe de l'ouïe se réduit à l'oreille interne. 

Celle-ci prend naissance, comme chez les autres Vertébrés, « par une invagination de l'exoderme, qui s'enfonce dans la profondeur, se renfle à son extrémité et modifie sa forme de façon à donner les diverses parties de labyrinthe membraneux. Primitivement ce labyrinthe est en communication avec l'extérieur par un petit canal, vestige de l'invagination première; mais à peu près toujours il se ferme; toutefois, chez les Squales, il reste ouvert à l'extérieur et garde sa disposition primitive. L'oreille reste très peu différenciée chez les Cyclostomes [= Agnathes], où il n'existe qu'un vestibule indivis et un canal semi-circulaire; partout ailleurs il existe un utricule avec trois canaux semi-circulaires, et un saccule, présentant déjà un petit diverticule, qui est le rudiment du limaçon. L'oreille interne est donc pour ainsi dire complète » (R. Perrier).


4° Sens du goût. 
Très peu développé, le goût a peut-être pour organe l'appareil très curieux que l'on désigne sous le nom de ligne latérale et qui est absolument spécial aux Poissons. 

« C'est, dit R. Perrier, un sillon, courant tout le long du corps, sur-chacun des côtés, et se ramifiant sur la tête; quelquefois le sillon se transforme en un canal qui communique avec l'extérieur par de nombreux orifices. Dans ce canal se trouvent des boutons nerveux qui sont innervés par une branche du nerf pneumogastrique, le nerf latéral. Bien qu'on ne puisse émettre à cet égard que des hypothèses, il est probable que ces organes de la ligne latérale servent à apprécier les qualités de l'eau ambiante. »


5° Sens du toucher.
Il est certain que les barbillons qui parfois existent autour de la bouche sont en rapport avec le sens du toucher; il en est de même des filaments pêcheurs de la Baudroie, des lambeaux charnus des Rascasses, des doigts des Grondins, des barbillons jugulaires des Mulles, qui dépendent de l'appareil hyoïdien, enfin des divers appendices cutanés disséminés sur le corps.

Appareil digestif

Les Poissons sont pour la plupart carnivores, mais leurs dents sont loin de répondre à un même type. Elles sont extrêmement variables de siège, de forme et de nombre. Chez les Sélaciens, elles n'existent que sur les mâchoires. Dans d'autres groupes, elles peuvent siéger sur les os pharyngiens, sur le palais, sur les points les plus divers des parois de la bouche, et même sur la langue. En général, elles sont fixées à l'os sous-jacent par un os de rattachement. Absentes chez les Esturgeons et les Lophobranches, elles peuvent se souder en plaques (Chimères, Myliobates), être disposées en mosaïques (certaines Raies), etc. Les formes des dents varient à l'infini, depuis la dent large et plate jusqu'à la dent pointue et acérée ou fine et presque filiforme. Même variabilité quant à leurs dimensions et à leur nombre. De plus, les dents des Poissons ne servent pas toujours à la mastication; souvent elles ont pour but de retenir les aliments ou de les couper. Elles peuvent être remplacées quand elles sont hors d'usage, témoin les Requins qui ont derrière leurs dents robustes et coniques des séries de dents de remplacement couchées contre les maxillaires. La forme et la position de la bouche sont également très variables.

La langue se présente comme un simple épaississement du plancher de la bouche, auquel elle est généralement soudée; on ne la voit individualisée que chez les Sélaciens.

Les diverses parties du tube digestif sont peu différenciées; l'estomac, l'oesophage et l'intestin ne se reconnaissent guère que par leur structure histologique. La longueur de l'intestin est variable; généralement assez court, il ne présente de circonvolutions que chez les Téléostéens. Chez les Sélaciens et quelques Holostéens existe une valvule spirale, comparable à un escalier tournant dans une tour de faible diamètre et destinée à multiplier la surface d'absorption. Quand ce repli fait défaut, il y est suppléé par le développement d'appendices pyloriques (un chez le Polyptère, jusqu'à 190 chez les Scomber), digitiformes et sécrétant un liquide analogue au suc pancréatique; cependant le pancréas existe le plus souvent et s'observe nettement, surtout chez les Elasmobranches. En revanche, il n'existe pas de glandes salivaires, mais le foie est constant et volumineux. 

« Chez les Cyclostomes [Agnathes] et les Dipneustes, chaque cellule de l'épithélium digestif est doué de la faculté de sécréter; c'est une petite glande. Groupées en tubes dans l'estomac chez les Sélaciens, ces cellules forment des régions glandulaires plus distinctes encore dans le tube digestif des Poissons supérieurs » (Aubert, Histoire naturelle des êtres vivants). 
Chez les Sélaciens, les Dipneustes et certains Holostéens le rectum débouche, en avant des conduites de l'appareil génito-urinaire, dans une cavité commune, le cloaque. L'anus est distinct chez les Téléostéens et la plupart des Holostéens et Chondrostéens. La vessie natatoire est une dépendance du tube digestif; nous y reviendrons plus loin.
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Poissons.
1. - Lamproie (Agnathe); 2. - Vairon; 3. - Roussette; 4. - Equille; 5. - Esturgeon; 
6. - Hippocampe; 7. - Barbier; 8. - Trygon violet; 9. - Chimère; 10. - Coffre cornu;
11. - Cératode; 12. - Lépisotée ; 13. - Géotrie (Agnathe).

Appareil respiratoire

Les Poissons respirent au moyen de branchies : l'eau entre par la bouche, va baigner les branchies qui, grâce à leur structure lamelleuse, présentent une grande surface pour l'hématose, puis sort par les orifices branchiaux. La disposition est la plus simple chez les Sélaciens; l'appareil branchial comprend cinq paires de fentes branchiales, s'ouvrant au dehors de chaque côté du cou; les cloisons qui les séparent sont soutenues par des arcs branchiaux; sur les parois de chaque fente se développent les feuillets branchiaux, où viennent se ramifier les vaisseaux. Chez les Holostéens et les Téléostéens, les cloisons de séparation des fentes branchiales ont presque entièrement disparu, et il ne reste que les arcs branchiaux transformant le plancher buccal en une sorte de claire-voie; sur ces arcs sont insérées de doubles rangées de longues lamelles branchiales, disposées comme les dents d'un peigne, et qui se trouvent ainsi à nu dans un espace largement ouvert, la chambre branchiale ou respiratoire. Cette chambre est protégée extérieurement par un opercule, formé par un repli cutané, libre en arrière, ossifié dans sa partie supérieure (battant osseux) qui s'attache à l'hyomandibulaire, membraneuse dans sa partie inférieure et soutenue par une série d'arcs (rayons branchiostège), dont la base s'articule avec l'hyoïde
« L'espace compris entre l'arc hyoïdien peut, lui aussi, être percé d'une fente qui est l'homologue d'une fente branchiale; on lui donne le nom d'évent; elle n'existe que chez les Ganoïdes [Holostéens et Chondrostéens] et les Sélaciens; encore ne présente-t-elle, pas le plus souvent de lamelles branchiales, et ne reçoit-elle que du sang artériel; elle n'est donc jamais fonctionnelle » (R. Perrier). 
Chez les Dipneustes existe une respiration pulmonaire en même temps que la respiration branchiale. Chez eux la vessie natatoire est transformée en un véritable poumon qui communique avec le pharynx par une trachée munie d'une glotte.

La vessie natatoire, surtout fréquente chez les Holostéens et les Téléostéens, nulle chez les Sélaciens et quelques Poissons osseux, est, comme nous l'avons dit, une dépendance, un diverticule, du tube digestif et, au point de vue du développement, est l'analogue d'un poumon. Cependant sa situation est le plus souvent dorsale; à cet égard, le Polyptère fait exception; chez lui elle est ventrale. Le sang qui y arrive artériel, en ressort veineux; elle ne joue donc aucun rôle dans la respiration. En revanche, elle est sans contredit un organe hydrostatique. 
« Dans son état primitif, dit R. Perrier, elle communique avec l'oesophage par un canal, et cette disposition reste permanente chez les Ganoïdes et chez un certain nombre de Poissons osseux (Physostomes). Mais ce canal ne sert ni à la pénétration, ni à la sortie des gaz; il n'est pas fonctionnel, et chez un grand nombre de Poissons osseux (Physoclistes), il se ferme et se transforme en un cordon plein; la vessie natatoire est alors close. On peut (comme nous l'avons vu) considérer les poumons des Dipneustes comme homologues de la vessie natatoire. Quand les branchies fonctionnent, ils sont placés exactement dans les mêmes conditions que cette dernière, au point de vue du circuit sanguin. Chez quelques Ganoïdes ([Holostéens :] Lepisosteus, Amia) la vessie natatoire peut aussi servir exceptionnellement à la respiration. »

Appareil circulatoire

Chez les Poissons, le coeur situé dans la région jugulaire est entouré d'un péricarde . qui peut communiquer avec la cavité viscérale (Sélaciens, Chondrostéens) et il est protégé par la ceinture scapulaire. Il est veineux, formé d'un ventricule et d'une oreillette qui a la tendance à se diviser en deux et se dédouble effectivement chez les Dipneustes, qui par là se rapprochent des Batraciens.

L'oreillette communique avec le ventricule par un orifice valvule. Le ventricule se continue par un bulbe on cône artériel élastique, musculeux (Sélaciens, Chondrostéens, Holostéens, Dipneustes) ou par un court bulbe aortique (Téléostéens).

Le bulbe aortique est muni chez le Protoptère et le Lepidosiren de valvules semi-lunaires disposées en spirales à l'instar des Batraciens. Au bulbe fait suite l'aorte ou mieux l'artère branchiale qui fournit les artères hypobranchiales par paires correspondant aux fentes branchiales et amenant du sang veineux dans les branchies. A la sortie de celles-ci le sang est artérialisé et amené par les artères épibranchiales dans une paire de gros vaisseaux, les racines aortiques, qui s'anastomosent en avant en fournissant les vaisseaux de la tête et se fusionnent en arrière pour constituer l'aorte dorsale, qui fournit les vaisseaux du corps.

Le système veineux se termine par quatre grandes veines, deux veines cardinales antérieures, qui ramènent le sang de la tête, et deux veines cardinales postérieures qui ramènent le sang du corps; les deux veines antérieure et postérieure de chaque côté se réunissent pour former le canal de Cuvier; enfin, les deux canaux de Cuvier débouchent dans le sinus veineux précardiaque, qui communique avec l'oreillette. Ce même sinus reçoit, en outre, la veine de Duvernoy et la grande veine hépatique, à la formation de laquelle concourt, avec d'autres, la veine porte hépatique. Un autre système porte est celui des reins, qui ne fait défaut que chez les Sélaciens; la veine porte rénale, de chaque côté, se jette dans les veines cardinales postérieures. On trouve parfois des coeurs accessoires sur la veine caudale (Anguille). 
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Appareil circulatoire des Poissons.
Appareil circulatoire des Poissons (schéma).
a, artère branchiale.

L'appareil lymphatique.
En général, la lymphe suit les gaines périvasculaires des gros troncs sanguins, du bulbe aortique et du ventricule, Il existe, entre autres sinus, un sac lymphatique sous-vertébral qui entoure l'aorte et un autre sac mésentérique où débouchent les lymphatiques de l'intestin; ces deux sacs communiquent ensemble. On ne trouve de canaux fermés que sous les téguments. Il existe des replis valvulaires aux points où les veines reçoivent la lymphe; il y a des sinus lymphatiques pulsatiles, entre autres chez l'Anguille un véritable coeur lymphatique formé aux dépens du sinus postérieur et qui lance de la lymphe dans la veine caudale. 

La rate est constante chez les Poissons, quoique chez les Pleuronectes, les Sturioniens et les Sélaciens elle soit fragmentée. Le corps thyroide et le thymus sont presque constants.

Appareil uro-génital

Les reins des Poissons sont représentés tantôt par une portion du pronephros, qui persiste plus ou moins longtemps après la naissance (Téléostéens), tantôt par le mésonéphros qui constitue le rein primitif permanent (Sélaciens, Holostéens, Téléostéens). 

Chez les Holostéens et Chondrostéens, la partie antérieure du rein, correspondant au pronéphros, disparaît rapidement et le rein véritable répond seulement au mésonéphros. Chez les Sélaciens, les embryons présentent un appareil excréteur analogues aux néphridies ou organes segmentaires des Vers. Plus tard, les tubes segmentaires antérieurs se mettent en rapport, chez le mâle, avec le testicule et servent à l'évacuation des spermatozoïdes; la partie postérieure du rein conserve son rôle urinaire. Il résulte de là que les canaux de Wolf sont à la fois uretères et canaux déférents du mâle. Il faut remarquer que chez la femelle, la glande génitale est indépendante de l'appareil urinaire, et chaque canal de Wolf se trouve longitudinalement dédoublé en deux canaux parallèles, l'un servant d'uretère, l'autre d'oviducte qui a été appelé canal de Müller. Le rein des Téléostéens peut, avons-nous dit, représenter à la fois le pronéphros et le mésonéphros; le premier disparaît dans la majorité des cas. Les reins sont généralement volumineux et s'étendent de la région abdominale jusqu'à la base du crâne; les deux reins peuvent se fusionner dans toute leur longueur (Truite) ou par places (Sardine); les reins présentent encore d'autres particularités de conformation sur lesquelles nous n'insisterons pas. 

« Considérés dans leur structure, les reins sont caractérisés par le diamètre de leurs tubes urinifères, plus gros que chez les Vertébrés supérieurs. En outre, les glomérules de Malpighi sont moins nombreux et le peloton vasculaire s'y montre beaucoup plus simple. Des amas pigmentaires s'observent fréquemment dans la substance propre des reins. Les uretères naissent de la face ventrale et se réunissent généralement en un urètre; ce tronc commun peut porter une vessie urinaire qui ne saurait être assimilée à celle des Amniotes, car elle figure une simple dilatation des conduits urinaires (Tanche, Plie, etc.). Dans la plupart des types, l'orifice urinaire est distinct de l'orifice génital qui est placé en avant; parfois il existe une ouverture commune, urogénitale (Murènes, etc.) » (Chatin).

Appareil génital et reproduction

Les sexes sont séparés chez les Poissons, à de rares exceptions près. On observe un hermaphrodisme accidentel chez quelques espèces, telles que Gadus morrhua, Scomber scomber, Clupea harangus, plusieurs Cyprinoïdes, etc:, un hermaphrodisme vrai chez les Serranus, les Sargus et les Chrysophrys, un testicule se développant dans l'ovaire; mais alors que le Serran se féconde lui-même (hermaphrodisme suffisant), la fécondation est réciproque chez les autres. 

Chez les Téléostéens, les testicules et les ovaires sont pairs, disposés de la même manière, de forme semblable. Les testicules sont deux longues glandes appliquées contre les reins et les canaux déférents creusés dans leur épaisseur débouchent directement au dehors après s'être fusionnés; l'orifice génital est placé entre l'anus et l'orifice urinaire. Les ovaires sont situés de même, et les oviductes se fusionnent, comme les canaux déférents, avant de déboucher au dehors par la fente génitale, entre l'anus et l'orifice urinaire. Donc chez les Téléostéens, il n'y a ni canal de Wolff, ni canal de Müller. 

« Chez les Anguilles, les produits sexuels s'échappent des glandes génitales attachées au mésentère, tombent dans la cavité générale et sont expulsés par deux pores abdominaux situés symétriquement derrière l'anus. Le même fait se produit chez les femelles des Saumons. C'est là la disposition ancestrale des glandes génitales; ainsi, pour amener les ovules aux pores abdominaux, il se forme dans le péritoine des sillons longitudinaux qui, transformés en tubes, deviennent les sacs ovariens avec leurs oviductes. La fusion des oviductes, et parfois celle des ovaires, est un phénomène secondaire » (Aubert).
Chez les Sélaciens et la plupart des Holostéens et Chondrostéens, les testicules sont pairs ainsi que les ovaires, les premiers placés au-dessus du foie et pourvus de canaux déférents qui ne sont autres que les uretères (canaux de Wolff), les seconds placés de même et pourvus d'oviductes (canaux de Müller) soudés en avant, près du mur, en un pavillon commun; on y remarque ensuite une glande coquillère, puis un utérus, et enfin on les voit se fusionner de nouveau pour aboutir à un cloaque, derrière les uretères.

A de rares exceptions près, les Poissons sont ovipares; cependant les Sélaciens mâles présentent un organe d'accouplement (ptérygopode), formé aux dépens des nageoires abdominales et qui peut être introduit dans l'oviducte des femelles. En somme, la plupart des Squales sont vivipares ainsi que plusieurs Téléostéens (Cyprinodontes). La ponte des oeufs n'a lieu, en général, qu'une fois par an, et en particulier au printemps; ces oeufs ne sont fécondés par le mâle qu'après la ponte; il les arrose de son liquide séminal qui, à cause de sa couleur blanche, a reçu le nom de laitance. Au moment de la maturité sexuelle, les mâles de quelques espèces s'ornent de brillantes couleurs; c'est ce qu'on a appelé leur robe de noce. Les oeufs, qui portent le nom de frai, peuvent être extrêmement nombreux. La Truite en pond de 500 à1000, le Hareng de 30 à 40.000, certaines Carpes 700.000, les Esturgeons et les Morues plusieurs millions. La coque des oeufs est, chez les Téléostéens, mince et transparente, avec un pore (micropyle) par où pénètrent les spermatozoïdes; dans d'autres groupes, les oeufs sont entourés d'une coque solide et épaisse. Au moment du frai, on trouve les individus des deux sexes rassemblés en grandes troupes, sur les fonds plats, près de l'embouchure des fleuves, sur le bord de la mer, etc. Le Saumon, l'Alose, l'Esturgeon, etc., remontent les cours d'eau et effectuent leur ponte dans les eaux douces. L'Anguille fait l'inverse.

« Généralement, dit R. Perrier, les oeufs sont abandonnés à eux-mêmes, mais quelquefois ils sont l'objet de soins particuliers, et à peu près toujours de la part des mâles. Ceux-ci possèdent alors une sorte de poche incubatrice formée par des expansions cutanées, comme cela a lieu chez les Lophobranches; quelquefois même, c'est dans la cavité buccale que les oeufs se développent. D'autres fois, enfin, comme chez l'Epinoche, le mâle construit un véritable nid, où il prend soin des oeufs pondus par la femelle ».

Développement

Le développement des Poissons a lieu sans amnios ni allantoïde. Chez les Holostéens, le segmentation de I'oeuf est totale, mais inégale. en raison de l'abondance plus ou moins grande du vitellus nutritif. Chez les Holostéens et les Chondrostéens, il existe une grande cavité blastocoelienne qui aboutit à une gastrula asymétrique, et il se forme une gouttière pour le neuraxe. Le développement est plus condensé chez le Lépidostée que chez l'Esturgeon par exemple. L'éclosion est toujours tardive et il se produit de petites larves organisées comme les adultes.

Chez les Sélaciens le développement est condensé et leur oeuf, à vitellus nutritif volumineux, subit la segmentation partielle. Celle-ci ne porte que sur le vitellus formatif et il en résulte une gastrula asymétrique. De bonne heure le neuraxe apparaît sous forme de gouttière. L'intestin (entéron) est relié à la vésicule ombilicale ou vitelline par un cordon ombilical comme chez les Reptiles et les Oiseaux. L'embryon possède de longues branchies externes qui tombent au moment de l'éclosion; c'est la métamorphose interne. Chez les embryons des espèces vivipares (Carcharias, Mustela loevis), la vésicule ombilicale se couvre de villosités qui pénètrent dans des dépressions correspondantes de la paroi utérine et constituent une sorte de placenta ombilical nourrissant le foetus aux dépens de la mère. Souvent le jeune Poisson, au sortir de l'oeuf, présente encore à la face ventrale un reste du sac vitellin.

Le développement des Téléostéens est analogue; le vitellus nutritif est abondant et il se forme une discogastrula avec bourgeon caudal. Le blastoderme enveloppe progressivement le vitellus nutritif, qui reste longtemps volumineux, sous forme de vésicule ombilicale; celle-ci pend à la face ventrale de l'embryon et ne communique plus avec l'intestin; les échanges nutritifs se font à l'aide de vaisseaux sanguins. L'embryon se développe au pôle supérieur et éclot hâtivement pour subir une courte métamorphose externe. Chez les Pleuronectes, le jeune a les yeux symétriques, tandis qu'ils sont situés d'un même côté chez l'adulte.

Distribution géographique des Poissons d'eau douce

Les Poissons sont marins ou d'eau douce, sauf un certain nombre de genres tels que : Gastrosteus, Gobius, Blennius, Osmerus, Retropinna, Clupea, Syngnathus, etc.,dont un certain nombre d'espèces vivent dans la mer non loin de l'embouchure des rivières, et qui, en somme, constituent la faune des eaux saumâtres. Dans chaque grande rivière, on voit remonter des Poissons, soit périodiquement pour satisfaire à un besoin physiologique (frai par exemple), soit à des époques indéterminées et, semble-t-il, sans raisons physiologiques, et parmi ces derniers Günther cite : Ambassis, Therapon, Sciaena, Blennius, Gobius, Atherina, Mugit, Clupea, Anguilla, Tetrodon, Trygon, etc., toutes formes marines. En revanche, quelques Poissons d'eau douce descendent à la mer pour un temps plus ou moins long : par exemple, le Saumon, des Silurides, des Coregonus, ce genre si caractéristique des lacs intérieurs de l'Europe, du Nord de l'Asie et de l'Amérique; C. oxyrhynchus s'est même adapté complètement à l'eau salée, et les Gastrostéides de l'hémisphère boréal et les Cyprinodontides des tropiques ne s'y adaptent pas moins bien. 

Nous ne dirons rien des migrations régulières des Salmonides, des Clupéides, etc., dont il est question ailleurs, et qu'on a voulu comparer aux migrations des Oiseaux; mais elles sont bien plus limitées et n'enrichissent guère les faunes locales. Les Brochets, les Perches, etc., vivent bien dans l'eau saumâtre dans certaines régions. Mais le fait le plus curieux d'adaptation est celui des Poissons marins qui ont dû s'adapter aux eaux douces par suite de la désalure graduelle des lacs; tel le Cottus quadricornis des lacs de la Suède, des Gobius, Blennius et Atherina dans les lacs du Nord de l'Italie; le Comephorus, au fond du lac Baïkal, le Carcharias gangeticus dans les lacs des îles Fidji, etc.

On conçoit aisément que les Poissons d'eau douce occupent des aires plus restreintes que les Poissons marins, qui ont à leur disposition toute l'étendue des océans. L'aire géographique des Silurides, parmi les premiers, est seule comparable par son étendue aux aires qu'habitent les familles marines. Le climat et la température, facteurs très importants pour les Poissons d'eau douce, influent beaucoup moins sur les Poissons de mer, surtout s'ils vivent à une certaine profondeur. La lumière n'a aucune action sur la distribution des Poissons d'eau douce, mais contribue à établir une démarcation nette entre les formes plus superficielles et celles propres aux grands fonds. L'altitude n'a pas été sans influence sur les Poissons des cours d'eau et des lacs élevés, en créant par exemple des formes alpines très nettes, peu nombreuses, il est vrai. Le froid est moins bien supporté en altitude d'ailleurs qu'en latitude. Nous n'insisterons pas sur les autres facteurs qui peuvent intervenir.

On ne parlera dans les paragraphes qui suivent  que des Poissons d'eau douce. La distribution des Poissons marins a été étudiée à l'article Mer et Océans.

Au point de vue de la distribution des Poissons d'eau douce, nous envisagerons avec Günther trois zones : une zone septentrionale, une zone équatoriale et une zone méridionale.

Zone boréale.
La zone boréale est surtout caractérisée par les Acipensérides (Esturgeon, Sterlet, etc.), par le grand nombre de Cyprinides (Carpe, Tanche, Brème, Ablette, Gardon, etc.), de Salmonides (Saumon, Truite, etc.), d'Esocides (Brochets). Les Silurides sont peu nombreux. Cette zone se divise d'ailleurs en deux régions, l'euro-asiatique ou paléarctique, caractérisée par l'absence des Holostéens et par le grand nombre de Cobitides (Loches) et de Barbeaux, et la Nord-américaine ou néarctique, caractérisée par les Holostéens, les Amiurina et les Catostomina (section des Cyprinides), et l'absence complète de Loches et de Barbeaux. Cette zone est très vaste, puisqu'elle s'étend au Sud jusqu'au Sahara, aux cimes de l'Himalaya et au Mexique. La Perche (Perca fluviatilis) et les Brochets sont parmi les Poissons qui se rapprochent le plus des régions polaires. Notons comme caractéristique pour la Chine et le Japon des formes de Ctenopharyngodon et de Xenocypris; tout le monde connaît le Cyprin doré de Chine (Cyprinus auratus) si commun dans nos aquariums; signalons enfin le Plecoglossus, Salmonide du Japon, qui se trouve aussi à Taïwan (région indienne). Comme caractéristiques de la région méditerranéenne, signalons : les Mormyrides, le Malaptérure électrique, qui se trouvent aussi dans le Nil avec des Cyprinides, des Esturgeons, des Muges, des Chipes, des Anguilles, etc. La région Nord-américaine, enfin, possède comme formes absolument spéciales les Lépidostées et les Amiae, qui se rattachent directement à des formes fossiles du Tertiaire.

Zone équatoriale. 
La zone équatoriale est caractérisée par l'abondance des Silurides et se divise en deux domaines, selon que les Cyprinides y sont ou n'y sont pas représentés.

1° Le domaine des Cyprinides se subdivise lui-même en deux régions, la région indienne, caractérisée par les Labyrinthiens, d'ailleurs répandus dans tout ce domaine, les Ophiocéphales, les Mastacembélides, les Esturgeons et surtout les Carpes, et la région africaine, caractérisée par la présence des Dipneustes et des Polyptérides, puis des Chromides et des Characinides particulièrement nombreux, et des Mormyrides, enfin par l'absence des Loches. Signalons dans l'Afrique tropicale le Protopterus (Lepidosiren) annectens, dans le Sud de l'Afrique les Esturgeons et les Carpes (Abrostomnus).

2° Le domaine, caractérisé par l'absence des Cyprinides et aussi des Labyrinthiens, se subdivise en deux régions: la région tropicale américaine ou néotropicale, que caractérisent les Dipneustes, les Chomides et les Characinides très nombreux par des genres spéciaux non africains et les Gymnotides. Citons spécialement le Lepidosiren paradoxa, accompagné de deux Ostéoglossides, puis comme autochtones les Polycentrides, des Cyprinodontes et les Gymnotes (Poissons électriques). La région tropicale Pacifique est surtout caractérisée par la présence des Dipneustes et l'absence des Chromides et des Characinides. En somme, grande pauvreté en Poissons d'eau douce, contrastant avec la grande richesse de la région néotropicale. La nature de la faune ichtyologique prouve d'ailleurs que cette région a été géologiquement isolée depuis le début de l'apparition des Téléostéens, et qu'à l'exception de Ceratodus et d'Osteoglossum, le premier si répandu dans le Lias et le Trias, l'autre, forme des plus anciennes de Poissons osseux, et tous deux répandus en Australie, l'immigration des autres espèces a du être récente.

Zone australe. 
La zone australe est caractérisée par l'absence de Cyprinides et la rareté des Silurides. Les Salmonides et les Esocides de la zone boréale sont représentés par les Haplochitonides et les Galaxiides. 

En somme, le nombre des Poissons d'eau douce de la région antarctique, la seule de cette zone, est très faible, et comme leur répartition dans toute la zone est à peu près identique, la subdivision en sous-régions n'a guère de raison d'être au point de vue ichtyologique. Günther distingue les sous-régions tasmanienne, néo-zélandaise et patagonienne. Signalons seulement, comme spécial aux îles de la Nouvelle-Zélande, le genre Retropinna, qui correspond aux Coregonus.



Neil Shubin, Au commencement était le poisson, Robert Laffont, 2009. - C'est à un voyage fantastique de centaines de millions d'années que nous convie le paléontologue Neil Shubin, à la découverte de ce qu'il appelle « ce poisson qui vit en nous » ! Aussi extraordinaire voire bizarre que cela puisse paraître, nos mains furent autrefois des nageoires de poisson, notre tête organisée à l'instar de celle d'un poisson (disparu voilà bien longtemps) dépourvu de mâchoires. Quant à notre génome, sorte de collier de perles de tous nos gènes, il est extrêmement proche de celui que possèdent les bactéries apparues il y a trois milliards et demi d'années, nous explique de façon savoureuse le spécialiste d'anatomie de l'université de Chicago. Le 31 mars 2006, après l'avoir cherché pendant des années, Neil Shubin et son équipe ont fini par découvrir dans des zones très hostiles situées au-delà du cercle arctique un animal primitif, vieux de trois cent soixante-quinze millions d'années, sorte de croisement entre un poisson et un alligator. Baptisé Tiktaalik (« grand poisson des basses eaux », dans la langue inuktitut que parlent les Inuits de cette région), ce fossile très étonnant est une sorte de chaînon manquant entre les poissons et les amphibiens. Non seulement l'animal avait des nageoires mais aussi des poignets et des doigts lui permettant de se soulever. Ce poisson très spécial nous montre donc comment les êtres vivants ont pu finir par sortir des eaux et conquérir la terre ferme.  (couv.).
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