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Marie-Antoinette
d'Autriche-Lorraine (Josèphe Jeanne). - Reine de France ,
née à Vienne (Autriche )
le 2 novembre 1755, exécutée à Paris
le 16 octobre 1793. Elle était la plus jeune fille de l'empereur
d'Allemagne ,
roi de Bohème
et de Hongrie ,
François Ier,
et de l'impératrice Marie-Thérèse. En 1769, le ministre
Choiseul
la fit demander en mariage pour le dauphin de France, petit-fils de Louis
XV. La cérémonie eut lieu à Versailles
le 16 mai 1770. Marie-Thérèse n'avait pas eu le temps de
perfectionner l'éducation de sa fille jusque-là très
négligée, ni son instruction toute de surface. Le dauphin
n'avait qu'un an de plus qu'elle. La Du Barry dominait le vieux roi et
craignait pour sa faveur. La cour n'avait jamais été plus
corrompue, plus dépensière, plus avide, ni plus perfide.
L'alliance autrichienne, dont la jeune princesse était le gage,
avait toujours été impopulaire. Des fêtes du mariage
pour lesquelles il fut dépensé 20 millions, Paris ne se rappela
que les 130 cadavres et les 1200 blessés de la rue Royale, victimes
de l'imprévoyance de la police (30 mai). Toutefois c'est à
Versailles que la dauphine se fit le plus d'ennemis par son esprit arrogant
et moqueur, par son mépris non pour l'étiquette en elle-même,
mais pour les gênes que l'étiquette lui imposait, pour les
règles de préséance qui n'étaient pas favorables
aux princes lorrains ses parents ou à ses protégés
personnels. Quant à la légèreté de son caractère,
bien excusable à son âge, on lui en fit un crime. Elle ne
l'ignora pas, et, forte de son honnêteté, orgueilleuse, d'ailleurs
curieuse de distractions et d'amusements, elle ne céda sur ce point
ni aux remontrances de sa mère, trop exactement informée
par l'ambassadeur d'Autriche Mercy-Argenteau , ni même aux odieuses
calomnies qui ne tardèrent pas à compromettre sa réputation.
Devenue reine le 10 mai 1774, elle fut accusée, le jour même
des révérences de deuil, d'avoir ri presque aux éclats
de la figure de Mmes du Marsan et de Noailles, sévères gardiennes
des bienséances de cour. L'on chansonna la « petite reine
de vingt ans »; on lui prédit qu'elle « repasserait
la barrière ».
Louis XVI était
peu capable de la comprendre, de la guider, de la défendre même
: il ne l'aimait pas encore, et quand la passion physique s'empara de lui
- non sans le secours longtemps éludé de l'art chirurgical
- il était trop tard pour effacer du coeur d'une jeune femme l'impression
de honte et de ridicule qu'y laisse inévitablement un «-pauvre
homme-». Ses deux frères, le
comte de Provence
et le comte d'Artois ,
avaient l'un et l'autre intérêt et prenaient plaisir à
compromettre la reine, l'un par d'adroites insinuations, l'autre par d'inconvenantes
familiarités. Marie-Antoinette se fit aussi un ennemi du duc d'Orléans ,
dont elle avait percé à jour les mauvais sentiments et dont
elle blâmait justement la conduite; elle s'aliéna le prince
de Condé, parce qu'elle refusa de recevoir
la maîtresse de ce prince, séparée de son mari, la
princesse de Monaco .
Elle n'avait pas eu l'influence de faire rappeler à la cour le duc
de Choiseul, le chef du parti autrichien en
France ,
disgracié par Louis XV. Elle subit Maurepas.
Elle fit aisément abandon de son droit de « ceinture de la
reine », comme le roi avait remis celui de « joyeux avènement
»; mais son incapacité politique ne lui permit de voir dans
Turgot
et Malesherbes que des trouble-fête
: si Necker trouva parfois grâce devant elle, c'est qu'en lui elle
voyait avant tout le banquier, l'homme d'expédients auquel l'argent
ne faisait jamais défaut. Or, elle en dépensait beaucoup,
non seulement pour son habillement, ses bijoux, ses résidences (le
Petit-Trianon et Saint-Cloud), mais surtout pour les personnes qu'elle
distinguait et pour leur famille; la princesse de Lamballe, pour qui fut
rétablie la place de surintendante de la maison de la reine, partagea
et accrut la première son impopularité.
Les dames d'honneur ainsi subordonnées
se soulevèrent pour ainsi dire; plusieurs refusèrent de prêter
serment (princesse de Chimay, comtesse de Mailly); d'autres se retirèrent
(comtesse de Noailles, de Cossé). Les conseils impérieux
de Joseph II qui fit un voyage en France ,
en 1777, n'eurent pas sur sa soeur un effet bien prolongé, et le
« Règlement » de conduite qu'il lui traça de
sa propre main fut vite oublié. Lorsque Louis
XVI fut devenu le modèle des maris amoureux, elle s'amusa de
son triomphe et se moqua de sa conquête. Marie-Antoinette impose
au roi des goûts qu'elle lui sait antipathiques, le bal, le jeu,
la comédie de société. Tantôt elle le force
à se coucher à deux ou trois heures du matin, tantôt,
pour se débarrasser de lui avant six heures, avance l'aiguille de
la pendule. Sur un simple mot de la reine, Louis XVI fixe à 50 000
écus les appointements de la surintendante, Mme de Lamballe. La
duchesse de Polignac, beaucoup moins sincère dans son affection,
est bien plus exigeante encore pour elle et pour sa famille : en 1779,
Mercy fait le compte de ce que les Polignac ont conquis en quatre ans :
500 000 livres de rente. L'on peut évaluer à près
d'un million par an ce que coûtent au Trésor les favoris de
la reine, sans y comprendre les cadeaux de circonstance (dots, installation,
règlement de dettes, échanges de propriétés
aux dépens du domaine). Ces prodigalités provoquent la jalousie
de ceux qui n'y ont pas leur part, les remontrances du parlement, les pamphlets
en vers et en prose des gens de cour et de leurs plumitifs, enfin l'indignation
du public qui sait les finances obérées et le roi, par lui-même,
économe.
«
Elle court à grands pas à sa ruine, avait prédit Marie-Thérèse,
trop heureuse si en se perdant elle conserve les vertus de son sexe. »
Maurepas avait
pris soin dès le début de rassurer le roi alarmé des
sottises de sa femme et de ses promenades nocturnes sur la terrasse de
Versailles :
«
Tant mieux, insinuait le vieux mentor, si la reine prend nu caractère
de légèreté : car ses amis ont de l'ambition et désirent
la voir se méler des affaires. »
De son coté, Mercy ne tarda pas à
s'apercevoir que la complaisance universelle du roi « ôte tout
moyen de détourner la reine des objets qui ne peuvent pas convenir
à son vrai bien ». De fait, l'impopularité monte et
grandit tous les jours : à peine est-elle interrompue par les couches
de la reine, qui donna le jour le 19 décembre 1778 à Marie-Thérèse-Charlotte,
dite Madame Royale (duchesse d'Angoulême
en 1799); le 22 octobre 1781 à un premier dauphin mort le 3 juin
1789; le 27 mars 1785, au deuxième dauphin ( Louis
XVII). Lors de sa première grossesse, elle avait pris de sages
résolutions :
«
Je veux vivre en mère, nourrir mon enfant, et me consacrer à
son éducation. »
Mais Marie-Antoinette accoucha d'une fille,
et cette déception permit aux folles habitudes de reprendre le dessus.
Le premier dauphin, pauvre enfant rachitique, ne connut guère d'autres
soins que ceux des médecins; le deuxième, malgré sa
précocité d'esprit, redonnait pas grande espérance
de santé, même avant les terribles épreuves qui l'emportèrent.
On ne peut refuser à la reine d'avoir eu des sentiments maternels
aussi vifs que profonds; ils se développèrent encore dans
le malheur. Dirigés par la raison, par une saine appréciation
politique, ils auraient pu lui donner ce qui lui manqua toujours : le coeur
français. Elle n'en devait tirer que cette idée fixe : défendre,
dans l'absolutisme, le patrimoine dont le roi lui avait abandonné
l'usufruit, ne pas amoindrir l'héritage dont elle avait la garde.
Mais, pour cela, elle fut de tout temps persuadée que, ne trouvant
pas dans le roi l'appui et la direction nécessaires, elle ne pouvait
compter que sur les siens, c.-à-d. sur sa mère, sur ses frères.
Lorsqu'elle était entrée en France ,
par Strasbourg ,
elle avait interrompu une harangue officielle en langue allemande, par
ces mots :
«
Parlez français, monsieur; à partir d'aujourd'hui je n'entends
pas d'autre langue que la française. »
Il est même positif qu'elle finit par
oublier sa langue maternelle (baronne d'Oberkirch). Il est malheureusement
tout aussi vrai que, dans les rapports d'alliance et d'amitié qui
depuis 1757 liaient la France
et l'Autriche ,
celle-ci eut toujours ses préférences. Le surnom de «
l'Autrichienne » lui vint tout d'abord de Madame Adélaïde
et du parti du duc d'Aiguillon. Lorsque, en 1775, Marie-Antoinette soutint
les rétentions de son frère Maximilien, qui, venu incognito
en France, se refusait à faire la première visite au duc
d'Orléans ,
elle étala bien maladroitement ses sentiments sur une question d'étiquette
dans laquelle elle aurait dû garder la neutralité. Il serait
injuste d'ailleurs de la rendre seule responsable; les objurgations de
sa famille, la direction que lui ont imprimée dès le début
et Marie-Thérèse et l'ambassadeur Mercy - qui la fait surveiller,
qui la dénonce à Vienne sans qu'elle s'en doute - enfin et
surtout l'incapacité notoire de Louis XVI
n'expliquent que trop l'ingérence de Marie-Antoinette dans les affaires
de l'Etat. En 1778, l'Autriche prétend à la succession de
Bavière ;
Marie-Thérèse s'indigne auprès de sa fille de tout
projet d'entente franco-prussienne :
«
Nous ne pouvons exister qu'ensemble; cela ferait un changement dans notre
alliance, ce qui me donnerait la mort. »
La reine entre dans les plans de Mercy pour
nous brouiller avec la Prusse ,
« en mettant un bandeau, sur les yeux du vieux ministre » Maurepas
(lettre de Mercy, 17 août 1778); elle fait le compte des courriers
expédiés à Berlin
(lettre à sa mère, 13 février). Elle n'obtient, somme
toute, que l'envoi d'une dépêche moins catégorique
au baron de Breteuil, ambassadeur de France
à Vienne. Mais c'est les yeux pleins de larmes que le roi s'excuse
auprès d'elle d'avoir agi en Allemagne
comme il le devait; il en rejette la faute sur son conseil. Bref, la reine
a échoué; elle n'a pu faire de son mari un Autrichien : mais
comment de vrais serviteurs du roi et du pays ne lui en voudraient-ils
pas d'avoir livré une telle bataille? Comment ne seraient-ils pas
heureux qu'elle l'eût perdue? Cette expérience ne lui profita
guère. S'il faut en croire l'abbé Georgel, qui dit tenir
le fait du ministre de Vergennes, Marie-Antoinette aurait fait passer,
de l'aveu du roi, 12 millions à son frère Joseph II.
-
Marie-Antoinette
et ses enfants, par E. Vigée-Lebrun.
En mars 1782, le comte de Pons, ministre
de France
à Berlin ,
ayant été rappelé, elle expédie à Mercy
un courrier pour avoir l'opinion de Vienne sur le remplaçant. Mercy
raconte tout au long (31 décembre 1784) la scène qu'elle
fit à Vergennes devant le roi, parce que ce ministre n'avait pas
pris ouvertement parti pour l'Autriche
contre les Pays-Bas
de Hollande, dans l'affaire de la navigation de l'Escaut (Pays-Bas autrichiens).
La reine de France est-elle donc convaincue, par des études consciencieuses,
que, dans tous les cas et dans toutes les circonstances, la France a les
mêmes intérêts que l'Autriche? Non certes. On ne voit
nulle part qu'elle apporte des raisons démonstratives. Amis et ennemis
sont d'accord sur ce point : « Elle comprend peu les affaires d'Etat.
» Mais tout défaut de complaisance à l'égard
de son pays d'origine, elle le considère comme une injure personnelle.
Par leur complexité même, les questions extérieures,
couvertes d'ailleurs en partie par le secret diplomatique, échappaient
dans le détail à l'opinion publique moins l'on sait, plus
on imagine. Il n'en est pas de même pour la vie privée de
la reine : Marie-Antoinette a toujours jugé indigne d'elle de ménager
les apparences, sur lesquelles on la juge en dépit du proverbe si
français : « Il n'est pire eau que l'eau qui dort. »
Ses furtives sorties de Versailles, ses escapades aux bals de l'Opéra,
son amitié passionnée pour des femmes qui ne paraissaient
pas la mériter, ont préparé les esprits à la
croire capable de tout. C'est en vain que Mercy fait ses rapports.
«
Il ne se passe pas de jour où M. le comte d'Artois ne donne par
une familiarité indécente le plus grand scandale, et la reine
le souffre quoiqu'elle en soit choquée au plus juste titre. Je n'ai
point caché à Sa Majesté que cette tolérance
était une vraie faiblesse, et qu'il en résultait des impressions
très fâcheuses dans le public, lequel est fort délicat
sur le respect qui est dû à ses maîtres. » (Mercy).
Marie-Antoinette, sans attribuer à
son beau-frère l'intention perfide de la compromettre, s'aperçoit,
mais trop tard, qu'il est « poussé par une faction infernale...
»; et elle se met à pleurer (Mémoires d'Augeard).
Elle ne se trompait pas. Non seulement d'ignobles pamphlets,
comme la Confession générale de S. A. Sérénissime
Mgr le comte d'Artois, contestent à Louis
XVI sa tardive paternité; non seulement les noms d'Isabeau
de Bavière, de Brunehaut (alors
assez mal appréciée), de Médicis,
sont accouplés à celui de Marie-Antoinette; mais on rencontre
dans le journal fort sérieux de Gouverneur-Morris, dans les Mémoires
du fidèle, mais bien fat Besenval, l'écho à peine
affaibli des plus graves présomptions d'infidélité
conjugale. Malgré l'énergie du roi sur le seul objet qui
l'intéressât, l'arrêt du parlement dans l'affaire du
Collier condamne implicitement, sinon dans l'espèce, au moins d'une
façon générale, la tenue et la moralité de
la reine. Si elle a mis à la porte Lauzun (Mémoires
de Mme Campan), on lui attribue en revanche pour
amants le duc de Coigny, le comte de Fersen, sans compter son beau-frère
d'Artois .
Son goût étrange pour les livres licencieux n'est que trop
avéré, et par le catalogue du Petit-Trianon, et par un des
articles du Guide moral de Joseph Il contre les « saloperies
dont elle s'est remplie l'imagination par ces lectures». Influence
du temps, du milieu, du désoeuvrement, et de l'absence de goût
littéraire, peut-on dire aujourd'hui. Mais ses ennemis en prenaient
texte pour incriminer jusqu'à la nature de ses relations féminines.
La reine n'a eu, pendant la période heureuse de son règne,
ni affection ni respect pour son mari : voilà tout ce qu'il est
permis d'affirmer historiquement. Quant à la calomnie, elle ne choisit
pas ses traits. Le désordre des finances, qui remontait si haut
et auquel la guerre pour l'indépendance des États-Unis
contribua pour une forte part, retombe sur la tête de « Madame
Déficit-». On la siffle à
l'Opéra. On est sur le point de « faire un mauvais parti-»
à une de ses dames d'honneur, prise pour elle sur la route de Paris
à Versailles. A la Comédie-Française, on applaudit
à tout rompre (1787) le passage d'Athalie :
«
Confonds dans ses desseins cette reine cruelle », etc.
A la procession des Etats généraux,
on ne l'insulte pas directement, mais on
crie tant qu'on peut à ses oreilles
: « Vive le duc d'Orléans ! », et ses dames d'honneur
craignent un moment qu'elle ne soit prise d'une attaque de nerfs. Ces Etats
généraux, elle les a d'abord déconseillés et
retardés de toutes ses forces, « comme un foyer de troubles
et l'espoir des factieux ». Puis elle a feint d'appuyer le
deuxième ministère de Necker et même le doublement
du tiers, dont les politiques espèrent avoir raison. Mais aussitôt
que la Révolution se dessine; elle se met à la tête
de la politique de résistance. Marie-Antoinette défend cette
aristocratie de cour, dont le contact l'a perdue. Son histoire est dès
lors inséparable des événements généraux
(Prise de la Bastille ,
Emigration, Fuite à Varennes, etc.). Pour les constitutionnels,
si le roi reste inviolable, il n'en est pas de même de sa femme :
c'est ce que Mirabeau a le premier l'audace d'exprimer publiquement après
le scandale du banquet des gardes du corps à Versailles (octobre
1789). Les journées d'octobre sont particulièrement dirigées
contre elle : elle ne sait aucun gré à La Fayette de son
dévouement chevaleresque. Elle suit le roi aux Tuileries
:
«
Mon devoir est de partager ses périls. »
Elle se refuse à dénoncer au
Châtelet
les meneurs qu'elle sait tout-puissants :
«
J'ai tout vu, tout su, et tout oublié. »
Elle retrouve un instant de popularité
lors de la fête de la Fédération ; mais elle ne saurait
comprendre ni soutenir les projets conciliants de Mirabeau, dont elle croit
pouvoir se servir. Le comte d'Artois s'indigne de cette alliance :
«
Comment avez-vous pu croire, lui écrit Vaudreuil, que la reine se
fiât réellement à Mirabeau? »
Après avoir paru désapprouver
l'émigration, elle l'encourage et entraîne le roi à
Varennes, où elle montre, au moment critique, peu de décision
:
«
C'est au roi d'ordonner et mon devoir est de le suivre. »
Son énergie est brisée;
«
en une nuit ses cheveux étaient devenus blancs comme ceux d'une
femme de soixante-dix ans » (Mme Campan).
Après le 20 juin 1792, elle reprend
courage, mais ne voit plus de salut que dans l'étranger. Léopold
II lui avait écrit :
«
Tout ce qui est à moi est à vous : argent, troupes, enfin
tout... »
Elle lui avait elle-même indiqué
les armements exagérés de la France
comme un casus belli tout naturel, les souverains intéressés
ayant le droit « d'en demander raison ». Aussi rejette-t-elle
deux plans d'invasion en 1792. Au 10 août, elle résiste longtemps
aux ministres et au procureur syndic du département qui veulent
l'emmener avec le roi à l'Assemblée. Elle finit par s'y résoudre.
Le 13 août commence pour elle la captivité du Temple .
Bourbotte avait proposé à la Convention (2 décembre
1792) de joindre le procès de Marie-Antoinette à celui de
Louis;
mais cette idée ne fut pas suivie. Plusieurs pétitions, même
de province (Mâcon, Laval) demandent la mise en Jugement de l'ex-reine
de France soit avant, soit après le 24 janvier 1793. Robespierre
en proposa le renvoi, au tribunal révolutionnaire (27 mars, 10 avril),
sans l'obtenir encore. Le comité de Sûreté générale
arrêta (3 juillet « le fils de Capet serait séparé
de sa mère», décision qui ne s'exécuta pas sans
une lutte et des supplications de plus d'une heure : « Tuez-moi d'abord,
» criait-elle aux municipaux. Elle ne céda qu'à la
force. Cependant la prisonnière avait trouvé le moyen de
correspondre au dehors par le municipal Michonis et par l'ancien officier
de bouche de Turgy. Elle ne consentait à s'évader qu'avec
les siens. Deux tentatives échouèrent coup sur coup : celle
du maréchal de camp de Jarjayes et du libraire Toulan, par la dénonciation
de la femme Tison; celle du baron de Batz, par les soupçons du geôlier
Simon. Le 1er août, sur la proposition
de Billaud-Varennes et le rapport de Barère, la Convention décréta-:
«
Marie-Antoinette est envoyée au tribunal révolutionnaire;
elle sera transportée sur-le-champ à la Conciergerie .
»
Elle fut renfermée dans une chambre
qui donnait sur la cour des femmes et étroitement surveillée.
Michonis paya de sa tête une nouvelle tentative, et le baron de Ratz
ne réussit pas mieux à lui faire parvenir les déguisements
sous lesquels il espérait la sauver. D'autre part, Mercy-Argenteau,
alors à Bruxelles ,
aurait d'après un de ses biographes, René Alby, essayé
d'acquérir à prix d'argent la protection de Danton
pour Marie-Antoinette, et celui-ci - fort menacé lui-même
- la lui aurait promise pour rien. Maret et Sémonville, alors chargés
de négocier avec Naples ,
la Toscane et Venise ,
furent par ordre du gouverneur de Milan
arrêtés en territoire neutre. Les instructions du second furent
connues à Vienne; elles comprenaient un plan de négociations
relatives à la délivrance éventuelle de la famille
royale, moyennant la neutralité de Naples et de la Toscane. Le ministre
Thugut et son maître, Par une odieuse violation du droit des gens,
éludèrent la difficulté de donner leur avis sur ce
projet.
«
C'était, dit Deforgues le 12 août, un nouvel outrage à
venger. »
L'hésitation des politiques est pourtant
manifeste. C'est seulement deux mois après que la reine comparut
devant le tribunal révolutionnaire, présidé par Herman
(14 octobre). Les juges étaient Foucault, Douzé-Verneuil
et Lane; parmi les jurés siégeaient un ex-marquis, Antonelle;
un chirurgien, Souberbielle, deux tailleurs, un perruquier. A la question
sur « son état », Marie-Antoinette répondit avec
une humilité singulière :
«
Je suis veuve de Louis Capet, ci-devant roi
des Français. »
Le réquisitoire de Fouquier-Tinville
fit revivre sous une forme solennelle et déclamatoire « toutes
les rumeurs impudiques que la méchanceté de la cour avait
fait passer du fond des boudoirs dans les carrefours et les tavernes ».
Il fut plus précis, sans l'être autant que l'histoire, sur
l'influence prépondérante que la reine avait exercée
dans le sens de la contre-révolution et de la trahison. Il eut le
tort à jamais déshonorant de s'armer des paroles arrachées
et peut-être suggérées au dauphin prisonnier, pour
imputer à une mère d'avoir elle-même corrompu son fils.
- Les témoins appelés furent peu nombreux; les principaux
étaient : Bailly, d'Estaing, Manuel, Valazé, La Tour du Pin,
Hébert. Les trois premiers ne fournirent aucun fait ni pour ni contre
l'accusée. Valazé affirma que les papiers de Septeuil contenaient
une lettre par laquelle le ministre priait Louis
XVI de communiquer à Marie-Antoinette un plan de campagne. La
Tour du Pin corrobora ce témoignage en avouant qu'à l'époque
de son ministère il avait dû remettre à la reine l'état
exact de l'armée française. Hébert, ayant développé
l'infâme accusation du réquisitoire, la reine garda un silence
méprisant. Mais un juré insista :
«
Si je n'ai pas répondu, dit-elle avec, une émotion profonde,
c'est que la nature se refuse à répondre à une telle
inculpation faite à une mère. J'en appelle à toutes
celles
qui peuvent se trouver ici. »
L'auditoire frémit; Hébert fut
atterré : cet excès de zèle devint une des causes
de sa mort, lorsqu'il fut commenté par Robespierre.
Mais sur les griefs politiques les réponses de l'accusée
furent ou faibles ou mensongères, spécialement en ce qui
touchait son rôle au 10 août. Elle se déclara non responsable
des actes de Louis XVI, n'étant que sa
femme, et par conséquent soumise à ses volontés, et,
quant à la «-faiblesse-»
du roi, elle répondit :
«
Je ne lui ai jamais connu le caractère dont vous parlez. »
L'interrogatoire n'était d'ailleurs
qu'une formalité, de même que les plaidoyers officieux de
Chauveau-Lagarde
et de Tronçon-Ducoudray. Les questions posées au jury furent-:
1° Est-il constant qu'il ait
existé des manoeuvres tendant à fournir, aux ennemis extérieurs
de la République, des secours en argent, à leur ouvrir l'entrée
du territoire et à y faciliter le progrès de leurs armes?
2° Marie-Antoinette d'Autriche
est-elle convaincue d'avoir coopéré à ces manoeuvres?
3° Est-il constant qu'il existe un
complot tendant à allumer la guerre civile?
4° Marie-Antoinette a-t-elle participé
à ce complot?
Le verdict du jury fut affirmatif et la sentence
de mort prononcée le 16 octobre à quatre heures et demie
du matin. La reine l'entendit avec courage et sortit sans proférer
une parole; Reconduite à la Conciergerie ,
elle écrivit à Madame Elisabeth une lettre aussi noble que
touchante, connue sous le nom de Testament, retrouvée dans
les papiers de Courtois et rendue publique par Louis
XVIII par-devant les Chambres de 1816. Il reste douteux qu'elle ait
pu se confesser à un prêtre non assermenté, qui aurait
été l'abbé Magnin (sous le nom de Charles). Sa dernière
crainte fut que « le peuple ne la mît en pièces».
Le bourreau ne parut qu'à onze heures. Ce ne fut pas dans une voiture
comme Louis XVI, mais sur une ignoble charrette,
que Marie-Antoinette fut conduite au supplice. Le cortège funèbre
prit non la route la plus directe, mais celle du Pont-Neuf ,
du Palais-Royal ,
de la rue Saint-Honoré, de la rue Royale. A la hauteur de Saint-Roch ,
la populace applaudit. La tête de la reine tomba à midi et
quart : elle fut montrée à la foule au cri de Vive la
République!
«
En immolant Marie-Antoinette, vous la consacrez, » écrivit
Mme
de Staël.
Epargnée, elle eût été
considérée par tous les esprits impartiaux comme une reine
orgueilleuse et légère, coupable de trahison envers son pays
d'adoption. L'expiation qu'elle a subie est devenue pour sa mémoire
l'origine d'un véritable culte, et le prétexte d'apologies
qui ont souvent dépassé le but. La publication des pièces
et des lettres authentiques surtout tirées des archives de Vienne
a amplement confirmé, non les insanités monstrueuses débitées
contre Marie-Antoinette, mais le verdict du jury de 1793 dans les termes
qui ont été rapportés. (H. Monin). |
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