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Le Rouergue

Le Rouergue est une province de l'ancienne France, qui faisait partie du gouvernement de Guyenne et Gascogne. Bornée au Nord par l'Auvergne, à l'Ouest par le Quercy, au Sud par l'Albigeois, à l'Est par le Gévaudan, elle s'étendait sur environ 9000 km² et comprenait le département de l'Aveyron et les deux cantons de Caylus et de Saint-Antonin (Tarn-et Garonne). La capitale était Rodez. On y distinguait trois parties : le comté (Rodez), la Haute-Marche (Millau) et la Basse-Marche (Villefranche-de Rouergue).

Le Rouergue est une des provinces les plus montagneuses de France : l'extrémité Nord est occupée par le massif cristallin et volcanique de l'Aubrac; le reste du pays s'étend sur les plateaux calcaires des Causses et schisteux du Ségala. Le climat est extrêmement rigoureux en hiver; des pluies abondantes s'y précipitent. Les eaux vont à la Garonne par l'intermédiaire du Lot, du Tarn. Toutes ces rivières sont sujettes à de violentes crues, la plupart coulent dans de profondes gorges ou canyons entre les Causses, dont la surface poreuse laisse filtrer l'eau qui reparaît dans les vallées, souvent après un assez long cours souterrain.

Les anciens habitants du Rouergue étaient les Rutènes ou Ruteni, une population celtique. Les Ruteni, dont la capitale était Segodunum (Rodez), paraissent avoir été clients des Arvernes; ils entrèrent de bonne heure en rapport avec les Romains avant l'arrivée de César, une partie d'entre eux, au Sud des Cévennes, étaient soumis aux Romains et portaient le nom de Ruteni provinciales; les autres, ou Ruteni liberi, occupaient le département actuel de l'Aveyron et confinaient aux Gabati, Arverni, Cadurci, etc. Ils ne jouèrent qu'un rôle effacé dans la guerre contre César; soumis, ils formèrent la civitas Rutenorum qui fut réunie à l'Aquitaine première par Valentinien Ier. L'occupation romaine n'a laissé que peu de traces dans le pays; cependant trois voies militaires rayonnaient de Segodunum. 

Les Wisigoths s'en emparèrent en 472, puis les Francs d'Austrasie, à la suite de la campagne de Thierry, fils de Clovis (523); conquis par Théodoric d'Italie, il est repris par Théodebert d'Austrasie. A partir de ce moment, l'Aquitaine orientale, dont faisait partie le Rouergue, a presque toujours dépendu de l'Austrasie, tout en passant, par moment, à la Neustrie et à la Burgondie. Repris par le duché d'Aquitaine à une époque qui ne peut être postérieure à 688, il fut conquis par Pépin le Bref. Lorsqu'en 778 Charlemagne créa le royaume d'Aquitaine pour son fils Louis, le Rouergue en fit naturellement partie et reçut des comtes particuliers.

La liste de ces comtes, dont le rôle est, du reste, très secondaire, est la suivante : Gilbert est créé comte par Charlemagne; en 820, Fulcoad; vers 845, son fils Frédélon, qui devint, en 849, comte de Toulouse, et transmit ce comté à ses successeurs; vers 852, Raymond Ier, frère du précédent; Bernard, son fils; en 875, Eudes, frère du précèdent, dont les deux fils se partagèrent les possessions en 918. Ermengaud, fils cadet, garda le Rouergue et, eu common avec son frère aîné Raymond, comte de Toulouse, l'Albigeois, le Quercy et la Septimanie. Ils reçurent, en commun encore, de Raoul, roi de France, le duché d'Aquitaine (932). 

En 937, Raymond II, fils aîné d'Ermengaud, acquit Narbonne; en 964, Raymond III, fils aîné du précédent, partagea en 975, avec Guillaume Taillefer, les possessions en dehors du Rouergue : il ne garda que la Septimanie et une moitié du comté de Nîmes. En 1010, Hugues, fils mineur du précédent, hérita du Gévaudan. En 1053, à la mort de Hugues, son gendre Robert d'Auvergne lui succéda, mais, en 1066, à la mort de sa femme, Berthe, Guillaume IV et Raymond de Saint-Gilles héritèrent d'elle, puis, à la suite de la renonciation de Guillaume IV, Raymond se qualifia seul de comte de Rouergue. A son avènement au comté de Toulouse, il y réunit ses domaines.

Le comté de Rouergue n'existait plus, mais on vit apparaître des comtes de Rodez. En 1096, Raymond de Saint-Gilles, ayant besoin d'argent pour la croisade, engagea Rodez à Richard, vicomte de Sarlat, Lodève et Millau, puis le lui donna définitivement vers 1119. Hugues Ier, fils du précédent (1132), Hugues Il (1156), puis ses deux fils Hugues III (1195) et Guillaume (1196), se succédèrent sur le trône. Le dernier fit son testament en faveur de Gui Il, comte d'Auvergne (1208), lequel se défit du comté de Rodez en faveur de Raymond VI, comte de Toulouse (1209). Henri, bâtard de Hugues II, réclama alors et racheta le comté contre 1600 marcs d'argent (1214) et régna sous le nom de Henri Ier; on le perd de vue en 1220, époque où il partit pour la croisade, dont il ne revint pas. Il avait fait hommage de son comté à Simon, puis à Amaury de Montfort

En 1227 au plus tard, son fils Hugues IV est sur le trône; après avoir participé à la ligue de 1242 contre Louis IX, il fait hommage en 1243 au roi, puis, en 1250, à Alfonse de Poitiers. Son fils Henri II (1274) sert le roi dans la guerre de Gascogne. Il ne laisse qu'une fille, Cécile, mariée à Bernard d'Armagnac (1292). Le Rouergue suit alors les destinées du comté d'Armagnac : confisqué en 1481, restitué (pour le domaine utile seulement) en 1484, il passe dans la maison d'Albret en 1526 et est réuni à la couronne par Henri IV. Il fit depuis partie du gouvernement de Guyenne et Gascogne et ne joua aucun rôle dans l'histoire de la France. II forma, au moment de la création des départements, celui de l'Aveyron.

Parmi les personnalités historiques nées dans le Rouergue, on se contentera ici de citer l'abbé Raynal, auteur de la célèbre Histoire philosophique des deux Indes et les deux philosophes Laromiguière et de Bonald. (GE).

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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