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Pyramides d'Égypte .
- Ces monuments ont, par leur forme étrange et leur masse imposante,
fait l'étonnement et l'admiration des anciens qui les ont classées
parmi les Sept merveilles
du monde. Aux modernes elles ont suggéré les théories
les plus baroques tendant à y voir tantôt des digues contre
l'envahissement des sables du désert, tantôt des observatoires
astronomiques, tantôt la base d'un système universel de poids
et mesures. On sait aujourd'hui qu'elles étaient des tombes royales.
Ce fut une constante chez tous les peuples archaïques de marquer par
un amas de terre, un tertre, une petite colline artificielle, tumulus,
la sépulture du chef, du guerrier regretté ou redouté
au-delà de la mort, dont on voulait perpétuer, le souvenir;
la pyramide n'est autre chose qu'un tertre solidifié, un tumulus
en pierre.
On en extrayait les matériaux de
la chaîne arabique dont le calcaire est plus résistant que
celui de la chaîne libyque; la taille de la pierre s'effectuait dans
la carrière même, la carrière de Tourah. Les Égyptiens
avaient construit de fortes chaussées pour y amener du lieu d'extraction
au Nil
les blocs que l'on posait sur des traîneaux et qu'on embarquait ensuite
sur des chalands; de nouvelles chaussées, dont deux sont encore
visibles, avaient été aménagées pour faciliter
le transport, du fleuve au plateau, des pyramides. Le calcaire de Tourah
ne suffisait pas pour la construction totale d'une pyramide; certaines
parties nécessitaient l'emploi du granit qu'il fallait dans les
mêmes conditions, amener du Sud de l'Égypte, d'Assouan ,
et même de plus loin encore pour le granit rose, de la vallée
de Hammamat, au fond du désert de la chaîne arabique.
Les pyramides s'échelonnent du Nord
au Sud dans l'ordre suivant : les pyramides de Gizeh ,
celles d'Abousir ,
celles de Saqqarah ,
celles de Dahshour, celles de Lisht et la pyramide de Snefrou à
Meïdoum : en sorte que les plus anciennes ouvrent et ferment la marche.
Les
pyramides de Gizeh.
Nous commençons notre revue par
les trois grandes pyramides de Gizeh, les plus connues, les plus populaires,
et qui ont été élevées en l'honneur de trois
rois de la IVe dynastie : Khéops
ou Chéops (Khoufou), Khephren ou Chephren (Khafra) et Mykérinos
ou Mycerinus (Menkara). Celle de Khéops, la plus grande des trois,
avait primitivement une hauteur de 145 m sur une base de 233 m et les pierres
dont elle se compose forment une masse de 25 millions de mètres
cubes; elle était recouverte d'un revêtement de pierres de
diverses couleurs et très lisse, qui la terminait en pointe; ce
revêtement a été détruit et laisse à
découvert les assises du monument en retraite les unes sur les autres,
hautes de 68 centimètres. Voici maintenant les précautions
qu'avait prises l'architecte inconnu de ce tombeau royal pour dépister
les violateurs de sépulture.
L'entrée de la grande Pyramide,
située en A, est à plus de 14 m au-dessus du sol; après
l'avoir dégagée des dalles qui l'obstruaient on entrait dans
un couloir en pente de 1 m de haut, descendant vers une chambre B inachevée
et aboutissant à un cul-de-sac. Il fallait donc rétrograder;
revenu au point C, l'attention était attirée par un bloc
de granit qui, dans le plafond, tranchait sur le calcaire environnant.
L'impossibilité d'entamer ce bloc engageait à attaquer la
partie tendre de la maçonnerie, laquelle livrait passage dans un
couloir ascendant D qui bientôt se divisait en deux branches E et
E' dont l'une aboutit horizontalement à la salle à toit
pointu F, appelée on ne sait pourquoi chambre de la Reine, et dont
l'autre E' est une galerie longue de 45 m et haute de 8 m, en pierres polies
et très exactement appareillées, qui en montant, aboutissait
à un nouvel obstacle, une plaque de granit, qu'il fallait déplacer
pour mettre le pied dans un vestibule G hérissé de quatre
herses qu'on était forcé de briser pour pénétrer
enfin dans le caveau royal H, haut de près de 6 m, long de 10 et
large de 6, mais où l'on n'a trouvé qu'un sarcophage en granit,
vide, mutilé et sans couvercle. Ajoutons qu'à droite et à
gauche du caveau royal s'étendent deux couloirs de ventilation J
et que, au-dessus de ce caveau, ont été creusées cinq
chambres de décharge dont la première est couverte
d'un toit pointu, formé de deux blocs inclinés, ayant pour
but de diviser la pression de la maçonnerie et de la rejeter à
droite et à gauche de la ligne droite. La chambre funéraire
étant dénuée d'inscriptions et le sarcophage étant
muet, le lecteur se demandera sur quoi on se base pour attribuer la grande
pyramide à Khéops; sur ce que quelques blocs des chambres
d'évidement dont il vient d'être parlé portent à
l'encre rouge le nom de ce roi, ainsi que des indications de repère
à l'usage des ouvriers.
La seconde pyramide, dite pyramide de Khephren
(Khafra), est au Sud-Ouest de la précédente; sa face orientale
regarde le Nil; elle est plus petite, mais elle a conservé une grande
partie de son revêtement. L'entrée en fut découverte
en 1848 par Belzoni qui en explora l'intérieur
sans grand succès. Un sarcophage vide, en granit rouge, s'y trouvait,
et sur les murs de la chambre sépulcrale était une inscription
arabe annonçant que le monument avait déjà été
fouille par Ali Mohammed, successeur de Saladin,
sans plus de résultat sans doute.
La troisième des grandes pyramides
de Gizeh, celle de Mykérinos (Menkara) est la plus petite, mais
elle surpasse les autres par la richesse des matériaux et le fini
du travail, et elle possède encore les débris de son revêtement
en granit rose. L'entrée en fut découverte par Caviglia,
et elle fut explorée de nouveau par le colonel Vyse qui constata
qu'elle avait été pillée par d'anciens Égyptiens.
A l'intérieur étaient trois chambres dans la plus haute desquelles.
Vyse découvrit une boîte de momie ,
un cercueil en bois de cèdre, au nom de Menkara. De cette chambre
un passage en pente permettait de descendre dans une seconde où
était un sarcophage en granit rose pesant trois tonnes, dont l'extérieur
reproduisait l'architecture d'une maison percée de plusieurs portes
que surmontaient des fenêtres à
claire-voie;
dans le passage en pente, on recueillit le couvercle de la boîte
de momie que l'on suppose aujourd'hui avoir été refaite à
l'époque saïte. Ces trois objets, ainsi que quelques ossements,
furent embarqués pour l'Angleterre, mais le vaisseau fit naufrage
dans la Méditerranée, près de Gibraltar ,
à la hauteur de Carthagène .
Le sarcophage fut perdu, mais le cercueil et son couvercle flottèrent
sur l'eau et furent sauvés; ils sont actuellement au British Museum.
Avec le couvercle du cercueil on a trouve des fragments de squelette, côtes
et vertèbres, os de jambes et de pieds enveloppés dans une
grossière laine jaune à laquelle adhérait une substance
résineuse.
La pyramide étant la tombe des pharaons,
une chapelle lui fut annexée pour l'accomplissement du service religieux
( Religion Egyptienne )
en l'honneur du monarque défunt : ces chapelles furent souvent richement
dotées de domaines non seulement pour subventionner le prêtre,
mais aussi pour parer aux frais d'entretien du monument. L'office de hierodule
de pyramide était une très haute distinction qu'on accordait
aux premiers de l'Etat, quelquefois aux princes, et il se perpétua
jusqu'aux derniers jours de l'empire égyptien.
Bataille
des Pyramides. - Bataille gagnée sur le plateau de Gizeh
par Napoléon Bonaparte sur les Mamelouks
de Mourad Bey le 21 juillet 1798. L'armée française campait
au pied des Pyramides.
«
Songez, s'écria le général, que du haut de ces pyramides
quarante siècles vous contemplent. »
Mourad
Bey s'était retranché à Embabeh, adossé au
Nil; dans ces redoutes s'abritaient 24000 fantassins; 10000 cavaliers se
déployaient entre le fleuve et les pyramides : Bonaparte
forma son armée (la droite au désert, la gauche au fleuve)
en cinq carrés, de six rangs de profondeur, les grenadiers derrière,
l'artillerie aux angles. Les chefs des carrés étaient de
droite à gauche Desaix, Reynier, Dugua, Bon, Menou; Bonaparte se
tenait dans le carré central. Comme l'artillerie égyptienne
était sur affûts fixes, il résolut de faire son effort
à droite, hors de la portée des batteries ennemies.
Mourad
Bey, pour l'arrêter, se jeta avec toute sa cavalerie sur les carrés
de Desaix et Reynier; ceux-ci résistèrent de pied ferme au
choc, et les Mamelouks, tourbillonnant autour des carrés sans pouvoir
les entamer, firent des pertes considérables; le carré Dugua
les coupa du Nil, et ils s'enfuirent, les uns vers les Pyramides, les autres
à Embabeh, que les divisions Bon et Menou enlevèrent à
la baïonnette; 40 canons, tous les bagages furent pris. Cette victoire
coûta aux Français seulement une centaine de morts et blessés.
( L'expédition
d'Egypte)
Les
pyramides d'Abousir et de Saqqarah.
Les pyramides d'Abousir sont attribuées,
sans preuves certaines, à des rois de la Ve
dynastie, tels que Sahoura et Ouserenra-An. Celles de Saqqarah ont été
érigées à Ounas, roi de la Ve
dynastie, et aux quatre premiers rois de la Vle;
Teti, Pepi ler, Merenra et Pepi II; elles
sont riches en inscriptions destinées, d'une part, à assurer
l'alimentation du double, d'autre part, à préserver l'âme
des dangers qui la menacent après la mort. Sur ce groupe de Saqqarah
tranche la fameuse pyramide à degrés haute de 59,68 m, composées
de six cubes à pans inclinés en retrait l'un sur l'autre,
pyramide que Mariette considérait comme
le plus ancien monument connu de l'Égypte et du monde, mais qui
ne remonte pas, comme il le pensait, à la lre
dynastie, car elle est le tombeau d'un roi de la llle,
Djeser. Les titres de ce pharaon encadrent la porte du caveau dont les
murs sont émaillés de plaques vertes, allongées, du
plus brillant effet. Quant au gigantesque débris de monument appelé
par les Arabes Mastabat-el-Faraoun, c'est un massif rectangulaire, une
sorte de mastaba
royal, dont l'intérieur présente l'ordonnance d'une pyramide
et que Maspero pensait avoir été le tombeau du roi Ati de
la VIe dynastie.
La
pyramide à degrés de Saqqarah.
Les
autres pyramides.
Au Sud de la pyramide à degrés
de Saqqarah se trouve le groupe des quatre pyramides de Dahshour, deux
en pierre et deux en brique : c'est dans l'une de ces dernières
que de Morgan a découvert en 1894 un trésor
de 104 bijoux de la XIIe dynastie d'une
perfection de travail admirable. La pyramide qui les recelait est proprement
un gigantesque mastaba
contenant plutôt les sépultures de princesses de cette dynastie
que celle du roi Ousertesen III, comme on l'a avance, car comment expliquer
qu'on y ait trouve un bijou au nom de son successeur Amenhema III? Sous
le sol d'une de ces pyramides de Dahshour, de Morgan a mis au jour le cercueil
d'un roi Wou-ab-ra de la XIIIe dynastie
et celui d'une princesse de la même époque.
Les deux pyramides de Lisht ne sont, en
réalité, que deux tertres en pierres, non façonnées,
et dans le sous-sol desquels on a ménagé des caveaux qui,
envahis par l'eau, n'ont été que tardivement explorés.
Deux rois de la XIIe dynastie y ont été
ensevelis. Ousertesen Ier et Amenemha ler.
Ousertesen II s'est construit la pyramide d'Illahoun à l'entrée
du Fayoum ,
et Amenembat III celle d'Hawara à laquelle il annexa, pour le culte
de son double, une vaste chapelle comportant de nombreuses chambres enchevêtrées
les unes dans les autres et plongées dans une épaisse obscurité,
ensemble mystérieux qui, dit-on, donna naissance au mythe grec du
Labyrinthe .
Après s'être préparé
un tombeau dans le site de Dahshour, Snefrou, premier roi de la IVe
dynastie, se fit définitivement ensevelir à Meïdoum,
près de la ville d'Héracleopolis
dont il avait fait sans doute son séjour favori. Ce qu'on appelle
la pyramide de Meidoum offre aujourd'hui l'aspect d'un emboîtement
de trois tours carrées que surmonte l'amorce d'un quatrième
étage; on le couvrit dans l'Antiquité d'un revêtement
de blocs de pierre qui lui donna la forme normale d'une pyramide. Cette
sépulture de Snefrou a dû être violée à
une époque très reculée, et les auteurs de ce méfait
ont laissé à l'orifice du caveau l'appareil de poutres et
de cordes dont ils se sont servis pour l'enlèvement du sarcophage.
L'usage des pyramides a survécu à la XIIe
dynastie : on en trouve ,jusqu'à l'époque des rois nubiens ,
tantôt conservant la forme classique, tantôt plus hautes que
larges, et garnies parfois aux angles de bordures carrées ou arrondies;
les murs intérieurs en sont souvent ornés de scènes
funéraires et de représentations relatives à la vie
d'outre-tombe. (Paul Pierret).
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Les pyramides
funéraires
Il
s'agit ici d'une classe de monuments très différents de ceux
qui viennent d'être étudiés. Ce sont de petites pyramides
portatives que l'on déposait dans le tombeau et sur lesquelles le
défunt est représente adressant des actes d'adoration au
Soleil
levant et au Soleil couchant ; elles représentent ce que les Égyptiens
appelaient le benben ou pyramidion, symbole du Soleil rayonnant,
le pyramidion ayant la forme donnée par eux aux particules de lumière
qu'émet le disque solaire. Le benben était adore dans
la partie la plus secrète et la plus vénérée
du temple d'Héliopolis
et des autres temples solaires. C'est pour ces raisons que les petites
pyramides funéraires offrent toujours des adorations au Soleil. |
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