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Napoléon Ier
Napoléon Bonaparte
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L'Empire à son apogée
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« Les grands travaux »

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Les Cent-Jours

Sainte-Hélène

Appréciation générale

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« Les grands travaux »

Si, pendant l'empire le commerce maritime était nul, le commerce continental fut prospère, du moins tant que la victoire assura à la France le monopole des communications et des débouchés. Les expositions furent nationales, comme en 1798. Grâce aux récompenses, surtout honorifiques, le nombre des exposants s'éleva (229 en 1801; 540 en 1802; 1221 en 1806). Une école des arts et métiers fut créée à Compiègne. L'Empire put-il aussi être une époque de grands travaux publics.

Contre les Anglais furent créés l'arsenal de Rotterdam, celui d'Anvers, un instant menacé (13 août 1809) par la perte de Flessingue et de l'île de Walcheren; la digue de Cherbourg fut continuée activement. L'union stratégique du royaume d'Italie avec le territoire français fut l'objet principal des routes du Genèvre, du Cenis (col Fréjus), du Simplon, la seule achevée. Une voie, rectiligne relia Metz et Mayence. Les routes nationales furent régulièrement construites (route du Tarare) et entretenues aux frais de l'État; les chemins vicinaux furent mis à la charge des communes (arrêté du 23 juillet 1802), qui virent avec bonheur abolir les malencontreuses barrières à péages du Directoire. 

Le canal de Nantes à Brest permit de soustraire la Bretagne aux surprises des croisières anglaises; celui de Saint-Quentin vivifia la région du Nord; à Paris, l'on termina le canal de l'Ourcq (décret du 19 mai 1802); le bassin de la Villette, destiné à fournir de l'eau de l'Ourcq pour l'alimentation de la capitale, fut achevé de 1806 à 1809; le canal de Saint-Denis fut commencé en 1811 (décret du 24 février) entre cette ville et le bassin (c'est par la barrière de la Villette qu'eut lieu l'entrée triomphale de la Grande Armée après Tilsit). Y compris une vingtaine de millions dépensés pour ces travaux, dont les compléments prévus ne se réalisèrent que sous la Restauration, les améliorations et embellissements de la capitale absorbèrent une somme d'environ 102 millions. 

Les embellissements de Paris.
Citons, au point du vue municipal, les Abattoirs; les cimetières du Nord, de l'Est, de Vaugirard, de Sainte-Catherine (décret du 12 juin 1804), la nouvelle Morgue place du Marché-Neuf (17 août 1804, ordonnance de police); 15 nouvelles fontaines ajoutées aux 65 anciennes (décret du 2 mai 1806), au nombre desquelles la fontaine Desaix (place Dauphine). et celle du Lion-de-Saint-Marc (place des Invalides) sont l'une de 1802, l'autre de 1804; le pont des Arts, commencé en 1802 par De Cessart, terminé en 1804 par DilIon et Demoutier; le pont d'Austerlitz, commencé en 1799 par Brullé, achevé par Becquey et Beaupré, et qui se composait alors de cinq arches en fonte de fer (1807); le pont d'léna, construit par Lamandé et Dillon (1809-1813), en vertu du décret de Varsovie (13 janvier 1807); les greniers de réserve; le quai d'Orsay; le marché aux fleurs, le marché des Carmes et le marché Saint-Germain, commencés seulement en 1813; la deuxième coupole de la halle aux blés, construite par Bélanger (1810). 

A l'Hôtel de Ville, il n'y eut que des travaux d'aménagement et d'inscriptions. Aucune église actuelle ne date de l'Empire, sauf la Madeleine : les travaux accomplis de 1777 à 1790 avaient été suspendus, les premières assises furent rasées en 1807, et sur l'emplacement s'éleva le « Temple de la Gloire »; construit par Vignon, et destinée servir de Panthéon impérial; la Restauration rendit ce monument à son affectation primitive. En même temps, le Panthéon était redevenu l'église Sainte-Geneviève (1806). Le Palais de la Bourse fut construit par Brongniart, de 1808 à 1813 (achevé par Labarre en 1826); Poyet fit la façade (sur le quai d'Orsay) du Palais-Bourbon; où siégeait le Corps législatif (1804 à 1807). Vaudoyer transforma la chapelle de l'ancien collège Mazarin en salle de séances pour l'Institut (1806). 

L'ancien hôtel du prince de Salm fut aménagé en Palais de la Légion d'honneur (1803). Percier et Fontaine achevèrent la cour du Louvre (1806-1813) et amorcèrent à l'Ouest la jonction du Louvre et des Tuileries en même temps que commençaient les travaux de la rue Impériale (rue de Rivoli), qui devait aller jusqu'à la place du Trône et qui s'arrêta, sous le premier Empire, en face du passage Delorme. De 1800 à 1804, Chalgrin acheva la galerie Est du Palais du Luxembourg, supprima l'escalier central, construisit l'escalier de la galerie Ouest pour l'installation du Sénat. De 1810 à 1814,  Bonnard commença le Palais du quai d'Orsay (Cour des comptes). incendié en mai 1871 et rasé aujourd'hui. Au Palais-Royal fut construite la salle du Tribunat, démolie en 1827.
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Arc de Triomphe.
L'Arc de l'Etoile à Paris.

Le seul théâtre qui date de l'Empire est celui des Variétés, dû à Cellérier et Alavoine (1808). Vingt-deux exploitations scéniques ont été supprimées, et la censure est particulièrement sévère pour les pièces. Au point de vue décoratif, on peut citer : la fontaine du Regard, par Bralle (1806), elle a disparu; le bas-relief, sculpté par Valois, occupe la façade postérieure de la fontaine de Médicis; la fontaine de l'Égyptien, par Bralle; la première fontaine du Château-d'Eau (1815), transférée au marché de la Villette; la fontaine du Palmier ou du Châtelet, par Bralle (1806), sculptures par Boizot, sauf les sphinx, qui sont de 1858. Mais les monuments de beaucoup les plus caractéristiques du premier Empire sont la Colonne Vendôme, l'Arc du Carrousel et l'Arc de l'Étoile.

« Toutes les fois, dit Mme de Staël, que les améliorations possibles dans les diverses branches du gouvernement ne portaient en rien atteinte au pouvoir de Bonaparte, et qu'elles contribuaient au contraire à ses plans et à sa gloire, il faisait, pour les accomplir, un usage habile des immenses ressources que lui assurait la domination de presque toute l'Europe [...] et employait presque toujours des têtes très propres aux affaires dont il les chargeait.-» Quant aux travaux publics, « ces prodiges divers se sont accomplis parce qu'il portait sur chaque point en particulier les tributs et le travail de 80 millions d'hommes. Mais les rois d'Égypte et les empereurs romains ont eu sous ce rapport d'aussi grands titres à la gloire-». 
Bruxelles, Milan (arènes et arc du Simplon), Turin, ne furent pas oubliés. Lyon s'agrandit (place Bellecour). La Vendée eut un chef-lieu central, Napoléon-Vendée. Et que de projets ne furent qu'ébauchés! que de rêves ne furent qu'entrevus! La longue tranquillité de la capitale avait fait oublier à Napoléon ses colères de 1804 (avant le sacre), année où il parlait de transporter ailleurs le siège de son gouvernement et faisait publier un article sur les motifs qui avaient déterminé les empereurs romains à quitter Rome (Gazette de France du 28 septembre). 
« Il entrait dans mes rêves, dit le Mémorial, de faire de Paris la véritable capitale de l'Europe. Parfois je voulais qu'il devînt une ville de 2, 3, 4 millions d'habitants, quelque chose de fabuleux, de colossal, d'inconnu jusqu'à nos jours, et dont les établissements eussent répondu à la population. » 
Ce que Louis XIV avait fait en petit pour Versailles, Napoléon le rêvait en grand pour Paris. La réalité est plutôt affligeante. La population parisienne est misérable, stationnaire (600 000 habitants en 1810; 530 000 en 1813, dont 86 000 indigents). Jamais, pas même après les désastres, l'empereur ne pensa sérieusement à fortifier sa capitale, il s'en défiait trop au fond. Le projet relatif au palais du roi de Rome marque à merveille sa vraie pensée : 
« Ce palais, placé sur la hauteur, en face de l'École militaire, dominant le pont d'Iéna, enfilant le cours entier de la rivière d'une part, et tout le développement de la rue de Rivoli de l'autre, devait être construit de manière à remplir toutes les conditions d'une véritable forteresse. Mais, pour lui donner toute la valeur dont elle était susceptible, il embrassait dans sa dépendance tout le grand plateau qui s'étend de la barrière de l'Étoile et de la hauteur des Bons-Hommes (Minimes, Trocadéro) jusqu'au Bois de Boulogne et la route de Neuilly. Sur ce plateau, il devait établir un immense jardin entouré de fortes murailles ou de fossés profonds, qui en faisaient, au besoin, un vaste camp retranché, auquel arrivaient par toutes les routes, et sans être obligées d'entrer dans Paris, les troupes de Versailles, de Courbevoie, de Saint-Denis, en un mot la garde entière » (Rapport de Clermont-Tonnerre à Charles X, 1826).
L'Armée.
C'est à cette époque de « l'apogée » que le système militaire atteint ou va atteindre sa plus grande extension, et qu'en même temps il commence à s'effondrer par la base, le recrutement. Le tirage au sort (1803) avait d'abord paru un adoucissement de la conscription; de plus, les mauvais numéros pouvaient s'exonérer en payant un remplaçant. Mais cette sorte de contrat, destiné à satisfaire la bourgeoisie, n'eut rien de solide. Des jeunes gens, même plusieurs fois rachetés, furent obligés de partir; en 1813, l'on remontera jusqu'à la classe de 1803 et l'on descendra jusqu'à celle de 1815. En 1811, il y a déjà 80 000 réfractaires, contre lesquels procèdent les colonnes mobiles; sont responsables « les pères, mères, frères, soeurs, tuteurs, hôteliers, communes, des soldats en fuite».

Les mutilations volontaires, les mariages prématurés, et jusqu'aux accouchements provoqués avant terme (par suite de la clause qui exemptait le père d'un nouveau-né), telles furent les suites affreuses de cette mise en coupe réglée de tant de générations, perfectionnée encore par le sénatus-consulte du 13 mars 1812 (répartition en trois bans de la garde nationale). Avec les troupiers, l'empereur affecte une familiarité qui les étonne, les séduit, les enthousiaste; mais tous les grades sont au choix ou à l'ancienneté, aucun n'est laissé à l'élection, même dans la garde nationale. L'armement de la ligne est toujours le fusil à pierre, même pour les grenadiers, les carabiniers (simples dénominations distinctives). Dans l'artillerie, le calibre 6 domine, le calibre 12 est allégé; les batteries sont de 6 pièces: les dernières grandes batailles sont surtout des canonnades. La cavalerie, grosse ou légère, est superbe, grâce aux chevaux d'Allemagne. Le train des équipages date de 1807, les infirmiers de 1809. Le but partout poursuivi est d'obtenir la plus grande mobilité ; dans chaque bataillon, les hommes les plus robustes forment la compagnie des grenadiers; les plus agiles, celle des voltigeurs; les autres constituent le centre. Les cuirassiers exécutent les charges de cavalerie; les chasseurs, hussards, lanciers (ceux-ci créés en 1809) forment la cavalerie légère.
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Grenadiers de Napoléon.
Les grenadiers de Napoléon.

L'élite de l'armée est dénommée garde impériale (vieille garde constituée avant 1807, jeune garde depuis lors); elle comprit, en 1813, 92000 hommes. On y distingue les vétérans de la garde. les dragons de l'impératrice, les guides, les mamelouks, les lanciers polonais. Les uniformes, incommodes surtout pour les chefs, sont éblouissants. Les unités tactiques (régiments) sont réparties en corps d'armée. Les soldats recrutés dans les 130 départements, dans les provinces illyriennes, dans les îles ioniennes, sont considérés comme soldats français; les Suisses (1803), les Hanovriens, les Polonais et même le Portugal et l'Espagne (1807), les Tatars (1812), les Albanais, etc., ont fourni des légions, bataillons, etc., directement pris au service de l'empereur qui dispose enfin des troupes de la Confédération du Rhin et des États vassaux. Napoléon dépayse le plus qu'il peut les troupes étrangères (Polonais en Espagne, Espagnols au Danemark). Plus de la moitié de la Grande Armée, en 1812, est composée de soldats réellement étrangers, par leur naissance, au territoire de l'ancienne France. (H. Monin).

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Dictionnaire biographique
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