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L'Empire.
La Grande Armée
Le sacre.
La vague de répression qui avait
inauguré 1804 et avait atteint son paroxysme avec l'exécution
du duc d'Enghien, le 20 mars, fut la préface logique de l'Empire,
que dès 1802 Napoléon Bonaparte
avait pour ainsi dire annoncé en faisant prévoir au Sénat,
au moment où il lui apportait le Consulat à vie, «
des institutions qui mettraient la France
à l'abri des caprices du sort et des incertitudes de l'avenir ».
Le sénatus-consulte du 28 floréal an XII (18 mai 1804), suivi
d'un plébiscite dont les résultats furent proclamés
le 15 brumaire an XIII, fit du premier consul l'empereur héréditaire
des Français, par la grâce de Dieu
et par la volonté nationale. Il n'y avait eu quelque opposition
qu'au Tribunat. Le souverain pourvut à la nomination de quatre des
grands dignitaires : ce furent Joseph Bonaparte,
grand électeur; Cambacérès,
archichancelier d'empire; Lebrun, architrésorier; Louis
Bonaparte, connétable; deux des grandes dignités restèrent
vacantes pour Lucien et Jérôme,
s'ils se réconciliaient avec leur frère. Puis quatorze maréchaux
d'empire furent désignés: Jourdan, Masséna, Augereau,
Brune,
Berthier,
Lannes, Ney, Murat, Bessières, Moncey,
Mortier; Soult, Davout, Bernadotte.
Les généraux en non-activité,
Kellermann, Lefebvre, Pérignon, Sérurier, déjà
sénateurs, furent nommés maréchaux honoraires. Les
grands officiers militaires furent : Gouvion Saint-Cyr, colonel général
des cuirassiers; Marmont, des chasseurs; Baraguey d'Hilliers, des dragons;
Junot, des hussards. L'amiral Bruix devint inspecteur général
pour les côtes de l'Océan, et le vice-amiral Decrès
pour les cotes de la Méditerranée. Quant à la maison
civile, Fesch, déjà cardinal, fut grand aumônier; Talleyrand,
grand chambellan, Berthier, grand veneur; Caulaincourt, grand écuyer;
Duroc, grand maréchal du palais. L'étiquette fut rétablie
sous les auspices d'un grand maître des cérémonies ,
le comte de Ségur; toutefois, la noblesse d'empire ne fut organiquement
constituée avec l'obligation de majorats, que par le décret
du 11 mars 1808.
Un emprunt plus important encore à
l'ancien régime fut le sacre de l'empereur (2 décembre 1804).
De l'étonnement de ses compagnons d'armes, il n'eut grand souci;
il fut, plus sensible, comme le témoignent ses lettres à
Fouché, aux moqueries du peuple parisien. Consalvi et Caprara firent
entendre au pape Pie Vll, d'abord indigné du rôle qu'on
voulait lui faire jouer, qu'il y gagnerait l'a restitution des Légations
et la proclamation du catholicisme
comme religion d'État en France .
L'empereur n'entendait pas d'ailleurs aller à Rome, mais faire venir
le pontife à Paris .
Pie VII crut que Napoléon se refuserait
au baisement de mains; il déclara qu'il s'y soumettrait. Il fut
entendu aussi que la femme de Talleyrand ne serait pas présentée.
Le sacre eut lieu à Notre-Dame, avec un grand éclat, non
sans beaucoup de froissements d'amour-propre dans la famille et la cour
impériales. Au moment solennel, Napoléon saisit la couronne
des mains du pape, la mit sur sa tête; et couronna lui-même
l'impératrice. Il n'entendait devoir au pape qu'un surcroît
de légitimité, le respect des catholiques, et même
certaines garanties morales contre les attentats politiques, mais non pas
une autorité qu'il avait conquise lui-même. La République
italienne fut transformée (mars 1805) en royaume d'Italie .
Les Italiens auraient volontiers accepté un prince français,
et, pour la forme, la couronne fut offerte à Joseph
Bonaparte; mais celui-ci la refusa par ordre, et Napoléon la
prit pour lui-même à Milan .
Eugène
Beauharnais, fils de Joséphine, fut créé vice-roi.
Le Corps législatif italien n'eut même pas le droit de discuter
le budget, il fut traité comme une simple chambre d'enregistrement-:
«
Vous n'avez que des lois locales, disait l'empereur aux députés,
il vous faut des lois générales. »
Il écrivait à Eugène
:
«
Si la loi sur l'enregistrement n'est pas votée, je la prendrai de
ma propre autorité; et, tant que je serai roi, le Corps législatif
ne sera pas réuni. »
La Grande Armée;
la Marine.
Dès la rupture de la paix d'Amiens ,
les préparatifs militaires et maritimes, du «-camp
de Boulogne
» suspendus après cette paix, furent repris. Il s'agissait,
non de vaisseaux de ligne, mais de chaloupes canonnières, de bateaux
plats, de péniches, etc., destinés au transport des troupes,
qui devaient opérer un débarquement en Angleterre .
Le succès était si improbable, que beaucoup d'historiens,
de marins ont cru à une feinte, à un stratagème gigantesque.
La flottille de 1801 avait été deux fois inutilement attaquée
par Nelson, des batteries
côtières suffisant à la défendre, vu le faible
tirant d'eau de ses unités; d'un autre côté, vu leur
grand nombre, il fallait plus d'une marée pour sortir des petits
ports situés entre Calais
et la Somme, et ou les mouillages à l'ancre n'étaient guère
sûrs. En 1804, plus de 1200 bâtiments du même genre,
construits un peu partout sur les voies fluviales du versant de la Manche
(80 chaloupes canonnières à Paris ),
furent ainsi rassemblés à Boulogne, Etaples, Wimereux, Ambleteuse;
150000 hommes, la « Grande Armée », furent campés
à proximité et employés avec ostentation aux
travaux de fortifications, de terrassements, d'approfondissement des ports.
500 bouches à feu couronnèrent les falaises, la « côte
de fer ».
Mais quant à la marine proprement
dite, son infériorité venait d'être démontrée
par l'issue de l'expédition d'Égypte .
Les cadres d'officiers, singulièrement diminués par l'émigration,
n'avaient pas eu le temps de se renouveler. Les matelots, fournis en principe
par l'inscription maritime, mais en fait par la « presse-»,
mode de recrutement fort redouté des populations de l'intérieur,
n'étaient pas suffisamment exercés aux manoeuvres, ni même
habitués à la haute mer. Défendre le littoral français,
tel était, d'après les amiraux eux-mêmes, le seul rôle
possible des vaisseaux français, et cela pour longtemps. Cependant,
pour opérer une descente en Angleterre ,
il était peu raisonnable de compter soit sur un calme qui immobiliserait
la flotte anglaise, soit sur une tempête qui la chasserait du détroit,
soit sur la nuit ou sur la brume. Napoléon
pensa peut-être que, grâce à une combinaison stratégique
analogue à celles qui, sur terre, lui avaient déjà
réussi, il pourrait éloigner momentanément les forces
maritimes de l'Angleterre et en amener de supérieures dans la Manche.
Villeneuve, avec l'escadre de Toulon ,
reçut l'ordre de rallier à Cadix
la flotte de l'Espagne
(amiral Gravina), qui venait de s'allier avec la France ;
l'escadre de Rochefort (Missiessy) et celle de Brest (Gantheaume) devaient
les rejoindre. Ces quatre escadres devaient se porter du côté
des Antilles, mais uniquement afin d'y attirer Nelson : pendant ce temps,
la Grande Armée franchirait le détroit. Villeneuve réussit
à tromper la surveillance de Nelson : dans la Méditerranée;
mais il se fit battre par Calder à la hauteur du cap Finisterre
et revint à Cadix, où il fut Bloqué (22 juillet).
L'escadre de Brest ne put sortir. Celle de Rochefort fit une brillante
expédition contre les Antilles anglaises c'est la seule qui ait
entièrement réussi pendant les vingt années des deux
guerres maritimes, avant et après le traité d'Amiens .
(H.
Monin). |
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