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L'Hôtel des Invalides, à Paris

Hôtel des Invalides, à Paris. - Cet ensemble de bâtiments situés dans le VIIe arrondissement de Paris, renferme aujourd'hui trois musées, deux églises (l'église du Dôme et l'église Saint-Louis des Invalides) et - ce qui était la vocation initiale de l'établissement lors de sa construction en 1670 -  un hôpital destiné aux invalides, c'est-à-dire, pour reprendre la première définition de ce mot, aux militaires de tous grades devenus incapables de rester au service actif et de pourvoir à leur subsistance en raison de leur âge, de leurs infirmités ou de leurs blessures. 
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Invalides, à Paris.
L'Hôtel des Invalides (façade septentrionale).

En remontant à l'Antiquité, on voit que les nations militaires avaient songé à pourvoir à la subsistance des vieux soldats : ceux d'Athènes étaient nourris aux frais du trésor; ceux de Macédoine devenaient colons, et on accordait des bénéfices à ceux de la milice romaine. En France, divers rois, notamment Charles VII, Louis XII, François Ier, Henri Il et Charles IX, eurent l'intention de fonder un asile définitif pour les anciens militaires invalides; Louis XI, le premier, leur accorda une pension. Henri III organisa pour eux, en 1575, une maison appelée la Charité chrétienne. Henri IV y réunit une autre maison (rue de l'Oursine), en 1597, qu'il dota du produit des amendes et confiscations provenant des abus et malversations. Cette organisation ne subsista que jusqu'en 1597, où l'on supprima les maisons d'invalides, en répartissant de nouveau ceux-ci comme oblats dans les monastères. Louis XIII, en 1633, avait édicté la fondation de la commanderie de Saint-Louis dont les travaux furent brusquement interrompus en 1635. Louis XIV reprit ce projet et l'exécuta. Le dispositif de l'édit d'avril 1674, « perpétuel et irrévocable », est ainsi conçu : 

« Nous fondons, établissons et affectons à perpétuité ledit hôtel royal que nous avons qualifié du titre des Invalides, lequel nous faisons construire au bout du faubourg Saint-Germain de notre bonne ville de Paris, pour le logement, subsistance et entretènement de tous les pauvres officiers et soldats de nos troupes qui ont été ou seront estropiés ou qui, ayant vieilli dans le service en icelles, ne seront plus capables de nous en rendre ». [Pour doter l'hôtel de revenus suffisants et assurés, le roi lui affecte pour toujours] « les 2 deniers pour livre de tous les payements qui seront faits par les trésoriers généraux de l'ordinaire et extraordinaire des guerres »; [et de plus] « les deniers provenant des pensions, des places des religieux-laïcs des abbayes et prieurés » [qui étaient dans l'usage et l'obligation de recevoir des oblats].
Les chapitres religieux ainsi taxés essayèrent vainement de résister : ils s'étaient trop souvent plaint des moeurs grossières et de la conduite des oblats pour qu'il leur fût permis décemment d'enrayer la volonté royale. Les travaux avaient d'ailleurs commencé quatre ans auparavant.

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Invalides, à Paris.
L'Hôpital des Ivalides et l'église Saint-Louis.

On projetait d'hospitaliser 6000 invalides, mais ce nombre ne fut pas atteint et les bâtiments suffisaient à peine pour 4000 pensionnaires. La dotation était riche. Dès la guerre de la succession d'Espagne, la place manqua et beaucoup d'invalides furent pensionnés au dehors. Les abus se multiplièrent; les grands seigneurs logeaient aux Invalides leurs anciens laquais, même ceux qui n'avaient jamais porté les armes, au détriment des vrais invalides. Le comte de Saint-Germain combattit ces passe-droits. La Révolution mit les dépenses de l'institution à la charge de l'État. 

Le nombre considérable de blessés et d'infirmes qui furent la conséquence des guerres de la Révolution et de l'Empire forcèrent Napoléon Ier à créer des succursales de cet établissement, à Versailles, à Avignon et à Gand. En 1812, on comptait 26000 invalides. La période de paix qui suivit permit de supprimer successivement ces succursales et de ne conserver pour les invalides que l'hôtel de ce nom.
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Inauguration des Invalides.
L'inauguration de l'église des Invalides par Louis XIV.
Tableau de Pierre-Denis Martin. Source : Musée Carnavalet.

Ce fut le 30 novembre 1670 que Louis XIV posa la première pierre de l'hôtel. Les plans en sont dus à Libéral Bruant. J.-H. Mansart, qui termina la construction, les respecta; mais c'est à lui seul qu'est due l'adjonction de la seconde église, dite le Dôme des Invalides, commencée en 1675 et terminée seulement en 1735. La superficie totale est un quadrilatère de près de 127000 m²; du quai d'Orsay à l'hôtel s'étend l'Esplanade des Invalides, non moins étendue, mais plus longue et plus étroite : elle occupe une partie du rempart de 1704 et des terrains avant appartenu au territoire du Gros-Caillou. Ce vaste espace vide, bordé seulement d'arbres et de quinconces, ajoute beaucoup à l'effet imposant du moment lui-même. La façade, qui regarde vers le Nord, a 196 m de développement; elle a trois étages surmontés d'un rang de mansardes; les ouvertures sont en arcades; trois avant-corps font saillie dans celui du milieu est l'entrée d'honneur, avec le bas-relief de Louis XIV à cheval, et, à droite et à gauche, les statues de Mars et de Minerve : cette décoration sculpturale est due à Coustou et à Girardon; mais la statue de Louis XIV, détruite sous la Révolution, a été rétablie par Chartelier en 1816. Les angles des avant-corps ont hérité en quelque sorte des quatre statues d'esclaves (représentant quatre nations vaincues et enchaînées) dont le sculpteur Desjardins avait orné le piédestal de la statue primitive de Louis XIV, place des Victoires.

La façade ne fait pas immédiatement suite à l'Esplanade; elle est précédée d'une avant-cour fermée par une belle grille dorée, ornée de parterres et de jardinets. Le tout est bordé de fossés, que surplombent des canons de toute dimension et de tout âge. L'aspect est unique, à la fois champêtre et militaire, riant et grandiose. Un vestibule à colonnes conduit dans la cour d'honneur, qui a 108 m de long sur 62 m de large; elle est entourée de corps de logis à double rang d'arcades formant galerie (peintures murales d'histoire militaire, par Bénédict Masson, inachevées); ces corps de logis renferment au rez-de-chaussée les réfectoires (peintures de Martin, représentant les victoires de Louis XIV), et au-dessus les dortoirs. 
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Paris : Hôtel des Invalides.
L'Hôtel des Invalides au XIXe siècle, par Victor Nicolle.

Au fond de la cour d'honneur est le portail de l'église Saint-Louis (ou des soldats).

« Conçue dans le même esprit que le reste de l'édifice, elle en a la rigidité froide et imposante, tempérée par les multiples couleurs des drapeaux conquis à diverses époques, qu'on a suspendus à sa voûte. » (Al. Martin.)
Elle a 70 m de long sur 22 m de large et 24 m de hauteur sous clef. La grille du choeur, la chaire, sont d'un beau travail; divers cénotaphes rappellent les noms des gouverneurs, dont les dépouilles mortelles sont déposées dans les caveaux. L'église du Dôme, bien que communiquant avec l'église Saint-Louis, est une conception absolument indépendante de l'ensemble. Mansart a d'ailleurs tourné la principale entrée au midi (place Vauban). Le portail est précédé d'une vaste et belle cour (cour de Vauban); l'on y accède par un perron de quinze marches. Il est de style dorique au rez-de-chaussée, corinthien dans la partie supérieure; les niches de la façade renferment : l'une un Charlemagne (de Coysevox), l'autre un Saint Louis (de Girardon). L'intérieur est un carré de 56 m de côté; il est disposé en forme de croix grecque. Il renferme quatre chapelles d'angles, consacrées aux Pères de l'Église, et reliées par des arcades aux deux chapelles qui occupent les extrémités orientale et occidentale de la croix grecque (tombeau de Vauban et tombeau de Turenne, transféré de Saint-Denis). Les voûtes de la nef du dôme forment quatre arcades (attique orné des médaillons de douze rois de France). Dans le milieu du dôme règne une balustrade circulaire en marbre blanc. L'attique sert de soubassement à vingt-quatre pilastres composites accouplés, entre lesquels sont douze croisées. Le sommet de la croix qui surmonte le dôme a 105 m. 
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Esplanade des Invalides, à Paris.
Les Invalides, vus depuis l'esplanade.

Outre les artistes que nous avons cités, l'église du Dôme contient des oeuvres de Jean Jouvenet, Ch. Lafosse (Saint Louis déposant sa couronne aux pieds du Christ), de Bosio, Cartelier, Coustou, Poultier; Bon Boullongne, Louis Boullongne, Coypel, Flamant, etc. 

« L'extérieur du dôme est décoré de quarante colonnes composites, posées sur un soubassement qui a servi à élever tout l'édifice; trente-deux de ces colonnes accompagnent huit massifs qui servent de piliers. Le dôme s'élève en manière de coupe renversée ; son ornementation est très riche. De larges côtés correspondant aux massifs de dessous ont dans leurs intervalles de grands trophées d'armes en bas-reliefs, au milieu desquels sont des lucarnes en forme de casques dont les visières servent à éclairer la charpente intérieure du dôme. La lanterne qui couronne l'édifice est tout à jour. Elle est ornée de douze colonnes et supporte une sorte d'obélisque surmonté d'un globe.-» (Gourdon de Genouillac).
Sous le gouvernement de Juillet, les cendres de Napoléon, rapatriées de Sainte-Hélène, furent provisoirement déposées dans la chapelle Saint-Jérôme (où elles demeurèrent jusqu'en 1861). La loi du 10 juin 1840 ordonna l'érection du tombeau de Napoléon Ier aux Invalides. Un concours fut ouvert, et le projet de Visconti fut adopté. Les travaux commencés en 1843, interrompus en 1848, furent terminés en janvier 1853. Visconti avait tenu à ne pas altérer le caractère du Dôme. C'est pourquoi il imagina de creuser au-dessous du sol une crypte destinée à recevoir le mausolée; elle est de forme ronde et n'a que 6 m de profondeur. L'entrée est près du maître-autel; elle est fermée de portes de bronze que semblent garder la Force civile et la Force militaire, statues colossales de Duret, ainsi que les tombeaux des maréchaux Duroc et Bertrand. L'on descend vingt-six marches, et l'on se trouve en face du sarcophage, taillé dans un bloc de granit rouge de Finlande (offert par l'empereur de Russie), qui repose sur un pied de granit vert des Vosges l'intérieur est doublé de marbre de Corse. Cette partie de la crypte est à ciel ouvert, directement sous la voûte du dôme. Tout autour est une galerie décorée de dix bas-reliefs en marbre blanc (par Simart) et éclairée par des lampes funéraires. Douze statues de Pradier forment des piliers de soubassement pour cette galerie. En face de l'entrée du mausolée et sous la galerie est le reliquaire, chapelle obscure ou se dresse un Napoléon en marbre blanc, par Simart : l'empereur est en costume du sacre. En bas et en avant de la statue, sur un autel antique, sont déposés l'épée d'Austerlitz, le chapeau d'Eylau, les trois clefs du cercueil de Sainte-Hélène, etc. 
« La dépense totale des travaux occasionnés par la construction du monument funéraire de Napoléon, en y comprenant 1,800,000 F pour frais de la cérémonie du 15 déc. 1840, s'est élevée à 6,744,000 F, la statuaire ne figure dans ce total que pour 617,000 F. » 
Depuis le gouvernement de Juillet, l'Hôtel des Invalides, dont les caveaux ne s'ouvraient généralement que pour recevoir les dépouilles de ses hôtes, est devenu une sorte de Panthéon militaire. Beaucoup de grands personnages y ont été ensevelis en vertu d'une loi. Le musée d'artillerie, établi pendant la Révolution dans le couvent désaffecté des dominicains de Saint-Thomas d'Aquin, a été transféré aux lnvalides à la fin du XIXe siècle. Il a été transformé au siècle suivant en Musée de l'Armée et possède aujourd'hui 500 000 pièces. Deux autres musées sont également installés aux Invalides au cours du même siècle : le Musée de l'Ordre de la Libération et le Musée des Plans-Reliefs. Parallèlement, les Invalides ont retrouvé leur ancienne vocation en renfermant de nouveau, comme on l'a dit, un hôpital militaire destiné aux grands blessés. (Henry Monnier).
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Saint-Louis des Invalides, à Paris.
L'église Saint-Louis-des-Invalides. © Photos : Serge Jodra, 2010.
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Dictionnaire Villes et monuments
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