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Campagnes
de 1805, 1806, 1807
Le 8 juillet 1805,
l'Angleterre
avait signé avec la Russie
une alliance offensive et défensive à laquelle l'Autriche
adhéra le 9 août. Cette puissance mit en ligne trois armées
: l'archiduc Charles, avec 100 000 hommes, devait franchir l'Adige; l'archiduc
Ferdinand, dirigé par Mack, remonter le Danube (90000 hommes); la
jonction (Tyrol )
était faite par les 30000 hommes de l'archiduc Jean. En France ,
un simple sénatus-consulte met « en activité »
les conscrits des années 1801 à 1805 et ordonne la levée
anticipée de 80000 conscrits de l'année 1806; la garde nationale
est réorganisée pour la défense des frontières,
des côtes et le maintien de l'ordre intérieur.
1805.
L'attitude partout agressive de la diplomatie
impériale, pendant l'été de 1805, démontre,
d'ailleurs, que Napoléon prévoyait,
provoquait peut-être la guerre continentale, donc se préparait
à la soutenir. Dès le 17 septembre, il disposa la Grande
Armée, qui comptait alors 190 000 hommes, en 7 corps (Bernadotte,
Marmont, Davout, Soult, Lannes, Ney, Augereau),
plus la garde et la cavalerie de Murat; ils furent échelonnés
de Strasbourg à Würzbourg, et Mack, qui s'était avancé
jusqu'à l'Ouest de la Bavière ,
put se figurer, que la campagne allait commencer, comme en 1800, dans les
défilés de la Forêt-Noire. Mais Napoléon avait
préparé une immense conversion par la droite (Ney), dont
les ordres de marche, minutieusement réglés, s'accomplirent
à la lettre; le 6 octobre, il atteignait le Danube à Donauweeth,
à égale distance d'Ulm et de Ratisbonne : Mack était
coupé de sa base d'opération et de Vienne, comme il le vit
avec terreur par les combats de Wertingen (Murat) et de Günzbourg
(Ney), pour lesquels il dut faire volte-face, Il ne songea plus qu'à
la retraite; mais Soult occupait Augsbourg ,
Bernadotte était à Munich, Ney et Murat remontaient vers
Ulm, son quartier général. Il tente successivement diverses
routes et, chaque fois, est arrêté, à Memmigen, Elchingen,
Neresbourg, Nordlingen (12 au 18 octobre). Le «-malheureux-»
- c'est l'épithète qu'il se donne - perd la tête, s'enferme
dans Ulm et y capitule avec 27000 hommes : ses autres corps étaient
décimés, captifs ou dispersés dans la Haute-Bavière.
« Ce n'est pas avec nos bras, c'est avec nos jambes, que l'empereur
bat les Autrichiens
», disaient les soldats émerveillés.
-
Hommage
de Napoléon au courage de ses troupes quittant Ulm.
Le lendemain, à Trafalgar
(21 octobre 1805), Villeneuve, qui n'était sorti de Cadix ,
malgré le désarroi de sa flotte combinée, que sur
l'ordre formel de
Napoléon, perdit 18
vaisseaux et 7000 hommes; les Anglais
en perdirent eux-mêmes 3000, et Nelson,
«-qui valait une escadre-»;
Villeneuve, qui avait fait tout son devoir, fut traité de lâche
par son souverain, et se tua de désespoir. Dès lors, Napoléon
ne compta plus sur sa marine. Il s'enfonça dans son idée
de « rétablir l'Empire d'Occident » et de fermer le
continent à l'Angleterre, pour en avoir raison. Vienne était
une ville ouverte, il y entra le 13 novembre, et s'étonna que les
habitants, qu'il traita bien, ne lui fissent pas le même accueil
que les Milanais en 1796. En même temps, l'archiduc Charles, que
l'armée d'Italie
(Masséna) avait repoussé, eut, de plus, affaire à
Ney, et s'arrêta derrière la ligne du Raab. Au Nord du Danube,
le tsar Alexandre avait rejoint l'empereur
François
II, et la Prusse ,
encore neutre, mobilisait ses forces. L'empereur arriva à Brünn
avec 65000 hommes contre 90000. C'est dans ces conditions que fut gagnée
par les Français la bataille d'Austerlitz
(2 décembre 1805). Le ministre Haugwitz, envoyé de Berlin
au quartier général des alliés, se rendit au bivouac
de Napoléon et le félicita. Lorsqu'il se fut retiré-:
«
Voilà, dit le vainqueur, un compliment dont la fortune a changé
l'adresse. »
Le 15 décembre, la Prusse
dut céder à la France
Anspach ,
Bayreuth ,
Clèves, Neuchâtel, en échange de l'électorat
de Hanovre, qui devait lui servir d'indemnité aux dépens
du roi d'Angleterre .
La paix avec l'Autriche
fut signée le 26 décembre 1805, à Presbourg .
1806.
En conséquences du Traité
de Presbourg ,
les anciens États vénitiens, y compris la Dalmatie
et l'Albanie ,
sont cédés au royaume d'Italie .
Une partie de l'ancien évêché de Passau, Augsbourg ,
le Tyrol ,
toutes les possessions de l'Autriche
en Souabe ,
dans le Brisgau
et l'Ortenau, sont partagés entre l'électeur de Bavière ,
le duc de Württemberg et le margrave de Bade .
Les deux premiers sont créés rois, le troisième grand-duc
; ils entrent dans le « système » de l'Empire (1er
janvier 1806). Murat, beau-frère de Napoléon,
devint grand-duc de Berg .
Ferdinand, roi de Naples ,
avait violé le traité de neutralité auquel il avait
dû consentir le 21 septembre 1805 : Masséna, avec Gouvion
Saint-Cyr et Régnier, occupe le royaume de Naples, moins la Sicile,
que défend la flotte anglaise ,
et Joseph Bonaparte est proclamé
roi des Deux-Siciles
(30 mars 1806). En vertu d'un traité conclu le 25 mai avec la République
batave, Louis Bonaparte est à son
tour déclaré roi de Hollande
(5 juin). Le même jour, Talleyrand, ministre des relations extérieures,
reçut la principauté de Bénévent ,
comme « fief immédiat » de la couronne impériale.
Le 12, les protégés allemands de Napoléon (Bade, Würtemberg,
Bavière, Hesse ,
Saxe, etc.) se séparent «-à
perpétuité-» du territoire
de l'empire germanique ,
et s'unissent entre eux et avec la France
(Confédération du Rhin). Le contingent à fournir au
« protecteur » par chacun des confédérés
est déterminé. Le traité sanctionne en leur faveur
diverses sécularisations et annexions. Le 1er
août, à la diète de Ratisbonne, quatorze princes allemands
déclarent leur séparation du corps germanique : leur diète
particulière siégera à Francfort-sur-le-Main (la Confédération
reste ouverte; elle finira par comprendre tous les petits princes ou États
allemands, sauf le Brunswick et l'Oldenbourg). Le 6 août, François
II renonce au titre d'empereur d'Allemagne : il se désigne sous
celui d'empereur d'Autriche
et sous le nom de François Ier.
Le 15, le tsar de Russie ,
Alexandre,
se refuse à ratifier les préliminaires de paix signés
à Paris le 20 juillet et se rapproche de la Prusse .
Depuis la mort de Pitt (23 janvier), le ministre
britannique '
Fox
avait ouvert avec la France des négociations : sa propre mort (13
septembre) les rompit définitivement.
Dès novembre 1805, la Prusse
était liée à la Russie
par un traité secret dirigé contre la France .
Depuis, Napoléon n'avait consenti, ni
à lui livrer le Hanovre, qu'il se réservait comme gage de
la paix avec l'Angleterre ,
ni à lui laisser former une «-confédération
du Nord » avec les petits États que celle du Rhin laissait
encore sans cohésion. Entraîné par le parti militaire
(le prince Louis, la reine Louise-Amélie), Frédéric-Guillaume
III somma Napoléon d'évacuer l'Allemagne ,
après avoir formé avec l'Angleterre, la Russie et la Suède
la quatrième coalition. Il avait 230 000 hommes bien équipés
et bien disciplinés, une excellente cavalerie, une artillerie nombreuse.
Mais l'avantage de la position était pour les Français. Les
sept corps de l'armée impériale sont commandés par
Bernadotte,
Lannes, Davout, Ney, Soult, Augereau, Lefebvre
(contingent des alliés, en Bavière );
la réserve de cavalerie, par Murat. La majeure partie de cette armée
est au centre même de l'Allemagne; ses avant-postes ne sont séparés
des Prussiens que par le Main et la Rednitz; en Westphalie, un huitième
corps est en formation sous les ordres de Mortier.
L'armée prussienne, commandée
par le vieux duc de Brunswick et par le prince de Hohenlohe ,
au lieu de garder l'Elbe, sa ligne naturelle de défense, prit imprudemment
l'offensive et se porta jusqu'à la forêt de Thuringe
: elle fut tournée par la gauche. Le 6 octobre 1806, la première
rencontre eut lieu à Schleitz; elle fut à l'avantage de Bernadotte.
Le 10, à Saalfeld; la division Suchet (corps de Lannes) rencontra
l'avant-garde de Hohenlohe, commandée par le prince Louis de Prusse
: celui-ci fut tué; Suchet s'empara de 30 canons et fit 1000 prisonniers.
Les coups décisifs furent portés à Auerstaedt
par Davout, à Iéna
par Napoléon lui-même le 14 juin.
La cavalerie de Murat se hâta de prévenir les ennemis qui
se repliaient sur l'Elbe. Erfürt capitule avec 14000 Prussiens et
un parc de cent pièces d'artillerie. Davout occupe Leipzig
et y saisit une quantité énorme de marchandises anglaises.
Avec Lannes, il force le passage de l'Elbe à Wittemberg et à
Dessau. Lannes occupe Potsdam (24 octobre); Bernadotte, Brandebourg (25).
La forteresse de Spandau, pourvue abondamment de vivres, munitions et canons,
se rend à la première sommation de Lannes, Davout entre à
Berlin.
A Prenzlau, Murat et ses 10000 cavaliers font mettre bas les armes à
la garde royale de Prusse commandée par Hohenlohe et font prisonniers
le prince Auguste de Prusse et le prince de Mecklembourg. Lassalle prend
Stettin. Küstrin se rend, sans se défendre, à Davout.
Blücher, qui s'était échappé d'léna en
invoquant un prétendu armistice, est coupé de la Poméranie
et rejeté sur Lubeck, ville démantelée. Il se défend
pied à pied contre Bernadotte, Soult et Murat, mais leur laisse
4000 prisonniers et capitule avec les débris de son corps d'armée
à Ratkau (6 et 7 novembre). La campagne de l'Elbe est terminée,
au bout d'un mois, par la prise de Magdebourg : 20 généraux
et 20000 hommes se rendent au maréchal Ney, qui n'en avait que 10000.
Du Rhin à l'Oder, il n'y avait plus de garnison prussienne qu'à
Hamclo et Nienbourg. Napoléon exige une contribution de guerre de
150 millions de la Prusse et de ses alliés. A Potsdam, il avait
pris comme trophée l'épée de Frédéric
le Grand; à Berlin, où il fit une entrée triomphale,
il avait laissé au prince de Hatzfeld le gouvernement civil de la
place. Hatzfeld envoya à Blücher des renseignements militaires
dans une lettre qui fut saisie. Pendant que le conseil de guerre se réunissait
et que le prince se cachait dans le palais même, sa femme accourut
se jeter aux pieds de l'empereur :
«
Reconnaissez-vous, lui dit-il, l'écriture de votre mari? »
Et comme elle se taisait : « Eh bien! Madame, brûlez cette
lettre, et la commission militaire ne pourra le condamner. »
Cet acte de clémence fut célébré
dans de nombreux écrits populaires et par d'innombrables images.
C'est aussi de Berlin
que Napoléon data, le 21 novembre 1806,
le décret par lequel, en représailles de la tyrannie que
les Anglais
exerçaient sur les mers, il déclara les îles
Britanniques elles-mêmes en état de blocus; et celui par
lequel, organisant la garde nationale en légions et en cohortes,
il la déclarait destinée soit au service de l'intérieur,
soit au service militaire actif (12 novembre). A la fin du mois, Hameln
et Nienbourg avaient succombé : Mortier était entré
à Hambourg et à Brême, et y avait confisqué
les fonds ou marchandises appartenant à des Anglais; enfin les duchés
de Mecklembourg avaient été occupés et Murat était
entré à Varsovie .
Pendant le mois de décembre, la Silésie
fut entamée par la prise de Glogan (Vandamme); Thorn fut occupé;
Davout
passa le Boug près de l'embouchure de l'Ukra. Les Russes ,
qui n'avaient pas eu le temps d'intervenir pour sauver la monarchie prussienne,
furent chassés de Czarnovo par la division Morand. Mais la victoire
mince, la nécessité d'échelonner des garnisons dans
de nombreuses places, l'étendue énorme du théâtre
de la guerre, obligèrent Napoléon de lever 80000 conscrits
de l'année 1807, et de se cantonner en avant de la Vistule entre
le Boug, la Narew, l'Orezyc et l'Ukra, pendant que se poursuivaient les
sièges de Koenigsberg
et de Dantzig. Les Russes, sous Benningsen, tentèrent de couper
l'aile gauche des Français; avec moins de 10000 hommes, Bernadotte
les arrêta au début de leur offensive, à Mohrungen
(25 décembre). Mais les combats de Pultusk (Lannes) et de Golymin
(Augereau et Murat) sont très disputés. La rigueur de l'hiver
détermine les belligérants à garder leurs positions,
sans suspension explicita d'hostilité.
1807.
En Silésie ,
Vandamme s'empara de Breslau (5 janvier 1807), de Brieg (16 janvier) et
de Schweidnitz (7 février). Les opérations avaient repris
le même mois dans la Pologne
prussienne. La sanglante bataille d'Eylau
peut être considérée comme indécise : si Napoléon
échoua dans son coup de main sur Koenigsberg, il garda la
ligne de la Vistule (8 février); Essen fut battu à Ostrolenka
par Suchet et Oudinot (16 février), et, par le combat de Braunsberg
(26 février),
Bernadotte raffermit
l'extrême gauche des troupes françaises. A ce moment, les
deux armées se touchaient sur toute la ligne. Les pertes énormes
des Français
sont dissimulées avec soin dans les bulletins officiels. Ordre est
donné, à Paris, de célébrer l'affreuse boucherie
d'Eylau par des fêtes et des représentations de gala :
«
L'empereur ne badine pas, disait Talleyrand au monde officiel, il veut
qu'on s'amuse. »
La cantate chantée à l'Opéra,
au milieu de tant de deuils privés, fut exécrable, et Napoléon
prit le temps d'en exprimer son mécontentement à de Luçay,
chambellan, à Fouché, au ministre de l'intérieur Champagny.
Dès le 7 avril 1807, une nouvelle levée anticipée
fut nécessaire (80000 conscrits de l'année 1808, dont 60000
seront mis aussitôt en service actif). Les réfractaires, les
déserteurs commencent à inquiéter le chef du recrutement,
Lacuée. Cependant les Russes ,
soit fatigue, soit incurie, avaient laissé l'empereur se reposer
et réorganiser ses forces au camp de Finkenstein; le 20 mai 1807,
le général prussien Kalkreuth capitulait à Dantzig
entre les mains du maréchal Lefebvre, mais après plus de
deux mois d'attaques et cinquante et un jours de tranchée ouverte
et après avoir perdu la moitié de sa garnison de 18000 hommes.
Au mois de juin, après les combats préliminaires de Spanden,
de Güttstadt et de Heilsberg, Napoléon gagne enfin sur Benningsen
(14 juin) la victoire décisive de Friedland.
Le maréchal Soult entre dans la seconde capitale de l'État
prussien, Koenigsberg, hors d'état de résister après
Friedland. Il y trouve d'immenses approvisionnements, 100 000 fusils de
fabrication anglaise, et, dans le port, un grand nombre de bâtiments
anglais et russes (16 juin). En même temps, la conquête de
la Silésie
s'achevait par les capitulations de Neisse, de Glatz, etc. Le quartier
général de la Grande Armée est transféré
à Tilsit ,
sur le Niémen, limite de la Russie .
Un armistice y fut conclu le 21, et le 23 eut lieu une première
entrevue entre Napoléon et Alexandre,
dans un radeau. Les conversations continuèrent les jours suivants,
et le roi de Prusse
obtint l'autorisation d'y participer. Une des premières paroles
du tsar fut :
«
Je hais les Anglais autant que vous. » - « En ce cas, répondit
Napoléon, la paix est faite.-»
La paix fut signée, à Tilsit
même, le 8 juillet 1807 avec le tsar, le 9 avec la Prusse .
L'empereur
Napoléon, « par égard
pour l'empereur Alexandre », voulait bien restituer au roi
de Prusse une partie de ses États, soit les quatre provinces de
Brandebourg, Poméranie ,
Silésie ,
Prusse orientale (180 lieues de l'Est à l'Ouest, 40 du Nord au Sud),
environ 6 millions de sujets sur 10 et demi qu'il comptait avant léna.
Dantzig et son territoire forment une enclave soi-disant indépendante.
L'électeur de Saxe, devenu roi de Saxe depuis son entrée
dans la Confédération du Rhin, reçoit le grand-duché
de Varsovie, et plusieurs routes militaires seront ouvertes à travers
les provinces prussiennes pour faire communiquer la Saxe et le grand-duché.
D'autres dépouilles de la Prusse, avec le Hanovre, le Brunswick,
la Hesse-Cassel, Fulde, Paderborn, formeront le royaume de Westphalie;
ce royaume, organisé par une régence de conseillers d'État
(Beugnot, Siméon, etc.) et par le général Lagrange
(décret du 18 août 1807), fut attribué (8 décembre)
à Jérôme Bonaparte.
Tous les pays restant à la Prusse seront fermés à
la navigation et au commerce anglais; ils ne seront évacués
qu'une fois les contributions de guerre acquittées. Un abaissement
aussi inouï devait faire de la nation prussienne l'ennemie implacable
de la France
et lui permettre de se dire la martyre de la «-patrie
allemande-». La Pologne ,
en dépit de ses espérances, n'était pas reconstituée.
Les nouvelles créations d'États avaient un caractère
artificiel et éphémère.
«
On ne s'appuie pas sur des débris, et, du Rhin au Niémen,
Napoléon n'avait semé que des débris d'États.
» (Victor Duruy).
Napoléon
avait refusé de partager avec la Prusse
l'hégémonie de l'Allemagne ;
il parut se prêter à partager avec Alexandre
celle de l'Europe .
En effet, si, par les clauses connues du traité, il acceptait simplement
la médiation du tsar entre la France et l'Angleterre
et lui imposait l'évacuation de la Moldavie
et de la Valachie
récemment enlevées par les Russes
au sultan ,
allié de la France ,
il l'autorisait secrètement à conserver ces dernières
provinces, et à prendre à la Suède ,
alliée de la Prusse, la Finlande ,
moyennant qu'à la première occasion il adhérât
au système continental. Talleyrand, ministre des relations extérieures,
désespéra de l'avenir; un mois après, il demandait
à être relevé de ses fonctions.
L'imprudence du roi de Suède
Gustave IV, qui, après Tilsit ,
avait rompu subitement, leurré par les Anglais ,
la convention d'un armistice conclu le 18 avril, fournit au maréchal
Brune
la facile occasion de s'emparer de Stralsund
(20 août) et de Rügen (7 septembre). Maître également
de Hambourg, de Lubeck, l'empereur menace le Holstein, afin d'obliger le
Danemark
à fermer ses ports au commerce britannique. Les Anglais, de leur
côté, n'ayant pu entraîner ce pays dans la guerre contre
la France ,
bombardent Copenhague
(7 septembre), où six cents maisons sont incendiées, et s'emparent
de la flotte danoise. Le 14 octobre, Napoléon déclare qu'il
s'opposera à toutes liaisons, soit politiques, soit commerciales,
des puissances continentales avec l'Angleterre; le 16, Alexandre
rompt décidément avec l'Angleterre, et proclame de nouveau
« les principes de la neutralité armée, ce monument
de la sagesse de l'impératrice Catherine
».
(H. Monin). |
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