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Le Monde hellénistique
Alexandre L'armée d'Alexandre Le monde hellénistique La légende d'Alexandre Alexandre dans l'art
L'unité grecque fut réalisée dans le cours du IVe siècle par les rois de Macédoine. Philippe II (356-336) organisa son royaume et asservit la Grèce (338). Son fils Alexandre le Grand entreprit en 334 la conquête de l'Empire Perse. En quelques mois, il parcourut l'Asie-Mineure, puis se tourna vers la Phénicie (siège de Tyr) et l'Egypte. En 331, il s'enfonça en Asie, traversa Babylone, Suse, Persépolis, la Perse du Nord et la Bactriane (c'est-à-dire les contrées qui forment aujourd'hui l'Afghanistan et le Turkestan). En 337, il descend dans l'Inde. Au bord d'un affluent oriental de l'Indus, son armée refuse enfin d'aller plus loin; il suit alors le cours du fleuve, traverse le Baloutchistan et rentre à Babylone en 325. Il y meurt en 323, avant d'avoir accompli sa trente-troisième année. 

Revanche des Guerres Médiques, ces campagnes extraordinaires avaient rattaché les civilisations grecque et hindoue En vingt pays de son parcours, il avait fondé des villes portant son nom : celle d'Egypte, Alexandrie, devint l'un des plus éclatants foyers de la culture hellénique (Les écoles d'Alexandrie). De 323 à l'époque où les Romains firent leur apparition dans ces territoires, de nombreux royaumes partagèrent l'Asie occidentale; l'Egypte resta aux mains des Ptolémées. Pendant une centaine d'années (272-146), la Grèce reprit un semblant d'autonomie, tandis que les ligues Achéenne et Etolienne ne cessaient de se battre. C'est toute cette période, qui va de la mort d'Alexandre à la conquête romaine, et qui voit la cuture grecque, ou hellénique, s'étendre sur une grande partie de l'Ancien monde, que l'on qualifie d'hellénistique
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Carte de l'Empire d'Alexandre le Grand.
L'Empire d'Alexandre.

L'héritage d'Alexandre le Grand

Alexandre a laissé un fils, l'enfant de Roxane, mais ce second Alexandre n'est au premier que ce que Césarion sera plus tard à César. L'immense empire est démembré : chaque général en prend un morceau. L'histoire n'est plus dès lors que le tableau des événements multiples et confus qui se déroulent dans chaque État jusqu'à la conquête romaine. Quant à la Grèce proprement dite, elle s'insurge héroïquement contre ses maîtres et, après un siècle de ces luttes désespérées, elle devient romaine à son tour.

Ptolémée a l'Égypte; Antigone, la Pamphylie, la Phrygie et la Lycie; Eumène, la Paphlagonie au nord et la Cappadoce au centre, et il y en a d'autres qui prennent d'autres provinces; Antipater aura la Grèce d'Europe. 

Tous ces États, travaillés par l'ambition de leurs chefs, sont en équilibre instable. Perdiccas, qui a la haute main sur l'Asie, veut asservir ses anciens collègues; il marche contre Ptolémée et passe le Nil; le fleuve engloutit une partie de ses troupes; le reste se mutine et le tue. Antipater le remplace, pour mourir bientôt (319). La lutte se circonscrit entre Eumène et Antigone qui le bat et le fait tuer (316). Antigone est alors tout-puissant en Asie et il se désigne lui-même comme l'héritier d'Alexandre. Tous se liguent contre lui : Séleucos de Babylone, Ptolémée d'Égypte, Lysimaque de Thrace, Cassandre, fils d'Antipater; la guerre dure quatorze ans, menée avec science et méthode du côté d'Antigone par son fils Démétrios, le Preneur de villes (Poliorcète). Vainqueurs sur mer à Chypre, le père et le fils prennent le titre de rois (306). Mais la coalition contre eux devient formidable; la bataille suprême a lieu dans la plaine d'Ipsus en Phrygie (301). Antigone a quatre-vingts ans; ses soldats l'abandonnent; il est tué. Démétrios a chargé trop violemment; il est isolé et s'enfuit. Profitant des troubles perpétuels qui agitent tous ces pays durant cette période, il réussira à monter sur le trône de Macédoine et son fils Antigone y fondera une dynastie.
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Carte du monde hellénistique.

Le démembrement de l'Empire d'Alexandre.

Aussitôt leur victoire, les chefs coalisés prennent le titre de rois et ainsi sont constitués plusieurs royaumes indépendants. 

L'Egypte des Lagides.
L'Égypte fut illustrée par ses rois Lagides (le premier, Ptolémée, avait pour père Lagos) : ce furent des souverains intelligents, lettrés, et doués pour faire prospérer leur royaume; ils s'assimilèrent admirablement la religion et les moeurs du pays. Ils avaient Alexandrie pour capitale; ville avancée d'un pays extrêmement fertile et merveilleusement située pour le commerce des mers, elle voyait venir à elle la fortune et le renom qui se retiraient d'Athènes; les arts et les lettres y élurent domicile, laissant Athènes à son passé; d'ailleurs, les Ptolémées leur faisaient un accueil princier Ptolémée Ier (le Sauveur) avait doté la ville de merveilleux monuments que ses fils achevèrent; il construisit le Musée, palais de l'intelligence, dédié aux Muses et doublé d'une sorte de laboratoire scientifique; ce fut la première académie et la première faculté; il fonda une bibliothèque monumentale que dirigea le philosophe Démétrios de Phalère. C'est lui aussi qui commença la construction du Phare, tour de plusieurs étages que l'on apercevait de loin et au faîte de laquelle on allumait la nuit de grands feux; elle devait son nom à l'île de Pharos où elle se dressait. Les autres Ptolémées, Philadelphe, qui fit faire des livres saints des Hébreux la célèbre traduction des Septante (L'Ancien Testament), et qui convia à sa cour tous les savants grecs; Évergète (le bienfaiteur) qui fit traduire en latin les tragiques grecs; Philopator, qui conquit la Phénicie et la Palestine, accrurent, chacun pour sa part, la grandeur matérielle et l'illustration de leur pays. Philopator meurt en 205; c'est une de ses lointaines descendantes, Cléopâtre VII, qui verra en l'an 30 av. J.-C., l'Égypte conquise aux Romains par son vainqueur Antoine.

L'Empire Séleucide.
Le gouverneur de Babylone, Séleucos, est revenu sur les traces d'Alexandre a conquis toute l'Asie et essayé d'ouvrir l'Inde à l'influence occidentale. A sa mort, son royaume composite et mal lié a fondu. Son fils, Antiochos, a quitté Séleucie, la capitale fondée par son père sur le Tigre, en face de Babylone, pour venir s'établir à Antioche au nord de l'ancienne Phénicie; il a constitué là le royaume de Syrie (Les Séleucides). Antiochos III se verra assez fort pour entamer la lutte contre les Romains. En 64. Rome s'annexera son royaume.

De l'ancien empire de Séleucos, se sont détachés divers États : 

Le royaume de Pergame.
Le royaume de Pergame (à l'ouest de l'Asie-Mineure, à la hauteur de Lesbos) qu'illustrèrent Eumène II, le fondateur de la bibliothèque de Pergame et Attale III qui, en 133, abandonne son royaume aux Romains; ce furent des rois pacifiques, encourageant les arts : on dit que c'est à Pergame que fut inventé le parchemin qui tira son nom de cette ville. 
Le royaume de Bactriane.
Le royaume de Bactriane, né du territoire que Séleucus Ier avait incorporé au royaume de Syrie en 312 av. J. C., que Diodote ou Théodote, qui en était gouverneur, en avait séparé pour en faire  un royaume indépendant, en 256. Il eut pour successeurs Théodote II, 245-221; Euthydème, 221-195; Ménancire, 195-181; Eucratidès ler, 181-147, qui soumit l'Inde jusqu'au delà du Gange; Eucratidès II,147-141. Ce dernier roi, qui avait assassiné son père, fut détrôné par les Scythes et les Parthes, qui se partagèrent la Bactriane

Le royaume de Bithynie.
Le royaume de Bithynie, dont le roi Prusias I accueillit Hannibal fugitif et dont le dernier roi, Nicomède III, renonça au pouvoir en faveur des Romains

Les royaumes de Pont, d'Arménie, de Parthie.
Les royaumes de Pont, d'Arménie et de Parthie sortirent du même empire démembré.

La Galatie.
La Galatie, située entre la Bithynie et le Pont dut son nom aux Galates (terme à rapprocher de celui des Gaulois), peuple celte qui s'y établit

A la faveur des conflits dont les successeurs d'Alexandre agitèrent la Macédoine et la Grèce, des hordes de Celtes, venus du Nord, s'étaient d'abord jetées en Thessalie, avaient gagné les Thermopyles et étaient venus camper au pied du temple de Delphes; de terribles batailles avaient eu lieu alors entre eux et les Grecs venus de toutes parts à la rescousse (279). Les prêtres eux-mêmes avaient combatu; les Galates furent frappés de terreur par leurs stratagèmes et leurs invocations magiques, tandis que, du haut du Parnasse, des quartiers de rocs roulaient sur eux. Ils reculèrent et passèrent en Macédoine, de là en Asie
Refoulés par Antiochos, ils trouvèrent à s'étendre dans le pays qui s'appela donc le royaume des Galates; son plus grand roi fut Déjoratus. En 25 av. J.-C., les Romains le conquirent.
Macédoine, Grèce d'Europe.
Ainsi donc, tous ces États, plus ou moins florissants, qui se formèrent, des ruines du grand empire déchu, comme les rejetons d'un arbre énorme qui vivent de sa sève longtemps encore après qu'il a été abattu, devaient être indistinctement moissonnés par les légions de Rome. Le même sort guettait la Grèce d'Europe après des convulsions et des sursauts qui furent les spasmes de la liberté mourante.

La « Grande Grèce » fut la première subjuguée par une puissance non grecque. L'appel imprudent qu'adressèrent les Tarentins à l'aventureux Pyrrhus, roi d' Épire, ne fit que précipiter les événements; dès 272, toute l'Italie méridionale était au pouvoir des Romains. Quant à la Sicile, c'est l'aide carthaginoise qui hâta son destin : malgré le génie d'Archimède et ses machines de guerre, Syracuse fut prise en 212 et Agrigente deux ans après.

La Grèce propre subit le contre-coup des conquêtes macédoniennes, du développement de la richesse en Orient; son commerce eut des concurrents qui lui donnaient le goût du luxe, alors qu'en Grèce la misère croissait. Les pauvres gens émigrèrent en masse, espérant trouver l'aisance ailleurs; beaucoup étaient de petits propriétaires qui vendirent leurs terres au départ; les riches seuls pouvaient les acquérir, d'où une nouvelle concentration des biens.

L'amoindrissement de la population, la décadence de l'esprit civique, certaines doctrines de fraternité amenèrent un rapprochement entre les villes; elles s'accordèrent des droits réciproques, les arbitrages se multiplièrent; des États fusionnèrent. Deux ligues, toutes locales jadis, s'étendirent au IIIe siècle : l'étolienne engloba toute la Grèce centrale, l'achéenne la plus grande partie du Péloponnèse.

Le principe fédératif, avec elles, se transforma : plus de ville dominante ni de villes subordonnées, toutes envoyant au conseil commun des délégués égaux. Mais elles ne furent pas l'élément pacificateur attendu. Elles étaient deux, et chacune chercha un
appui étranger. Les rapports avec Sparte furent la pierre d'achoppement; deux rois, Agis, puis Cléomène, voulurent restaurer les vieilles moeurs dans leur pays en décadence. Noble visée peut-être, mais les Achéens, inquiets, appelèrent à l'aide le roi de Macédoine, qui, tout aussi hostile à cette résurrection, en écrasa l'inspirateur à la bataille de Sellasie (221). La vieille Grèce tout entière semblait définitivement asservie. Le père du vainqueur, Antigone, avait été le premier roi incontesté et bien assis de cette Macédoine, d'abord livrée aux intrigues de ses rivaux et voisins et dont rien désormais n'eût menacé l'hégémonie si un autre adversaire, bien plus redoutable, n'avait surgi à l'Occident.

Comment Rome a raflé la mise

A Rome devait donc échoir l'héritage d'Alexandre, sauf les provinces de l'Iran à l'Inde, déjà émancipées; mais il fut long à recueillir. On a longtemps admis que le Sénat de la République y travailla avec un esprit de suite remarquable, une méthode prudente, cauteleuse et inflexible. Il semble qu'il n'en fut rien, que ce cheminement lent ne procéda d'aucun plan arrêté, que certaines tractations imputées aux Romains ont un caractère suspect, voire apocryphe. En somme, ils furent sollicités : rois et peuples accumulèrent les fautes. Philippe V de Macédoine (220-179) s'allia avec Hannibal, irrita les Grecs par ses usurpations, attaqua Pergame et les Rhodiens; ll avait mérité  sa défaite de Cynoscéphales (197), qui ne lui coûta qu'une indemnité de guerre et une réduction de son armée. Quand le consul Flamininus proclama la liberté des Grecs, il ne tua pas chez eux l'esprit d'intrigue.

Les Étoliens commirent la folie de s'adresser au roi de Syrie, Antiochos III, qui, par là, s'aliéna la Macédoine. Le désastre de Magnésie de Sipyle (190) maintenait en réalité l'équilibre entre les trois royaumes. Quant à la Grèce propre, elle avait reçu de Philopoemen, vis-à-vis de Rome, un mot d'ordre excellent : ni servilité, ni provocation; elle ne sut pas s'y tenir; elle était divisée. Toutefois, elle laissa le roi de Macédoine livrer seul à Pydna (168) une dernière bataille, où la célèbre phalange, entraînée sur un terrain inégal, disparut entièrement dans mille combats partiels. Irritée par les difficultés et les longueurs de la lutte, Rome morcela la Macédoine, contraignit les ligues à se dissoudre et, après qu'un ramassis d'esclaves affranchis eut esquissé une vaine résistance, Corinthe, la plus riche ville de Grèce, fut anéantie, toutes les autres livrées à des ploutocraties, sous le contrôle d'un gouverneur romain (146).

Le dénouement fut plus rapide en Orient, où les peuples n'étaient plus soumis qu'à des valets de Rome. Quelques-uns de ces rois sans pouvoir léguèrent au maître leurs États; par endroits, les ambitions dynastiques s'obstinèrent, mais les nations avaient déjà capitulé. (HGP / HUP). 

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