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Antigone,
surnommé le Cyclope, ou le Borgne, fils de Philippe,
roi de Macédoine, frère d'Alexandre
le Grand, mais non de la même mère, né en 384,
roi lui-même en Syrie, de 306 à 301 av. J.-C. Sous le règne
d'Alexandre, il commanda dans son armée les contingents de la ligue
hellénique; puis après le passage du Taurus, il fut nommé
(333) à la satrapie de la Phrygie; il dispersa les fuyards perses
entrés dans ce pays à la suite de la bataille d'Issos. Alexandre
mort, il reçut de Perdiccas l'ordre
de conquérir, de concert avec Eumène et Leonnatos, la Paphlagonie
et la Cappadoce ,
sur le prince Ariarathe et pour le compte d'Eumène. N'y trouvant
aucun avantage, Antigone se dispensa d'obéir; quand la conquête
eut été achevée par Perdiccas, celui-ci manda le satrape
à son tribunal, pour y répondre de son acte d'insubordination.
Antigone préféra s'enfuir en Europe avec son fils Démétrius
et se réfugia à la cour de Macédoine, auprès
d'Antipater et de Cratère. Ceux-ci lui
confièrent le commandement de la flotte (321) dans l'expédition
qu'ils entreprirent contre Perdiccas et Eumène. Il battit en cette
qualité le navarque Hagnon de Théos, et intervint dans le
partage de Triparadisus pour appuyer les revendications d'Antipater. Lui-même
fut nommé à la dignité exceptionnelle de stratège
autocrate des troupes de l'empire, avec mission d'anéantir les dernières
résistances du parti de Perdiccas, à la tête duquel
se trouvait Eumène.
Il le battit en Cappadoce ,
puis il l'assiégea dans la place inexpugnable de Nora, essayant
en vain ou de le prendre par la force ou de s'en faire un allié
par des promesses. Appelé par la révolte des soldats de Perdiccas
en Pisidie
où il remporta un succès complet sur Alcétas, il profita
de la mort d'Antipater pour s'insurger contre Polysperchon, son successeur.
Il rentra en négociations avec Eumène dans le but de le détacher
de l'empire macédonien et de fonder à son profit celui de
l'Asie (319). Allié à Ptolémée et à
Seleucus,
et mettant Cassandre dans son jeu, il expulse
les satrapes de Phrygie et de Lydie, bat Clitus à Byzance et disperse
la flotte d'Eumène; mais il est vaincu lui-même sur le Copratas
et obligé de se rabattre sur la Médie, non sans perdre beaucoup
de monde dans sa marche à travers le pays des Cosséens. Il
prit bientôt sa revanche dans une grande bataille qu'il livra à
Eumène dans la Paraetacène, bataille indécise et plutôt
désastreuse pour Antigone par les grandes pertes qu'il y subit,
mais que son habileté réussit à tourner en victoire
morale.
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Médaille
d'Antigone.
Une seconde bataille, grâce probablement
à la trahison de Peucestas, lui livra Eumène et le rendit
maître de la haute Asie. Son entrée à Persépolis
faisait de lui le véritable continuateur des triomphes d'Alexandre;
et comme Seleucus, satrape de Babylone ,
chercha à maintenir son indépendance vis-à-vis d'Antigone
et à se dire son égal, celui-ci le força à
s'enfuir en toute hâte et à se réfugier en Egypte auprès
de Ptolémée. Puis Antigone rentra dans la Cilicie
et y fit prendre à ses troupes leurs quartiers d'hiver. Durant les
dix années qui suivirent, faisant preuve des plus grandes qualités
comme administrateur, ne se confiant plus qu'à son fils Démétrius,
auquel il marquait l'affection la plus vive, Antigone fut vraiment le centre
des affaires du monde. De cette époque (317) date la destruction
du parti royal de Macédoine en Asie et en Europe, et ceux qui s'étaient
alliés pour le renverser vont se faire la guerre les uns aux autres.
Ce fut Antigone qui en allait d'abord recueillir le bénéfice,
sauf à succomber en tentant l'effort définitif.
L'âme de la coalition contre Antigone
était Ptolémée; Antigone
le frappa en s'emparant de la côte de la Phénicie et de la
Syrie, opération dont le principal épisode fut le siège
de Tyr qui dura quinze mois. En même temps, il causa à Cassandre
les plus grands embarras en proclamant la liberté de la Grèce
et en excitant les passions d'où allait sortir la ligue achéenne.
Lysandre fut occupé de son côté par le soulèvement
des villes de la Thrace
et empêché de rien entreprendre en Asie. Quant à Seleucus,
chassé de sa satrapie, il était réduit à se
mettre au service de Ptolémée pour la reconquérir.
La paix avec Antigone fut conclue en 311, après des alternatives
diverses, dont les plus remarquables furent la bataille de Gaza perdue
par Démétrius, et le
second siège de Tyr, que reprit Ptolémée. Antigone
conserva le gouvernement de l'Asie; mais il eut encore à lutter
contre Seleucus qui, finalement, garda Babylone et les provinces de la
haute Asie.
Antigone était donc sorti plutôt
diminué que grandi de cette guerre. Aussi ne tarda-t-il pas à
reprendre ses projets. Il envoya Démétrius
avec de grandes forces en Grèce, afin de rendre effective l'indépendance
des cités helléniques proclamées par la paix de 311.
Démétrius entra en triomphateur à Athènes ,
après une brillante victoire remportée à Salamine
sur la flotte des coalisés. Antigone fut proclamé roi par
l'enthousiasme des Athéniens et son fils reçut le même
titre, Les autres diadoques, à l'exception de Cassandre, imitèrent
cet exemple. Cependant Ptolémée
refusait d'entrer en arrangement avec son ennemi; une expédition
que celui-ci entreprit contre l'Egypte manqua par suite d'une tempête,
grâce aussi à l'habileté de Ptolémée
(306). L'année suivante, Antigone attaqua Rhodes pour porter un
coup funeste au commerce égyptien. Bientôt la coalition, rompue
par la paix de 311, se reforma contre lui, une bataille décisive
fut livrée à Ipsus ,
en Phrygie (301). Antigone, âgé de quatre-vingt-un ans, y
perdit l'empire avec la vie.
(J.-A. H.). |
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