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Histoire de l'Europe > L'Allemagne
L'histoire de l'Allemagne
L'Allemagne au XIXe siècle
L'unité allemande, l'Empire
Aperçu Le Moyen âge Les XVIe, XVIIe et XVIIIe s. Le XIXe siècle

L'Unité allemande

Le rêve des nationalistes allemands, des combattants de 1813 comme de la jeunesse universitaire, était de constituer une Allemagne homogène, formant un Etat comme la France, la Russie ou la Grande-Bretagne. L'histoire de l'Allemagne de 1815 à 1870 n'est pas autre chose que le récit de cet effort vers l'unité, effort couronné d'un éclatant succès. Le succès était bien douteux encore dans la première moitié du XIXe siècle. Les tendances unitaires se confondant à peu près avec les tendances libérales, la Sainte-Alliance les réprimait avec énergie. On profita des extravagances de la jeunesse universitaire à la fête de la Wartburg (1817) et l'on argua de l'assassinat de Kotzebue (1819) pour mettre les universités sous la surveillance de la police et rétablir la censure. La réaction allait en s'accentuant, restreignant les quelques libertés concédées en 1814. 

La révolution parisienne de Juillet 1830 réveilla le libéralisme; inquiétés par cette agitation, par les affaires de Belgique et de Pologne, les souverains allemands firent des concessions; la liesse électorale, le Brunswick, le Hanovre, la Saxe, obtinrent des constitutions. Vers la même époque la question de l'unification de l'Allemagne fit un grand pas; elle fut portée sur le terrain matériel par l'institution du Zollverein, union douanière qui finit par englober tous les Etats allemands, sauf l'Autriche. Dès 1818 la Prusse avait organisé un système douanier protectionniste. En 1828 elle avait conclu l'union aven la Hesse-Darmstadt; en 1833 elle y fit entrer la Bavière el le Wurtemberg, unis entre eux depuis 1828. Toujours en 1828 les Etats du centre s'étaient entendus pour former le Mitteldeutscher Handelsverein, association dont faisaient partie le Hanovre, Oldenbourg, la Saxe, le Brunswick, la Hesse électorale, Nassau, et les principautés thuringiennes; elle se fondit plus tard dans le Zollverein général.

Les menaces de guerre de l'année 1840 montrèrent combien les idées nationales avaient fait de progrès. L'Allemagne entière était prête à marcher contre la France. Elle fut presque aussi touchée par le projet du roi du Danemark d'incorporer plus complètement le Sleswig-Holstein à ses Etats (1846). L'Autriche réactionnaire se retira de plus en plus des affaires d'Allemagne, tandis que la Prusse relativement libérale voyait grandir son influence morale, grâce aussi à la place qu'elle tenait dans le Zollverein. Partout d'ailleurs le libéralisme gagnait du terrain en Prusse, en Bavière, dans le pays de Bade.

La nouvelle de la révolution accomplie en France (février 1848) et de la chute de la monarchie fit éclater la crise. La diète fédérale donna une nouvelle preuve de son impuissance et promit les réformes demandées. Le roi de Bavière abdiqua, Metternich fut renvoyé, une insurrection éclata à Berlin et le roi de Prusse fit les plus graves promesses, s'engageant à se mettre à la tête du mouvement. Le Sleswig-Holstein se souleva contre les Danois. 

Un parlement provisoire se réunit à Francfort-sur-le-Main (31 mars). Il décida la convocation d'un parlement définitif élu au suffrage universel et où siègeraient des représentants du Sleswig et de la Prusse proprement dite, restés jusque-là en dehors de la Confédération; ce parlement aurait de pleins pouvoirs pour rédiger une a constitution. Le Bundestag acquiesça àtoutes ces demandes et fit préparer un projet de constitution par une commission de dix-sept personnes choisies parmi les plus illustres de l'Allemagne. Elles arrêtèrent les bases suivantes : un empereur héréditaire, une Chambre haute composée des princes régnants et de représentants des divers Etats, une Chambre basse élise à raison d'un député par 100,000 habitants, une cour suprême de justice. 

Cependant les Prussiens chassaient les Danois du Sleswig, comprimaient une insurrection polonaise dans la province de Posen, insurrection soulevée au nom du principe des nationalités qu'ils appliquaient dans le Sleswig. Un mouvement républicain fut étouffé dans le pays de Bade (avril 1848). Mais l'empereur d'Autriche, chassé de Vienne par le peuple insurgé, s'était réfugié à Innspruck. Voilà dans quelles conditions se réunit le 18 mai le Parlement chargé de réaliser l'unité allemande. Il débuta par affirmer sa souveraineté en décidant que les constitutions des Etats particuliers devraient se conformer à celle qu'il allait donner à l'empire. En même temps il refusait d'intervenir dans les affaires intérieures de ces Etats. La première chose était de constituer un pouvoir exécutif provisoire. La discussion à ce sujet révéla la classification des partis. Une minorité dite constitutionnelle proposa de charger de ce soin les gouvernements allemands, c.-à-d. les deux grandes puissances. 

En face s'affirma une minorité démocratique. La majorité nationale et libérale décida d'élire un vicaire de l'empire et désigna par 436 voix sur 548 l'archiduc Jean d'Autriche. Puis elle commença à travailler à la constitution; au lieu d'aboutir vite elle perdit un temps précieux. La situation s'était aggravée, la Bohème, la Hongrie, l'Italie étaient en feu; partout les démocrates et les constitutionnels étaient aux prises; l'intervention de l'Angleterre, de la Russie et de la Suède avait obligé les Prussiens à évacuer les duchés de Sleswig-Holstein. Les républicains, exaspérés, s'en prirent au parlement da Francfort; leurs efforts furent comprimés à Francfort, dans le pays de Bade, en Wurtemberg, un de leurs chefs, Robert Blum, fusillé à Vienne, reprise par Windischgraetz qui avait déjà dompté les insurgés de Prague

En Prusse aussi la réaction triomphait; la Chambre, ayant refusé le budget, fut dissoute. Dans le parlement de Francfort se produisit alors une division profonde. H. von Gagern, son président et le personnage le plus influent, professait que l'Autriche ne pouvait entrer dans l'union allemande; il voulait une confédération sous la présidence héréditaire du roi de Prusse couronné empereur d'Allemagne. La gauche, le parti autrichien et les particularistes combattirent ce programme; le projet autrichien fut rejeté par 377 voix contre 80, celui de la gauche, par 339 contre 122, et celui de von Gagern voté par 258 contre 211 (janvier 1849); mais l'hérédité fut rejetée par 263 contre 214 et l'attribution au chef de l'Empire du titre d'empereur d'Allemagne ne réunit qu'une majorité de neuf voix (214 contre 209). 

La Prusse, et à sa suite les Etats de l'Allemagne du Nord, et Bade acceptèrent le projet; l'Autriche et la Bavière protestèrent. A la seconde lecture du projet de constitution une majorité de 4 voix se prononça en faveur de l'empire héréditaire (267 contre 263) et, par 290 voix contre 248 abstentions, on l'offrit au roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV (28 mars 1849).

La constitution presque républicaine ne pouvait lui plaire, de plus le moment favorable était passé. Aussi le 28 avril il refusa définitivement. La tentative faite pour réaliser l'unité allemande avait échoué. Les gouvernements rappelèrent leurs députés de Francfort; les démocrates retirés à Stuttgart sous la direction de Raveaux et de Carl Vogt furent dispersés par la foule (juin 1849), après que les républicains du Palatinat, de Bade et du Wurtemberg eurent été vaincus. En même temps les Russes, intervenant en faveur de l'Autriche, brisaient la résistance de la Hongrie. Un nouveau parlement fut rassemblé à Erfurt à l'instigation de la Prusse (mars 1850). Mais l'Autriche rappela à Francfort l'ancienne diète, le Bundestag (1er septembre 1850). La Prusse, qui venait d'abandonner le Sleswig-Holstein à ses seules forces (les Danois le reconquirent en un mois), n'osa pas déclarer la guerre. Des troubles dans la Hesse électorale motivèrent une double occupation au nom des deux parlements par les deux grandes puissances. La Prusse recula et accepta à Olmütz l'ultimatum autrichien (novembre 1850). Le 30 mai 1851 la diète restaurée se réunit à Francfort. La constitution de 1815 était rétablie.

Nous passerons plus rapidement sur les événements des années suivantes. L'Autriche, poursuivant ses succès, songea un moment à dissoudre le Zollverein et à en constituer avec l'Allemagne du Sud un nouveau, où dominerait son influence. La Prusse s'en tira par un traité de commerce où elle consentait de grandes concessions. Le coup d'État du 2 décembre et la restauration impériale en France portèrent un coup mortel à la Sainte-Alliance et à l'influence russe en Allemagne, surtout quand la guerre de Crimée se fut terminée par la défaite des Russes (1856). Le Hanovre, l'Allemagne du Sud, la Prusse, l'Autriche, continuèrent encore quelque temps la réaction. Mais bientôt les élections libérales en Prusse, la défaite infligés par la France à l'Autriche, changèrent la situation. La Prusse offrit des secours à l'Autriche; plutôt que de lui accorder le commandement en chef des troupes allemandes, l'Autriche se hâta de traiter avec Napoléon III (1860). Néanmoins, la Prusse libérale se trouvait de nouveau à la tête de l'Allemagne et l'espoir des nationalistes reposait sur elle. En 1861 montait sur le trône Guillaume Ier, qui devait les satisfaire. L'avenir s'annonçait mal pourtant. La majorité progressiste de la Chambre des députés de Prusse entra en conflit avec le roi; d'année en année la crise devenait plus aiguë; la Chambre refusait le budget, les électeurs lui donnaient raison. D'autre part, un traité de commerce signé avec la France faillit amener la dislocation du Zollverein. Mais depuis le 23 septembre 1862, Bismarck présidait le conseil des ministres prussien. Il fit échouer me projet de réforme apporté à Francfort par l'empereur d'Autriche lui-même. François-Joseph proposait d'accorder les plus grands pouvoirs à un parlement allemand. Alliée aux Etats moyens ou seulement à ceux du Sud, l'Autriche était sûre de la majorité et elle aurait annihilé la Prusse.

Les choses en étaient là quand la question du Sleswig-Holstein fit éclater une crise où sombra la constitution fédérale de 1815. La ligne masculine de la famille royale de Danemark s'était éteinte avec Frédéric VIII (15 novembre 1863), et son successeur Christian IX fut obligé par le parlement danois de proclamer l'incorporation complète du Sleswig à sa monarchie. Les duchés de Sleswig, de Holstein et de Lauenbourg, étaient mécontents; le prince d'Augustenbourg les réclama. Une grande agitation commença dans toute l'Allemagne; on réclamait l'annulation du traité de Londres qui avait réglé la question au profit du Danemark en 1821. La diète se fit l'organe de ces réclamations et ses troupes (Saxons et Hanovriens) occupèrent le Hanovre. Au contraire la Prusse et l'Autriche déclaraient prendre pour hase les conventions de 1851-1852 (violées d'ailleurs par le Danemark). La diète écarta leurs propositions par 11 voix contre 5. Les deux grandes puissances passèrent outre, prirent l'affaire à leur compte (janvier 1864). Le Danemark, incapable de résister et abandonné par l'Europe, fut vaincu, et le 26 octobre 1864 signa un traité qui stipulait la cession des duchés à la Prusse et à l'Autriche. La Prusse fit alors tramer les négociations entreprises en vue d'un arrangement définitif. L'Autriche s'allia aux Etats moyens et mit en avant la diète. Le conflit s'accentua, et en juin 1866 il aboutit à la guerre lorsque la diète eut décidé par 9 voix contre 6 de mobiliser l'armée fédérale contre la Prusse, qui venait de s'emparer du Holstein. En un mois les armées autrichienne, hanovrienne et bavaroise, furent vaincues à Sadowa, à Langensalza et à Wurbourzg, les traités de Prague et de Berlin avec l'Autriche et l'Allemagne du Sud consacrèrent le triomphe de la Prusse. L'Autriche était exclue de la Confédération germanique; le 24 août la diète se déclara dissoute; une indépendance complète était accordée aux Etats de l'Allemagne du Sud; enfin la Prusse avait carte blanche pour les annexions et pour les réformes constitutionnelles qu'elle désirait.

La Prusse annexa le Hanovre, la Hesse électorale, Nassau, Francfort-sur-le-Main, le Slesvig-Holstein. Elle fonda une Confédération de l'Allemagne du Nord, représentée par un parlement (Reichstag) élu au suffrage universel. Elle avait dans cette confédération dont tout son territoire faisait partie, même les provinces non allemandes, la direction militaire et diplomatique. Une série de conventions militaires avec les Etats de l'Allemagne du Sud lui permirent de mettre son veto aux projets de Napoléon III sur le Luxembourg (1867). Une convention douanière resserra l'union, mais en Bavière et en Wurtemberg se révélait une opposition croissante contre les projets d'union. Aux élections de 1868 les candidats nationaux, c.-à-d. unitaires, n'obtinrent pas un seul siège dans la Chambre wurtembergeoise et furent complètement battus en Bavière. En 1870 la situation était mauvaise pour les patriotes unitaires. La Bavière et le Wurtemberg s'étaient montrés constamment hostiles à la Prusse et aux projets des patriotes dans le parlement douanier; leurs parlements réclamaient la substitution des milices à l'armée permanente et semblaient tout près d'une scission complète. 

C'est le moment que choisit avec une rare maladresse Napoléon III pour déclarer la guerre à la Prusse à propos de la candidature d'un Hohenzollern au trône d'Espagne (19 juillet 1870) (La Guerre de 1870). La Prusse était en tout état de cause sûre de la Confédération de l'Allemagne du Nord (415,000 km²,  29,900,000 habitants dont 352,000 km² et 24,000,000 d'habitants pour la Prusse seule). La haine contre la France, entretenue par les écrivains et par la société de l'Union nationale fondée en 1859, mais aussi l'indignation excitée dans toute l'Allemagne par une agression peu motivée, lui assurèrent le concours des Etats du Sud (115,000 km² et 8,600,000 habitants). Les succès foudroyants des armées allemandes modifièrent profondément la situation. Les Etats du Sud ne purent continuer de refuser leur adhésion à la Confédération de l'Allemagne du Nord. La Bavière fit cependant des réserves importantes; elle voulut garder la direction de sa diplomatie, de son armée, de ses chemins de fer, de ses postes et télégraphes, ses impôts particuliers sur la bière et les spiritueux; mais son armée fut soumise à l'inspection du chef de l'armée confédérée, ce qui diminuait beaucoup la portée de la restriction énoncée. Ces conventions de Versailles furent ratifiées sans opposition par le parlement de l'Allemagne du Nord et par ceux de Hesse, Bade et Wurtemberg. En Bavière elles eurent la majorité des deux tiers exigée par la constitution (102 voix contre 48). Aussitôt le roi de Bavière, ardent patriote d'ailleurs, offrit au nom des princes allemands la couronne impériale au roi Guillaume. La proclamation solennelle eut lieu le 18 janvier 1871 à Versailles dans le palais de Louis XIV. Dix jours après, Paris capitulait et le 10 mai, par la paix de Francfort, la France abandonnait au nouvel empire l'Alsace-Lorraine, Strasbourg, Metz et Mulhouse, avec 14,500 km²  et 4,600,000 habitants. Elle s'engageait en outre à payer une contribution de guerre de cinq milliards.

L'Empire allemand

Le rétablissement de l'empire d'Allemagne, l'annexion de l'Alsace-Lorraine complétaient l'unité allemande. Les nationalistes étaient arrivés au but poursuivi depuis le commencement du XIXe siècle. Il nous reste à dire quelle est la situation intérieure et extérieure du nouvel empire, à raconter son histoire à partir de 1871. A l'intérieur, cette histoire est en grande partie celle du parlement, du Reichstag, dont les 397 membres sont élus par le suffrage universel. Les minorités encore hostiles à l'empire, les populations désireuses de s'affranchir, y sont représentées; les Guelfes du Hanovre, les Polonais, un Danois du Sleswig septentrional, enfin les 45 députés de l'Alsace-Lorraine, forment ce groupe antinational dont les forces sont restées les mêmes au cours des années suivantes. Les autres partis ont vu varier leur ascendant : ce sont les conservateurs, les conservateurs-libéraux dévoués au chancelier de l'empire, prince de Bismarck, les nationaux libéraux, les champions par excellence de l'unité allemande, longtemps fraction dirigeante, de plus en plus subjuguée par le chancelier, les progressistes plus décidément libéraux, enfin le centre clérical et les démocrates socialistes. La lutte de Bismarck et du gouvernement impérial contre les cléricaux et contre les socialistes, les efforts pour augmenter la centralisation et la force de l'empereur et de l'empire au détriment du particularisme, l'opposition croissante du Reichstag à ces plans autoritaires, constituent l'histoire intérieure de l'empire d'Allemagne dans les décennies qui ont suivi 1871. 

Le fait dominant est le Kulturkampf, la lutte engagée entre l'Église catholique et l'Etat prussien. Bien que ce soit une affaire proprement prussienne, elle a eu forcément un contre-coup sur la politique générale de l'empire. La Prusse avait fait longtemps de grandes concessions, les décisions du concile du Vatican et la réalisation de l'unité allemande la décidèrent à agir pour regagner le terrain perdu. Les coups furent portés à la fois au Reichstag et au parlement ou Landtag prussien. Nous ne parlerons naturellement que des mesures votées au Reichstag. En 1872 il prononça l'expulsion des jésuites; en 1871, 1874 et 1876 des mesures coercitives contre les prêtres réfractaires; en 1875 le mariage civil obligatoire. La campagne était menée par Bismarck et par Falk, le ministre des cultes prussien. Par l'encyclique du 5 février 1875 le pape Pie IX détendit d'obéir aux nouvelles lois ecclésiastiques; en même temps il excommuniait les vieux-catholiques, secte favorisée par le gouvernement allemand. Les élections  de 1871 et de 1874 laissaient l'ascendant principal aux nationaux-libéraux; mais les députés cléricaux ou du centre, élus par les populations catholiques de la Bavière, des pays rhénans; de la Westphalie et de la Silésie, voyaient croître leur nombre. 

Le gouvernement était encore assez maître du Reichstag pour organiser solidement le nouvel empire. On employa au profit de l'armée la plus grande partie des cinq milliards payés par la France. En 1874 le budget militaire fut voté pour une période de sept ans. Le système monétaire, l'organisation des langues furent réglés de même, toujours d'après la tendance unitaire. Enfin on adopta un ensemble de lois judiciaires communes (1876), et l'on créa une cour suprême de justice pour tout l'empire. Elle siège à Leipzig. En 1881 le grand port de Hambourg adhéra au Zollverein. En revanche, les projets élaborés pour créer à l'empire des ressources propres ont échoué. Le monopole du tabac fut refusé par le Reichstag à la majorité de 276 voix contre 43 (juin 1882), celui de l'alcool par 181 contre 66 (mars 1886). En effet Bismarck n'est plus le maître au Reichstag. Les élections de 1877 et surtout celles de 1881 ont fortifié les partis d'opposition. La scission du parti national-libéral a renforcé la gauche indépendante (progressistes) dont Richter est le chef le plus en vue. Le centre clérical, dirigé par Windthorst, dispose de la majorité. Aussi le chancelier a-t-il déjà fait de grandes concessions à l'Église catholique. L'avènement de Léon XIII au trône pontifical a permis d'ouvrir des négociations; en 1880, 1882 et 1886 le gouvernement prussien a soumis et fait adopter à son Landtag des projets atténuant beaucoup les fameuses lois de mai. Toutefois, pendant longtemps les cléricaux n'ont pas désarmé. 

Bismarck n'a pas été plus heureux dans sa lutte contre les socialistes. Au Reichstag de 1871, ils étaient deux, neuf à celui de 1877. Deux attentats successifs dirigés contre la vie de l'empereur, la dissolution du Reichstag, permirent de faire adopter une loi destinée à empêcher et à réprimer la propagande socialiste (octobre 1878). Cette loi a été renouvelée plusieurs fois depuis, grâce au concours du centre; elle a mis Berlin et sa banlieue, Leipzig et Hambourg, en état de siège. Les socialistes n'en ont guère été atteints; ils revinrent 12 en 1881, et étaient à la fin du siècle 25. 

Pour compléter l'histoire intérieure de l'Allemagne du XIXe siècle, il nous reste à mentionner l'adoption du système protecteur qui a favorisé un grand développement industriel. 

A l'extérieur l'empereur d'Allemagne et son chancelier exercent en Europe une véritable hégémonie. Ils se sent rapprochés de l'Autriche dès 1871 (entrevues d'Ischl et de Salzbourg), ont conclu en 1872 avec les empereurs d'Autriche et de Russie réunis à Berlin l'alliance des trois empereurs. Les rois d'Italie (1873), de Suède (1875), du Danemark (1879), sont venus présenter leurs hommages à l'empereur d'Allemagne. Au congrès de Berlin il a présidé au règlement de la question d'Orient (1878) et privé la Russie d'une partie de ses conquêtes. Le résultat a été une alliance plus étroite entre l'Autriche et l'Allemagne (1879). Cette alliance, dont le but avoué était le maintien de la paix, dominait encore au commencement du XXe siècle la politique extérieure des Etats européens. Le déplacement du général Ignatiev, la mort prématurée de Skobélev, de Gambetta et de Chanzy (1882 et janvier 1883), ont fait disparaître les adversaires les plus redoutés du nouvel empire. 

L'Allemagne a atteint le but poursuivi depuis le commencement du XIXe siècle. Elle a refait son unité et elle est parvenue à un degré de puissance qu'elle n'avait pas connu depuis le Moyen âge. (GE).

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