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L'église Saint-Ouen, à Rouen

Église Saint-Ouen, à Rouen. - Cette église, la plus belle de toutes les abbatiales, et digne d'être comparée aux cathédrales les plus illustres, fut commencée en 1318 sous l'abbé Jean Roussel, dit Marc-d'Argent, par un architecte dont le nom est inconnu, et qui, dans l'espace de 21 ans, acheva le choeur, les chapelles absidales, les piliers et la plus grande partie du transept. Au siècle suivant, Alexandre de Berneval dirigea les travaux. Vers 1464, on bâtit deux travées de la nef; le reste ne fut continué que vers la fin du XVe siècle et au commencement du XVIe. Le grand portail occidental n'a pas été fait d'après les plans primitifs et grandioses qui nous ont été conservés; deux massifs en lourde maçonnerie flanquèrent le bas de la nef pendant de longues années : on les a abattus au XIXe siècle, et Grégoire a édifié le portail actuel, large de 38 m.

Trois portes s'ouvrent à la base de cette façade. La voussure de la porte centrale est à cinq cordons de statuettes et de dais, sculptés avec beaucoup de délicatesse : la baie est coupée par un pilier vertical, auquel s'adosse une statue du Christ; les pieds-droits sont garnis des statues de 10 Apôtres, parmi lesquels Saint Paul a été substitué à Saint Matthias, et les deux autres Apôtres ont été ajoutés, après coup, un peu en saillie sur la façade. Les deux autres portes n'ont que deux cordons à la voussure, et deux statues sur chacun de leurs côtés : à gauche, Dagobert, Saint Eloi, Saint Philbert et Sainte Austreberthe; à droite, Saint Nicaise, Saint Romain, Saint Benoît et Saint Ouen. En retour sur les flancs de l'édifice sont percées deux portes semblables aux précédentes; celle du Nord présente les statues de Clotaire ler, de l'impératrice Mathilde, de Sainte Clotilde, et de Charles de Valois (fils de Philippe le Hardi); celle du Sud, les statues des abbés Nicolas, Marc-d'Argent, Hildebert et Bohier. Elles n'ont aucune utilité, puisqu'elles donnent accès dans les petits vestibules qui sont à la base des tours de la façade, et où l'on pénètre déjà par les portes antérieures. Les cinq portes, contrairement à l'usage le plus répandu, n'ont pas de tympan, mais, à la place, une rosace à jour. Elles sont toutes surmontées d'élégants frontons, découpés à jour, et couronnés d'un pinacle, sauf celui de la porte centrale, que termine un groupe de la Trinité

Au-dessus de cette porte et en arrière de son fronton s'ouvre une galerie vitrée, et, plus haut, une magnifique rose. La façade est couronnée par une galerie ogivale, où sont contenues onze statues (Saint Wandrille, Saint Germer, les archevêques Flavius, Ansbert, Maurile et Geoffroy, Richard Ier, duc de Normandie, Richard Il, Guillaume le Conquérant, Henri II, roi d'Angleterre, et Richard Coeur de Lion), et par un pignon élégamment sculpté, dont une statue de Saint Ouen occupe le point culminant. Les diverses statues du portail ont été faites par Victor Villain ou sous sa direction. Deux tours s'élèvent au-dessus des petites portes : elles ont deux étages de forme octogonale, en retraite l'un sur l'autre, et percés de longues baies ogivales sur leurs faces; le 1er encadre la grande rose, le 2e dépasse le comble de l'édifice; puis, des flèches également octogonales atteignent à une hauteur de 76 m. On reproche à l'ensemble du portail de n'être pas assez en relief sur la nef de l'église, dont il masque la dernière travée, et aux flèches, de paraître un peu grêles à une certaine distance. 
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Rouen : l'église Saint-Ouen.
L'église Saint-Ouen, à Rouen.

Sur le flanc septentrional de l'église est un petit cloître, qui servit longtemps de prison municipale, et dont on a fait une sacristie après l'avoir reconstruit. Le croisillon du même côté, attenant à l'Hôtel de Ville, qui était autrefois le dortoir des moines de l'abbaye, n'a point de portail; on aperçoit seulement, au-dessus du comble de l'Hôtel de Ville, un pignon sculpté qui représente la partie culminante de ce portail. Au delà des bâtiments municipaux, dans le jardin public qui enveloppe tout le chevet de l'église, on remarque une petite tour en style du XIe siècle, appelée la Chambre aux clercs, et qui parait provenir d'une église plus ancienne : elle est divisée intérieurement en deux étages, dont l'un renferme le mécanisme de l'horloge. 

Rien n'est plus beau que la perspective de l'abside, avec ses contre-forts élancés, ses deux rangs d'arcs-boutants, et ses onze chapelles à toits pyramidaux en ardoise. En passant sur le côté méridional du monument, on trouve une autre sacristie, puis, à l'extrémité du croisillon, le Portail des Marmousets. C'est un des spécimens les plus élégante de l'architecture gothique : la voûte, qui supporte une petite bibliothèque, projette deux pendentifs d'une exécution hardie; le tympan de la porte contient un bas-relief divisé en trois parties, qui sont consacrées à l'ensevelissement de la Vierge, à son Assomption, et à son entrée dans le ciel : on n'a jamais rien sculpté de plus gracieux et de plus achevé. Plus bas que le croisillon, une petite porte donne accès dans l'église. 

La grande tour qui s'élève au centre du transept, et qui est haute de 82 m, est un monument de force et de légèreté tout ensemble. Sa base carrée est percée sur chaque face de deux grandes fenêtres surmontées de pignons élégamment découpés. La partie supérieure, de forme octogone, est accompagnée de quatre jolies tourelles qui se rattachent aux angles de la tour. Une couronne travaillée à jour, et d'un effet incomparable, la surmonte. Qu'on l'examine de près dans ses moindres détails, ou des hauteurs qui avoisinent la ville, c'est un chef-d'oeuvre unique en son genre.
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Rouen : rosaces de l'église saint-Ouen.
Rosaces de la façade et du gâble du portail central de l'église Saint-Ouen.
Photos : © Serge Jodra, 2009.

A l'intérieur, l'église de Saint Ouen a 138 m de longueur, dont 80 pour la nef et 35 pour le choeur, 26 m de largeur, dont 11,33 m pour la nef majeure et 7,33 m pour chaque collatéral; 42,22 m de largeur au transept; 32,50 m de hauteur sous voûte. Contre le premier pilier de droite en entrant par le portail occidental, est un grand bénitier de marbre, où, par un effet d'optique assez curieux, se reflète l'église dans toute son étendue. Nul édifice peut-être ne frappe les yeux et n'étonne la pensée à un si haut degré : la grandeur des proportions, la régularité de l'ensemble, l'harmonie des parties, la pureté des lignes, tout concourt à former l'impression qu'on éprouve à la vue de ce vaisseau, où aucun monument accessoire, aucun ornement superflu n'embarrasse la perspective; où 125 verrières disposées sur trois rangs, sans y comprendre les trois roses, projettent leur lumière mystérieuse; où enfin la pierre, noircie par les ans, et par les forges que la Révolution installa dans ces vastes nefs, ajoute à la sévérité de l'architecture

Le premier rang de fenêtres éclaire les collatéraux, ainsi que les chapelles absidales. Les piliers de la nef, élancés et largement espacés, sont flanqués de colonnettes élégantes, dont quelques-unes montent jusqu'au sommet de l'édifice, pour recevoir la retombée des nervures de la voûte. Un certain nombre de ces piliers offrent des consoles et des dais, entre lesquels devraient se trouver des statues. Le sommet des arcades à ogive est à 15,23 m au-dessus du sol. Une élégante galerie, de 6,25 m de hauteur, formée de colonnettes que couronnent des rosaces à cinq lobes, surmonte ces arcades dans tout le pourtour de l'église. Plus haut, une claire-voie compose le second rang de fenêtres. Le troisième rang est garni de vitraux, qui représentent, sur le côté méridional de l'édifice, les personnages les plus illustres de l'Ancien Testament et les figures des Sibylles, et, sur le côté septentrional, quelques saints évêques des premiers temps du christianisme, des Pères de l'Église, et des abbés de l'ordre de Saint Benoît. Les collatéraux n'ont pas de chapelles; une seule, de très petite dimension, a été pratiquée près du croisillon méridional. Il en existe une autre, aussi peu importante, dans le croisillon septentrional. 

Les chapelles absidales sont décorées pauvrement et sans goût : la 1re à gauche du choeur contient les fonts baptismaux; dans la seconde, on voit la pierre sépulcrale d'Alexandre de Berneval et d'un de ses élèves, qu'il tua, selon la légende, pour avoir exécuté dans le transept une rose supérieure à celle dont il était lui-même l'auteur. Dans quelques autres chapelles, il y a des autels à colonnes grecques. Le choeur était autrefois séparé de la nef par un beau jubé du XVe siècle, dont on a conservé du moins le dessin; il possède encore, autour du sanctuaire, plusieurs grilles en fer, bel ouvrage de serrurerie. Une chaire en bois, sculptée dans le style du XIVe siècle, et dessinée par Desmarest, a été placée dans la nef en 1861. (B.).

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Dictionnaire Villes et monuments
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