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Les termes de Céramique
(du grec kéramos, tuile, morceau de terre cuite, terre à
potier) et de Faïence désignent l'artde fabriquer des
vases
et ustensiles de terre, de faïence, de porcelaine,
etc., et de les décorer par la plastique et la peinture.
Les Romains donnaient à cet art le
nom de Figuline.
L'industrie du potier est une de celles
dont l'origine remonte le plus haut. La facilité avec laquelle la
terre prend toutes les formes sous la main de l'ouvrier, la beauté
de ces produits obtenus avec un peu d'argile, la fragilité de ces
vases
que le moindre choc peut briser, ont fourni à l'Antiquité
la plus reculée, sacrée ou profane, à la Bible
comme à Homère, des images et des
comparaisons expressives. Trois localités surtout, Samos ,
Athènes
et l'Etrurie ,
se distinguèrent dans les temps anciens par l'importance de la fabrication
ou par la finesse du travail de la poterie. Samos fournissait surtout les
vases et ustensiles de terre destinés aux repas; mais ses productions
n'étaient pas assez délicates pour qu'on les exposât
en guise d'ornements.
A Athènes ,
où tout un quartier portait le nom de Céramique
à raison des potiers qui l'habitaient, les poteries étaient
de la plus grande beauté : on exposait les pièces les plus
remarquables pendant les Panathénées ,
et on les donnait, remplies d'huile, aux vainqueurs des jeux. Ce qui contribuait
à la supériorité des produits athéniens, c'était
l'emploi de l'argile fine du promontoire Colias, près de Phalère.
Athènes était si fière de cette industrie, que sa
monnaie porta une amphore pour emblème. Il est actuellement admis
que le fameux tonneau de Diogène
était un grand vase rond de terre cuite, réparé au
besoin avec des bandes de plomb taillées en queue d'aronde : on
en a la figure dans un bas-relief connu
sous le nom de Diogène de la villa Albani. Parmi les potiers et
les peintres qui décorèrent,les vases,
on cite Talus, neveu de Dédale ,
Coroebus
d'Athènes, Dibutade et Téléphane de Sicyone, Thériclès
de Corinthe ,
et Chérestrate, qui livrait au commerce plus de cent canthares par
jour. On admire dans la céramique grecque la parfaite régularité,
l'élégance de la forme, Ie peu d'épaisseur et la légèreté
des vases. Les Grecs
se contentèrent de vases de terre jusqu'à l'époque
où Alexandre le Grand introduisit
dans son pays le goût oriental de la vaisselle d'or et d'argent;
les Spartiates
seuls résistèrent à cette innovation.
L'Etrurie, et principalement les villes
d'Arretium et de Tarquinies, furent célèbres dans l'art de
fabriquer des vases de terre; mais leur principale industrie consistait
à faire de la statuaire de terre cuite, et les vases venaient surtout
de la Campanie .
Les temples romains
étaient ornés de productions étrusques; le travail
le plus remarquable était un char attelé de quatre chevaux,
sorti de la fabrique de Véies, et placé au-dessus du fronton
du temple de Jupiter
Capitolin. Ce qu'on appelle le Monte Testaccio à Rome est une colline
uniquement formée des débris de vases
de terre apportés là de tous les coins de la ville pendant
une longue série de siècles. Rien que les Romains, devenus
maîtres du monde, eussent pris le goût de la vaisselle de métaux
précieux, ils n'en conservèrent pas moins jusqu'à
la fin les vases de terre cuite pour les cérémonies
religieuses. La poterie ne fut pas non plus bannie des usages privés
: le plat rond sur lequel fut servi le turbot de Domitien
était en terre cuite, et avait été fabriqué
au tour, quoiqu'il dût avoir au moins 2 mètres de largeur;
on ne peut pas supposer des proportions moindres à l'Egide de Minerve ,
plat dans lequel Vitellius fit accommoder son
mémorable ragoût de laitances, de foies ,
de langues
et de cervelles.
A côté des objets variés
que l'industrie des Anciens créait dans un but d'utilité,
il en est d'autres d'un plus grand caractère : ce sont les produits
de la céramique grecque et italique connus sous le nom de vases
peints. Outre qu'ils sont précieux par la beauté des formes,
la finesse de la matière et la perfection du vernis, ils offrent
des peintures d'un dessin
souvent admirable et révèlent tout un côté de
l'art ancien; ils sont du plus haut intérêt pour les archéologues,
par les renseignements qu'ils fournissent à la mythologie
et à l'histoire.
En dehors des contrées qui forment
pour nous l'Antiquité
classique, la Chine
fabriquait des poteries d'une merveilleuse perfection. Les Grecs
et les Étrusques ne savaient exécuter qu'une poterie tendre,
poreuse, à peine cuite, se rayant aisément, ne conservant
l'eau qu'avec peine, et non susceptible d'aller au feu. Les Chinois, au
contraire, deux siècles avant l'ère chrétienne, avaient
inventé la porcelaine, qui
se prête à tous les usages domestiques. L'oeuvre industrielle
des Grecs et des Etrusques avait quelque chose de primitif et d'incomplet,
mais l'oeuvre des artistes en vases peints révélait une imagination,
une science, une verve d'exécution surprenante; tandis qu'en Chine
un mode étrange de composition artistique s'associe à une
exécution industrielle parfaite.
L'Europe
moderne n'est arrivée que très tard à fabriquer une
porcelaine
semblable à celle de la Chine .
Pour passer de l'état le plus grossier à une perfection relative
sous les rapports de la solidité, de l'utilité et de l'éclat,
la poterie a eu besoin de traverser plusieurs siècles de tâtonnements
et d'efforts; mais, depuis Bernard Palissy jusqu'à
Wedgwood, elle a fait les progrès les plus rapides, grâce
au développement des sciences, particulièrement de la minéralogie,
qui découvrit beaucoup d'éléments propres à
la fabrication et à la décoration des poteries, et de la
chimie, qui donna les moyens de les employer. Aux argiles, aux marnes,
aux ocres ,
bases ordinaires des poteries et des matières colorantes chez les
Anciens, les Modernes ont ajouté une foule de substances terreuses
et salines et de métaux; ces corps, dont la découverte date
presque du même temps que les faïences italiennes, françaises
et anglaises, la chimie les a modifiés, ainsi que leurs propriétés
fondantes, durcissantes ou colorantes.
Aux différentes époques du
Moyen âge ,
la céramique appliquée aux usages de la vie a été
fort grossière, et il n'y a guère d'autre poterie artistique,
à partir du XIIe
siècle,
que les pièces employées au carrelage des églises.
Le moine Théophile, qui écrivait
au XIIe siècle, lorsqu'il passe
en revue les industries artistiques de l'Europe
(Diversarium artium schedula, Il, 16), ne trouve à parler
que des poteries byzantines .
II résulte de son témoignage que les Grecs du Bas-Empire
savaient décorer leurs poteries, soit avec des couleurs qui y étaient
fixées par l'action du feu, et qui ne sont autres que des couleurs
vitrifiables, de véritables émaux,
soit par l'application de l'or et de l'argent en feuille et au pinceau.
Théophile ne dit pas de quelle nature étaient ces poteries,
et si elles avaient reçu préalablement une glaçure
quelconque.
Ce fut au XIe
siècle seulement que l'Europe
commenta à avoir des poteries à pâte compacte, imperméable
et dure, que l'on recouvrit d'un émail ( Couverte),
le plus imparfait de tous, l'émail plombifère. Les Arabes
furent les premiers à employer un vernis plombeux. Au XIVe
siècle, on renforça l'émail au moyen de l'étain,
qui le blanchit, et l'initiative de ce procédé appartint
encore aux Arabes d'Espagne .
Les mosquées de Cadix
et de Cordoue ,
l'Alcazar de Séville et l'Alhambra
de Grenade
sont enrichis de carreaux émaillés, que l'on appelait azulejos;
les célèbres vases de l'Alhambra attestent par la netteté
des dessins qui y sont répandus, par la vivacité de leurs
couleurs, toute l'habileté des Arabes.
Les plats de leur
fabrication se reconnaissent à leur forme de disque creux, et à
leur émail blanc jaunâtre décoré
de dessins jaunes ou rouge-feu, à reflets
métalliques, avec quelques parties bleues ou vertes. Les premières
fabriques de faïence commune en France
s'établirent à Nevers
et à Fayence (Provence ).
Au XVe siècle, les Italiens imitèrent
art hispano-arabe : on commença de faire des majoliques
à Pesaro .
Des fabriques rivales s'établirent
à Faenza, à Urbin ,
à Castel-Durante, à Gubbio, à Deruta, et, parmi les
artistes dont les noms sont demeurés célèbres, on
cite Luca della Robbia, Lanfranco, Terenzio, Francesco Xanto, Patanazzi,
Gatanarri, Orazio Fontana; Guide Durantino, Guido Salvaggio, Terchi, Battista
Franco, Raphaël dal Colle, Georgio Andreoli : leurs faiences servaient
pour les présents fastueux de souverain à souverain.
Au XVIe
siècle, on employa des faïences émaillées à
l'embellissement extérieur des maisons : Girolamo della Robbia,
petit-neveu de Luca, en revêtit le château
de Madrid ,
dans le bois de Boulogne ;
on voit encore à Beauvais
des maisons ainsi décorées. Ce genre d'ornementation était
même plus ancien en Italie
: on le trouve aux églises de Saint-Pierre
à Pavie ,
de Saint-François à Bologne ,
de Sainte-Marie à Ancône ,
de Saint Martin à Pise ,
etc., et on le fait remonter au XIVe siècle
: François Ier
et
Henri Il accordèrent le titre de potier
royal à Bernard Palissy, qui inventa ces
poteries à reliefs de rocailles et de reptiles, qui forment une
partie si difficile de l'art du faiencier. Le chef-d'oeuvre de la céramique
pendant la Renaissance
est ce qu'on appelle la faïence de Henri II : on en connaît
soixante-sept pièces : coupes, salières, chandeliers, buires,
aiguières.
Certaines localités de France
eurent, aux XVIe et XVIIe
siècles, des faïenceries renommées; telles étaient
: Lisieux, dont les plats sont quelquefois vendus comme des oeuvres de
Palissy;
Beauvais ,
où l'on faisait de la poterie azurée: Rouen ,
Nevers ,
Moustiers ,
Marseille ;
St-Germain-de-la-Poterie, près de Beauvais, d'où sortaient
les pavés et carrelages des églises;
l'Alsace ,
dont les produits étaient connus sous le nom de cailloux de Strasbourg .
L'originalité de la céramique allemande consiste dans l'emploi
du grès de couleur gris-brun, avec des reliefs émaillés
d'un ton brillant et cru. En Hollande ,
pendant les XVIIe et XVIIIe
siècles on fabriqua de la poteries connue sous le nom de porcelaine
de Delft.
La première fabrication de la porcelaine
dure et translucide de Saxe date de 1709, et est due à l'Allemand
Boettger. Vers la même époque, en Angleterre ,
le potier Astbury donna à la pâte de la faïence fine,
par l'introduction du silex dans sa composition, un perfectionnement important.
Vers 1768, le kaolin de Saint-Yrieix, près de Limoges ,
fut découvert. Une célèbre manufacture, fondée
à Sèvres en 1756, ne fabriqua d'abord que de la porcelaine
tendre, comme à Saint-Cloud, Chantilly ,
Orléans
et Vincennes ;
on y fit de la porcelaine dure depuis 1770
environ. Vers le milieu du XVIIIe
siècle, l'Anglais Wedgwood imagina la faïence à pâte
fine et dure, mais non vitrifiée, et à couverte vitreuse
et transparente. La faïence dite porcelaine opaque date de 1830. II
existe, à la manufacture de Sèvres, un Musée céramique
formé par Brongniart, et dans lequel
on peut étudier pas à pas les progrès de l'art céramique;
c'est une collection unique de produits de tous les pays et de tous les
siècles.
(B.).
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En
bibliothèque - Alex.
Brongniart,
Traité des arts céramiques, ou des poteries
considérées dans leur histoire, leur pratique et leur théorie,
Paris, 1844, 2 vol. in-8° et atlas in-4°; J. Labarte, Description
des objets d'art qui composent la collection Debruge-Duménil,
Paris, 1847, in-8°: Marryat, Collections towards a history of potery
and porcelain, Londres, 1850, in-8°; Brongniart et Riocreux, Description
méthodique du musée céramique de Sèvres,
Paris, 1845 et suiv., in-4° avec atlas. |
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