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| Albert le Grand,
maître Albert, doctor universalis, un des principaux philosophes,
théologiens Deux choses expliquent le renom d'Albert
le Grand et l'enthousiasme de ses contemporains pour lui : son éloquence
de professeur et son immense érudition. De la première nous
ne sommes plus juges; nous savons seulement qu'il eut de nombreux disciples,
parmi lesquels saint Thomas d'Aquin. Quant à
son érudition, elle paraît assez par les 24 vol. in-fol. de
ses oeuvres (ed. Petr. Jammy, Lyon, 1651). Elle témoigne, il est
vrai, de plus de travail que de critique, et, toute vaste qu'elle est,
semble être restée un peu spéciale. On a fait remarquer,
par exemple, que, familier plus que personne avec la doctrine
d'Aristote ( Albertus ex asino factus est philosophus et ex philosopha asinus. Dans les sciences
de la nature, il sait plus qu'aucun penseur de
son temps, y compris sans doute Roger Bacon,
son contemporain, mais ce qu'il sait lui vient d'Aristote,
et il ne semble pas toujours bien maître de tous les matériaux
qu'il rassemble. Ajoutons que ce savoir, ne reposant sur aucune méthode
scientifique, ne l'empêche pas d'être mystique Du savant, il y a peu de chose à dire. Comme son maître Aristote, il a écrit une Physique, publiée pour la première fois à Venise, en 1518, par Ant. Zimarius; un De Caelo (ibid., 1519); un traité des animaux (De animalibus, lib. XV; Rome, 1478), un traité des plantes (De vegetalibus libri septem, historiae naturalis pars XVIII : editionem criticam ab Ernesto Meyero caeptam absolvit Carolus Jessen; Berlin, 1867). Buhle, dans une dissertation en latin sur les « sources où Albert le Grand a puisé la matière de son De animalibus » (Mém. de la Soc. roy. de Göttingen, t. XII), avait cru pouvoir établir qu'Albert s'était servi d'ouvrages disparus depuis lui. Ch. Jourdain (Rech. sur l'âge et l'origine des trad. lat. d'Aristote; Paris, 1843) a montré qu'il n'en est rien; ce qui veut dire; non seulement que les ouvrages en question auraient été, en tout cas, sans valeur, mais qu'il n'y a, dans celui d'Albert le Grand, aucune observation de quelque valeur dont on ne trouve l'origine dans les écrits d'Aristote qu'il a eus entre les mains. Il les connaissait par les traductions latines, faites sur l'arabe, en général, quelques-unes directement sur le grec. On a lieu de croire que lui-même ne savait ni le grec ni l'arabe. Ce qu'on lui attribue de plus original, c'est la construction d'un automate humain, qui pouvait, dit-on, marcher et même parler, et que son disciple saint Thomas aurait fait détruire, jugeant la tentative impie. Si ce curieux fait, rapporté dans le Dictionnaire des sciences mathématiques de Montferrier, était authentique, il ferait d'Albert le Grand une sorte de Vaucanson en plein XIIIe siècle et, jusqu'à un certain point, un précurseur de Descartes dans la théorie de l'animal-machine. Comme philosophe et théologien,
son originalité consiste en ce que, le premier dans l'école,
il donna un exposé, ou plutôt une reproduction d'ensemble
de la doctrine d'Aristote, dans un ordre systématique; en s'inspirant
partout des commentateurs arabes en même temps que des dogmes
Albert le Grand. L'oeuvre de Thomas
d'Aquin n'eût pas été possible avant la sienne.
La série de ses écrits forme un commentaire suivi et comme
la paraphrase, continue de la doctrine d'Aristote,
mise d'accord avec la théologie Faut-il maintenant donner avec quelque précision un aperçu des vues d'Albert le Grand en logique, en métaphysique et en morale? Il définit la logique, la science des moyens d'aller du connu à l'inconnu : Sapientia contemplativa docens qualiter et per quae devenitur per notum ad ignoti notitiam.Elle se divise en théorie des incomplexa, ou éléments épars de la connaissance, considérés seulement dans leur essence, telle que l'exprime la définition et théorie des complexa ou des combinaisons de ces éléments dans les divers genres de raisonnements. La philosophie première, ou métaphysique, a pour objet l'être en soi, considéré dans ses attributs les plus généraux, qui sont en particulier l'unité, la réalité et la bonté. L'universel, pour Albert le Grand, c'est le réel, car s'il n'était réel, il ne pourrait être avec vérité affirmé des objets réels.Et comment serait-il connu s'il n'existait en réalité? Mais il existe comme forme, et dans la forme seule réside tout son être. D'où il suit qu'il y a pour l'universel, comme pour les formes, trois modes d'existence : il existe avant l'individu ante rem, dans l'entendement divin, à titre de causa formativa; dans les individus, comme principe d'unité dans la multiplicité, ipsum genus formarum, quae fluctuant in materia; enfin, après les individus, à l'état d'abstraction dans les esprits, tertium genus formarum, quod abstrahente intellectu separatur a rebus. En soi, l'universel n'a pas d'existence
propre en dehors de l'intelligence divine,
dont il est comme le rayonnement éternel. La forme actuellement
réalisée dans les choses (quidditas),
n'est autre que la chose même, en acte, l'être
achevé (totum esse rei), et Albert y voit, comme Aristote,
le but vers lequel tend la matière en
son développement, finis generationis vel compositionis substantiae
desideratae a materia. Le principe d'individuation
réside dans la matière, en tant que substratum des
formes.
Chaque chose ne peut recevoir qu'une forme déterminée qui
est en puissance dans sa matière : le devenir tire de la matière
la forme qu'elle avait en puissance, mais il ne peut avoir lieu que par
le moyen d'une cause existant en acte.
L'existence de Dieu Il n'y a d'éternel, que ce qui est
par soi; mais, par sa communion avec Dieu, l'âme En morale, la
loi
est donnée par la raison, qui, dans ce
cas, s'appelle la conscience. Le libre
arbitre choisit entre ce qu'elle prescrit et ce que nos penchants désirent.
Comme connaissance des
principes
de la conduite, la conscience est innée, «-habitus
naturalis est », et immuable; mais le discernement du bien et
du mal dans les cas particuliers est acquis « acquisitus »
et les prescriptions de la conscience sont variables. Albert distingue
encore, à l'imitation de saint Jérôme, la conscience
proprement dite, attribut permanent de l'âme,
et la syndérèse, ou disposition morale, sans qu'il
soit bien facile de voir la porté de cette distinction. La vertu
est
« bona qualitas mentis, qua recte vivitur, qua nullus male utitur, quam solus Deus in homine operatur ».Les trois vertus théologiques, la foi, l'espérance et la charité, sont des vertus infuses, c. -à-d. versées, en quelque sorte, dans l'âme par la grâce divine; mais à l'exemple de Pierre Lombard, dont il a, comme tant d'autres, commenté le Livre des sentences, il reconnaît, en outre, sous le nom de vertus acquises, les quatre vertus cardinales des anciens et celles qu'y ajoutait Aristote. (H. M.). |
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