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Maïmonide
(Moïse) (Mosheh ben Maïmoun), philosophe juif ,
né à Cordoue
le 30 mars 1135, mort à Fostât (Vieux-Caire) le 13 décembre
1204. Son père, juge et talmudiste distingué, l'initia à
la théologie et autres sciences et lui fit fréquenter les
écoles arabes. Il avait treize ans lorsque commença la persécution
religieuse exercée par les Almohades contre les chrétiens
et les juifs d'Espagne ( La diaspora
juive ).
Mis en demeure de choisir entre l'islam
et l'émigration, il se résigna pendant seize années
à professer extérieurement la religion musulmane. Mais, vers
l'âge de trente ans, il passa en Afrique, où nous le trouvons
à Fès
en 1160, puis en Palestine (1165), enfin au Vieux-Caire où il se
fixa. II s'y livra quelque temps au commerce des pierres précieuses
et ouvrit des cours publics de philosophie,
de théologie
et de médecine. C'est surtout comme médecin qu'il acquit
une immense réputation; il devint médecin de la cour des
Fatimides, et mourut entouré du respect des Juifs et des Arabes.
Les plus nombreux, sinon les plus importants,
des ouvrages de Maïmonide sont des traités de médecine;
on lui en attribuait dix-huit. La plupart sont perdus, mais il nous reste
des Aphorismes de médecine, traduits en latin et publiés
à Bologne
(1489, in-4), Venise
(1500, in-8) et Bâle
(1570, in-8); un traité Du Régime de la santé,
publié dans la version latine à Augsbourg
(1548, in-4) et dans la version hébraïque (Hanhagoth ha-berioth,
Venise, 1519, in-4). II avait aussi écrit des ouvrages talmudiques,
entre autres un Commentaire de la Mischna (1158-65), dont une partie
proprement philosophique, connue sous le nom de : les Huit Chapitres
de Maïmonide, a été éditée en arabe
avec traduction allemande par Wolff (Leipzig, 1863); les quatorze livres
de Mischné-Thorah (= la Seconde Loi) ou Yad'hazakah
(= la Main forte (1170-1180), immense et méthodique compilation
du Talmud ,
le seul ouvrage que Maïmonide ait écrit lui-même en hébreu.
Mais c'est surtout par ses ouvrages philosophiques
que cet écrivain a mérité de passer à la postérité.
Le principal est le célèbre Dalâlat al Haïrîn,
traduit en hébreu vers 1200, par Samuel ibn
Tibbon, sous le titre : Moreh Nebouchim (= Guide de ceux
qui sont dans la perplexité), édité en hébreu
en 1480, sans nom de ville, puis à Venise (1551, in-fol.) et à
Berlin (1591, in-4), traduit en latin par Jan. Mantino : Dux seu director
dubitantium aut perplexorum (Paris, 1520, in-fol.), et par Jean
Buxtorf (Bâle, 1629, in-4), nouvelle traduction latine avec commentaire
(Berlin, 1875, 3 vol.). Le texte arabe a été publié
pour la première fois, accompagné de notes et d'une excellente
traduction française, par S. Munk, sous le titre assez peu exact,
mais qui est resté : Guide des égarés (Paris,
1856-66, 3 vol.). Maïmonide est aussi l'auteur d'un petit traité
de
logique,
Miloth higgaion (= Vocabulaire
de la logique), traduit en hébreu par Moïse ibn Tibbon,
et en latin par Seb. Munster (Venise, 1550, in-4; Crémone ,
1566, in-8; Bâle ,
1527, in-8; Francfort, 1846, in-8), et de quelques autres lettres et opuscules.
Un fragment du
Yad'hazakah, intitulé
Hilchoth Deoth
( = les Règles des mœurs), traité complet d'hygiène
et de morale, a été publié
avec une traduction latine par Georges Gentius (Amsterdam, 1640, in-4),
et traduit en allemand par Sim. Falkenheim (Koenigsberg, 1832, in-8).
Le principal mérite de Maïmonide
est moins d'avoir innové en philosophie
que d'avoir incité par son exemple les juifs
à l'étude d'Aristote et de les
avoir mis ainsi en mesure de transmettre la science des Arabes à
l'Europe chrétienne .
Son Moreh Nebouchim s'adresse à ceux qui, après avoir
vainement cherché une conciliation entre le sens littéral
des Ecritures
avec les vérités rationnelles, demeurent dans le doute et
l'inquiétude. Il continue à considérer la loi comme
la révélation des plus hautes vérités mais,
quand le texte de la loi est contredit par une proposition scientifiquement
démontrée, il rejette le sens littéral et lui substitue
une interprétation allégorique. En matière de science,
le guide le plus sûr est Aristote. Avec ce philosophe, il admet l'absolue
simplicité de l'essence divine. Mais,
pour rester fidèle à la théorie biblique de la création,
il croit, à l'encontre d'Aristote, que Dieu
n'a pas seulement tiré du néant la forme,
mais aussi la matière du monde. Le monde
n'est donc pas éternel dans le passé,
mais il l'est dans l'avenir. La divinité ne peut être définie;
on ne peut affirmer d'elle ni qualités
ni relations réelles; on ne peut lui attribuer que des pouvoirs
actifs qui, si différents qu'ils soient entre eux, n'établissent
dans l'essence divine aucune différenciation. Dieu est l'acte pur,
aussi élevé au-dessus des perfections que des imperfections
relatives que nous pourrions lui attribuer.
En morale, Maïmonide
affirme sans restriction la thèse de la liberté humaine.
L'humain est bon ou mauvais volontairement et la prescience divine n'altère
en rien sa liberté. Il peut accomplir le bien pour lui-même
en tout désintéressement et par amour de Dieu. Avec Aristote,
Maïmonide identifie le souverain bien avec la connaissance de la vérité,
et distingue les vertus en vertus éthiques et dianoétiques.
La résurrection du corps est un article
de foi
que la raison ne peut ni démontrer ni infirmer.
L'influence philosophique de Maïmonide
a été considérable. Non seulement il fut un des premiers
intermédiaires entre Aristote et les docteurs de la scolastique,
mais ceux-ci l'ont connu et lui ont rendu justice par la bouche d'Albert
le Grand et de saint Thomas. Mais c'est surtout
au sein de la société juive qu'il a opéré une
véritable révolution intellectuelle en introduisant de l'ordre
dans les compilations talmudiques, en protestant contre l'interprétation
purement littérale de la loi, en essayant de concilier la religion
judaïque avec la philosophie. II a été l'inspirateur
non seulement du grand mouvement de philosophie juive du XIIIe
siècle, mais encore le guide intellectuel des grands philosophes
juifs postérieurs, Spinoza, Mendelssohn
et Salomon Maïmon. (Th. Ruyssen). |
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