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Le
mythe de Iasos.
Parmi les mythes
où Déméter tient le principal rôle, le plus
ancien, ou du moins celui qui nous est rapporté par les documents
les plus anciens, est celui des amours de la déesse avec Iasos
ou Iasion dont il est question dans l'Odyssée
au Ve chant et dans la Théogonie
hésiodique qui placent les faits en Crète; nous la retrouvons
localisée ultérieurement en Arcadie ,
à Samothrace .
Iasion est un héros dont la déesse
s'éprend, à qui elle s'unit dans un sillon trois fois labouré;
de cet amour naît Plutus. Zeus
châtie le mortel trop ambitieux en le frappant de la foudre. On admet
généralement que lasion est le prototype du semeur qui dépose
dans la terre le grain d'où naît la richesse cette explication
allégorique ne paraît pas du reste avoir préoccupé
les Anciens; ils se souvinrent seulement que Déméter était
la mère de Plutus, foudroyé par la jalousie de Zeus; quant
au héros Iasion, il fut impliqué dans une série de
généalogies et de légendes locales plus on moins subordonnées
à des cultes mystiques comme ceux de Samothrace.
La jalousie des dieux contre les premiers
agriculteurs qui domptent les forces naturelles provient du même
sentiment que leur haine contre Prométhée.
La forme courante du mythe de lasion veut qu'il
ait fait violence à la déesse; en effet, du jour où
Déméter fut essentiellement le symbole de la terre cultivable,
comme il faut l'ouvrir violemment par le soc de la charrue, la légende
admit que même les dieux, Zeus ou Poseidon,
ne pouvaient la féconder qu'en lui faisant violence; et cet attentat
était suivi pour la déesse d'une période de fureur
et de deuil, emblème de l'hiver .
Les autres légendes relatives aux amours de Déméter
avec le campagnard éleusinien Dysaulès, avec Céléos,
avec Mécon (le pavot) de Sicyone ,
etc., ont peu d'importance.
Déméter
et Plutus.
(bas-relief,
musée de Florence).
Le mythe d'Erysichton.
Le mythe dont le symbolisme agraire est
le plus transparent est le mythe thessalien
d'Erysichton. Le nom d'Erysichton veut dire celui qui fend la terre; le
héros
thessalien est donc le laboureur par excellence. Il fit, dit-on, violence
à Déméter et en fut cruellement puni. La forme ancienne
du mythe nous est inconnue; la rédaction d'Hellanicus qui
nous a été transmise par Callimaque
et Ovide le présente comme un prince de
Thessalie ,
fils de Triopas, qui pour bâtir une salle de son palais fit couper
les arbres d'un bois sacré
de Déméter. La déesse le châtia en le livrant
à une faim que rien ne pouvait assouvir; la protection de Poseidon,
qui permit à sa fille Mestra de se transformer indéfiniment
pour multiplier les apparences de nourriture, ne suffit pas à sauver
Erysichton qui finit par se manger lui-même. Mestra, la conseillère,
exprime l'idée que la faim a développé l'imagination
de l'humain qui a créé les arts pour satisfaire ses besoins
sans cesse renaissants. Un autre récit attribue le crime et le châtiment
à Triopas.
D'autre part, Triopas est généralement
considéré comme un apôtre du culte de Déméter,
fondateur de Cnide ,
père de Pelasgos qui fonde à Argos
le temple de Déméter Pelasgis.
La version attique
de la légende d'Erysichton est également favorable à
ce héros qui devient un fidèle d'Apollon,
le fondateur de la théorie sacrée de Délos ,
enseveli à Prasiae dans un temple d'Apollon. Il est douteux que
l'Erysichton athénien soit le même que le thessalien, bien
que dans le culte triopien de Cnide ,
Apollon et les grandes déesses soient associées; quant à
confondre Erysichton avec lasion, cela est purement
arbitraire.
Le mythe de Triptolème.
Le plus connu des mythes agraires de la
religion de Déméter est celui de Triptolème
qui participa à la vogue des légendes éleusiniennes.
Le nom du héros paraît symbolique; c'est le laboureur qui
donne trois façons à la terre il est vénéré
dans la plaine d'Eleusis
où s'élevait son autel
et son temple dans le voisinage du lieu de célébration des
mystères.
Il. passait pour avoir été le roi et le législateur
d'Eleusis, et souvent est figuré sur les vases
peints avec un sceptre à la main ; les récits ultérieurs
en font simplement un laboureur. II était, disait-on, fils du roi
d'Eleusis, Céléos, et de Métanire.
Déméter, déguisée
en mortelle, le nourrit et l'éleva; elle en fit un demi-dieu en
le nourrissant d'ambroisie, ce qui lui assurait
l'immortalité, et compléta la métamorphose
en l'exposant chaque nuit aux flammes de manière
à anéantir tous les éléments périssables
de son corps; malheureusement, les parents inquiets guettent la déesse,
découvrent ce qu'elle fait et effrayés l'empêchent
de terminer son oeuvre; l'hymne
homérique à Déméter substitue dans ce récit
le nom de Démophon à celui de Triptolème. On dit peu
de chose de précis sur ce dernier; comme il passait pour avoir été
le premier prêtre de Déméter, toutes les grandes familles
d'Éleusis voulaient y rattacher leur généalogie et
adoptaient pour ce faire des récits divergents. Le plus admis disait
que Déméter avait donné à son nourrisson un
char attelé de serpents ailés,
sur lequel le héros voyagea par toute la
terre, enseignant aux humains ce que lui avait appris la déesse,
l'agriculture, la vie sociale, ou même les bienfaits du culte d'Éleusis .
Ainsi les Athéniens se considéraient
comme les auteurs de toute civilisation, comme compatriotes d'Icare
et de Triptolème. Celui-ci est souvent
figuré comme un génie ailé,
sur son char attelé de serpents, auprès
des déesses d'Éleusis ,
Déméter et Coré (Perséphone),
qui lui remettent les instruments de labour ou les épis. Ses attributs
ordinaires sont le sceptre et l'épi, parfois aussi la coupe où
Déméter (ou bien Coré) lui verse la libation du départ.
Autour de lui on place souvent Céléos, Hippotheon, Métanire,
les autres personnages de sa famille et héros d'Éleusis.
La tragédie de Sophocle, consacrée
à Triptolème, mettait en scène
le missionnaire volant à travers les airs et répandant, malgré
les hostilités, le blé, don de Déméter, et
les préceptes de l'agriculture, civilisant ainsi les humains, puis
revenant à Éleusis ,
sortant vainqueur d'une dernière lutte et fondant le culte d'Éleusis
et la fête des Thesmophories.
Les Athéniens n'étaient pas
les seuls dévots de Triptolème; les Ioniens ,
leurs colons, le vénéraient également; son culte se
répandit avec ceux d'Éleusis; ni la Crète, ni la Sicile
n'admirent la prétention des Athéniens à la priorité
de la culture du blé. D'autres régions de la Grèce
(Arcadie ,
Sicyone ,
Phlionte ),
eurent également leur légende à ce sujet; tantôt
elles substituaient à Triptolème
un héros local, tantôt elles le revendiquaient;
ainsi Argos
fait de son Triptolème une sorte de contre-partie du
Cadmus
phénicien, un civilisateur européen qui va de l'Ouest à
l'Est, vers l'Asie, fondant des villes en Cilicie
et en Syrie ( Religion
phénicienne). Quand on rapporta l'origine de toute la culture
grecque à l'Égypte ,
on en fit aussi venir Triptolème, et les écrivains pragmatistes
déclarèrent que le char attelé de serpents
ailés était tout simplement un vaisseau chargé de
blé.
L'enlèvement
de Perséphone.
Le mythe de l'enlèvement
de Perséphone-Coré est le mythe fondamental de la religion
de Déméter; ce mythe ne paraît pas avoir eu dès
le début l'importance prépondérante qu'il prit par
la suite, lorsqu'il fut le thème des mystères
éleusiniens. Il est peut-être mentionné par voie d'allusion
dans l'Iliade ;
il est nettement indiqué dans la Théogonie
hésiodique; un des hymnes compris dans la collection des hymnes
homériques lui est consacré et le raconte avec détail
en faisant perpétuellement le rapprochement entre les phases du
récit et les différents actes des mystères célébrés
à Eleusis .
Cet hymne, qui parait postérieur à celui d'Achiloque et ne
remonte guère au delà du Ve
siècle, représente la forme la plus ancienne à nous
connue des mystères d'Éleusis. Bientôt après
ils furent modifiés par l'influence de l'orphisme .
Il est incontestable que le mythe que les mystères mettaient en
scène dut être complètement transformé dans
son esprit et dans sa forme pour être adapté aux cérémonies
de cette religion mystique.
Tel qu'il nous est transmis par l'hymne
homérique, il n'a rien de primitif et doit être aussi éloigné
que possible de la forme archaïque de la religion
grecque. Il serait surtout inadmissible de vouloir y rechercher l'esprit
ancien de cette religion et de l'interpréter à l'aide du
symbolisme éleusinien et de la théologie-naturaliste
qu'il exposait. Le fond même de la légende implique une contradiction
entre le caractère primitif des personnages divins et le rôle
qui leur est attribué. Dans les poèmes homériques,
Perséphone
est la terrible reine des morts; on la dit parfois fille du Styx,
on ne la nomme qu'avec effroi; dans les mythes arcadiens ,
elle est appelée Despoina, la souveraine, et fille de Déméter
Erinys, divinité irritée et malveillante. Dans la scène
de l'enlèvement, c'est une gracieuse vierge,
fille de Zeus, semblable aux déesses olympiennes,
qui joue avec les nymphes et cueille des fleurs;
son ravisseur est bien le sinistre dieu du monde souterrain, le souverain
des morts, Hadès ou Aïdoneus, mais
c'est aussi Pluton qui dispense aux mortels les
richesses latentes dans le sol, ou Zeus Chtonios,
le dieu des laboureurs, associé à Déméter dès
la plus haute antiquité. L'union de Hadès et de Perséphone
est célébrée dans le culte après la moisson,
au moment des semailles, comme un événement heureux, l'accouplement
des puissances mystérieuses du sous-sol. Même le fait de l'enlèvement
n'a rien de trop brutal, car la forme primitive du mariage était
un enlèvement réel ou simulé de la fiancée.
Le mythe de l'enlèvement de Perséphone
nous a été conservé par l'hymne homérique à
Déméter, Euripide (dans Hélène),
un fragment d'hymne orphique
souvent cité par les pères de l'Église,
Apollodore,
les Fastes
d'Ovide, un poème de Claudien
et Nonnus de Panopolis. Les poètes de l'époque
gréco-romaine surchargent le récit de fictions et d'épisodes
nouveaux. Nous en reproduisons ici seulement les traits essentiels. La
jeune fille de Déméter, Perséphone,
jouait et cueillait des fleurs dans le champ de Nysa avec ses compagnes,
des vierges, filles de l'Océan.
L'emplacement de Nysa a été très controversé;
la version hésiodique le place sur l'Hélicon ,
dans la région où furent rédigés les oeuvres
d'Hésiode et la Théogonie ,
en particulier; mais plus tard toute localité où l'on célébrait
le culte de Perséphone localisa la scène dans quelque prairie
fleurie du voisinage. L'hymne homérique ne précise pas; Eleusis ,
Hermione, la Crète, plus tard Héraclée du Pont, Nysa
de Carie ,
Hipponium en Italie, Enna en Sicile, firent valoir leurs prétentions.
Tandis que les jeunes filles s'amusaient
à tresser des couronnes de fleurs et à s'en parer, jaillit
du sein de la terre un narcisse, fleur splendide, consacrée aux
dieux d'en bas. Perséphone le cueille;
aussitôt la terre s'ouvre, le dieu souterrain en sort avec son char;
il saisit la vierge, malgré sa résistance, la place sur son
char et l'entraîne dans son sombre royaume. Lorsque plus tard on
donna pour compagne à Perséphone les autres déesses
non mariées, Aphrodite, Atnéna
et Artémis, on raconta que la première
était complice, que les deux autres résistèrent vainement.
Mais le récit ordinaire disait que les cris de Perséphone
invoquant son père Zeus et les immortels
n'avaient été entendus par personne, sauf Hécate,
la déesse lunaire, et Hélios,
le Soleil, qui voit tout. Emportée sur
le char d'Hadès, Perséphone disparaît.
La description de la course du char a été donnée par
les poètes; sur les vases
peints et les sarcophages on a souvent représenté la scène
de l'enlèvement. Tout ce premier acte du drame forme ce qu'on appelle
l'anthologie, subdivisée en deux scènes, la cueillette des
fleurs et l'enlèvement. Elles sont généralement réunies
sur les bas-reliefs
des sarcophages.
Le second acte du drame mythique est la
recherche de Déméter; sur les bas-reliefs on le réunit
au premier; mais les écrivains le distinguent expressément.
La déesse a entendu les cris de sa fille enlevée. Elle se
met à sa recherche en proie à la plus violente douleur; elle
se dépouille des bandelettes qui ceignent sa tête, se drape
d'un manteau noir ou bleu sombre, et commence la recherche de sa fille.
Mais nul humain, ni dieu, ne veut ou ne peut lui indiquer la route suivie
par le ravisseur. La torche à la main, elle erre sur la terre pendant
neuf jours, refusant de boire et de manger, de se laver. Le dixième
jour elle rencontre Hécate, la divinité
de la lune nocturne. Celle-ci lui donne des renseignements,
elle a entendu les cris et vu l'enlèvement, mais sans pouvoir apercevoir
le ravisseur, le dieu chtonien toujours enveloppé
dans un sombre brouillard. Celui-ci n'a pu être discerné que
par Hélios qui voit tout. Hécate
et Déméter se rendent auprès du dieu solaire, lequel
leur révèle le nom de Hadès et leur dit que Zeus
a donné son consentement. Exaspérée, Déméter
quitte l'assemblée des dieux de l'Olympe;
elle se déguise en vieille femme et parcourt la terre à la
recherche de sa fille. Ces courses de la mère éplorée
sont un des traits les plus remarquables du mythe,
Déméter y joue le même rôle que Cybèle
après la perte d'Attis, Aphrodite après
celle d'Adonis, Isis
après celle d'Osiris ( Religion
égyptiennne), Ishtar après
celle de Dumuzi ( Religion
mésopotamienne).
On l'appelle Deô, celle qui
cherche, Euryodeia, ou encore Achea la douloureuse. De nombreuses
monnaies la représentent munie de deux flambeaux, ou de pins allumés
au cratère de l'Etna, soit à pied, soit dans un quadrige,
soit dans son char attelé de serpents,
ou encore de lions. Dans plusieurs localités
on revendique pour les indigènes le mérite d'avoir averti
Déméter de l'enlèvement et de l'avoir exactement renseignée
: les gens de Phénée, d'Hélice où Achaïe ,
d'Hermione, s'en vantaient; à Argos ,
Chrysanthis; à Paros, Cabarnus; à Eleusis ,
Eubule ou Triplème; en Sicile, Aréthuse,
passaient pour avoir instruit la mère. C'est
également à ces courses à travers le monde qu'on a
rattaché tous les mythes qui mettaient Déméter en
rapport avec des mortels; ceux-ci l'accueillent et l'hébergent sous
son déguisement et sont récompensés par le don des
céréales ou la révélation des mystères;
parmi ces hôtes Phytalus en Attique ,
Pélasgus à Argos, Athéras et Mysius près de
Mycènes, Trisaulès et Damithalès à Phénée,
Eurypylo et Clytia à Cos, sont les plus connus, après ceux
d'Eleusis; la version classique est celle que nous allons relater.
Déméter, sous la figure d'une
vieille femme, arrive à Eleusis
et s'assied à l'ombre d'un olivier près
du puits Parthénion. Salamine
et Mégare
réclamaient cet honneur et montraient une roche et un puits où
se serait reposée la déesse; à Eleusis même
on vénérait également deux puits qui chacun avaient
leurs partisans. Les trois filles de Céléos,
roi d'Eleusis,venues pour puiser de l'eau au puits (l'hymne en nomme quatre),
abordent Déméter qui déclare être une Crétoise
nommée Dôs enlevée par des pirates à qui elle
a échappé; les filles de Céléos lui promettent
l'hospitalité et leur mère Métanire prend la déesse
comme nourrice de son fils. Elle est respectueusement accueillie, mais
reste absorbée dans sa douleur; seule Iambé réussit
à la dérider; elle ne consent à boire qu'un breuvage
dont elle indique la composition et qui devient le Cyceum des mystères.
Iambé serait la personnification du vers iambique
et de l'élément comique de ces cérémonies.
Un enfant qui se moque de la déesse
est changé par elle en un lézard répugnant, le gecko.
Nourrice de Démophon, fils de Métanire, Déméter
le prépare à l'immortalité; l'imprudente intervention
de la mère l'empêche de consommer son oeuvre. Une autre version
donne à l'enfant le nom de Triptolème,
et Apollodore les a combinées toutes
deux. Une fois découverte, Déméter se fait bâtir
un temple; elle s'y enferme, toujours absorbée dans sa douleur;
frappée de sa malédiction, la terre reste stérile,
nulle semence ne germant plus. Zeus s'émeut
des souffrances des mortels et envoie Iris pour
fléchir Déméter; celle-ci repousse la messagère
céleste, éconduit de même tous les autres dieux, s'enfermant
dans son deuil; elle est Achea la Mater dolorosa de l'antique
Hellade, déesse spéciale des Géphyréens. Une
foule de représentations la montrent drapée dans ses voiles
de deuil, le visage triste.
A la fin, rien ne pouvant calmer le chagrin
de Déméter, Zeus se décide
à lui rendre sa fille; Hermès va
chercher Perséphone aux enfers
et la ramène. Mais elle ne peut la reconquérir complètement.
Un accord intervient avec le dieu souterrain. Perséphone passera
un tiers de l'année sous la terre, auprès de son époux,
les deux autres tiers auprès de sa mère; pendant qu'elle
était retenue par Hadès, Perséphone
a mangé un grain de grenade et c'est parce qu'elle a accepté
cette nourriture dans la région infernale, qu'elle ne peut y échapper
tout à fait. Démeter, accepte la transaction; aussitôt
la terre refleurit. Avant de remonter au ciel,
Déméter institue la religion d'Eleusis ,
confiant le secret des rites aux chefs du peuple Triptolème, Polyxène,
Dioclès, Eumolpe, Dolichos, Celéos et ses filles. C'est le
récit de l'hymne. D'autres placent à cet instant l'enseignement
de l'agriculture et le don du blé. Le symbolisme du mythe de Perséphone
est évident. Il a été bien exposé par Maury,
dans ses Religions de la Grèce :
«
Les semences de la terre demeurent cachées dans le sol durant l'une
des trois saisons entre lesquelles se partageait l'année primitive
des Grecs, c'est-à-dire durant l'hiver. Les deux autres saisons,
la semence germe et s'épanouit au grand jour. Tant que Perséphone
est absente, qu'elle habite dans les enfers, Déméter est
désolée, c.-à-d. que la terre est sans culture, mais
sitôt que le printemps renaît, la fille de la terre, Perséphone,
c.-à-d. la graine ,
lève et se dresse comme une plante vers les cieux. Tout ce mythe
appartient au naturalisme des premiers âges; c'est un fait physique
dont la poésie s'est emparée et qu'elle a embelli des couleurs
de l'anthropomorphisme le plus brillant. En prenant cet aspect, le phénomène
a revêtu du même coup un caractère normal, qui devient
dans les mystères la source de l'enseignement le plus élevé.
Déméter est l'image visible de la divinité, se révélant
aux humains par les bienfaits de la nature et leur donnant les premières
leçons des connaissances qui doivent assurer leur bonheur et leur
opulence. »
Le trait original de la doctrine éleusinienne
est d'avoir appliqué à l'existence de l'humain après
la mort ce mythe de la végétation, où il ne s'agissait
que de la destinée du grain; l'enlèvement de Perséphone
symbolisa la mort, et son mythe fournit aux initiés
une promesse d'immortalité. On ne saurait trop insister sur ce fait
que de mythe est proprement éleusinien, qu'il a formé le
fond d'une véritable religion développée dans le sanctuaire
d'Eleusis
et propagée de là dans tout le monde hellénique. (A.-M.
B.). |
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