Dictionnaire des Oeuvres
Les arts

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L'architecture
L'architecture, l'un des beaux-arts, est l'art de bâtir suivant des règles déterminées par la destination et le caractère des édifices. Un des premiers besoins des humains fut de se créer un abri, et l'art de bâtir naquit avec le monde. Trois sortes d'habitations primitives donnèrent naissance à tous les systèmes architectoniques : la cabane fut le type des constructions grecques et romaines; les tentes et les abris mobiles se perpétuèrent en se consolidant chez les Chinois; etc. Le progrès des techniques amena peu à peu des dispositions plus savantes, et le luxe vint, compléter ce que les seules exigences de la vie avaient commencé.

De tous les arts, l'architecture est le seul qui doive trouver ses ressources dans l'imagination et le goût. Pendant longtemps, le peintre et le sculpteur ont demandé leurs modèles à la nature; l'architecte n'a jamais pu y chercher que des règles de l'harmonie; il s'inspire des besoins et des idées de son époque, et il cherche à y satisfaire. Or l'art de l'architecture est complexe et varié; car il doit répondre à bien des programmes. II se divise en deux branches : la théorie et la pratique. La théorie étudie, combine et crée; linvention, qui doit être réglée par le goût du moment et quelques principes plus anciens, sans lesquels les créations seraient bizarres et désordonnées; elle cherche les combinaisons heureuses et les rapports des proportions. C'est à la Grèce qu'appartient le mérite d'avoir donné les règles esthétiques pour la construction dont s'inspirera l'Europe par la suite; c'est elle qui sut éviter la lourdeur du style égyptien, la richesse écrasante des édifices de l'Orient, et qui apporta dans ses admirables monuments la simplicité de la forme, la pureté des contours, l'harmonie des proportions et la délicatesse de l'ornementation. Ces règles une fois établies, ce fut une base pour les siècles suivants. II est vrai qu'on les perdit bientôt de vue, qu'on s'en écarta considérablement, et que les architectes, consultant plutôt les caprices de leur époque, créèrent des édifices plus somptueux que raisonnables. Mais lorsqu'à l'époque de la Renaissance, on se reprit à étudier les modèles de l'Antiquité. Nous devons reconnaître toutefois qu'au Moyen âge l'architecture sut trouver des formes hardies.

Au moyen de la théorie, l'architecte doit donner aux édifices le caractère qui leur est propre, basé sur leur destination et la sensation que leur aspect doit faire éprouver. Or, comme les constructions répondent aux différents besoins de l'époque qui les suscite, on y retrouve encore, après bien des siècles écoulés, les traces des civilisations et des préoccupations de leurs constructeurs. C'est au moyen du caractère que l'architecte imprime à un monument un cachet de grandeur, d'élégance ou de sévérité, et qu'il établit une distinction complète entre les palais et les simples maisons de particuliers, entre les habitations de ville et celles de campagne, entre les prisons et les hôtels de ville, etc. Mais parfois il lui faut un grand discernement et un goût bien fin pour établir des nuances entre certains édifices que l'on confond trop souvent ensemble, tels que les arcs de triomphe et les portes de villes, l'église paroissiale et la chapelle, etc. 

Quant à la pratique, elle consiste dans l'application des principes de l'art; elle n'y peut parvenir qu'à l'aide des sciences exactes et naturelles. Ce n'est donc pas sans raison que les Anciens avaient classé l'architecture au nombre des hautes sciences; elle fut, dans toutes les civilisations, une des premières et des principales branches des beaux-arts, et une des plus utiles; car c'est elle qui, par ses monuments, exalte la divinité, honore les souverains, consacre les événements glorieux, et répond aux nécessités des villes et du citoyen. Aussi son histoire est-elle en quelque sorte celle de la gloire, de la prospérité et aussi de la vanité des nations, et se rattache-t-elle par beaucoup de points à leur histoire politique.

Comme science définie, l'architecture a été divisée en plusieurs branches, dont chacune nécessite des connaissances distinctes que possédaient autrefois tous les architectes, mais lui ont formé ensuite la base de carrières différentes :

L'architecture civile, qui s'occupe de la construction des édifices publics et privés; palais, hôtels de ville, halles, maisons, théâtres, arcs de triomphe, prisons, hôpitaux, etc. 

L'architecture religieuse, qui élève les temples, églises, chapelles, etc.

L'architecture rurale, qui comprend toutes les constructions destinées à l'exploitation des terres, est plus particulièrement du ressort des géomètres et des agents voyers. 

L'architecture militaire regarde les ingénieurs de l'armée. 

L'architecture hydraulique comprend tous les travaux qui s'exécutent dans l'eau, pour l'établissement d'usines, pompes, roues hydrauliques, ports, etc., ou pour la construction de digues, d'aqueducs, de ponts et de canaux; elle est pratiquée par les ingénieurs civils et des ponts et chaussées. 

L'architecture navale, ou l'art de la construction des navires de guerre, de commerce et de plaisance, forme elle aussi une branche distincte qui appartient aux ingénieurs civils et aux ingénieurs de la marine.

Dans toute construction, l'architecte doit observer cinq conditions essentielles : 
1° la convenance; il faut que le caractère de l'édifice réponde à sa destination, et que sa distribution soit appropriée à son objet; 

2° la salubrité; les bâtiments doivent être aérés, bien exposés, et construits de façon qu'on y soit garanti des excès de la chaleur et du froid; 

3° l'étendue; il ne faut ni superflu ni exiguïté;

4° la commodité; 

5° le voisinage, la masse d'un édifice isolé devant être en rapport avec les objets qui l'avoisinent. Le goût commande encore aux architectes la symétrie, l'unité, la proportionnalité et la simplicité. (L.).


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