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Moi, non-moi

Dans la philosophie classique, l'âme et le moi ne font qu'un seul et même être; cependant il y a entre eux une grande différence. Le moi, c'est l'âme qui a conscience d'elle-même, qui se sent, qui se connaît, qui veut, et qui sait tout cela. C'est donc l'âme à l'état réfléchi de développement, mais ce n'est pas l'âme tout entière. Il y a des moments dans la vie où l'âme ne se connaît pas, des états dont elle n'a pas conscience; l'enfant qui vient de naître a une âme, mais en lui le moi n'est pas encore. Celui-ci n'est réellement que par la conscience et la volonté. 

L'école allemande, depuis Kant, a limité ou élargi l'idée du moi : Kant ne l'a vu que dans la conscience, en distinguant un moi pur et un moi empirique; celui-ci est la conscience appliquée aux faits sensibles; Fichte fait du moi l'être absolu; pour Schelling et Hégel, c'est une des manifestations de l'être absolu. De telles interprétations sont loin de la vérité. En s'élevant à l'état du moi, l'âme se distingue de tout ce qui n'est pas elle; de son corps, qui est à elle sans être elle-même, de toute la nature extérieure, et de certains modes internes qui changent, tandis que l'âme reste identique; toute cette opposition, substance ou mode, forme le non-moi. (R.).



Charles Larmore, Les pratiques du moi, PUF, 2004.
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"Être un moi consiste d'abord à être un moi pour soi-même". L'auteur s'interroge sur la nature du rapport nécessaire à nous-mêmes qui habite chacune de nos pensées et chacun de nos gestes. Modeste, il reconnaît la difficulté de l'entreprise d'autant plus que, philosophe américain, il a décidé d'écrire ce livre directement en français parce que pour lui cette "poursuite du moi" est un thème privilégié de la pensée française. Il se réfère naturellement aux grands auteurs moralistes français : Montaigne, Pascal, Stendhal, Valéry, Bergson, Nabert, Sartre, Girard et Ricoeur.

La théorie proposée est fondée sur une démarche de sincérité dans cette recherche et une confrontation à ces grands auteurs. L'authenticité n'est pas la valeur suprême, l'analyse de la réflexion sur soi étant la préoccupation majeure pour laquelle l'auteur distingue une réflexion cognitive sur soi d'une réflexion pratique sur l'autre. (couv.).

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Dictionnaire Idées et méthodes
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