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La langue égyptienne
On trouve la langue de l'ancienne Égypte employée sous des formes régulières dans les plus anciens monuments de l'Égypte et de la Nubie. Disparue et oublié pendant plus de quinze siècles, elle a pu de nouveau être comprises à partir des travaux de déchiffrement de son écriture au début de XIXe siècle. Elle est rangée aujourd'hui dans le groupe chamitique des langues afrasiennes. Elle appartient à la même branche que dialectes coptes, toujours utilisés dans la liturgie, et qui en dérivent; et est apparentée aux langues berbères. On lui reconnaît également quelques points communs avec les langues sémitiques : il existe, par exemple, des analogies avec certaines classes de mots et certaines formes de l'hébreu; la ressemblance la plus marquante étant cependant la trilittéralité (les racines des mots sont généralement construites à partir de trois consonnes).

Un fait remarquable est le constant usage, la persistance du même idiome national en Égypte depuis les temps les plus reculés, malgré les invasions successives des Nubiens, des Perses, des Grecs et des Romains : les manuscrits et les inscriptions de toutes les époques en sont la preuve. C'est son emploi dans les monuments écrits, et comme langue de la religion et de la science, qui lui donna cette stabilité. Ce qui n'empêchera pas au demeurant une certaine évolution à partir de la basse époque, avec la langue démotique, qui est l'intermédiaire entre l'ancien égyptien et le copte.

Un autre fait à souligner est l'écriture de l'ancienne Égypte. Apparue vers 3100 av. J. C. c'est, après l'écriture mésopotamienne, la plus ancienne que l'on connaisse. L'écriture hiéroglyphique, dont les plus anciens monuments remontent  à la quatrième dynastie des souverains d'Égypte (Ancien Empire) , est parvenue jusqu'au siècle des Ptolémées (Époque Ptolémaïque) et de la conquête romaine (Époque Romaine), sans éprouver de grandes variations dans sa nature et dans sa forme. Depuis cette antiquité reculée qui se perd dans la nuit des temps, jusqu'à l'époque de la fondation du christianisme (L'Égypte chrétienne), les hiéroglyphes ont  été la représentation idéographique (figurative) et phonétique de la langue des anciens habitants des bords du Nil. Ce résultat a été constaté depuis les célèbres travaux  de Champollion, a qui I'on doit les premiers déchiffrements des textes Égyptiens.

La langue

La langue des anciens Égyptiens nous est parvenue sous toutes les formes par lesquelles elle a évolué, et on peut suivre le caractère de cette évolution depuis le premier empire memphite (Ancien Empire) jusqu'à l'invasion arabe. Les textes des pyramides diffèrent assez sensiblement de ceux d'époque thébaine (Nouvel Empire) tant par le vocabulaire que par la grammaire dont les transformations ont lieu en sens inverse. Le vocabulaire, en effet, semble s'appauvrir en s'approchant de l'époque classique tandis que les formes grammaticales se multiplient. Au Nouvel Empire, la langue que nous offrent les textes est arrivée à sa pleine maturité : les rapports de la pensée y sont finement nuancés par une syntaxe à peu près constante; certaines beautés y sont déjà devenues conventionnelles; l'orthographe y est pleine et tout à fait conforme au génie pléonastique de l'écriture. Malgré son caractère de fixité, on y voit déjà apparaître les germes des changements qui constitueront les deux dernières périodes de la langue égyptienne qui sont représentées par le nouvel égyptien et par le copte.

Le substantif se présente en ancien égyptien tantôt sous la forme radicale simple, tantôt modifiée par un redoublement, par l'addition de certains éléments ou le changement de la voyelle intérieure. C'est surtout le copte qui nous offre la plus grande variété des formes que le radical était susceptible de prendre avec la valeur nominale; ces éléments étaient soit des suffixes comme i, e, f, s, t, ti, n, out, etc., soit des préfixes comme an, en, ref (celui qui fait) et sa (l'homme) pour former des agents, le privatif at, le relatif ment pour former des noms abstraits, etc. II n'y a pas de flexion du cas en égyptien; le nominatif était quelquefois marqué par un exposant. Le genre est caractérisé soit par l'article, soit par le déterminatif, soit par une désinence spéciale (féminin). Le genre neutre n'existe pas dans les substantifs. Le nombre est nettement caractérisé : 1° par une désinence spéciale; 2° par l'addition de II ou de III; 3° par la répétition de l'objet doublé ou triplé selon qu'on voudrait imprimer le duel ou le pluriel. Le duel n'existe pas en copte.

L'article défini, rare aux plus anciennes époques, devient d'un usage assez fréquent au Nouvel Empire, encore plus fréquent à l'Époque ptolémaïque et obligatoire en copte. L'article démonstratif formé des mêmes racines que le précédent différait dans l'ancienne langue et le copte en ce qu'il suivait le nom dans la première et le précédait dans la seconde. L'adjectif ne se distingue pas en égyptien antique du nom : nefer, bon et beau (de beau). En copte, il est susceptible de s'ajouter un affixes : nane-f, bon, nane-s, bonne. Dans l'une et l'autre langue il s'accorde en genre et en nombre avec son sujet. Le comparatif s'exprimait à l'aide d'une préposition, le superlatif à l'aide d'un adverbe ou d'une périphrase. L'égyptien est riche en pronoms : il possède d'abord des affixes pronominaux s'attachant au nom, au verbe et aux particules. A la suite des noms, ces affixes jouent le rôle d'adjectif possessif; à la suite du verbe, ils jouent le rôle de sujet ou de régime. Ces affixes pronominaux formaient à leur tour, en s'accolant à l'article, des adjectifs possessifs, et à certaines particules relatives, des pronoms personnels. Certains substantifs localisant l'action ou le sentiment pouvaient aussi remplir ce rôle de support et donner lieu à des périphrases de ce genre : haouk, ta personne (toi); tepf, sa tête (lui); khat sen, leur ventre, hati sen, leur coeur (eux); les substantifs les plus fréquemment employés dans ce cas sont ro, la bouche : ro-i ou ro-a, ma bouche (moi), ro-k, ta bouche (toi), etc.; tot, main, tot-f, sa main (lui), etc. Ces particules substantives sont d'un usage très fréquent dans le démotique et le copte. L'égyptien avait aussi à son service des particules pour exprimer la relation, l'interrogation, la négation et l'affirmation; la copule n'y apparaît que très tard.

La conjugaison ne nous présente qu'un seul mode personnel, l'indicatif, et que deux temps, le présent et le prétérit. Mais ces temps sont susceptibles de prendre des formes très diverses. En effet, ils peuvent tantôt se conjuguer sous la forme simple, tantôt à l'aide d'auxiliaires renforcés ou non de diverses prépositions. Ces auxiliaires sont au nombre de dix dans l'ancien égyptien : au, tu, pu, un, khoper, ha, ar, du, ria, iri; la plupart de ces particules sont plus ou moins tombées en désuétude dans le démotique, qui s'est servi de préférence des trois premières, au, tu, pu. On les retrouve également en copte. Le copte, dont la conjugaison est beaucoup plus avancée que celle de l'ancienne et la nouvelle langue, a des nuances pour rendre l'imparfait et le plus-que-parfait. C'est la tournure générale de la phrase qui le plus souvent permet de distinguer le temps futur, les modes subjonctifs et optatifs et la voix passive.
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L'ancienne littérature égyptienne

Des principaux genres littéraires, il n'en est qu'un dont nous ne puissions citer un seul spécimen : c'est le théâtre, Le cérémonial funéraire comportait, nous l'avons déjà dit, des parties mimées et dialoguées ayant un caractère scénique assez prononcé. De là au drame il n'y a qu'un pas. Les Egyptiens l'ont-ils franchi? C'est ce dont malheureusement nous n'avons pas la preuve. Nous savons, en revanche, qu'ils ont cultivé la poésie épique, lyrique et satirique, le roman et plus particulièrement le conte populaire, érotique et fantastique. 

Les petits traités de morale jouissaient aussi d'une certaine vogue : deux d'entre eux, trouvés dans une des plus anciennes tombes thébaines, étaient datés de l'ancien empire. Les traités s'occupaient beaucoup moins de la morale proprement dite que des règles du savoir-vivre et du respect à rendre aux grands. Le sentiment de la hiérarchie était poussé si loin chez eux qu'ils en avaient rédigé des manuels, témoin l'étrange papyrus Hood-Wilbour qui nous indique les degrés compris entre le dieu et le cordonnier du roi. Si l'épigraphie prolixe des temples et des tombeaux nous manquait, nous saurions néanmoins par quelques papyrus et par Manéthon comment ils écrivaient l'histoire. 

Les archives royales regorgeaient de récits de règne, de relations de campagnes et d'événements relatifs à la vie publique. Ces documents étaient de nature à provoquer la rédaction d'une histoire suivie de l'Égypte. L'oeuvre grecque de Manéthon suppose forcément de nombreux écrits de ce genre en langue égyptienne. L'histoire telle que la comprenaient les anciens Égyptiens ne sort pas du sec procédé des annales. Il y avait trop de dieux et de prêtres pour que la théologie n'ait pas été très florissante en Égypte. Elle tient une grande place dans l'héritage littéraire de cette vieille civilisation. 

Le plaisir d'écrire pour écrire était tel chez eux que le genre épistolaire faisait l'objet d'une étude spéciale et qu'on s'y adonnait, comme nos pères s'adonnaient à la tragédie. Le British Muséum contient une riche collection de lettres à destinations tout à fait fictives.

L'écriture

L'écriture égyptienne était à la fois idéographique et phonétique. Les mots pouvaient être représentés soit par les images des idées exprimées, soit par la notation des sons. Les idéogrammes donnaient tantôt la peinture de l'objet même, tantôt d'une de ses parties, tantôt d'un objet suffisant à éveiller par métaphore l'idée à exprimer. Les signes phonétiques étaient de deux sortes les uns exprimaient des sons complexes (syllabes et diphtongues), les autres des sons simples (voyelles et consonnes). Tous ces procédés pouvaient être employés simultanément; ainsi le mot mos (enfanter) s'écrivait :

1° avec un signe ayant à lui seul la valeur mos (syllabique),:

2° avec un signe ayant la valeur s (alphabétique); 

3° avec un signe représentant une femme accouchant (idéographique). 

Si le procédé idéographique se suffisait à lui-même, il n'en était pas de même du phonétique. Tout mot écrit au moyen de signes alphabétiques ou syllabiques était accompagné d'un idéogramme auquel les égyptologues ont donné le nom de déterminatif. Il va sans dire que, dans bien des cas, les déterminatifs étaient abusifs et n'avaient qu'un rapport très éloigné avec l'idée exprimée. 
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Le scribe et ses outils

Le mot scribe a la même étymologie que le mot écriture. Les scribes de l'ancienne Égypte étaient les fonctionnaires chargés de l'écriture. Il jouaient un rôle important : il n'est pas rare de retrouver des tombeaux où sont déposés la palette avec les deux godets, pour l'encre noire et l'encre rouge, et plusieurs calames; on a quelques représentations figurées de scribes égyptiens, notamment une statuette célèbre aujourd'hui exposée au musée du Louvre.


Scribe accroupi (Musée du Louvre).

Les anciens Égyptiens écrivaient avec roseaux du Nil taillés (ou calames - Calamus scriptorius) sur des tessons de céramique (ostraca), sur parchemin, et principalement sur une sorte de papier formé de papyrus, dont l'usage se répandit d'Égypte dans tout l'empire romain. 

La fabrication en était assez longue et son prix de revient assez élevé; aussi les scribes n'en usaient-ils le plus généralement que pour la mise au net. Ils se servaient pour leurs brouillons, ainsi que pour les pièces les plus courantes, notes, quittances, lettres d'avis, etc., d'ostraca ou du verso d'anciens papyrus (manuscrits opisthographes). 

Tout l'attirail du scribe était réuni dans une sorte de palette longue, avec de petites cases pour les pastilles de couleur et une rainure pour les calames et les pinceaux. D'intéressants spécimens de ces palettes se trouvent dans les principaux musées d'antiquités égyptiennes. 

Trois genres d'écriture étaient usités dans l'antique Égypte. On les désigne sous des appellations introduites par Clément d'Alexandrie : ce sont l'écriture hiéroglyphique, hiératique et démotique. L'écriture hiéroglyphique s'écrivait de droite à gauche, de gauche à droite, en colonnes régulières et en colonnes rétrogrades, la dernière étant la première et inversement; l'hiératique et le démotique s'écrivaient toujours de droite à gauche. On ne possède aucun document hiératique de l'ancien empire memphite ni aucun texte démotique antérieur au VIIIe siècle (Basse Époque). Le plus ancien est le contrat démotique du Louvre de Bocchoris (Le Pharaon et l'État). 

L'écriture hiéroglyphique
Conformément à l'étymologie, l'écriture hiéroglyphique des anciens Égyptiens était leur écriture sacrée. Les hiéroglyphes sont des dessins d'objets empruntés aux trois règnes de la nature, aux métiers, aux arts, etc., et qui expriment les uns des idées, les autres des sons. C'était la plus élaborée et la plus artistique : elle servait à l'ornementation des monuments et à la rédaction des inscriptions et des ouvrages funèbres.

Dans l'écriture hiéroglyphique, tous ces signes, quels qu'ils fussent, consistaient en images. De ce point de vue, la manière la plus simple de s'y prendre était de dessiner l'image évoquée par le mot qu'ils prononçaient; le mot lion était rendu par le dessin d'un lion, le mot étoile par le dessin d'une étoile. Certains des signes utilisés dans l'écriture hiéroglyphique sont ainsi purement figuratifs. Mais par ce procédé rudimentaire on ne pouvait traduire que des idées matérielles et encore parmi ces idées matérielles, il en était que leur complexité rendait presque intraduisibles. Lorsque les Égyptiens avaient à rendre l'idée combat, il eût été peu pratique pour eux de peindre les mille détails d'une mêlée. Ils eurent recours au symbole : l'idée combat fut rendue par l'image de deux bras tenant, l'un une pique, l'autre un bouclier. Il en fut de même pour les idées abstraites. La joie fut rendue par un homme dansant ou levant les bras au ciel, etc. On avait alors affaire à des signes symboliques. Mais pour écrire des phrases, tous ces signes ou idéogrammes n'étaient pas encore suffisants. Le Égyptiens recouraient donc également à des caractères phonétiques, ou phonogrammes. Ainsi la bouche ne servait pas seulement à exprimer l'idée de bouche, mais la syllabe et la lettre r; la main, l'idée de la main et la lettre d.

L'on conçoit aussi que chaque substantif pouvait s'écrire de deux manières, ou par la représentation  pure et simple de l'objet, ou par le nom, l'appellation écrite en caractères phonétiques.  Ainsi un boeuf pouvait s'écrire simplement en représentant un boeuf, ou bien en écrivant, avec des caractères devenus phonétiques, le nom de la langue parlée.


Écriture hiéroglyphique.

C'est dans l'emploi de ces deux systèmes différents que consistait principalement la différence des écritures hiéroglyphique pure, hiératique, et démotique. L'écriture hiéroglyphique employait presque toujours les caractères figuratifs et  symboliques; dans l'écriture hiératique ou cursive, aucun de ces signes, quels qu'ils fussent, ne consistaient en images, mais en caractères conventionnels dérivés des images de l'écriture hiéroglyphique; quant à l'écriture démotique, elle recourait presque exclusivement aux caractères phonétiques.

Dans l'écriture hiéroglyphique, tous ces signes, quels qu'ils fussent, consistaient en images. Ainsi la bouche ne servait pas seulement à exprimer l'idée de bouche, mais la syllabe ro et la lettre r; la main, l'idée de la main et la lettre d; dans l'écriture hiératique ou cursive, aucun de ces signes, quels qu'ils fussent, ne consistaient en images, mais en caractères conventionnels dérivés des images de l'écriture hiéroglyphique. 

L'écriture hiératique. 
L'écriture hiératique ou "écriture des prêtres", était en réalité une abréviation de la précédente, dont elle dérivait directement. Elle, n'était pas usitée sur les monuments, mais on la rencontrait fréquemment dans les papyrus. L'écriture hiératique n'était en somme qu'une déformation tachygraphique de la première. Ce n'était donc pas seulement les prêtres qui utilisaient cette écriture cursive : servait chaque fois qu'il fallait écrire relativement vite (textes administratifs, comptabilité, etc.).


Écriture hiératique.

L'écriture démotique.
L'écriture démotique, ou écriture du peuple, est apparue tardivement. C'était aussi une écriture cursive. Elle était dérivée de l'écriture dite hiératique, laquelle est une première abréviation de l'écriture hiéroglyphique, mais il faut remarquer que si l'écriture hiéroglyphique et l'écriture hiératique, qui s'employaient concurremment, la première pour les textes sacrés et les monuments d'apparat, la seconde pour les usages de la vie ordinaire où la nécessité s'imposait de tracer rapidement sa pensée en abrégeant le dessin des signes hiéroglyphiques, il faut remarquer, dis-je, que si ces deux écritures, hiéroglyphique et hiératique, expriment la même langue, il n'en est pas ainsi de l'écriture démotique. 


Écriture démotique.

Le démotique est l'expression d'une langue particulière, ou, pour parler plus exactement, d'une phase particulière de la langue égyptienne, celle qui a précédé la constitution de la langue copte. Parmi les différences qui séparent la langue parlée antérieurement avec le dialecte démotique ou, même le copte, l'une des plus marquées, selon Lepsius, consistait en ce que la plupart des flexions grammaticales, postposées aux substantifs et aux verbes dans la langue primitive, leur sont préposées dans le copte. Dans le texte démotique de l'inscription de Rosette, les pronoms personnels dans les verbes, ainsi que les adjectifs possessifs dans les noms sont placés sous forme de préfixes, tandis qu'en ancien égyptien on les trouve sous forme de suffixes. On peut noter encore la distinction établie dans le copte entre les lettres l et r, qui se confondent constamment dans l'antique écriture.

Le démotique apparaît bien de la sorte comme l'intermédiaire entre le copte et l'idiome antique; il peint aux yeux des mots dont la forme est déjà altérée, en sorte que, bien que le démotique soit issu de l'hiératique, on ne pourrait pas toujours déduire signe par signe un mot démotique d'un mot hiératique exprimant la même idée. Du reste, des mots nouveaux furent créés, la syntaxe et la grammaire furent sensiblement modifiées, en sorte que le démotique devint une langue nouvelle, plus encore qu'une nouvelle écriture de la vieille langue. Toutefois, l'écriture démotique est fondée sur les mêmes principes que l'écriture hiéroglyphique et comporte à peu près le même mélange d'éléments symboliques et phonétiques; je dis à peu près, car les signes idéographiques s'altérant de plus en plus dans le tracé tachygraphique, leur valeur d'images se perdait chaque jour davantage; on en comprit l'inutilité et on en restreignit considérablement le nombre. 

On simplifia l'emploi des déterminatifs qui, dans l'écriture hiéroglyphique, illustrent le sens des mots, mais on maintint l'usage des syllabiques conjointement avec les signes de lettres simples. Somme toute, l'écriture démotique est bien une dégénérescence de l'hiératique, mais l'extrême difficulté de son déchiffrement, difficulté purement paléographique, provient de ce qu'une même ligature répond souvent à des groupes hiératiques très différents et de ce que les textes tracés avec de gros calames sont, en général, très empâtés et rendent fort malaisée l'analyse des éléments de chaque mot. C'est pourquoi, antérieurement à l'apparition de la grammaire démotique de H. Brugsch, les tentatives de déchiffrement de l'écriture vulgaire des Égyptiens restèrent infructueuses. Trente ans après la publication de cette grammaire, remarquable monument de sagacité et de haute érudition, la littérature démotique n'en était pas moins demeurée un domaine fermé dans l'égyptologie, et ses manuscrits, regardés comme les hiéroglyphes des hiéroglyphes, avaient conservé intacts leurs sceaux mystérieux.

Brugsch lui-même ne semblait pas songer a utiliser la clef qu'avait forgée sa main patiente. Ce n'est qu'en 1867 qu'il offrit aux lecteurs de la Revue archéologique la première traduction d'un papyrus un peu étendu, le Roman de Setna. Deux ou trois textes analysés par lui nous avaient permis de nous faire une idée assez vague de cette classe de documents si nombreux qu'on appelle contrats démotiques, mais nous étions loin de nous douter de la richesse de renseignements qu'ils nous réservaient sur la jurisprudence antique. On n'avait jusque là interprété que quelques lignes du texte démotique de la pierre de Rosette; quant à celui du Décret de Canope, il n'avait même pas été livré à l'étude, lorsque E. Revillout, publia en 1878-1880 une Chrestomathie démotique en cinq volumes, résultat d'un travail énorme et d'une perspicacité peu commune, qui fit faire un pas immense. C'était la découverte d'un nouveau monde. Les traductions de contrats réunies dans cette Chrestomathie ont apporté les révélations les plus curieuses sur les lois, les formules juridiques, la procédure de l'Égypte sous la domination persane et la domination grecque.

En dehors de ces contrats et du roman cité plus haut, qui a été étudié par plusieurs égyptologues, la littérature démotique comprend quelques textes historiques, des stèles et des inscriptions religieuses et funéraires et un exemplaire du Livre des morts conservé à la Bibliothèque nationale. 

Vers le VIe siècle de notre ère, l'écriture démotique commença à tomber en désuétude, et, sous l'influence des Grecs, qui n'avaient cessé de gagner du terrain depuis la conquête d'Alexandre et qui occupaient une grande partie des places dans l'administration romaine, l'alphabet grec fut employé par les Égyptiens eux-mêmes pour transcrire leur propre langue. Mais les 24 lettres de l'alphabet grec ne suffisant pas à exprimer tous les sons de l'égyptien, les coptes ou jacobites y ajoutèrent les 7 lettres suivantes empruntées à l'alphabet démotique : schei (sch), fei (f), khei (kh), hori (h), djandia (dj et sj), scima (s fort) et dei (di et ti). (E. Babelon / Paul Pierret / M.P.).

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