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La miniature avant le XIIIe siècle
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La miniature avant le XIIIe siècle
La miniature depuis le XIIIe siècle
L'Antiquité

Dans la décoration d'une oeuvre manuscrite (et cela s'applique tout aussi bien aux imprimés), il y a deux éléments distincts : l'ornementation proprement dite et l'image ou composition à figures. L'une et l'autre peuvent être dessinées ou peintes. Les plus anciens monuments où l'art du dessin, sinon de la peinture, fut associé à l'écriture, nous sont parvenus sous la forme de Livre des morts des Egyptiens, rouleaux de toile ou de papyrus portant des prières à l'usage des défunts pour la seconde vie et qu'on ensevelissait avec eux. Dans ce viatique suprême, l'esprit pieux et artiste à la fois des Egyptiens anciens eut l'idée touchante de joindre au formulaire religieux, en guise de commentaire, des images reflétant leurs croyances religieuses à une existence d'outre-tombe.

Dans la Grèce antique, élève à cet égard des Egyptiens, l'art de la peinture dans les manuscrits se constitua à l'état de branche particulière, qui devint très florissante, d'après des témoignages écrits. Malheureusement, aucun travail de ce genre n'est parvenu jusqu'à nous.

Rome, qui emprunta à la Grèce non seulement les arts, mais aussi les artistes, cultiva cette branche avec non moins de passion. Nous savons que des exemplaires de certaines oeuvres latines étaient ornés même de portraits, et que Varron, un siècle environ avant l'ère chrétienne, se servit dans ce but du talent d'une artiste d'origine grecque, Lala de Cyzique, qui peignait sur vélin et sur ivoire. Celle-ci paraît avoir été une véritable miniaturiste, au sens réel de ce mot. Beaucoup de manuscrits étaient embellis par une ornementation calligraphique et picturale. L'emploi du parchemin pourpré pour des volumes de grand luxe étendit l'usage de l'écriture en or, qui était depuis longtemps pratiqué dans l'Orient et en Grèce. On y adjoignit ensuite l'écriture à l'encre d'argent, pour varier l'aspect des pages.

Nous ne possédons aujourd'hui, de l'époque païenne de Rome, que quelques manuscrits illustrés et ne remontant qu'à la période décadente de l'art antique. Tels sont : les deux Virgile de la bibliothèque du Vatican, dont le plus ancien semble du IVe siècle; le Calendrier romain (à peu près du même âge) conservé à celle de Vienne; l'Iliade (Ve siècle) de la bibliothèque Ambrosienne de Milan. L'illustration en consiste en peintures à la gouache, hors texte et dans le texte, représentant des scènes entières. Certains manuscrits antiques de ce genre nous sont parvenus sous forme de copies, plus ou moins altérées, exécutées du VIIIe au Xe siècle : tels sont le Terence du Vatican, celui de la Bibliothèque Nationale (Paris), le Calendrier d'Aratus de la bibliothèque de Boulogne, et quelques autres.
 

Le haut Moyen Âge

Byzance.
A Byzance, les principes de l'art antique se maintinrent, presque dans toute leur pureté, jusqu'à la fin du Ve siècle. Il revêtit ensuite un caractère particulier en raison de son alliance avec l'art décoratif de la Perse et des autres peuples de l'Orient. L'hérésie des iconoclastes, qui sévit avec intensité pendant tout le VIIIe siècle, fit disparaître à peu près complètement les monuments de l'art ancien. surtout de l'art chrétien. Peu de manuscrits grecs avec peintures échappèrent à la destruction. L'un des plus anciens parmi ceux qui purent être sauvés, à cause de leur caractère profane, est celui du Dioscoride, exécuté vers 505 à Constantinople (Bibliothèque de Vienne).

Le plus ancien monument de la miniature religieuse de Byzance nous est offert par le manuscrit de la Genèse, qu'on estime du Ve siècle (Bibliothèque de Vienne). Un des plus beaux spécimens pour les peintures est le célèbre manuscrit des Oeuvres de saint Grégoire de Nazianze, du dernier quart du IXe siècle, où, de même que dans un Psautier du siècle suivant, l'imitation de l'antique est plus ou moins large. Ce dernier fournit en même temps un exemple superbe de la richesse décorative, d'origine orientale et d'un caractère tout particulier. On peut encore citer, parmi les produits les plus intéressants de cet art, les manuscrits suivants, qui se trouvent, comme les deux qui précèdent, à la Bibliothèque Nationale (BNF) : les Homélies en l'honneur de la Vierge, par le moine Jacob, avec 73 peintures XIe s.); le poème du médecin grec.Nicandre, oeuvre du même siècle, mais offrant des copies des peintures antiques; un Saint Grégoire de Nazianze ( XIIe - XIIIe s.), dans les illustrations duquel les divinités païennes sont représentées d'une façon bien singulière.

A côté de cet hiératisme étroit dont nous venons de parler, les miniaturistes byzantins savaient, à l'occasion, donner des preuves de leur aptitude à rendre la nature avec vérité et talent, lorsqu'ils n'étaient plus gênés par les prescriptions de l'Eglise. On en peut juger par la représentation de petites scènes de la vie réelle, dont les marges de nombre de volumes sont couvertes, ainsi que par certains portraits fort réussis. Le paysage reste néanmoins fantaisiste et conventionnel, à l'exemple de l'antique. En résumé, même dans la période de l'extrême déclin, on retrouve encore dans les peintures byzantines des traces des bonnes traditions du passé.
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Oiseaux. Evangéliaire de Charlemagne.
L'Europe latine.
En Occident, tous les arts s'éclipsèrent, après la chute de l'empire romain, durant tout le début du Haut Moyen Âge. Ils ne furent restaurés, peu à peu, que sous l'influence du christianisme, et, en ce qui concerne l'exécution des manuscrits, elle fut, pendant une série de siècles, l'apanage presque exclusif des ordres monastiques, surtout des bénédictins. Dans ce recommencement, c'est l'enluminure purement calligraphique qui entre tout d'abord en jeu. Toutefois les traditions de l'art antique n'étaient pas encore complètement effacées, comme en témoignent les peintures du célèbre Pentateuque de Tours, du VIe ou du VIIe siècle, dont l'exécution est attribuée à un artiste de l'école romaine dégénérée, qui eut recours aux mêmes procédés que ceux mis en oeuvre dans le Virgile du Vatican. Mais ce n'est qu'une exception. L'ornementation proprement dite des manuscrits de cette époque débuta au VIe siècle par l'initiale dessinée à la plume, puis coloriée et formée d'abord de traits de fantaisie; de lignes géométriques, de noeuds, d'entrelacs, où l'on constate la persistance des principes décoratifs gallo-romains. Simultanément, on employa pour leur formation des poissons, des oiseaux, des reptiles, des corps d'animaux fantaisistes, et d'autres motifs variés. Ces nouveaux éléments appartiennent à l'art décoratif du Nord, d'origine orientale, importé par les barbares. 

Progressivement, dans l'initiale ornementée s'intercale la représentation d'un sujet, timidement tout d'abord, faisant corps avec elle et disparaissant presque dans ce cadre; puis le petit sujet s'affranchit de plus en plus de cette tutelle, prend la place prépondérante, s'agrandit, et devient une image à part, souvent même un véritable tableau. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui une miniature et ce qu'on désignait en France au Moyen âge par le mot histoire. On le distinguait d'habitude de l'enluminure, ou ornementation. Cependant on disait : enluminé à histoires.

Mais ce qui caractérise avant tout le style nouveau créé dans les pays occidentaux après la dissolution de l'empire romain, ce fut un mélange de l'art cet antique dégradé, avec ses divers éléments constitutifs, et de l'art septentrional, appelé (improprement) anglo-saxon. La fusion de ces deux arts s'était opéré tout d'abord en Irlande, convertie au christianisme en 431, puis dans la Grande-Bretagne, évangélisée par Rome au VIIe siècle. A leur tour, les missionnaires de l'un et de l'autre de ces pays portèrent la nouvelle religion dans la Burgondie, dans la Suisse orientale, puis dans la Germanie occidentale. Les notions artistiques de ces différents peuples se pénétrèrent mutuellement dès la première heure. Les écoles d'art irlandaise et anglo-saxonne furent constituées aux VIe et VIIe siècles, à l'ombre des monastères, et elles produisirent des manuscrits d'une ornementation originale et d'un grand intérêt. La pénétration de l'art antique dans ces contrées ayant été insuffisante au début, ce n'est qu'au VIIIe, et au IXe siècle que la figure humaine commence à y être traitée d'une façon moins barbare. L'exemple le plus frappant de cette influence de l'Antiquité est fourni par le précieux Psautier, exécuté en Angleterre au VIIIe siècle et illustré de nombreux dessins (Bibliothèque d'Utrecht). En somme, dans l'Occident, depuis le VIe siècle jusqu'à Charlemagne, les manuscrits enluminés ne sont, le plus souvent, que des oeuvres calligraphiques d'une décoration généralement remarquable.

Avec les savants que ce prince fit venir d'Angleterre et de l'Irlande pour restaurer la culture littéraire en Gaule, s'implanta l'art de ces pays. Il s'y trouva en contact plus intime avec ce qui restait des oeuvres de l'Antiquité classique ou gallo-romaine, et c'est ainsi que, grâce encore à la contribution apportée à cet égard par l'Italie, naquit le style dit carolingien, qui s'ennoblit graduellement et dont le rayonnement fut puissant. Le nombre de manuscrits richement décorés croît rapidement. A l'ornementation purement calligraphique se joignent déjà des figures isolées peintes, représentant principalement le Christ et les évangélistes, et entourées de beaux encadrements géométriques. Parmi les monuments de cet art, la première place appartient à l'Evangéliaire de Charlemagne, exécuté en 781 ou 782 (Bibl. Nat.) et orné de six peintures, dont l'une, symbolique (la Source de vie), semble révéler l'imitation d'un prototype byzantin. Le Sacramentaire de Drogon, évêque de Metz, fils de Charlemagne (Bibl. Nat.), offre une illustration précieuse dans ses initiales historiées de sujets appropriés au texte.
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Livre de Kells : la Vierge et Enfant.
La Vierge et l'Enfant. Miniature du Livre de Kells.
(manuscrit irlandais du début du IXe s.).

L. Delisle, dans une série de mémoires du plus haut intérêt, a déterminé nettement l'existence au IXe siècle en France de plusieurs écoles de calligraphie et de peinture des manuscrits :

La première fut l'école franco-saxonne du Nord, qui fleurit de Paris au Rhin et dont le type d'art nous est offert dans l'Evangéliaire de Saint-Vaast d'Arras. Il subsiste une trentaine de volumes de même style, et parmi eux les plus célèbres sont : I'Évangéliaire de Charlemagne déjà cité, qui avait été donné par Louis le Débonnaire à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons (Bibl. Nat.); le Psautier offert par Charlemagne au pape Adrien Ier (Bibl. de Vienne), et le beau livre que l'église de Saint-Maximin de Trèves dut à la libéralité d'Ada, soeur de l'empereur. 

La seconde école fut celle de Tours, fondée par Alcuin, et dont les beaux produits sont nombreux, entre autres : la Bible de cet illustre savant (British Museum); celle, donnée à l'abbaye de Glanfeuil par le comte Roricon, gendre de Charlemagne (Bibl. Nat.); celle offerte à Charles le Chauve par l'abbé comte Vivien et les religieux de Saint-Martin de Tours (elle passa à la Bibl. Nat., de même que le Livre de prières de ce roi, du chapitre de Metz); l'Evangéliaire donné en 840 par l'empereur Lothaire à l'abbaye de Saint-Martin de Tours (Bibl. Nat.); le Sacramentaire d'Autun, exécuté par un moine de Marmoutier. 
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Adam et Eve sur une miniature de la Bible d'Alcuin du British Museum.

La troisième école fut celle d'Orléans, créée par l'évêque Théodulphe, et qui fut imitée à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire. On lui doit deux exemplaires presque identiques de la Bible (Bibl. Nat. et évêché du Puy), d'une ornementation sobre, mais d'un goût parfait. D'autres écoles monastiques secondaires existèrent en même temps en France : à Lyon, à Saint-Oyan (aujourd'hui Saint-Claude, dans le Jura), à Luxeuil, à Corbie, à l'abbaye de Saint-Riquier, etc. Au point de vue de l'art calligraphique, elles se rattachent à l'une des trois écoles ci-dessus, selon la position géographique des localités. La décoration des manuscrits exécutés alors dans le midi de la France et en Espagne est généralement barbare. On peut citer, à titre d'exception, le Sacramentaire de Gellone du VIIIe siècle (Bibl. Nat.).

Parmi celles des pays germaniques, les plus notables se constituèrent sous les auspices du chapitre de Metz et à l'abbaye de Saint-Gall fondée par des moines irlandais De la première sortirent nombre de manuscrits d'un grand luxe et le célèbre Sacramentaire de Drogon. Les calligraphes de Saint-Gall s'écartent pour l'ornementation des principes des écoles gauloises et montrent une originalité propre. Au nombre des plus intéressants monuments de la peinture germanique à cette époque comptent la Légende de l'invention de la croix, oeuvre de 814 (Bibl. de Munich); Concordance des évangiles, par Ottfried de Weissenburg, en Alsace, volume exécuté entre 865 et 889 (Bibl. de Vienne); et l'Evangéliaire, exécuté vers 878 et provenant de Saint-Emmeran de Ratisbonne (Bibl. de Munich). Les écoles calligraphiques de Salzbourg, de la Hesse, de la Saxe durent leur fondation aux moines de Corbie et de Saint-Amand.

Pendant presque toute la période carolingienne, notamment au IXe siècle, la peinture des manuscrits en Gaule subit de plus en plus l'influence prépondérante de l'art antique, non seulement pour les sujets, mais aussi pour l'ornementation. On peut le constater le mieux dans le Psautier de Charles le Chauve, écrit vers le milieu du IXe siècle par Liuthard et conservé pendant longtemps au trésor de Saint-Denis (Bibl. Nat.). Si la partie décorative des volumes brille presque toujours par la conception et par l'exécution, le dessin des figures accuse souvent une grande faiblesse. Les prétendus portraits de Lothaire (dans son Evangéliaire) et de Charles le Chauve (dans le Psautier ci-dessus) ne sont que des figures conventionnelles, visiblement imitées de modèles antiques. C'est encore la fantaisie qui préside généralement à la représentation des animaux et à leur coloration. Le paysage n'existe pas et l'architecture est presque toujours purement imaginaire.

Avec le Xe siècle commence, dans le domaine des manuscrits, le règne absolu des écoles monastiques, qui se prolonge pendant les deux siècles suivants. Les bénédictins, avec leurs trois congrégations, gouvernent tout l'Occident sous ce rapport. L'art carolingien devient art roman, après avoir acquis une individualité propre, et il se continue, avec plus ou moins de pureté et de développement, dans les limites de l'ancien empire, malgré sa dissolution. Dans cette période, la décoration des volumes, variable selon leur nature et leur destination, consiste en initiales calligraphiées ou peintes, en dessins à la plume rehaussés ou non de couleurs, et en peintures isolées. Les calligraphes et les enlumineurs d'initiales ont fait preuve d'une imagination exubérante. Ils y firent intervenir tous les éléments possibles : l'ornement linéaire, le monde végétal et animal, rendu avec plus ou moins de fidélité, la figure humaine, enfin (notamment à partir du XIIe siècle), des êtres étranges, chimériques, moitié créature humaine, moitié animal, qu'on a surnommé plus tard grotesques, par assimilation avec les décorations analogues du monde antique, découvertes dans les fouilles de Rome à la fin du XVe siècle. Cette décoration variait à l'infini, selon les contrées et les milieux. C'est par ce côté que brillent les manuscrits de la période romane, et aussi bien dans les initiales historiées, quoique la figure humaine, à de rares exceptions près, soit traitée d'une façon médiocre. Sous ce dernier rapport, c'est une époque de déclin comparativement à la précédente. 

Aux Xe et XIe siècles, les corps sont massifs, de proportions courtes, avec des têtes trop fortes; ensuite, ils s'amincissent, s'allongent et gagnent assurément quelque chose par leur gracilité. Les traits caractéristiques de ce style, pour les figures, sont : mouvements désordonnés, gestes exagérés, gravité maladroite. Là où l'on continua encore à s'inspirer des modèles et des principes de l'art carolingien, on a produit des oeuvres de valeur.

Du Xe au XIIIe siècle, les plus beaux manuscrits ont été exécutés en Angleterre, dans la contrée rhénane, au Nord de la Loire en France et dans le Sud de l'Italie. L'art varie d'une contrée à l'autre, selon le génie particulier de chaque peuple, son instruction technique, son goût, et selon les influences ambiantes. Les artistes de ce temps, peu formés à la peinture, n'ont réussi que dans les dessins à la plume, enluminés ensuite à teintes plates.

L'école rhénane resta le plus fidèle aux traditions carolingiennes et l'apogée de sa gloire fut le Xe siècle. Nous en avons de nombreux témoignages, notamment dans les manuscrits suivants : l'évangéliaire dit de la Sainte-Chapelle (à laquelle il fut donné par Charles V), de la seconde moitié du Xe siècle (Bibl. Nat.); le Sacramentaire de Worms; le livre de l'empereur Othon (Bibl. de Munich); l'Evangéliaire d'Egbert, archevêque de Trèves. Les principaux centres de production de l'art germanique furent Cologne, Trèves, Bamberg, Würzbourg, Fulda, Niedermünster, et surtout l'abbaye de Saint-Gall, d'où sortit le célèbre Psautier écrit en lettres d'or. Malgré certains perfectionnements techniques, l'art allemand décline à partir du XIe siècle. Ce n'est, exceptionnellement, qu'au siècle suivant qu'il se montra encore capable de produire une oeuvre hors ligne, le fameux Hortus deliciarum de l'abbesse Herrade de Landsperg, exécuté vers 1175 au couvent d'Odilienberg, en Alsace. Ce précieux volume fut détruit, avec d'autres trésors de la bibliothèque de Strasbourg, dans le bombardement du 25 août 1870; on n'en possède plus qu'une reproduction héliographique. De beaucoup inférieurs, quoique fort intéressants, sont : l'Evangeliaire de 1494 (Bibl. de Wolfenbuttel); celui du chapitre de Trèves; le Psautier, antérieur à 1216, de la bibliothèque de Stuttgart; la Vie de la Vierge et l'Enéide d'Henri de Veldeke, du musée de Berlin.

Le style de l'école anglaise demeura toujours très original, et l'art anglo-saxon y prédomine, tout au moins dans l'ornementation Les manuscrits beaux ou curieux en sont nombreux, notamment au British Museum. On en trouve aussi de superbes à la bibliothèque de Rouen, à celle de Boulogne et un précieux Psautier, de la fin du XIIe siècle, à celle de l'université de Leyde.
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Couronnement de Richard II.
En-tête enluminée et miniature représentant le couronnement 
du roi Richard II. (manuscrit du Livre des Rois, de Westminster).

Les écoles du Nord de la France se développent d'après des influences diverses. En Flandre, en Artois et en Picardie, ce sont les traditions anglo-saxonnes qui persistent le plus. En Normandie, c'est le nouveau style anglo-normand qui prédomine. Depuis l'lle-de-France jusqu'à la Loire, de même que partiellement dans l'Est, on voit se dégager petit à petit le véritable art national, fait d'un éclectisme épuré. A Limoges, il existe une école particulière, la plus remarquable d'alors, et alors tout imprégnée de traditions carolingiennes. Une école d'un caractère analogue, mais inférieure, se forma dans le Roussillon. Il est impossible d'énumérer ici tous les manuscrits de luxe dignes d'intérêt exécutés durant cette période de trois siècles sur le territoire français. La BNF en possède un grand nombre; citons : un Psautier du Xe siècle, enluminé par Odbert et provenant de l'abbaye de Saint-Bertin; le Commentaire sur Ezéchiel, par Haimon d'Auxerre, peint par le moine Heldric, à Saint-Germain des Prés (Xe - XIe siècle); un volume où Névelon, moine de Corbie, se peignit lui-même (XIIe siècle). On peut y ajouter, comme types d'écoles particulières : Sulpice Sévère, du XIe siècle (Bibl. de Tours); la Vie de sainte Radegonde, du XIIe siècle (Bibl. de Poitiers); la Vie de Jésus-Christ, suite de trente grandes peintures, du XIIe siècle, provenant de Saint-Martial de Limoges (anciennement dans la coll. de A. Firmin-Didot; repr. en noir par Bastard).

L'Espagne et l'extrême midi de la France occidentale, l'Aquitaine, offrent un art plus rudimentaire. La Bible, dite de Noailles, exécutée dans l'abbaye de Rosas, en Catalogne, au Xe siècle, est fort instructive à cet égard. Malgré l'infériorité de ses peintures, le Commentaire de Beatus sur l'Apocalypse, provenant de l'abbaye de Saint-Sever et remontant au milieu du XIe siècle, est d'un haut intérêt. Les peintures en sont des copies, faites par Garsias, d'un modèle du IXe siècle. Ce sujet, cher au Moyen âge et se prêtant à merveille à l'imagination des artistes, avait été traité, avec moins de talent, au IXe siècle (probablement d'après un prototype romain antérieur), dans un manuscrit de Cambrai et dans un autre de Trèves, offrant tous deux un même type et appartenant à l'école franco-saxonne du Nord de la France. Le Commentaire de Beatus fut, au XIIe siècle, l'objet d'une illustration magistrale, dans un manuscrit de l'école d'Aquitaine; de la bibliothèque de A. Firmin-Didot, il passa, en 1879, en Angleterre. Enfin, le texte de l'Apocalypse fut illustré d'une façon absolument supérieure par un artiste français du Nord au début du XIIIe siècle.

En raison des conditions locales, l'influence byzantine, qui, depuis des siècles, n'avait pas cessé d'exercer son influence dans certains centres de l'Italie, fut très active dans le Sud pendant la période romane. La preuve nous en est fournie par des manuscrits exécutés à la célèbre abbaye du Mont-Cassin, souvent même par des Grecs, ainsi qu'à celle de la Cava. En dehors de cette école, l'Italie n'offre rien d'intéressant à cette époque. (G. Pawlowski).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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