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La calligraphie
(du grec kalos = beau, et graphô = j'écris)
est l'art de bien écrire, de tracer avec correction et élégance
les caractères d'une langue.
Du jour où les humains ont connu
l'écriture, s'est développée
la calligraphie, c'est-à-dire l'art de donner l'écriture
les signes les plus beaux et les plus élégants. Chez les
Orientaux,
la calligraphie paraît avoir été en honneur dès
la plus haute antiquité. Les historiens de la Chine
citent le fameux Wan-Hi-Che, magistrat qui vécut vers le IIIe
siècle de notre ère, dont les manuscrits, d'une beauté
de forme incomparable, sont recherchés encore aujourd'hui. Les Persans
ont connu l'apogée de la calligraphie au XVIIIe
siècle, et les écrits de cette époque sont aujourd'hui
achetés au prix de la lettre. Chez les peuples qui ont adopté
l'Islam ,
religion qui interdit en principe la reproduction de la figure humaine,
la calligraphie fut portée au plus haut point, tout l'effort de
l'artiste s'y concentrant.
Dans la civilisation occidentale, la calligraphie
se développa avec les progrès des arts eux-mêmes. Les
lettres majuscules et initiales prirent les plus fantastiques développements,
s'agrémentant de figures d'animaux,
de fleurs et d'arabesques.
On peut s'en faire une idée par la luxueuse publication du comte
de Bastard d'Estang : Peintures et ornements des manuscrits français,
classés dans un ordre chronologique pour servir à l'histoire
des airs de dessin, depuis le IVe siècle
de l'ère chrétienne jusqu'à la fin du XVIe
siècle (commencée en 1835).
Parmi les calligraphes les plus réputés,
il faut citer le notaire de Bruges,
Karlin, qui vécut à la fin du XIIIe
siècle. Au XIVe siècle, le
fameux Raoulet d'Orléans, qui fonda à Orléans
toute une école qui eut, dans la suite, une grande influence, non
seulement sur l'écriture même,
mais sur la forme des caractères au début de l'imprimerie .
Au XVIIe siècle brilla Nicolas Jarry,
né à Paris
vers 1620. La beauté de son écriture out une véritable
célébrité. Louis XIV le
nomma son écrivain et noteur de musique.
Ou cite, parmi sas chefs-d'oeuvre, les Heures de Notre-Dame (1617);
le Livre de prières de Louis XIV (1646), et surtout la Guirlande
de Julie ,
que le duc de Montausier fit exécuter en 1641 pour Julie d'Angennes.
Au XVe
siècle, le goût de la lecture, se répandant de plus
en plus, poussa les esprits ingénieux à faire concurrence
aux calligraphes : ainsi naquit l'imprimerie .
Les Gutenberg, les Coster,
les Breton, ne furent, au départ, que des contrefacteurs de manuscrits,
et vendaient les produits de leur industrie comme des manuscrits véritables.
L'invention de l'imprimerie fut un premier coup porté à la
calligraphie; la substitution de la plume de fer à la plume d'oie
lui porta aussi une sensible atteinte. (NLI).
La calligraphie
des manuscrits en Occident.
La calligraphie peut être envisagée
au point de vue des formes de l'écriture,
de la matière de l'écriture, de la substance sur laquelle
elle est appliquée, et enfin des ornements, miniatures et vignettes
dont elle est accompagnée.
1° Dans les plus anciens manuscrits,
les grandes lettres ne paraissent guère qu'à la première
ligne des pages. Les lettres initiales des chapitres, des alinéas,
sont d'un goût fort simple, et dépassent rarement celles du
texte. On rencontre un petit nombre de lettres historiées; et on
peut poser en principe que leur rareté dans les livres que distingue
d'ailleurs une certaine recherche de l'élégance est en proportion
de leur antiquité :
"Les
lettres en broderie, suivant le Nouveau traité de Diplomatique
des Bénédictins, commencent
à relever les manuscrits du VIe siècle. Au VIIe, elles deviennent
plus fréquentes, et remplissent quelquefois la première page
d'un livre; elles y forment de temps en temps des lignes d'un pouce de
haut. Depuis le milieu du VIIe siècle, ces lettres s'allongent et
s'amaigrissent; souvent elles sont terminées par des filigranes
en volute; souvent des poissons en font partie; quelquefois elles en sont
entièrement composés. Aux lettres brodées succéda
en France
la mode des lettres en treillis ou à mailles; leur massif commença
par recevoir des chaînettes. Bientôt celles-ci se multiplièrent
au point de produire des lettres tressées et entrelacées.
Le règne de ce caractère désigne les VIIe et VIIIe
siècles."
2° Parmi les anciens manuscrits, quelques-uns
sont écrits en caractères d'argent. Tel est l'Evangéliaire
d'Ulphilas, connu sous le nom de Manuscrit d'argent ;
l'or n'y paraît qu'aux titres et à
certaines lettres initiales. D'autres sont écrits en lettres d'or.
Les chrysographes formaient une classe d'écrivains tout à
fait distincte non seulement des tachygraphes qui écrivaient avec
rapidité, mais aussi des calligraphes, qui écrivaient à
main posée. L'écrivain qui traçait les caractères
d'argent ne traçait pas toujours les caractères d'or : on
reconnaît aisément le travail de deux mains dans le Psautier
de Saint Germain-des-Prés .
L'écriture en caractères d'or
devait être assez fréquemment employée du temps de
Justinien,
puisque, dans ses Institutes
(liv. Il, tit. I, 33), cet empereur enseigne que les lettres d'or appartiennent
au propriétaire des papiers et des parchemins, comme les édifices
au propriétaire du sol sur lequel ils ont été construits.
On conserve à l'évêché du Puy un manuscrit donné
par Théodulphe, évêque
d'Orléans,
et contenant l'Ancien Testament ,
la Chronographie de Saint Isidore et autres
morceaux : une partie est sur des feuilles de vélin ordinaire, avec
lettres noires et rouges et quelques lettres d'or; l'autre partie est sur
vélin teint en pourpre, en lettres d'or et d'argent, et sur lesquelles
sont des ornements en style byzantin. Pour préserver les caractères
d'or et d'argent, Théodulphe avait placé, entre les pages,
des tissus d'origine indienne et qui ont peu d'analogues parmi les tissus
modernes. Les lettres d'or furent en vogue jusqu'au Xe
siècle. Cette magnificence fut surtout appliquée aux livres
liturgiques, et plus spécialement à ceux qui étaient
destinés aux souverains. Nous citerons, entre autres, les deux Bibles
de Charles le Chauve, où les titres,
les premières pages de chaque livre et les initiales des alinéas
sont écrits en encre d'or, et les Heures de ce même
prince, où toutes les lettres sont en or d'un bout à l'autre.
Un des plus curieux exemples de l'emploi de l'or dans les mabuscrits étrangers
à la liturgie nous est fourni par le cartulaire
de l'abbaye de Winchester, composé
en 966, et conservé dans la bibliothèque Cottonienne. Aux
XIe, XIIe et XIIIe
siècles, les lettres d'or furent d'un usage plus rare, ce qu'il
faut attribuer à la décadence du goût et à la
rareté de la substance qu'il fallait employer. Au siècle
suivant, elles revinrent à la mode, et décorèrent
surtout les Heures des personnes de distinction. Le goût dans
lequel elles sont exécutées ne permet pas de les confondre
avec celles des époques antérieures. Pour servir à
l'ornement des livres, l'or était réduit en encre ductile,
et étendu au moyen de la plume; ou bien on l'appliquait par feuilles
sur un apprêt qui le fixait su vélin. II y eut une troisième
méthode, suivie de préférence par les miniaturistes
aux XIVe, XVe
et XVIe siècles; elle consistait
à réduire l'or en poudre, et à l'agglomérer
au moyen de la gomme arabique.
On ne connaît pas de manuscrits anciens
qui soient entièrement écrits en rouge. Mais cette couleur
fut assez généralement affectée aux titres des livres,
aux premiers mots des livres de certains manuscrits, à la première
lettre d'un alinéa. Dans les rescrits impériaux, la formule
de la date est rouge. C'est en rouge que sont écrits aussi, dans
les livres de lois, les noms des jurisconsultes. Les lettres vertes ont
été plus rarement employées; dans les manuscrits pourpres
où on les rencontre, elles paraissent n'être que le résultat
de la décomposition de l'écriture
en argent. L'encre bleue fut fréquemment employée, et alterna
d'une façon régulière avec l'encre rouge; la jaune
s'est presque toujours mal conservée.
3° Parfois dans les anciens manuscrits,
le vélin est teint en pourpre. Cet usage remonte pour le moins
au IIIe siècle, puisque Jules Capitolin
rapporte que Calpurnie, mère de Maximin le Jeune, fit présent
à ce prince des poèmes d'Homère
écrits sur pourpre en lettres d'or. Nous voyons vers le commencement
du IVe siècle l'évêque
Théonas recommander au grand chambellan de l'empereur de ne pas
faire écrire sur pourpre et en lettres d'or des manuscrits
entiers pour la bibliothèque impériale, à moins d'un
ordre exprès de l'empereur. Le vélin pourpre était
d'un emploi assez commun du temps de Saint Jérôme. Cette mode
persista jusqu'au VIIIe siècle.
La décadence commença au IXe
alors le pourpre devient obscur et tire sur le brun. Il y a peu de manuscrits
entièrement teints en pourpre. Le plus souvent cette teinture n'occupe
que certaines portions du livre, comme le frontispice, les titres, les
endroits les plus remarquables, notamment le canon de la messe dans les
missels.
4° Nous avons un exemple encore vivant
de l'antique usage d'historier les livres de luxe, dans le fameux Virgile
de la bibliothèque Vaticane .
L'Orient conserva longtemps, sinon dans son intégrité, au
moins en partie, le goût et le secret des oeuvres artistiques, et
notamment de la peinture appliquée
à la décoration des manuscrits. Il n'en fut pas de même
en Occident. L'invasion des Germains porta aux arts un coup mortel. Pendant
de longs siècles, les ornements des mss. ne consistèrent
qu'en entrelacs, dessinés à la plume, à l'encre noire,
avec quelques filets de couleurs diverses. Au VIIIe
siècle, dans le Sacramentaire de Gellone, on voit reparaître
les miniatures à personnages. Une
Bible
latine du IXe siècle, dite de Saint
Paul, à la bibliothèque Saint-Calixte de Rome,
peut encore être citée comme offrant un grand intérêt
par la multitude des ornements qui décorent les initiales et encadrent
les figures. Citons enfin l'Évangéliaire de Saint-Riquier,
à Abbeville ,
et celui de Saint Sernin, connu sous le nom d'Heures de Charlemagne,
offert à Napoléon Ier
par la ville de Toulouse,
et conservé au Louvre.
Les désastres du Xe siècle
vinrent effacer les dernières traditions du goût. Le sentiment
du grotesque, qui n'est autre chose que le dépit de ne pouvoir atteindre
aux formes parfaites, fut le seul qui inspira les miniaturistes.
On peut citer, il est vrai, quelques lettres
ornées avec une certaine perfection; mais il ne faut rien chercher
de plus. Au XIIIe siècle, la miniature
était encore dans l'enfance. Vainement on a cité, comme preuve
du contraire, deux vers que Dante adresse à
l'ombre d'Oderic de Gubbio
: il reste assez de miniatures du XIIIe
siècle pour qu'on puisse affirmer avec certitude que, du temps de
Dante, la peinture des manuscrits était,
en France ,
empreinte d'un profond cachet de barbarie. Mais, dès cette époque,
la renaissance de cette branche des arts avait commencé en Italie
sous l'influence d'éminents artistes, parmi lesquels il suffira
de citer Cimabué et Giotto.
Au XIVe siècle, les manuscrits s'enrichissent
de dessins qui pèchent encore par la
raideur, mais qui laissent apercevoir pourtant dans l'expression. Ces figures
les premières étincelles du goût. Au XVe,
les progrès sont encore plus sensibles.
"Les
dernières années de ce siècle et la première
moitié du XVIe, dit H. Langlois, virent enfin éclore sous
le pinceau des miniaturistes ces exquises productions, aujourd'hui si recherchées,
et, comme si l'on eût voulu faire regretter la calligraphe qu'allaient
achever de proscrire la typographie et la gravure, on produisit à
l'envi, dans nos derniers mss., des chefs-d'oeuvre d'un si haut prix, que
des princes seuls purent s'en procurer la jouissance."
Parmi les plus habiles enlumineurs,
on distingue Flamel, Jean Fouquet, Louis Duguernier,
Frédéric Brentel; et, parmi les oeuvres remarquables, le
Livre
des tournois, peint par René
d'Anjou, et le Recueil des rois de France
de Dutillet. Beaucoup d'oeuvres calligraphiques du Moyen âge
se caractérisent par une extrême recherche de la bouffonnerie,
par l'amour de la monstruosité, par un oubli complet de la vérité
historique, et souvent aussi, aux pages où l'on s'y attendrait le
moins, par des licences audacieuses.
Nous devons aux peintures
des manuscrits la conservation d'un grand nombre de figures historiques,
qui sont loin sans doute de retracer avec fidélité les traits
des personnages qu'ils représentent, mais qui nous donnent au moins
une idée exacte des costumes de l'époque.
En général, les manuscrits
liturgiques se distinguent entre tous par leur beauté. C'est grâce
à eux que, malgré les progrès de la typographie, la
calligraphie a continué de créer des oeuvres admirables et
charmantes. Nous n'en citerons que quelques-unes: les Heures de
la reine Anne de Bretagne, à la Bibliothèque
nationale ,
les Sentences tirées de l'Écriture sainte, enluminées
par Petruccio Ubaldini pour lady Lumley, par ordre du chancelier Bacon;
le superbe Evangéliaire
qui servait à la messe du couronnement
des rois à Reims,
exécuté su XVIe siècle,
et conservé à la bibliothèque de cette ville; l'Officium
B. Mariae Virginis, exécuté par le célèbre
calligraphe Nicolas Jarry, l'auteur de la Guirlande de Julie
(1641), à la bibliothèque de Besançon ;
le Graduel de dom Daniel d'Eaubonne (1682), à la bibliothèque
de Rouen;
les livres liturgiques écrits du temps de Louis
XVI pour l'usage de la chapelle de Versailles.
La calligraphie a perdu de nos jours son importance : d'art elle est devenue
métier. Les calligraphes ne s'occupent plus que de pratiquer toutes
les sortes d'écritures en usage en
France l'anglaise, la ronde, la bâtarde, la gothique, etc.
(C. de B.).
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C.
Mediavilla, Histoire
de la calligraphie française, Albin Michel, 2006.
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Résultat
d'une recherche passionnée, cet ouvrage constitue la première
synthèse sur l'histoire de la calligraphie
française. De la capitale romaine à l'anglaise en passant
par l'onciale, la caroline ou la gothique, on y découvre les métamorphoses
de la graphie latine tout au long de l'histoire de France.
Pour chaque écriture, l'auteur pose le contexte de son apparition
et décrit sa genèse, établit ses caractéristiques
morphologiques et propose des planches d'étude réalisées
spécifiquement pour ce livre. On trouvera également, en clôture
de certains chapitres, les biographies d'une soixantaine de grands maîtres,
récits vivants qui mettent en lumière non seulement leur
apport à l'art calligraphique, mais également des pans entiers
de l'histoire d'une culture. L'ensemble est illustré par plus de
trois cents documents exceptionnels, souvent inédits, qui proviennent
des plus grandes bibliothèques du monde. À la fois érudit
et pratique, riche d'indications précises sur l'art et la pratique
de la calligraphie, recélant un prodigieux trésor paléographique,
cette somme unique allie la somptuosité du livre d'art à
la technicité de l'ouvrage de référence. (couv.).
Atlas
de la calligraphie, Atlas, 2003.

L'art
de bien former les caractères d'écriture vous intéresse?
Cet Atlas de la calligraphie va répondre à toutes vos interrogations
sur le sujet, et vous permettre, non seulement d'acquérir les techniques
indispensables, mais aussi d'approfondir vos connaissances sur les calligraphies
du monde entier. Pour découvrir la calligraphie de manière
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et les enluminures, et deviendront rapidement familiers. Mémoire
de notre histoire, ils constituent un univers d'une richesse inouïe.
Richesse que l'on retrouve ensuite avec les calligraphies d'ici et d'ailleurs
: grâce, souplesse et envolées de la calligraphie orientale,
sobriété et esthétique de la calligraphie asiatique
(couv.).
Anne
Legay, Calligraphies
médiévales, cahier d'exercices, Dessain et Tolra,
2004.
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